Nouveau Parlement

Entre Moyen Âge et haute technologie

C'est dans un bâtiment flambant neuf, érigé sur les vestiges du Parlement parti en fumée en 2002, que les 150 députés siègent pour la première fois vendredi 14 avril 2017. Voilà à quoi il ressemble.

L'entrée, d'abord. Elle est désormais située rue Cité-Devant, où une façade a été arrachée pour laisser la place à une baie vitrée aux dimensions majestueuses. Le seuil sitôt franchi, le visiteur se trouve dans un espace bordé à droite par la façade moyenâgeuse de la plus ancienne maison de la Cité, mise au jour pendant les travaux. À gauche, faisant face à ce vestige, se dresse un mur de béton moderne. Au fond, un imposant escalier contemporain en métal et en bois mène à la salle du Grand Conseil. L'espace résume à lui seul l'intention de l’architecte Marc Collomb, du bureau lausannois Atelier Cube. "Le défi de la construction du nouveau parlement était de mettre en résonance le bâti existant avec les exigences contemporaines." L'ancien côtoie le moderne, le passé et le futur se mêlent, les traditions et les nouvelles technologies se marient tout en préservant leur identité.

Bois blond

La salle du Parlement, maintenant. Elle est entièrement construite en bois blond, du plancher de chêne, à la toiture en épicéa et sapin blanc en passant par ses murs tapissés en bouleau. Elle est sobre, fonctionnelle et lumineuse, meublée de tables et de sièges noirs.

Quelques nouveautés ont été introduites. La modification du toit a eu des répercussions sur la taille de la salle du Parlement, qui sera désormais divisée en deux par une seule allée. Les députés devront s'habituer à s'avancer jusqu'au micro pour s'exprimer. Les journalistes, malgré leurs demandes de travailler dans la salle, s’installeront à la tribune à l'étage, qu'ils partageront avec le public. Le descriptif de la salle serait incomplet si l'on ne mentionnait pas que l'hémicycle offre une vue panoramique sur la ville et le lac.  

La visite se poursuit en empruntant un minuscule escalier en colimaçon qui relie la salle parlementaire à la buvette, où des pierres datant du 6e siècle côtoient également des murs contemporains, et son jardin, avec du gravier qui crisse et une vue sur la place de la Riponne. Dans la pente, 157 pieds de vigne ont été plantés: un pour chaque député et conseiller d’État. 

La fin de la visite passe par un jardin japonais qui mène le visiteur à l’esplanade du Château, devant la façade néoclassique d’Alexandre Perregaux de 1806. C'est la seule à subsister de l’ancien Grand Conseil. Elle sera réservée aux grandes occasions.

La nouvelle salle, entièrement construite en bois blond, du plancher de chêne, à la toiture en épicéa et sapin blanc en passant par ses murs tapissés en bouleau. (ARC Jean-Bernard Sieber)
La nouvelle entrée (rue Cité-Devant), avec son imposant escalier contemporain en métal et en bois qui mène à la salle du Grand Conseil. (ARC Jean-Bernard Sieber)

Les fouilles et les travaux

Plusieurs années ont été nécessaires pour faire renaître le Parlement vaudois de ses cendres. Retour sur les travaux entrepris et les découvertes archéologiques importantes faites à cette occasion.

Lundi 24 mars 2014, sur le site Perregaux, le conseiller d’Etat Pascal Broulis et Laurent Wehrli, président du Grand Conseil, scellent sous un moellon plusieurs documents symboliques. Ils donnent ainsi, solennellement, le coup d'envoi  des travaux de reconstruction du Parlement. Enfin, est-on tenté de dire. Le bâtiment est livré à lui-même depuis qu'un incendie l'a ravagé en 2002.

La première étape consiste à déblayer les lieux et à procéder à des recherches archéologiques qui se révèlent exceptionnelles (lire l’encadré). En février 2015, sitôt ces recherches terminées, les travaux de construction proprement dits démarrent et ils vont bon train. Les murs existants sont renforcés. Les murs en béton de la salle parlementaire et du futur hall d'entrée situé rue Cité-Devant commencent à être coulés. Le fronton nord, qui avait considérablement souffert, est restauré et remonté à l'identique. Deux mois après le début de la pose de la charpente de la salle parlementaire, la toiture est hors d'eau.

