Point séance

Séance du Grand Conseil du mardi 14 juin 2022, point 4 de l'ordre du jour

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Texte adopté par CE - EMPD Campus santé - Côtes de la Bourdonnette - publié

RC - 21_LEG_183

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Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Projet de décret accordant au Conseil d’Etat un crédit d'ouvrage de CHF 38'760’000.- destiné à financer la réalisation du Centre Coordonné de Compétences Cliniques (C4) constituant le premier volet du Campus Santé situé sur le site des « Côtes de la Bourdonnette » à Chavannes-près-Renens

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

La commission qui a traité ce projet de décret d’un montant total de plus de 165 millions vous invite à l’accepter. En préambule, au nom de la commission, je tiens à remercier son secrétaire pour la célérité de rédaction de ce rapport ; cela nous permet de le traiter dans des délais rapides, pour le bien du développement du Pôle santé, dans notre canton.

Ce projet de décret est d’une importance capitale concernant le défi de la formation dans le domaine de la santé ; il est aussi essentiel au maintien, et même à la progression de la formation et donc de la qualité des soins, dans notre canton. De plus, il s’inscrit pleinement dans les objectifs de l’initiative populaire « Pour des soins infirmiers forts », adoptée par le peuple suisse en novembre dernier, ainsi que dans les buts du programme de législature, en renforçant les capacités, la qualité et l’attrait des formations dans ce domaine. La période que nous venons de traverser, marquée par la pandémie et par une prise de conscience marquée du rôle vital des professionnels des soins, nous rappelle qu’il est indispensable d’avoir en suffisance un personnel de qualité et extrêmement bien formé, dans notre pays et surtout dans notre canton. Le projet de décret qui vous est soumis vise à développer des infrastructures de premier plan offrant aux institutions en charge de la formation médicale des capacités à la hauteur des besoins démographiques de ce canton.

Le bâtiment du Centre coordonné de compétences clinique (C4), axé sur l’enseignement clinique par simulation, permet de garantir aux apprenants l’accès à une expérience pratique, tout en garantissant un cadre sécurisé. Il accordera une place centrale à l’interdisciplinarité et à l’apprentissage par simulation, et permettra de renforcer les synergies entre ses institutions partenaires – la Haute école de santé Vaud (HESAV), la Haute école de Santé La Source, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et la Faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne (UNIL). Le C4 pourra accueillir plus de 4'000 étudiants et plusieurs centaines d’enseignants, et permettra à plus de 1’000 professionnels d’effectuer leur formation continue. Le bâtiment HESAV réunira l’entier des étudiants sur un seul site, ce qui permettra de réduire les coûts en réunissant 1500 étudiants ainsi qu’environ 300 collaborateurs, auxquels s’ajoutent environ 900 collaborateurs externes. Le programme est composé d’ateliers, de salles de cours et de pratique de base, d’une bibliothèque et d’une cafétéria. Il sera un bon complément au bâtiment C4.

A cela s’ajoute le bâtiment pour le logement des étudiants, d’environ 500 lits, financé par la Fondation Maisons pour Etudiants de Lausanne (FMEL). La mise à disposition de la FMEL d’un droit de superficie distinct et permanent (DDP) gratuit est un élément décisif pour garantir des loyers modérés. La réalisation parallèle des deux bâtiments principaux – C4 et HESAV – ainsi que l’équipement mutualisé du site et la coordination avec la réalisation des logements étudiants garantissent un investissement efficient et efficace.

C’est un projet très cohérent et à forte plus-value, regroupant un véritable quartier des soins sur un site stratégique : simulation, enseignement théorique, enseignement pratique, recherche, interdisciplinarité et logements. Ce projet majeur découle d’une réflexion interdisciplinaire et interinstitutionnelle dans laquelle tous les partenaires se sont engagés. Pour cette raison, le Conseil d’Etat soumet ce projet de décret sollicitant plus de 165 millions de francs, afin que le projet puisse être mis en service en 2026.

