Le contexte historique

Le contexte historique

Quand, à la fin du VIe siècle, après la mort de l'évêque Marius (Saint-Maire), le siège épiscopal s'installe à Lausanne, neuf siècles d'histoire de Lausanne commencent, marqués par la présence de l'évêque. Aujourd'hui encore subsistent les monuments de cette longue période: la cathédrale, l'évêché et le château Saint-Maire. Même si ce choix fut justifié par des conditions favorables comme la sécurité et de bonnes liaisons commerciales, la situation excentré de Lausanne dans les territoires du diocèce permit l'émergence de villes importantes au nord, Berne et Fribourg, qui interviendront de façon décisive dans l'histoire lausannoise.

Denier, argent, évêché de Lausanne, XIIe s.

La ville des évêques

Pendant tout le Moyen-Age la ville de Lausanne se confond avec son Eglise. Elle se concentre sur le promontoire de la Cité, autour de la cathédrale (dont le nom apparaît dans les textes en 814), laquelle détermine l'organisation de la cité. Entre le IXe et le XIe siècle, les rois de Bourgogne font de Lausanne le lieu de leurs sacres et de leurs sépultures. Leur générosité va assurer durablement la fonction de l'évêque: à la fin du IXe siècle, Rodolphe I abandonne à l'évêque ses droits sur les marchés, en 1011, l’évêque reçoit de Rodolphe III une autorité comtale sur l’étendue du Comté de Vaud.

L'évêque est doté dès lors, outre son pouvoir spirituel sur le diocèse, de celui d’un prince pouvant frapper monnaie. Avec la puissance renforcée de l'évêque, la ville connaît un essor. L'An Mil est marqué par la reconstruction de la cathédrale qui devient une église à trois nefs. Le premier palais épiscopal, l’actuel évêché, est édifié dans cette période. Lausanne, capitale religieuse, attire les ordres monastiques et se dote d'une structure hospitalière importante pour accueillir les pélerins.

En 1032, après l'extinction de la dynastie de ses rois, la Bourgogne est annexée au Saint Empire romain germanique. L'évêque de Lausanne devient prince, sans intermédiaire, de l'Empire. Entre le XIe et le XIIIe siècle, le règne des évêques se heurte à la convoitise des grandes familles féodales et des comtes de Savoie. Néanmoins, les évêques maintiennent leur pouvoir sur la ville. En 1219 la ville est à son apogée, la population y est avec ses 8000 à 9000 âmes la ville la plus peuplée de l'actuelle Suisse romande. "Un beau pays fertile" selon la description qu'en donne un voyageur de l'époque. Au cours du XIIIe siècle, les seigneurs accordent à leurs sujets, par des chartes de franchises, des droits plus larges, sans toutefois accorder aux villes les libertés politiques. Chaque ville se contente d’un Conseil de ville, d’un syndic et du droit de bourgeoisie pour chaque chef de famille. Les évêques concèdent à Lausanne une organisation communale, mais non l'autonomie qu'ils réclament. Les tentatives d'émancipation se répètent et se terminent dans la répression. Une charte de 1329, le Plaict général, rappelle que l'évêque, nommé par le chapitre des chanoines, exerce le pouvoir souverain, et pose des limites à ce pouvoir, déclarant que les états sont composés de trois ordres : le clergé, les nobles et les bourgeois.

Jusqu’au XVe siècle, cependant, la ville reste scindée en 5 bannières: la Cité fortifiée où résident les évêques et la Ville inférieure: Palud, Saint-Laurent, Pont et Bourg. Cette situation qui partage la ville en communautés distinctes, favorise la toute puissance de l’évêque. Au cours XVe siècles, luttes armées et émeutes se succèdent. C’est en 1481, à l'encontre de l’autorisation de l’évêque, qu’un "Acte d’union" est proclamé qui réunit les quartiers de la ville basse à celui de la Cité. Lausanne affirme alors son indépendance face à l'évêque et va changer de structure gouvernementale. En 1527, on regroupe les archives de la Cité et de la Ville inférieure à l'Hôtel de Ville de la Palud, édifié en 1464, qui devient le centre de la vie communale. Le premier bourgmestre remplace les anciens syndics.