Entre mai et juin, l’ancienne façade de la maison Charbonnens, située dans le hall principal, est mise en valeur; l’escalier principal est posé. Les gradins sont installés dans la salle parlementaire ainsi que le mobilier et les équipements pour le travail des députés. Dans le vestibule, les portes historiques sont réinstallées après leur rénovation, puis le sol en galets est remis en place. Dans la buvette, les murs et plafonds sont terminés, alors que les revêtements de sols et le mobilier sont en cours de pose. À l’extérieur, les travaux de façades sont terminés, permettant ainsi l’enlèvement complet des échafaudages.

Développement durable

La préservation du patrimoine et le recours aux dernières technologies en matière d’économies d’énergie ont été les deux axes majeurs de la reconstruction du Parlement. Les performances du bâtiment sont équivalentes au standard Minergie. La géométrie particulière de la toiture et la qualité de l'enveloppe thermique permettent une circulation d’air naturelle dans l’hémicycle. Elles garantissent un climat agréable, hiver comme été, avec un minimum d’apport d’énergie externe.

Les principes du développement durable ont été appliqués. La récupération des matériaux existants a été favorisée. On a réutilisé les blocs de pierre issus des démolitions pour construire les murs intérieurs de la buvette du Parlement. Ce qui n’a pas été réutilisé sur place a été recyclé. Enfin, le chantier a fait l’objet d’un programme de réinsertion pour des chômeurs.

Les artisans et les matériaux locaux ont aussi été privilégiés. L'ample toit est couvert de tuiles en terre de Corcelles-près-Payerne. La charpente fait également honneur au canton avec l’utilisation d’un bois 100 % vaudois issu de la forêt du Jorat. (lire encadré) Pas moins d’un millier de sapins et d’épicéas ont été nécessaires à la réalisation des panneaux multiplis de haute technicité qui constituent la charpente.

Au printemps 2014, la première étape consiste à déblayer les lieux. (BIC)
En 2014, on découvre un fragment de peinture murale du début du 14e siècle: l'une des plus anciennes peintures profanes connues à ce jour en Suisse. (BIC)

Un toit sans poutre

Tant a déjà été dit et écrit sur le toit, sa forme, sa couleur. Dans ce contexte, certains éléments le concernant sont pourtant passés inaperçus, comme la technique novatrice, au cœur de la construction du nouveau parlement. Le toit, haut de 15 mètres, ne sera en effet pas soutenu par des poutres, mais seulement par sa base, composée d’un atrium vitré laissant entrer la lumière naturelle, et d’une tribune publique dominant la salle. Pour parvenir à ce résultat, les responsables travaillent avec des grands panneaux préassemblés qui constituent à la fois la surface de la structure et les éléments supportant la charge. Le projet a été développé à l'EPFL.

Les éléments en bois de la toiture. (ARC Jean-Bernard Sieber)

Du bois vaudois certifié

Le bois vaudois utilisé dans la charpente du Parlement cantonal a obtenu sa certification d’origine attribuée par la filière suisse du bois. Symbole de qualité environnementale pour ce bâtiment emblématique, ce label a surtout pour objectif de promouvoir une industrie forestière régionale qui présente un fort potentiel de développement, au moment où le bois revient en force dans le secteur de la construction.

Unique en son genre dans tout le pays, le Certificat d’origine bois suisse (COBS) a été créé en 2009 par Lignum, l’organisation faîtière de l’économie suisse de la forêt et du bois. Il atteste que 80% au moins des 195 tonnes de bois mises en œuvre sont autochtones et que la part du travail réalisé en Suisse atteint au moins 60% de la valeur totale de l’objet.

(ARC Jean-Bernard Sieber)

Une rapide histoire du site Perregaux

Édifié en 1803, détruit par un incendie deux siècles plus tard, le bâtiment qui abrite le Parlement vaudois est resté en ruines pendant douze ans. Rappel des principaux événements.

