Interview de Ghislaine Heger sur son livre et l'exposition "Itinéraires entrecoupés"

Vous avez un cursus varié ; Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre parcours artistique  ?

A l’origine je suis diplômée des Beaux-Arts de Genève en option cinéma, et ce que j’apprécie particulièrement, autant dans le cinéma que la photographie, c’est le documentaire: j’aime parler des gens tels qu'ils sont, sans mise en scène, sans filtre. Le fil rouge de ma pratique artistique est de mettre l’art au service des citoyens pour les sensibiliser, les interpeller, nous remettre en question sur notre propre société en instaurant un dialogue continu et constructif.

 

Pourquoi avoir voulu réaliser ce projet artistique sur les bénéficiaires de l’aide sociale ?

J’ai souhaité réaliser ce projet notamment parce que j’ai moi-même bénéficié de l’aide sociale pendant quelques mois. Cette expérience m’a profondément marquée. Je me suis dit que si cela pouvait m’arriver à moi, cela pourrait arriver à n’importe qui, quel que soit son niveau d'éducation ou son âge. J’ai donc eu envie de casser les clichés sur les bénéficiaires de l’aide sociale en leur donnant la parole, en leur permettant de s’exprimer et de sortir de leur isolement, sans se sentir jugés.

 

Vous avez vous-même eu recours à l’aide sociale ; Comment cela a-t’ il influencé la réalisation de ce projet ?

Cela m'a énormément influencée ! J’ai pu créer un véritable lien de confiance avec mes interlocuteurs, ayant personnellement connu ce sentiment de honte, de marginalisation, dans une société où toute votre identité se fonde sur le travail.

 

Dans tous ces récits de vie, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Je trouve que tous ces parcours sont touchants, cependant ce qui m’a particulièrement marquée, c’est l’isolement dans lequel ces personnes vivent ou encore la dimension parfois infantilisante du système d’aide sociale. J’ai également trouvé que certaines situations étaient très injustes.

Plus positivement, j’ai été marquée par le fait que certaines personnes se reconstruisent – moralement et socialement - grâce aux missions de bénévolat auxquelles elles sont invitées à participer dans le cadre de leur réinsertion. Pour ces personnes, l'argent n'est pas l'enjeu majeur, mais ce qui l'est davantage, c'est le regard bienveillant et encourageant que l'on peut porter sur elles.

 

Suite au lancement de votre livre et de votre exposition « Itinéraires entrecoupés », quels sont vos prochains projets ?

Je vais continuer à me battre pour défendre le statut des artistes en Suisse. C'est une cause qui me tient particulièrement à cœur, car les artistes ne parviennent pas à vivre de leur pratique et ne sont pas reconnus pour ce qu'ils font. Défendre la culture, c'est aussi défendre la multiplicité de notre identité helvétique. Je ne sais pas encore sous quelle forme – photographie, cinéma, écriture – mais j'espère pouvoir sensibiliser le public à la cause en partant toujours d'exemples concrets.