26_INT_98 - Interpellation Séverine Graff et consorts - Suicide forcé, l’angle mort des chiffres sur la violence domestique ? (Développement).
Séance du Grand Conseil du mardi 25 août 2026, point 10 de l'ordre du jour
Texte déposé
Le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH) publie depuis 2016 un rapport annuel de l’Observatoire de la violence domestique. Ce rapport constitue un outil essentiel pour comprendre les dynamiques de violence au sein de la famille, orienter les politiques publiques et renforcer les dispositifs de prévention. Il recense notamment les féminicides directs (8 depuis 2021) et les tentatives d’homicide (10 depuis 2021) dans le Canton de Vaud. Or, un pan entier de la violence conjugale reste aujourd’hui invisible : ces statistiques ne recensent pas les féminicides indirects, c’est‑à‑dire les suicides ou tentatives de suicide directement provoqués par des violences psychologiques, un harcèlement moral chronique ou un processus de destruction mentale au sein du couple, un phénomène que l’on nomme « suicide forcé ».
En France, seul pays européen à recenser et condamner le suicide forcé dans le cadre du couple, on compte près de neuf fois plus de suicides forcés ou de tentatives de suicide forcé que de féminicides directs[1]. Si l’on extrapole – avec toute la prudence nécessaire – les chiffres français recensant les suicides forcés ou tentatives de suicide forcé, il est probable de penser qu’il y ait une vingtaine de victimes de violence conjugale par an dans notre Canton (homicides, suicides forcés et tentatives de suicide forcés)[2].
Le fait que les suicides forcés ne soient ni reconnus ni recensés crée une zone aveugle, qui sous‑évalue l’ampleur de la violence conjugale. Le suicide forcé constitue probablement un phénomène massif chez nous également, et cette absence de comptabilisation empêche un panorama complet de la violence dans le couple et limite la capacité du Canton à y répondre efficacement.
Afin de faire la lumière sur cette réalité méconnue des violences intrafamiliales, j’ai l’honneur de poser les questions suivantes au Conseil d’État :
- Le Conseil d’État est‑il prêt à mettre en place un protocole d’autopsie psychologique dans les cas de suicide ou de tentative de suicide en contexte conjugal, afin de déterminer si ces actes sont liés à des violences psychologiques ou à un harcèlement moral ?
- Le Conseil d’État est-il prêt à intégrer cette forme de féminicide indirect dans les statistiques de la violence conjugale dans le canton de Vaud et d’élargir ainsi le périmètre de l’Observatoire de la violence domestique afin d’inclure les féminicides indirects, en cohérence avec les avancées européennes et françaises, dans les futures éditions du rapport?
- Le Conseil d’État envisage-t-il de proposer une formation spécifique aux professionnel·les (police, urgences, médecine de premier recours, psychiatrie, médecine légale) afin de détecter tout contexte de violence domestique en cas de prise en charge d’un·e patient·e suicidaire ?
[1] En 2024 en France, la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof) dénombre 107 homicides dans le cadre du couple, et 906 suicides ou tentatives de suicide (uniquement les cas déclarés).
[2] Le Canton de Vaud déplore 11 féminicides entre 2021 et 2025, soit 2,2 en moyenne par an. Si l’on ajoute à ce chiffre la même proportion de suicides ou de tentatives de suicide qu’en France, on aboutit à une vingtaine de cas par an dans le Canton.
Conclusion
Souhaite développer
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Céline Misiego | EP |
| Claire Attinger Doepper | SOC |
| Muriel Thalmann | SOC |
| Eliane Desarzens | SOC |
| Sylvie Pittet Blanchette | SOC |
| Monique Ryf | SOC |
| Cendrine Cachemaille | SOC |
| Musa Kamenica | SOC |
| Sébastien Kessler | SOC |
| Sébastien Pedroli | SOC |
| Cédric Echenard | SOC |
| Alexandre Rydlo | SOC |
| Géraldine Dubuis | VER |
| Stéphane Balet | SOC |
| Chloé Besse | SOC |
| Patricia Spack Isenrich | SOC |
| Laure Jaton | SOC |
| Sandra Pasquier | SOC |
| Yannick Maury | VER |
| Amélie Cherbuin | SOC |
| Virginie Pilault | SOC |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourLe Bureau de l’égalité entre les hommes et les femmes (BEFH) publie depuis 2016 un rapport annuel précieux qui chiffre la violence domestique. Celui-ci recense notamment les 8 femmes tuées dans notre canton depuis 2021 ainsi que 10 tentatives d’homicide. Ces chiffres sont évidemment alarmants, mais ils pourraient nous dire seulement une partie de la réalité. En effet, les suicides contraints, c’est-à-dire des violences psychologiques telles que la victime, homme ou femme, est contrainte de se donner la mort, ce cas de figure n’est pas comptabilisé dans notre canton. La France, elle, les compte. Et, si on extrapole les chiffres français relativement au canton de Vaud, on pourrait en réalité approcher une vingtaine de victimes par an : homicides, tentatives d’homicide, suicides forcés et tentatives de suicides contraints.
Le sujet de la violence domestique mérite mieux : un traitement sérieux plutôt que des approximations, des chiffres solides, ainsi que des actions solides. Raisons pour lesquelles, je demande au Conseil d’Etat d’inclure ces suicides contraints, de communiquer ces données et de former les professionnels pour mieux prendre en compte ces formes extrêmes de violence psychologique.
Retour à l'ordre du jourL’interpellation est renvoyée au Conseil d’Etat qui y répondra dans un délai de trois mois.