Le plénum doit également être conscient que cet espace en transformation, dans le quartier de la Bourdonnette, présente un volet sociétal important, avec la cohabitation de zones pour les habitants et pour les étudiants sous une forme de forte mixité ; au final, il permet une planification optimale. Vu avec un peu de hauteur, le dossier est plus large que ce seul décret, car l’investissement total se montera, globalement, à environ 500 millions de francs pour ce périmètre. En effet, la réflexion touche également, entre autres, une mobilité à repenser avec les collectivités locales avoisinantes. D’un point de vue institutionnel, la Caisse de pension de l’Etat de Vaud (CPEV) fait partie du projet par l’entremise des Retraites Populaires qui va réaliser des logements à loyers abordables.  

Lors du traitement en commission, quelques questions ont concerné le manque d’effectif de médecins, et plus précisément de médecins généralistes, ainsi que la révision fédérale entrée concernant les médecins étrangers en vigueur en janvier 2022. Quelques craintes ont aussi été émises quant à la gouvernance du C4 par quatre partenaires distincts – l’UNIL, la Source, le CHUV et l’HESAV – sans remettre le projet en cause. Concernant la durabilité, un effort significatif a été consenti, avec notamment un système de récupération d’eau sur les toits, des plantations au nord de la parcelle créant des zones ombragées importantes et une forte arborisation du site. Le choix des matériaux a également fait l’objet d’une attention particulière en répondant aux normes du moment, mais tout ne peut pas se faire en bois. Je tiens également à informer le plénum – cela a son importance – qu’en raison de la crise économique actuelle, les hausses légales pourraient être marquées, sans parler de la nette accélération de l’inflation qui pourrait également avoir un impact non négligeable sur de potentiels dépassements. Pour conclure, j’invite le Grand Conseil à soutenir massivement le projet de décret, pour le bien de notre pays et surtout de notre beau canton. Je vous remercie pour votre attention et vive la santé !  

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

La discussion sur l’entrée en matière est ouverte.

M. Stéphane Rezso (PLR) —

Au nom du groupe PLR, je vous demande de soutenir le projet de décret pour des investissements massifs dans le domaine de la santé : 38 millions pour le C4, 86,7 millions pour l’HESAV et 38,25 millions pour les équipements du site. Ces montants vont permettre de rationaliser les écoles de santé, car les besoins dans ce domaine sont toujours très grands. Ces projets ont certes pris un certain retard, mais ils sont appropriés et dimensionnés pour le futur du canton. Et pour une fois, le long délai n’est pas de la faute du canton – je me suis laissé dire qu’il a fallu l’expliquer longtemps à la commune territoriale. Evidemment, il est extrêmement bien placé, dans l’Ouest lausannois et à proximité des hautes écoles. Nous avons toujours tendance à parler des coûts de la santé et de l’explosion des coûts de l’assurance-maladie, mais ici nous pouvons vraiment parler d’investissements dans la santé et c’est une très bonne chose. A une très grande majorité, le groupe PLR va soutenir ces projets.

M. Jérôme Christen (LIBRE) —

Le groupe des Libres estime que le déménagement et le regroupement de l’HESAV semblent justifiés, même hors du centre de Lausanne, et qu’il en va de même pour le campus. Mais quelles sont les justifications, pour les autres institutions ? La Source a déjà son centre ; d’ailleurs quels seront les échanges possibles avec cette structure ? Le CHUV est très éloigné du futur C4 ; or, la Faculté de biologie et de médecine travaille avec des médecins et a besoin d’être proche du CHUV. Le regroupement risque donc de poser de gros problèmes, sans apporter de plus-value. D’importants moyens sont demandés pour faire aboutir des réflexions interdisciplinaires et interinstitutionnelles, mais à ce stade, on ne voit pas quelles sont les intentions concrètes qui restent encore très floues. Quel élément permet d’affirmer que cet investissement est efficace et efficient ? On parle d’un projet cohérent et de site stratégique, mais ce site sera malheureusement bien loin du centre hospitalier et donc du centre névralgique des soins.