14 avril 1803. Vingt-cinq coups de canon sont tirés sur la place de Montbenon. Le Petit Conseil – pouvoir exécutif de l’époque – se réunit pour la première fois à l’Hôtel de Ville de Lausanne. Le premier Grand Conseil vaudois entreprend quant à lui de trouver une salle de réunion dans le Château. Dix jours plus tard, l’architecte Alexandre Perregaux présente son projet qui consiste à créer le siège du Parlement dans un bâtiment inséré dans les murs de l’ancienne maison capitulaire qui fait face au Château. Le 6 mai, le Petit Conseil charge l’architecte d’entreprendre la réalisation de son projet. Le Parlement sera achevé en mai 1804, soit à peine plus d'un an après la naissance du nouveau canton.

La salle est conçue à l’origine pour abriter 180 députés. À partir des années 1870, ils commencent à se plaindre de son exiguïté. Sa taille, sa configuration et son mobilier ne répondent plus aux exigences de travail d’un parlement moderne. La première discussion attestée sur ce sujet dans l’hémicycle remonte à 1872. Tout le monde s'accorde sur la nécessité de trouver une solution pour le moyen et long terme. Les débats se poursuivront durant 130 ans.

Le temps des difficultés

En 1994, une opportunité se présente. Le déménagement prévu de l’École de chimie de la Cité à Dorigny donne la possibilité de repenser l’aménagement de la place du Château et de prévoir de nouveaux locaux pour les députés. Le Grand Conseil vote un décret permettant de financer une étude ainsi qu'un concours d’idées pour un nouveau parlement et un réaménagement des bâtiments de la place du Château. Au printemps 1995, plus de 110 projets sont déposés. Aucun ne passe la rampe.

En 1999, le Canton traverse une situation financière difficile. Le Conseil d’État propose alors de repousser le début des études en vue de la réalisation d’un nouveau Parlement. En lieu et place, il demande un crédit d’ouvrage pour le déménagement provisoire du Grand Conseil à l'aula de Rumine et pour la rénovation de l’enveloppe du bâtiment Perregaux.

L'incendie

Les travaux de restauration commencent en septembre 2001, juste après l’installation temporaire du Grand Conseil à l’aula du Palais de Rumine. Le 14 mai 2002, c'est le drame. Un incendie accidentel détruit l’essentiel du bâtiment, soit le rez-de-chaussée qui accueillait la salle parlementaire et le fumoir, ainsi que la toiture.

L'incendie remet en question l’ensemble de la démarche liée au projet d’un bâtiment parlementaire sur la place du Château. Le Conseil d’État nomme une commission chargée d’entreprendre une large réflexion sur l’avenir du site. Une motion, déposée par le député Éric Golaz et adoptée à une large majorité par le Grand Conseil le 10 septembre 2002, demande la construction rapide d’un nouveau bâtiment du Grand Conseil à la place de l’ancien bâtiment Perregaux. Douze ans s'écouleront.

Mardi 3 juillet 2001, les députés font leurs adieux à l’ancienne salle, dont la rénovation doit commencer. (Gilles Simond)
Dans la nuit du 13 au 14 mai 2002, les flammes ravagent la salle Perregaux en rénovation. (ARC Jean-Bernard Sieber)

Le temps des ruines

Les vestiges du Parlement sont déblayés afin d'être analysés, les ruines sont sécurisées et un toit provisoire est installé pour les protéger des intempéries. Les résultats de l'analyse du bureau d'ingénieurs civils mandaté révèlent que les structures de la partie médiévale sont saines et aptes à supporter des charges élevées. Au niveau de l’esplanade, seuls les murs de la façade qui surmontent le corps médiéval reçoivent une appréciation positive.

En 2003, dans un contexte du gel des dépenses d'investissement, le projet issu des études engagées sur le site Perregaux, qui représente un investissement de 25 millions de francs, est refusé. Les études sont suspendues pendant 18 mois.

En 2007, le Conseil d'État fixe un cadre financier dans lequel le comité de programmation devra définir un programme des locaux et des exigences fonctionnelles auxquels devra répondre le nouveau parlement. L'enveloppe est d'environ 17 millions de francs.

