Une intégration réussie grâce à l’apprentissage et à la persévérance

Amanuel Senay est très reconnaissant du soutien qu’il a reçu de sa femme et des différentes entreprises et associations qui l’ont engagé.Odile Meylan

Réfugié érythréen, Amanuel Senay s’est formé comme électricien de réseau, un métier exigeant dans lequel il s’épanouit.

Après un difficile périple et deux années transitoires au Soudan, Amanuel Senay est arrivé en Suisse en 2013, à l’âge de 30 ans, rejoignant sa femme, établie dans le pays depuis une année. «En Érythrée, j’avais terminé mes études en sciences politiques à l’Institut de technologie de Mai Nefhi. Mon objectif était que nous rejoignions l’Angleterre, où j’ai de la famille, et que j’y continue mes études.» En attendant de pouvoir récupérer son diplôme et concrétiser ce projet, Amanuel Senay essaie de s’intégrer dans son pays d’accueil provisoire. «Je ne parlais pas un mot de français, témoigne-t-il. Ce n’était pas simple de trouver sa place dans un pays complètement différent, notamment au niveau de la culture.» Grâce au réseau tissé par sa femme, il a cependant l’opportunité deux semaines déjà après son arrivée d’être engagé en tant que bénévole par différentes associations. De l’entretien de jardins et de locaux (désherbage, sanitaire, peinture, etc.) à l’accompagnement de personnes âgées (pour des courses, des visites médicales ou en milieu hospitalier), Amanuel Senay s’investit activement durant trois ans. Il profite de ces expériences variées et riches de contacts pour apprendre le français et créer des liens. En parallèle, ne parvenant pas à récupérer son diplôme, Amanuel Senay renonce à rejoindre l’Angleterre et choisit de se former en Suisse. «En Érythrée, mon père avait une petite entreprise sanitaire. Depuis l’âge de 14 ans, je l’ai beaucoup aidé, d’abord comme ouvrier puis en tant que chef d’équipe. Je l’ai parfois même remplacé en tant que patron de l’entreprise. C’est un domaine qui m’a toujours intéressé et j’ai donc commencé à chercher une place d’apprentissage d’installateur sanitaire.» Amanuel Senay effectue plusieurs stages, sans toutefois réussir à décrocher une place: «À cause de mes bonnes connaissances du métier et sans doute aussi de mon âge, les entreprises voulaient m’engager comme employé plutôt que comme apprenti.» Alors qu’il persévère dans ses recherches, une connaissance, directeur d’un établissement public de réseaux d’énergie, lui propose de faire un stage d’électricien de réseau. «J’avais déjà une idée du métier car mon cousin l’exerçait. Comme j’apprécie les activités manuelles, ça m’intéressait et j’ai accepté.»

Une formation exigeante
Les deux semaines de stage sont concluantes pour les deux parties et Amanuel Senay est engagé comme apprenti. Le cursus n’est pas de tout repos et peu conciliable avec sa vie de famille: «Les cours étaient vraiment difficiles, même pour les autres apprentis, tous francophones. De la première à la deuxième année, nous sommes passés de quinze à neuf élèves. Je travaillais deux à trois heures chaque jour pour les cours… J’ai peu vu mes deux enfants, qui sont nés juste avant et pendant ma formation.» En dernière année, Amanuel Senay échoue à l’examen pratique. «Je n’avais pas eu la possibilité de me préparer suffisamment pour les lignes aériennes, un aspect du métier qui n’était pas présent dans mon entreprise formatrice. Je devais faire un stage de plusieurs semaines dans ce domaine dans une autre entreprise, mais je n’ai pas pu car je m’étais cassé le pouce.» À la suite de cet échec, l’apprenti n’abandonne pas et s’accroche: «J’ai refait une année de pratique et beaucoup travaillé pour passer à nouveau l’examen, que j’ai finalement réussi avec 5,1: c’était la deuxième meilleure moyenne de Suisse romande!»

Des perspectives motivantes
Le jeune diplômé effectue alors plusieurs postulations avant d’être finalement engagé à l’automne 2020 dans son entreprise actuelle. «Ça me plaît beaucoup, c’est une grande entreprise, qui propose toutes les activités dans le domaine de l’électricité: ligne aérienne, basse tension, moyenne tension, changements de station, etc. Il y a une grande diversité. Je continue ainsi d’en apprendre davantage sur le métier.» Par la suite, Amanuel Senay souhaite poursuivre des études: «Ce sont surtout les énergies renouvelables qui m’intéressent: les panneaux solaires, les éoliennes, les barrages, etc. Les possibilités d’évolution sont nombreuses dans ce métier» conclut-il avec intérêt.

Zoé Schneider
Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle - Vaud

Publié dans le 24 heures du 28 janvier 2021

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