Un séjour au pair pour améliorer ses compétences linguistiques

Jonathan, Justine et Chloé (de g. à dr.) viennent de rentrer d’un séjour linguistique en Suisse alémanique. Une expérience qui enrichit leur CV sur le plan des langues et démontre leur organisation et leur autonomie.Florian Cella

L'immersion dans une autre région linguistique suisse permet d’acquérir de l’aisance dans une langue. Témoignages.

La Suisse peut se targuer de son plurilinguisme. C’est à la fois une difficulté et une chance pour les candidats et candidates à des formations exigeant des compétences de communication élevées en langues étrangères. Certains apprentissages, les études au gymnase ou la formation à l’enseignement primaire, par exemple, font la part belle aux langues. L’immersion dans une autre région linguistique reste un moyen d’acquérir rapidement de l’aisance. Les séjours au pair en Suisse sont une alternative aux voyages au-delà des frontières lorsque les conditions d’accès à l’étranger sont compromises, comme en période de pandémie.

Un petit salaire
Jonathan, 16 ans, vient de rentrer de son séjour à Dübendorf (ZH), où il s’est principalement occupé de deux jeunes enfants pendant six mois. «J’ai remplacé un autre garçon qui avait quitté la famille. Je faisais aussi le ménage, un jour par semaine.» Ses horaires concentrés sur quatre jours lui ont permis de rentrer chez lui chaque semaine ou presque. «Pour moi, c’est important de passer du temps avec ma famille et mes amis.» C’est après avoir cherché en vain une place d’apprentissage d’employé de commerce que Jonathan est parti au pair pour occuper cette année de transition. «Je ne voulais pas aller dans une école de langue à plein temps. Au pair, j’ai pu découvrir le monde professionnel et toucher un petit salaire.» Le fait de s’être débrouillé hors du cercle familial a joué un rôle prépondérant dans ses postulations. «J’ai trouvé ma place d’apprentissage dans une fiduciaire; l’employeur sait que je suis capable de travailler.» Jonathan a aussi pris conscience de ce que s’occuper d’un ménage veut dire. «Je pensais qu’être femme au foyer n’était pas difficile. J’ai découvert la responsabilité d’être parent.»

Concrétiser un rêve
Chloé vient de rentrer de son séjour au pair à Zurich. «J’ai toujours aimé les enfants et je rêvais de faire un séjour au pair.» Après son apprentissage de gestionnaire du commerce de détail à la Poste, cette fille unique est partie à Zurich dans une famille d’accueil pour mettre son rêve à l’épreuve de la réalité. Des semaines de 40 heures de travail, un après-midi de cours de langues – Chloé a dû s’organiser pour faire face à ses nouvelles responsabilités. «Je me suis occupée de trois enfants en bas âge, dont un bébé. C’était ce que je voulais, mais ça n’a pas été évident, surtout au début.» Des échanges sur son quotidien avec une amie, également au pair dans la région, l’ont aidée à passer le cap. Aujourd’hui, sur le point de quitter sa famille d’accueil après un séjour qui vient de se terminer par des vacances en Italie, la jeune fille soupire: «Ça va être dur de les quitter, ils ont été si gentils avec moi et ont tout fait pour que je me sente faire partie de la famille.» De cette année «hors du commun », selon ses termes, elle tire un bilan positif. «Mon allemand s’est amélioré à l’oral, et j’ai pu me familiariser l’oreille en écoutant le papa parler en anglais avec ses enfants. J’ai également appris beaucoup de choses qui me seront utiles quand j’aurai moi-même des enfants. » Quant à son futur métier, elle hésite encore. Pour l’instant, elle vient de franchir avec succès le cap des derniers entretiens d’embauche pour un poste de conseillère dans une grande banque.

Faciliter les études
Justine, l’amie de Chloé, veut devenir vétérinaire. Après l’école de maturité, elle pensait partir en Allemagne pour perfectionner la langue de ses futures études à Berne, mais les restrictions liées au Covid l’ont contrainte à rester en Suisse. «J’ai fait un stage d’essai de deux jours dans une famille à Zurich, j’ai eu tout de suite un bon contact. Il y avait une bonne dynamique. Avec deux filles adolescentes, j’avais plutôt des tâches ménagères à faire. J’ai tenu à rester là- bas le week-end pour favoriser l’apprentissage de l’allemand.» À l’école de langue, elle a choisi de suivre le niveau B2, même si les cours au gymnase visent également ce niveau. «Je voulais développer la compréhension et l’expression orale.» Expérience concluante sur tous les plans: «Je craignais de sortir de ma zone de confort, mais je n’ai pas considéré cette expérience comme un travail. Je suis devenue comme une grande soeur pour les deux filles de la famille et je me suis très vite sentie comme chez moi. Ce séjour m’a responsabilisée.» Justine vient de se présenter à l’examen d’aptitudes aux études de médecine vétérinaire, qu’elle envisage de suivre à Berne. Elle pense rester sur place le week-end. «Tout dépendra de la charge de travail.» Pour Verena Huber, représentante du bureau de placement Pro Filia à Lausanne, «un séjour au pair est l’occasion de créer des liens tout en acquérant des compétences linguistiques. La situation liée à la pandémie de Covid a engendré une augmentation ponctuelle des demandes pour des séjours au pair, notamment de jeunes qui visent la HEP ou qui n’ont pas trouvé de place d’apprentissage.» Verena Huber souligne en outre l’intérêt, pour un jeune intéressé par l’anglais, de séjourner dans une famille anglophone en Suisse alémanique, faisant ainsi coup double.

Corinne Giroud
Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle - Vaud

Publié dans le 24 heures du 19 août 2021

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