Les modules complémentaires techniques, une passerelle vers les HES

Au Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV), les stagiaires en modules complémentaires techniques (MCT) se préparent à étudier dans une Haute École spécialisée (HES) du domaine de l’ingénierie. Nicole Rochat, aujourd’hui ingénieure, est passée par là. Odile Meylan

Les écoles professionnelles organisent des années préparatoires en collaboration avec les HES. Visite au CPNV.

Les années préparatoires organisées par certaines écoles sont une alternative au stage pratique requis après un titre non spécifique pour entrer dans une HES (voir l’encadré). La passerelle organisée depuis 2012 au Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV) suscite un intérêt grandissant chez les candidats et candidates à une formation HES sans expérience professionnelle. «Nous faisons le plein à chaque rentrée, soit 40 stagiaires et certains sur liste d’attente, se réjouit Jean-Marc Vulliamy, enseignant. La principale force des modules complémentaires techniques (MCT) est de permettre la découverte de plusieurs métiers.» Mécanique, automatique, informatique et électronique sont au cœur des métiers techniques. Dans les ateliers du CPNV consacrés à cette passerelle, les stagiaires acquièrent des compétences pratiques, de raisonnement et de collaboration en réalisant trois projets au cours de l’année. Objectif? «Préparer des jeunes ayant un parcours purement scolaire aux études à la Haute École d’ingénierie où ils côtoieront des titulaires de CFC. Il y a de moins en moins d’activités manuelles aujourd’hui, certains jeunes n’ont jamais touché un tournevis», confie Jean-Marc Vulliamy, lui-même ingénieur en microtechnique. Confrontés à des problématiques concrètes, formés à utiliser les machines et outils utiles à la réalisation de leurs projets, les stagiaires apprennent en outre à développer leur esprit critique et à évaluer leurs résultats.

Apprendre par l’expérience
Arnaud Ducrey, aujourd’hui stagiaire MCT, raconte s’être lancé dans des études en microtechnique à l’EPFL pour le côté interdisciplinaire de cette filière. «Mais l’enseignement était très théorique et j’aspirais à plus de pratique.» Des recherches sur internet l’ont conduit à s’intéresser à la filière proposée par la Haute École d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD), et à s’inscrire à l’année préparatoire du CPNV. Ce qui lui plaît en particulier, c’est de découvrir la théorie à partir de l’expérimentation: «En MCT, nous utilisons les maths comme un outil.» Arnaud Ducrey ajoute: «La liberté que nous offre ce cursus nous amène aussi à nous impliquer davantage dans nos projets». Les stagiaires peuvent proposer des thèmes, une autre façon de se frotter à la réalité du terrain, comme le souligne Jean-Marc Vulliamy: «Les idées ne sont pas toujours compatibles avec le temps à disposition. On laisse les jeunes tester leurs limites, aller au bout de leurs idées pour qu’ils évaluent la faisabilité de leur projet. Nous n’avons pas d’attentes, mais les clients, eux, en auront.»

Révélation
«Les MCT m’ont redonné le goût des études supérieures.» Nicole Rochat, aujourd’hui ingénieure en systèmes industriels HES, revient de loin: sa maturité gymnasiale en poche, elle se lance dans des études de médecine qui lui semblaient répondre à la fois à son intérêt pour l’humain et pour les sciences. Dans les auditoires pleins à craquer, les cours ne répondent cependant pas à son besoin de concret, et la jeune femme se réoriente en sciences de la vie: «À l’EPFL, tout va très vite, les cours s’enchaînent et on se bat contre le retard.» Elle n’y passe qu’un semestre, perdant confiance dans ses capacités à suivre des études. C’est dans ce contexte d’incertitude qu’elle a découvert, au fil d’une discussion avec un ami, les formations HES et la possibilité d’y accéder après une année préparatoire. Les MCT ont été pour elle une révélation. «Au cours de cette année au CPNV, j’ai aimé réaliser des projets, concevoir des systèmes, câbler, faire des schémas… J’ai repris confiance en moi.» À ses yeux, «les MCT offrent une bonne préparation aux métiers techniques». La jeune femme vient d’obtenir son bachelor et cherche un emploi dans lequel elle pourra valoriser les compétences acquises à la HEIG-VD.

Corinne Giroud, Pauline Castella
Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle - Vaud

Publié dans le 24 heures du 25 février 2021

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