Un cadre général de l'évaluation plus simple et équitable

Dès l’automne 2018, le DFJC a travaillé en concertation avec tous les partenaires de l’école vaudoise à l’amélioration du cadre normatif introduit en 2013 par la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Respectant les principes fixés par la LEO que le peuple vaudois avait acceptée dans les urnes, les modifications progressivement introduites ont toutes visé à simplifier ce cadre et à renforcer la cohérence pédagogique dans les pratiques quotidiennes.

En août 2020, l’épreuve cantonale de référence (ECR) de 10S a été supprimée, le nombre d’évaluations a diminué et le poids de l’examen de certificat de fin d’études secondaires a été réduit. À compter de la rentrée 2021, le Cadre général de l’évaluation (CGE) est simplifié. Ce document administratif est le corpus des règles qui s’imposent au corps enseignant pour évaluer le travail des élèves et fixer à quelles conditions elles et ils seront promus, orientés et certifiés. Un principe général guide ces nouveaux ajustements : l’évaluation, décisive pour la promotion et l’orientation des élèves, ne doit pas se faire au détriment du temps consacré à l’apprentissage et l’expérimentation pratique.

Une vaste consultation et un consensus

Conférences des maîtres, directions, syndicats, association des parents d’élèves, conseils d’établissement ou encore commission consultative des jeunes, les différents acteurs de l’école ont été impliqués pour dessiner les contours d’une révision attendue sur le terrain. À l’issue de cette vaste consultation lancée en novembre 2019, un fort consensus s’est dégagé pour demander des simplifications. Le CGE était perçu comme rigide, trop complexe et peu lisible. Il importe en effet que les modalités d’évaluation reposent sur des critères explicites et transparents. Il en va de la confiance entre le corps enseignant et les élèves, ainsi qu’entre l’école et la famille.

Le système qui a pris fin en juillet 2021 reposait sur des groupes de disciplines — entre deux et trois suivant les cycles. Pour être promu, un élève devait obtenir une moyenne suffisante dans chacun des groupes, ce qui réduisait fortement les marges de compensation. Ainsi, un élève de VG qui se destinait à une formation dans un domaine manuel pouvait avoir une moyenne suffisante dans le groupe I comprenant les disciplines fondamentales (français, mathématiques, allemand, OCOM, sciences de la nature) et dans le groupe III regroupant les disciplines manuelles et artistiques pour n’échouer qu’à cause du groupe II (histoire, géographie, anglais).

Quant au groupe III (ACT, dessin, musique), il était le seul à ne pas compter pour l’orientation et si l’élève n’échouait qu’à cause de lui, le conseil de direction pouvait décider de le promouvoir malgré tout. Cela provoquait d’évidents effets délétères en termes d’investissement chez les élèves. Or, ces disciplines jouent un rôle reconnu par la recherche pour tous les cursus et les formations du postobligatoire qui requièrent à divers titres des compétences manuelles ou créatrices.

L’adhésion du terrain

Une enseignante en arts visuels qui a écrit au DFJC pour faire part de son adhésion à la révision actuelle rappelait les multiples anecdotes qui ont égrené ses trente années de carrière. Il y a ces élèves qui rendent feuille blanche en cours de dessin car « cela ne compte pas » mais qui s’appliquent en OCOM Arts car elle fait partie du groupe I. Il y a ces élèves qui reviennent d’un stage de plombier ou de paysagiste et qui s’insurgent qu’on ne leur ait jamais dit que le dessin pouvait être à ce point important. Il y a enfin ces conseils de classe où parfois ne sont affichés que les résultats des groupes I et II des élèves en échec. Et cette enseignante de conclure : « Approchant la fin de ma carrière, je constate que ce qui m’a le plus fait vaciller dans mon enthousiasme pédagogique a bien été la place très peu valorisée de ma discipline dans la répartition scolaire. »

Enfin, en intégrant les sciences dans le groupe I, l’ancien système avait rendu l’enseignement de cette discipline plus complexe. Avec une faible dotation horaire, les enseignants devaient enchaîner les évaluations pour ne pas donner à chacune d’elles un poids disproportionné et cela au détriment, notamment, d’une approche plus expérimentale de la discipline.

Les disciplines manuelles et artistiques valorisées

Dans sa version révisée, le CGE repose sur deux critères de promotion, d’orientation et de certification : obtenir une moyenne suffisante sur l’ensemble des disciplines ainsi que dans un groupe restreint de disciplines jugées « fondamentales » (voir graphique ci-contre). Ne plus cloisonner par groupe permet de tenir compte de toutes les branches, y compris les branches manuelles, créatrices et artistiques. Un élève qui a, par exemple, un profil moins académique voit ses compétences en OCOM ou dans le domaine manuel valorisées. Cela lui permet de se forger plus vite un projet professionnel en adéquation avec ses compétences plutôt que d’être mis en situation d’échec par un système peu adapté à son profil.

Ces réajustements ne rendent pas le système de promotion plus permissif. Les projections effectuées montrent un effet minime sur les taux de promotion et d’orientation, ainsi qu’un léger effet positif sur le taux de certification en VG dû à la meilleure prise en compte des profils plus hétérogènes de ces élèves. Cette révision vise en revanche à promouvoir les élèves pour de meilleures raisons, notamment en s’assurant qu’ils ont acquis les compétences de base dans les disciplines fondamentales.

Cette révision désigne un « groupe restreint » composé du français et des mathématiques (dès la 6P), de l’allemand (dès la 8P), puis encore de l’option choisie en 9S. Il faut également obtenir une moyenne suffisante dans ce groupe de disciplines, ce qui en souligne le rôle particulier. La recherche montre en effet que le français et les mathématiques constituent les disciplines les plus prédictives des chances de réussite des élèves dans toutes les autres disciplines. Elles sont d’ailleurs désignées comme « prioritaires » par la LEO dans son article 71. La présence de l’allemand s’explique en raison du poids global des langues dans la grille-horaire. Cette langue fait d’ailleurs partie des « disciplines de base » identifiées par le règlement de la LEO dans son article 65. Enfin, la présence de l’option permet à l’élève de voir son choix opéré en fin de 8P se refléter dans ce groupe.

Une cohérence accrue

Le rééquilibrage de l’ensemble des disciplines est en parfaite cohérence avec les efforts du DFJC pour revaloriser la formation professionnelle et promouvoir la filière de l’apprentissage comme premier choix plutôt que choix par défaut. Cette mesure entre aussi en résonance avec le chantier du 360°, qui vise à concrétiser une école davantage inclusive, plaçant la diversité des élèves et de leurs besoins particuliers au cœur de l’école. Enfin, l’importance accrue donnée aux deux disciplines de base que sont le français et les mathématiques a son pendant pédagogique : simultanément, des mesures sont prises pour renforcer l’enseignement de ces deux disciplines à l’école obligatoire.

La révision du CGE coïncide avec la rentrée d’août 2021. Ces modifications contribuent à construire une école qui allie exigence et égalité des chances. D’une part en désignant clairement des disciplines fondamentales et nécessaires, et d’autre part en permettant d’augmenter les marges de compensation entre l’ensemble des disciplines au profit de tous les élèves, y compris pour celles et ceux qui sont plus forts dans les branches manuelles et créatrices.

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