L'éducation numérique

Le Grand Conseil donne sa confiance et valide le financement de la première étape

Depuis trois ans, les cantons se mobilisent pour introduire une éducation de tous les élèves au numérique et développer leur formation à la science informatique, à l’usage des outils numériques et à la citoyenneté numérique. Ceci afin de préparer les jeunes d’aujourd’hui, qui seront les citoyens de demain, à la numérisation croissante de la société qui impacte toutes les activités humaines. Dans le canton de Vaud, le DFJC a franchi ces derniers mois quelques étapes importantes qui vont permettre le déploiement de l’éducation numérique dans un climat favorable.

Fin 2019, le Grand Conseil a accordé à une large majorité sa confiance au projet d’éducation numérique que le Conseil d’Etat lui soumettait.
Il a validé un crédit d’investissement de 30 millions sur trois ans pour la première phase. Le projet soumis s’appuyait notamment sur le succès et l’expérience acquis dans le cadre des 12 établissements pilotes de l’enseignement obligatoire au cycle 1.

Deux tiers du budget alloué servent à la formation des enseignant·e·s et à la création des moyens d’enseignement nécessaires à l’éducation numérique. Le reste est réparti entre les équipements utiles à la première phase de déploiement de l’éducation numérique ainsi qu’à la mise à niveau des infrastructures nécessaires. Dans des proportions variables (schéma ci-contre), ce premier financement couvre les enseignements obligatoire, postobligatoire et spécialisé. L’enseignement supérieur est aussi fortement sollicité dans la formation des enseignant·e·s, la création des moyens d’enseignement et la recherche appliquée qui découle directement de l’avance du projet.

Un chantier pionnier qui prend de l’ampleur et avance selon l’agenda initial

Le fort soutien politique apporté à ce chantier a permis au DFJC de consolider la planification et l’organisation du projet avec ses partenaires principaux : EPFL, UNIL et HEP Vaud. Cette configuration, avec la forte implication des hautes écoles, est unique en Suisse romande. Elle confère son caractère pionnier au chantier vaudois, tout comme le fait qu’il embrasse tous les degrés de la scolarité dans une démarche globale. On commence avec les petits, puis on progresse de cycle en cycle.

Ce feu vert a également permis d’initier le déploiement de l’éducation numérique déjà pour la rentrée 2020. Les établissements pilotes continueront sur leur lancée avec l’introduction de l’éducation numérique en 7e et 8e année tout en continuant avec la deuxième année du pilote en 5e et 6e et en consolidant les acquis au cycle 1. Parallèlement, le déploiement de l’éducation numérique débutera dans 17 autres établissements du canton au cycle 1 sur la base des deux années d’expériences acquises dans les établissements pilotes. Enfin, des travaux préparatoires au secondaire I doivent être lancés cette année dans deux établissements afin d’anticiper les besoins qui seront nécessaires au déploiement du cycle 3, notamment la période supplémentaire à la grille horaire.

Pour asseoir la mise en œuvre progressive de ce chantier global, différents travaux ont été entrepris ces derniers mois. Tout d’abord, les missions générales pour les personnes ressources en éducation numérique des établissements scolaires ont été définies. Puis, afin de renforcer l’équipe formatrice en vue de l’ampleur du déploiement à venir dès l’année prochaine, le DFJC et ses partenaires se sont entendus sur la nécessité de mettre sur pied une équipe d’enseignant·e·s formateurs·trice·s pour le cycle 1. 16 ont ainsi été recrutés par le biais d’une mise au concours ouverte à tou·te·s. Leur formation débutera également cette année. À la rentrée prochaine, ce seront plus de 1900 enseignant·e·s, plus de 18 000 élèves et une centaine de personnes ressources qui seront ainsi actifs dans le projet d’éducation numérique.

Deuxième année de pilotage, les échos du terrain demeurent très encourageants

La pandémie de la Covid-19 n’a pas ralenti le projet d’éducation numérique. Même si un quart des journées de formation ont dû être annulées, celles-ci ont d’ores et déjà été (re)planifiées sur l’année scolaire qui débute. Malgré le contexte particulier, les premiers chiffres provenant des établissements pilotes montrent à nouveau une importante adhésion des enseignant·e·s au projet. Plus de 3000 périodes d’activités d’éducation numérique ont ainsi été effectuées au cycle 1, et plus de 900 au cycle 2 (en 5e et 6e). Au final, les enseignant·e·s ont consolidé la matière qui faisait l’objet de formation de la première année de pilotage en effectuant davantage d’heures que l’année précédente, tout en se formant à la suite.

