Conserver et mettre en valeur

Conserver et mettre en valeur

Conserver des vestiges: un challenge!

Un tronçon de l'aqueduc Divonne-Nyon, mis en valeur dans les années 1980. © Musée romain de Nyon

Autant les vestiges peuvent séjourner des siècles durant dans le sol sans trop se dégrader, autant ils sont fragiles une fois dégagés: la pluie et la neige, les écarts de température, la pollution et les micro-organismes constituent autant de menace, même pour la plus solide des maçonneries romaines. Leur conservation est donc un véritable défi, qui évolue au gré des codes de restauration.  Si les vestiges résistent au temps, leur présentation vieillit. Au gré des découvertes récentes et des études en lien, les données présentées sur les panneaux d’informations deviennent progressivement obsolètes.

A l’heure du développement des reconstitutions en 3D, de visites virtuelles et de mise à jour continuelle des contenus, se pose la question de la forme à adopter pour la mise en valeur des sites archéologiques: restaurations, marquages au sol et panneaux explicatifs coûteux qu’il faut entretenir et renouveler, ou alors dématérialisation totale de l’information au risque de perdre le lien concret et d’accentuer la distance avec nos racines?

Les solutions mises en œuvre par l’Archéologie cantonale vaudoise témoignent d’une cohabitation possible entre le réel et le virtuel. Ainsi, les projets de mise en valeur «traditionnelle» de nouveaux sites et le «lifting» des sites existants côtoient la mise en place de visites virtuelles et une présentation du patrimoine archéologique vaudois par le biais du vecteur d’informations incontournable que constitue désormais Internet.

La villa romaine d'Orbe-Boscéaz montre la voie

Les mosaïques d'Orbe reviennent de loin. Ici, un détail de la frise ouest des Divinités, avant, à la fin des années 1990, et après, en 2007. Concrétions, saletés et sels cristallisés ont été enlevés manuellement. Les anciennes restaurations ont été remplacées par un comblement neutre.
© Site et musée romains d'Avenches / Fibbi-Aeppli

Depuis les premières découvertes faites en 1841 à Boscéaz, le site s’est affirmé comme un pionnier de la restauration de mosaïques in situ. Pour les protéger, quatre pavillons aux toits de tuiles sont érigés, deux au milieu du 19e siècle, deux autres dans les années 30. L’ensemble est rénové et équipé d’un système d’alarme dans les années 1970.
Depuis, le site fait l’objet d’un entretien annuel mené par le laboratoire de conservation-restauration d'Avenches, supervisé par l’Etat de Vaud. 

En 1987, un abri provisoire est construit pour abriter la partie orientale de la mosaïque du Triclinium est. Enfin, un cabanon est érigé en 1993 au-dessus de la mosaïque d’Achille à Skyros, neuvième mosaïque découverte à ce jour à Boscéaz. Délabré, cet  abri est remplacé en 2015 par une structure plus adaptée.

Cependant, après 50 à 100 ans d’utilisation à l’époque romaine, 1600 ans d’enfouissement et 150 ans de présentation au public pour certaines d’entre elles, les dégradations de ces luxueux pavements ont nécessité un vaste programme de restauration.
Les opérations, initiées en 1994, s’achèvent en 2011 avec le traitement de la mosaïque dite d’Achille à Skyros. Il s’agissait tout d’abord d’assurer des conditions de conservations optimales: maintien d’une température constante et d’un taux d’humidité élevé, utilisation de matériaux qui permettent aux mosaïques de respirer et de bouger.

Une approche adaptée à l’état de conservation de chacune des mosaïques a été adoptée. Trois d’entre elles – Triclinium ouest, Cortège rustique et Labyrinthe –, ont été déposées puis réinstallées à leur emplacement d’origine. Les autres ont été restaurées in situ (voir les exemples présentés dans la colonne de droite).

Les mosaïques du  Triclinium est et d’Achille à Skyros ont toutes deux été recouvertes après documentation et stabilisation. Elles sont protégées par des abris en tôle et recouvertes pour éviter le dessèchement et le gel.
C'est ainsi que la mosaïque d’Achille à Sykros n’est pour l'heure découverte que pour les contrôles et en de rares occasions médiatiques.