Vous me direz qu’il est un peu tard pour poser ces questions ; en réalité, elles ont été posées déjà lors du débat sur le crédit d’étude, en 2014, et nous espérions pouvoir trouver les réponses dans le rapport de la commission. A cette époque, notre honorable collègue Philippe Vuillemin avait rappelé que, depuis toujours, on apprend auprès du malade et pas ailleurs. La majorité de la commission préconisait de refuser le crédit d’étude pour le C4, estimant que ce lieu dans lequel les élèves soignants s’entraîneront sur des robots devait être installé au CHUV. Cette commission avait même réclamé une étude multicritères sur le choix du site. Finalement, l’entrée en matière avait été acceptée par 83 voix contre 36 et 8 abstentions et on pouvait considérer que cette résistance constituait un avertissement clair. Relevons encore que si le coût du C4 avait été correctement estimé, à 38 millions, on se retrouve désormais avec encore 86 millions pour l’HESAV et 38 millions pour le Campus Santé, soit une plus-value totale de 22 millions ; c’est beaucoup, même si le projet a évolué.

Au sujet du Centre de simulation, le rapport fait état d’inspirations venues du Québec et de Singapour, ainsi que de visites en Grande-Bretagne, dans le nord de la France et à Zürich. Pourquoi ne s’inspire-t-on pas de Genève et de Berne, où les centres de simulation sont proches de l’hôpital et où le recul permet d’éviter les pièges ? Pourquoi n’est-il pas fait état de ces expériences, alors qu’on pourrait s’inspirer de ces modèles de gouvernance ? D’ailleurs, avec l’hôpital Riviera-Chablais, on a vu quelles difficultés peuvent présenter les regroupements mammouths. La question de la gouvernance est fondamentale ; n’allons pas chercher à l’autre bout de la planète des modèles qui ne correspondent pas à notre culture, alors que nous avons des enseignements à tirer des expériences proches ! Comme le rapport de la commission le relève, les intérêts risquent d’être divergents et l’émergence de conflits devra évidemment être désamorcée.

En termes de gouvernance, on parle déjà de tensions, mais de quoi s’agit-il exactement ? Où en sommes-nous, actuellement ? Va-t-on construire le bâtiment avant d’y mettre les usagers, en se disant qu’ils finiront bien par collaborer ? Existe-t-il des projets communs ? Toutes les institutions ont-elles été réellement entendues ? A la lecture du rapport de la commission qui n’apporte pas les réponses escomptées, il est permis d’en douter. Et que se passera-t-il, si les intérêts de l’HESAV – qui est aux commandes de l’opération – ne coïncident pas avec ceux des autres institutions ? C’est périlleux, en termes de ressources humaines. Nous partageons la perplexité d’un membre de la commission qui s’interroge sur les faiblesses de la progression du nombre de médecins formés, qui passerait de 200 à 250. Compte tenu du coût et de son évolution, on peut douter de l’efficience qui est claironnée, alors que les besoins sont conséquents compte tenu de la progression démographique. Au sujet de cette progression démographique, il convient de répéter une fois de plus que l’on continue de s’enfoncer volontairement dans cette spirale démographique, sans prévoir les infrastructures ni les ressources humaines suffisantes. Et ne venez pas nous dire qu’il faut précisément progresser démographiquement pour assurer la présence de personnel de soins. Ce serait une nouvelle preuve que nous sommes dans un cercle vicieux, en plein jeu de l’avion.