L’éducation numérique au secondaire II s’organise et l’infrastructure évolue

En prévision de l’introduction de la science informatique en tant que discipline obligatoire dès 2022 en École de maturité, l’éducation numérique au postobligatoire fait un pas important avec la rédaction du plan d’études topique et la création d’un comité de coordination pour la rédaction d’un moyen pour l’enseignement de cette nouvelle discipline. Ce comité a pour but de coordonner, avec les institutions partenaires et le DFJC, la création d’un moyen pour l’enseignement de l’informatique au gymnase. L’objectif est également d’assurer le lien entre le secondaire I et le secondaire II. Une équipe UNIL-EPFL-HEP Vaud-DGEP (au travers des files) a ainsi commencé les travaux.

Du côté de l’informatique pédagogique, les moyens financiers alloués par le Grand Conseil ont déjà été engagés pour financer la mise à niveau des infrastructures du postobligatoire et le renforcement de l’Unité des systèmes d’information de la DGEP.

Nouveau règlement sur les constructions scolaires : un pas décisif

Dès le lancement de l’éducation numérique en 2018, la mise à niveau de l’infrastructure numérique des écoles avait été identifiée comme condition sine qua non à la réussite du projet. Un premier inventaire cantonal a mis en évidence les disparités d’équipements entre les établissements, voire entre les bâtiments d’un même site. Les estimations faites alors montraient que plus de la moitié des salles de classe vaudoises n’étaient pas équipées de moyens d’affichage numérique, de réseau sans fil professionnel et sécurisé et d’accès internet pouvant supporter un nombre de connections conséquent. L’optimisation de ces trois composantes qui, au niveau de l’école obligatoire, relèvent de compétences communales ne laissait d’autre choix au Canton que d’aboutir rapidement à un accord avec les communes en vue de favoriser un développement des infrastructures numériques coordonné, ceci afin de garantir le déploiement de l’éducation numérique sur tout le territoire vaudois.

Le 5 mai 2020, après une décennie de négociations avec les communes, une nouvelle version du règlement sur les constructions scolaires primaires et secondaires (RCSPS) est entrée en vigueur. Cette révision est la mise en conformité nécessaire suite à l’entrée en vigueur de la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) en août 2013. Le RCSPS précise dorénavant les modalités de mise en œuvre de l’art. 27 de la LEO en fixant « les procédures et les normes à appliquer » et en définissant « les équipements nécessaires ».

Le succès de l’adoption de ce nouveau règlement par le Conseil d’État – qu’il s’était d’ailleurs fixé indirectement comme objectif dans son Programme de législature 2017-2022 (Point 1.3) – repose sur une collaboration intense et constructive entre le DFJC, les services de l’Etat, les associations de communes ainsi qu’une commission parlementaire ad hoc chargée de l’examen de l’initiative Jean-Daniel Carrard et consorts « Constructions scolaires : clarifions les rôles canton/communes en matière de planification et d’équipements scolaires ». Cinq mois de travaux et négociations ont permis de doter le DFJC d’une solide base légale pour agir dans le cadre de la planification des équipements scolaires. Bien que le RCSPS ne règle pas seulement les aspects d’équipements numériques des salles des classes, ces derniers ont été au cœur des négociations entre l’État et les communes. En effet, les technologies de soutien à l’enseignement ont constamment évolué au cours de ces 20 dernières années. Si, au tournant des années 2000, la répartition des charges canton-communes autour de la facture scolaire était claire, l’arrivée du numérique a depuis compliqué la donne.

Les besoins, les dotations standards globales et la répartition des charges financières en matière d’équipements numériques entre le canton et les communes ont donc fait l’objet d’un concept novateur présenté par le DFJC. Il a réuni un consensus. Dorénavant, pour chaque salle de cours, seul l’affichage numérique reste à la charge des communes pour un montant forfaitaire de 2500 francs maximum sur huit ans. De son côté, l’État engage le même montant sur la même période en termes de moyens et prestations de l’informatique pédagogique. À ce titre, le WiFi et les moyens d’affichage interactif sont nouvellement financés par le canton. Ce dernier s’engage également à négocier les prix de gros pour que l’acquisition de l’affichage numérique par les communes ne dépasse pas le montant du forfait. Lequel est réévalué au début de chaque législature.