Rappelons que le tracé de l'autoroute A9 a été dévié spécialement pour préserver le domaine de Boscéaz dans son intégralité, au sein de son enclos de 400 x 400 m. A terme, le site devrait être mis en valeur de façon à permettre au public de l'appréhender dans sa globalité.
En attendant, un pavillon d'accueil géré par la Fondation Pro Urba propose une petite exposition sur la villa, au travers d'une maquette et de vitrines sur différentes thématiques de l'Antiquité.
Une quinzaine de panneaux bilingues fournissent des informations variées: histoire des découvertes, territoire et voies de circulation à l'époque romaine, architecture de la villa.
Depuis l'été 2015 enfin, des panneaux consacrés à la longue parcours de restauration des mosaïques complètent ce panorama d'information.

Le virtuel au service du réel

Par les chemins de "Traverse"

"traverse" est une application mobile permettant la découverte personnalisée et vivante des patrimoines franco-suisses.
Depuis le 7 septembre 2017, elle vous accompagne dans l’interprétation d’un paysage, la visite d’un monument, la dégustation d’un produit de terroir...

Disponible sur Google Play et sur l'App Store

StoriaBox permet de découvrir les volumes des bâtiments à l'intérieur de l'enceinte, superposés aux éléments conservés in situ. © MTIS Sàrl

La réalité augmentée

La Haute Ecole de Gestion de l’Arc jurassien a développé une nouvelle technologie, proposant des visites de sites en "réalité augmentée".

Deux sites archéologiques vaudois bénéficient à ce jour de cette application StoriaBox : la villa gallo-romaine d’Orbe et le castrum d’Yverdon-les-Bains.

Sans aucun impact sur le terrain, grâce à une tablette numérique proposant une dizaine de postes à travers le site, on peut ainsi découvrir des reconstitutions superposant les volumes antiques restitués sur les vestiges arasés tels qu’ils sont actuellement visibles. Le parcours est agrémenté d’explications thématiques – architecture, vie quotidienne, nourriture – et de quiz.

Visite virtuelle de la villa romaine d'Orbe-Boscéaz

Les publications

La publication des découvertes, qu'il s'agisse d'ouvrages scientifiques, de rapports de fouilles ou de revues et guides destinés au grand public, constitue une part importante du travail des archéologues.
Dans le canton, c'est dans la collection des Cahiers d'archéologie romande que sont publiés tous les résultats de fouilles.
L'Archéologie cantonale édite par ailleurs sa propre revue annuelle, largement illustrée. Dans la partie "notices" de la revue, les premiers résultats de fouilles sont publiés directement à l'issue des chantiers, en préambule au long processus d'élaboration.

Vers les publications de l'Archéologie cantonale

Les événements ponctuels

Les offices du tourisme jouent un rôle essentiel dans le regroupement des informations. Capture d'écran de la page "Orbe" de l'office du tourisme d'Yverdon-les-Bains et région.

Conserver et présenter des vestiges à destination du grand public, c'est bien. Les faire connaître, c'est mieux.

Dans l'offre pléthorique d'objets culturels et touristiques, il n'est en effet pas toujours facile d'être visible. Pour faire mieux connaître leur patrimoine, les collectivités et les associations proposent de plus en plus des événements ponctuels, qui permettent de mettre en lumière et de faire (re)découvrir les sites qu'ils gèrent.

C'est chose courante pour les châteaux, qui organisent fêtes du vin, fêtes médiévales ou concerts. De même pour les musées, avec leurs expositions temporaires.

Du côté de l'archéologie, les journées portes ouvertes organisées sur les fouilles rencontrent toujours un vif succès.
On peut en outre citer le concept du "Site du mois", qui a mis en lumière, entre 2015 et 2017, une sélection de sites, à l'échelle nationale, l'occasion de retrouver des lieux où notre dernier passage remonte bien souvent à une course d'école... 

Le site du mois

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