L’Union est contestée par l’évêque qui fait appel au pape. Lausanne cherche un protecteur.
En 1526, pris entre les discordes constantes avec l’autorité épiscopale et la crainte du pouvoir savoyard, le pouvoir communal de Lausanne signe un traité de combourgeoisie, une alliance défensive, avec Berne et Fribourg, alliance qui prélude à l’entrée, en pays de Vaud, de la Réforme et des baillis de Berne. Le 13 mai 1536, Sébastien de Montfalcon, dernier évêque, prend la fuite, laissant la place à l’avoyer de Berne au château Saint-Maire, et ce pour 262 ans.

Hans-Franz Naegeli, avoyer de Berne de 1540 à 1568

La ville des baillis

Lausanne change de mains. Dans cette succession du pouvoir, les conditions de sujétion sont reconduites intégralement selon les droits et les devoirs de chacun par la nouvelle administration. La domination bernoise n’est pas ingrate pour autant: elle attribue à Lausanne de nombreux biens de couvents sécularisés, les églises paroissiales à l’intérieur de la ville, des prérogatives judiciaires et fiscales sur les terres de l’ancien évêché. L’autonomie communale conquise au XIVe siècle, rappelée haut et fort, est respectée dans son principe.

Le pays est découpé en bailliages. Les "magnifiques et très honorés baillis" s’entourent de la noblesse locale pour gouverner; le règlement bernois limite fortement les droits des Lausannois en soumettant à un "contrôleur général", issu de l'élite bourgeoise, les instances communales dont il fait partie. Dès le XVIe siècle, comme dans les autres villes européennes, apparaît un déséquilibre des pouvoirs: le Petit Conseil, instance des décisions, devient le monopole de quelques familles issues souvent de la noblesse, au détriment du Grand Conseil représentant des bourgeois. L'ordre bernois suppose aussi l'implantation de la Réforme et la formation de pasteurs. La première académie de langue française, ancêtre de l'université, est créée dans la Cité et soumise à la juridiction du bailli.

La guerre de Trente ans et ses ravages, les guerres de religion et leurs réfugiés, les périodes de froid et les mauvaises récoltes suivies de famines et de pestes, la misère des campagnes, les procès en sorcellerie n'épargnent pas  Lausanne et le Pays de Vaud, dont le sort semble pourtant plus enviable que celui de leurs voisins. Ces calamités n'empêchent pas la ville et le pays de se construire : surgissent ponts, réseau routier, cadastre, hospices, manufactures, imprimeries. Et l'organisation étatique progresse: recensement des populations, registres paroissiaux, aide aux pauvres, calendrier grégorien, réglementation du commerce, maintien de l'ordre… Au XVIIIe siècle des cercles littéraires et artistiques apparaissent, des organes de presse se créent, les premiers touristes étrangers arrivent… Les idées nouvelles circulent. 
Naguère assujettie, Lausanne s’émancipe. Tout en restant fidèle au pouvoir de Berne jusque dans l’exécution du major Davel, héros prématuré de l’indépendance, le peuple de Lausanne prépare sa liberté et sa vraie patrie. 

En 1798, la ville devient le bastion d’espérances révolutionnaires initiées par le choc de révolution française. Le 24 janvier l’indépendance est proclamée. L'histoire du nouveau canton du Léman se confond alors avec celle de la Suisse. De 1798 à 1803, les Vaudois participeront aux troubles de la République helvétique instaurée par Napoléon. En 1803, par l'Acte de Médiation, remis par Napoléon aux députés suisses, le Canton de Vaud obtient sa souveraineté et Lausanne devient le chef-lieu et le siège de ses institutions. Le château Saint-Maire, symbole d'un nouveau pouvoir, reste propriété d'un Etat en route vers la démocratie.

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