Un toit controversé

En 2009, un nouveau concours est lancé avec pour objectif de bâtir la nouvelle salle sur les vestiges. La même année, en juin, le projet "Rosebud" de l'Atelier Cube (Lausanne) et des architectes catalans Bonell & Gil est désigné lauréat par le jury du concours d'architecture. Une partie de la population se mobilise contre un toit jugé trop imposant. Le débat aboutit à un référendum en 2012. Intitulé "Non au toit!", il ne sera jamais mis en votation. Le Conseil d'État demande que le projet initial soit revu pour répondre aux objectifs financiers et veiller au respect de la substance historique du site. Dans le projet révisé, la toiture a perdu 30% de son volume, les quatre pans sont symétriques et la couverture est composée de tuiles dont la teinte a été jugée mieux adaptée pour s’intégrer et mettre en valeur les éléments historiques conservés.

Le 24 mars 2014, après plus d'une décennie marquée par les péripéties, la cérémonie de pose de la première pierre du nouveau bâtiment du Parlement cantonal se déroule enfin sur le site Perregaux.

Avril 2008: les herbes folles ont envahi le site, à la veille du lancement du concours d’architecture pour la reconstruction du Parlement. (BIC)

L'intervention artistique: un lien entre les élus et la population

C'est une œuvre de l'artiste Anne-Julie Raccoursier qui orne le Parlement. Ni peinture, ni sculpture, « Vidéoconfiance » donne à voir les portraits de citoyens vaudois de toutes origines.

C'est à l'unanimité que le jury, présidé par l'architecte cantonal Emmanuel Ventura, a désigné le projet artistique lauréat qui enrichit le Parlement. Intitulé "Vidéoconfiance", il consiste en la diffusion, en boucle et sans son, de portraits de Vaudois sur quatre écrans grand format, disposés dans les espaces de circulation.

Citoyens lambda, d’origines diverses, de classes sociales, de sexes et d’âges différents, ces Vaudois sont un lien entre les élus et la population. «Les élus influent par leur action sur tous les domaines de la vie quotidienne du citoyen. Le rôle du citoyen dans une démocratie ne s’arrête pas à l’élection d’un gouvernement. Il doit entretenir un contact permanent avec ce dernier pour qu’il ne se coupe pas du peuple et de ses besoins", souligne l'artiste.

Entre confiance et surveillance

Filmés dans leur environnement dans plusieurs endroits du canton, ils sont environ 200 à donner le sentiment de suivre les parlementaires dans leur travail et leurs décisions. Filmées en plan rapproché, ils regardent en face, avec une légère confiance et sympathie comme pour rappeler leur existence. En même temps, dans ce dispositif de télé-présence, leur attitude assume une nouvelle signification, quasi de surveillance. Leur regard croise celui du spectateur-élu, le conduisant à prendre conscience de son statut.

"L’illusion optique des yeux du portrait rapproché donne la sensation d’être suivi du regard, et même en s’éloignant, d’être dans un champ d’observation permanent, suscitant un sentiment de co-présence et d’ubiquité", précise Anne-Julie Raccoursier. Les vidéos seront renouvelées à chaque législature. 

Deux ou trois choses que l'on sait d'elle

Née à Lausanne en 1974, Anne-Julie Raccoursier s’illustre depuis plusieurs années par un remarquable travail vidéo, présenté dans des expositions en Suisse et à l’étranger.

Professeure en art visuel à la Haute école d'art et de design – Genève, l'artiste romande accomplit ses études à l'École supérieure d'arts visuels de Genève, où elle se forme aux médias mixtes. En 1999, elle s'installe aux États-Unis avec son diplôme de l’ESBA Genève en études curatoriales et de genre en poche. Entre 2001 et 2003, elle effectue un master en études critiques au California Institute of the Arts de Los Angeles (CalArts). Elle se spécialise dans les Cultural Studies, plus particulièrement les youth cultures, les pratiques féministes et les pédagogies alternatives.

L’artiste est lauréate de la Bourse des arts plastiques du Canton, en 2010, ainsi que du Prix culturel vaudois Arts visuels 2014, pour ne citer que ces deux distinctions. Plusieurs de ses œuvres figurent dans des collections publiques (Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne) et privées (Collection BCV). Avec "Vidéoconfiance", c'est au Parlement qu'elle accède.

Filmés dans leur environnement dans plusieurs endroits du canton, environ 200 citoyennes et citoyens donnent le sentiment de suivre les parlementaires dans leur travail et leurs décisions. (François Bertin)
L’artiste Anne-Julie Raccoursier. (Amélie Blanc)
 

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