Ce forfait, présente les avantages principaux suivants :

  • il doit permettre à chaque enseignant·e et à chaque élève de bénéficier des mêmes équipements numériques dans tout le canton ;
  • il est réalisable dans le cadre du budget de fonctionnement de l’Etat et c’est un effort conjoint partagé entre le Canton et les communes. Effort qui permet à ce titre une réduction importante des coûts pour les communes estimée à quelque 40 millions ;
  • il permet davantage de centralisation dans les choix et la gestion du matériel. À terme, la complexité technique et technologique du parc de l’informatique pédagogique sera ainsi réduite, tout en tenant compte des aspects de durabilité. Cela permettra aussi de réaliser des économies d’échelle en regroupant les commandes et en négociant des prix de gros ;
  • il assure une mise en place progressive des équipements, coordonnée avec le déploiement de l’éducation numérique.

Fin d’educanet2 et transition vers de nouveaux outils performants

Il y a deux ans, la CDIP annonçait l’arrêt de la plateforme educanet2 au 31 décembre 2020. L’outil est arrivé techniquement en bout de course. Cette date approchant à grands pas, les cantons se sont attelés à mettre sur pied des solutions de remplacement en tenant compte des particularités de leurs infrastructures informatiques respectives. Au niveau suisse, l’agence educa.ch a été particulièrement active pour développer, dès 2018 une fédération des identités pour le monde de l’enseignement suisse. Baptisée EDULOG, elle doit permettre aux enseignant·e·s et élèves de chaque canton d’accéder facilement à l’éventail des ressources pédagogiques en ligne par le biais d’une seule et unique authentification. Des essais ont été menés en ce sens dès 2019.

D’autres solutions de remplacement correspondant à d’autres fonctionnalités – jadis couvertes par educanet2 - seront progressivement mises en œuvre avec toute la prudence qui s’impose en termes de protection des données. En négociant des contrats-cadres pour l’éducation à l’échelle nationale, educa.ch a désormais rendu possible l’utilisation d’Office 365 dans le domaine de l’enseignement. La DGEP attribuera ainsi une nouvelle adresse email à chaque membre de son corps enseignant d’ici cette rentrée. De plus, elle généralisera dans le même temps pour tous ses établissements le pilote qu’elle a effectué avec Office 365 dans plusieurs établissements du secondaire II dès 2018. Du côté de la DGEO, il est prévu de faire de même au secondaire I. De plus, chaque enseignant·e a déjà reçu son adresse email via Office 365. Par ailleurs la DGEO étudie également la mise à disposition de solutions de gestion de calendriers et de visioconférence. Ces mêmes solutions, intégrées dans Office 365, seront aussi utilisées du côté de la DGEP. À souligner que la plupart des cantons adoptent eux aussi des solutions intégrées à Office 365.

D’autres solutions viendront compléter la mosaïque des nouvelles applications pédagogiques nécessaires à l’après educanet2 et en coordination avec le chantier de l’éducation numérique. À noter encore que le Canton évalue la possibilité de maintenir la plateforme educanet2 pendant le premier semestre 2021 afin d’assurer une transition en douceur et sécurisée pour
les enseignant·e·s.

Renforcement de la coordination romande autour de l’éducation numérique

Dans le cadre de son Plan d’action en faveur de l’éducation numérique, la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) a mis sur pied une nouvelle Commission permanente pour l’éducation numérique, la CONUM. Cet organe permanent a le mandat d’agir comme instrument de coordination, d’élaboration et de conseil pour la CIIP dans la mise en œuvre de l’éducation numérique à tous les niveaux du système éducatif, y compris en matière de veille technologique et pédagogique. Hormis les représentations cantonales, cette commission accueille des expert·e·s scientifiques du domaine. Les premières séances de constitution ont eu lieu au printemps 2020. Les premières réflexions de la CONUM s’orientent vers un soutien aux travaux d’élaboration du futur Plan d’études romand numérique. La révision du PER, en cours depuis une année devra concrétiser, d’ici à 2021, les objectifs d’enseignement de l’éducation numérique pour l’espace éducatif latin.

>> Lire la suite: La consolidation de la LEO

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