Un petit pas pour l'égalité
Dans l’inconscient collectif, certaines professions restent réservées soit aux femmes, soit aux hommes. La santé ou le social pour les premières, la mécanique ou la technique pour les seconds: les stéréotypes ont la vie dure, mais le Bureau de l’égalité et l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle s’attaquent au problème (10.05.2010).
Pour tordre le cou aux idées reçues et pour promouvoir ces professions auprès des deux sexes, le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH), en collaboration avec l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle, met sur pied chaque année, depuis sept ans, des stages dans la technique destinés exclusivement à des filles de 8ème année et, sur le même modèle, des stages dans le domaine de la santé pour les garçons. Aperçu de l’un d’eux, qui vient d’avoir lieu au CHUV de Lausanne.
Des activités au cœur du centre hospitalier
Après avoir enfilé leurs blouses et accroché fièrement leurs badges – des badges réglementaires et faits expressément pour eux –, les onze participants (des élèves de 8ème année scolaire, toutes voies confondues, recrutés cette année par le Centre OSP de l’Est) sont prêts à passer à l’action. Les activités débutent avec trois ateliers de simulation de soins : réanimation cardio-pulmonaire, contrôles vitaux (tension, circulation sanguine) et réfection de pansement. Quatre étudiants de la HECVSanté en font d’abord la démonstration, puis c’est au tour des écoliers de s’exercer. L’après-midi est consacré à des immersions dans divers services du CHUV (centre de dialyse, laboratoire central d’hématologie, médecine infectieuse, médecine interne, laboratoire IMU), où les jeunes suivent le quotidien des praticiens.
Le lendemain, les immersions se poursuivent : traumatologie, maternité, soins intensifs en pédiatrie, radiologie, ergothérapie. Tout au long de ces deux jours, les adolescents se seront montrés intéressés, attentifs et appliqués dans les tâches qui leur étaient confiées. Et ce, même si la plupart d’entre eux ne retiennent que le côté ludique de certaines activités, comme par exemple l’utilisation de la console Wii dans le cadre de la neurologie.
La parole aux pionniers
Le témoignage des professionnels a montré que, dans un univers majoritairement féminin (le CHUV compte 68% de femmes), le fait d’être un homme « ne pose pas de problèmes ». A cet égard, le cas de Michel Bruwier est particulièrement éloquent. On pourrait croire que son statut d’homme sage-femme mette mal à l’aise certaines patientes ou leurs conjoints, mais il n’en est rien. « J’ai déjà eu des mamans qui m’ont demandé d’être prises en charge par une collègue féminine, mais c’est très rare. Le cas échéant, je peux toujours me faire remplacer. De la surprise, il y en a généralement, parce que ça ne fait pas longtemps que des hommes exercent ce métier », explique-t-il. Et son collègue Dominique Weibel, infirmier aux soins intensifs en pédiatrie, d’ajouter : « Pour les soins intimes, par exemple, je demande spontanément aux patients – garçons comme filles – s’ils veulent que ce soit moi ou une femme qui s’en occupe. Chez les adolescents ou les jeunes adultes, c’est quelque chose qui compte. Le fait d’avoir des hommes dans un service est intéressant, parce que l’on peut s’adapter à la personne ». Pour ces pionniers, la mixité au travail amène enrichissement et partage. Elle permet d’instaurer un équilibre et de pondérer les points de vue entre les deux sexes. Etre un homme dans le milieu de la santé, cela a parfois aussi ses avantages : certains se font « chouchouter ». Pour d’autres, le fait de côtoyer et de travailler en permanence avec des femmes permet de mieux comprendre l’autre moitié de l’humanité.
Choix du métier confirmé pour les uns
Pour les quelques écoliers qui avaient déjà l’intention de travailler dans ce domaine, le stage aura renforcé cette conviction, à l’instar de Lionel qui veut devenir ambulancier : « Je suis déjà monté à bord d’une ambulance. On n’a pas fait ça aujourd’hui, mais j’ai pu voir d’autres aspects du métier. Tout cela a confirmé mon choix ». Valentin renchérit : « Depuis toujours, je suis intéressé par la santé. Mon père travaille en radiologie au CHUV. Je veux devenir chirurgien ». Quant à Nicolas, qui est actuellement en VSO, il aimerait devenir infirmier. Le parcours pour y accéder pourrait passer par l’apprentissage d’assistant en soins et santé communautaire, accessible directement après l’école.
Pas à pas dans l’évolution des mentalités
Pour les autres, c’était l’occasion de découvrir certaines professions, méconnues ou non, qu’on oublie ou qu’on évite, parce qu’on les croit réservées aux femmes. Leur horizon professionnel s’est élargi et c’est ce qui compte. Ils garderont peut-être le souvenir de leur passage au CHUV dans un coin de leur tête et qui sait s’il ne refera pas surface au moment où ils devront choisir une formation ou un métier, pour finalement embrasser une carrière dans le domaine de la santé.
De retour dans leurs classes respectives, tous ces écoliers pourront raconter ou partager leurs aventures avec leurs camarades. Les mentalités évoluent aussi de cette façon. Certes, les études sur la question montrent que le facteur temps est déterminant dans la disparition des préjugés. Ce n’est qu’à force de multiplier ce type d’expériences ou de témoignages qu’il sera possible d’y parvenir. Les petits vaisseaux font les grandes artères.
Pour des informations supplémentaires
Consulter le site internet du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes : www.vd.ch/egalite