Concernant les constructions et le développement durable, il y a lieu d’être inquiet au vu des expériences passées, si on ne tient pas compte des besoins des utilisateurs. Agora, à la rue du Bugnon, est un bel exemple de bâtiment qu’il a fallu revoir après sa construction ; il n’était pas adapté aux usagers. Mais il y en a d’autres qui ont posé beaucoup de problèmes difficiles à corriger : le Biopôle à Epalinges, avec l’utilisation de chauffages électriques d’appoint, est un gouffre à énergie ; on a dû recourir à ces chauffages électriques d’appoint parce que l’ordinateur central décidait de la température et que la ventilation avait été mal conçue. Dans certaines salles du Biopôle, il fait 28° et dans d’autres il fait 17°, alors que des personnes sont en sous-vêtements – pour des raisons professionnelles, bien entendu. Les stores également décident à la place des usagers s’ils doivent se lever ou non. Pourtant, on ne trouve rien à sujet dans le rapport de la commission et le projet de décret n’est pas très parlant. Comment a-t-on prévu d’éviter les écueils auxquels nous nous sommes heurtés par le passé ? Avant de pouvoir entrer en matière, le groupe des Libres a besoin de réponses à ses questions et d’ailleurs, il s’étonne de ne pas les trouver dans le rapport de la commission.

M. Werner Riesen (UDC) —

Le présent projet de décret vise à réaliser un pôle de compétences dans le domaine de la santé qui réponde aux besoins de la population vieillissante. Par sa conception et son organisation, le projet de décret regroupe simulations, enseignements théoriques et pratiques, recherches, interdisciplinarités et logements sur un seul site stratégique, dans le cadre d’un véritable quartier de soins.

J’ai quelques remarques à faire concernant la rubrique « école des médecins ». Selon le Conseil d’Etat, l’école de médecine connaît actuellement une croissance spectaculaire, le nombre de diplômés ayant presque doublé en un peu moins de 10 ans. Cette croissance est le fruit d’une volonté politique et des importants efforts consentis par les autorités universitaires et sanitaires pour augmenter la capacité de la formation en médecine à 220 diplômés par an. Cet effort va se poursuivre, afin d’atteindre le nombre de 240 à 250 médecins formés par année à Lausanne. Dans ce contexte, le problème n’est pas tant le nombre des médecins, mais leur taux d’activité. En effet, lorsqu’ils ne travaillent pas à 100 % dans les cabinets, ils ou elles renchérissent d’autant le coût de leur formation et à cause de cette problématique, aujourd’hui, il faut former deux médecins pour remplacer un médecin qui désire prendre sa retraite. Pour lutter contre l’explosion des coûts de la santé, je me demande s’il ne faudrait pas instaurer un cadre strict, avec des restrictions en termes de taux d’activité, et donner la priorité aux étudiants et étudiantes qui sont d’accord de travailler à 100 %, du moins durant leurs premières années d’activité en tant qu’indépendants. Si l’on augmente sensiblement le nombre d’étudiantes et étudiants, un autre problème se pose : l’encombrement dans les équipes hospitalières.

Un autre point me semble également important à relever. Dans le rapport du Conseil d’Etat en réponse à mon postulat concernant la valeur du point tarifaire, il ressort que, dans le canton de Vaud, la densité des médecins spécialistes indépendants est de 15,3 % plus élevée qu’en moyenne suisse et ces médecins présentent une augmentation des coûts supérieure à la moyenne suisse. Concernant les médecins généralistes, la pédiatrie incluse, la densité est également légèrement supérieure à la moyenne suisse, avec une croissance des coûts accélérée. Par ailleurs, je salue le recours à la simulation qui ouvre des perspectives extraordinaires pour compléter la formation pratique, en début de cursus. Malgré les techniques de pointe d’aujourd’hui et les compétences acquises dans ce domaine, il faut être conscient que l’on s’éloigne parfois des besoins réels du terrain. En conclusion, le groupe UDC suit la commission et vous recommande, à l’unanimité, d’accepter l’entrée en matière sur le projet de décret.

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Le projet de décret qui nous est présenté aujourd’hui est un projet audacieux, d’abord par son coût – plus de 165 millions – mais surtout par son ambition et sa portée. Le Campus Santé se veut un pôle de compétences et de référence au niveau national, et aussi être à la pointe des pratiques sur le plan international. A un niveau plus local, il faut relever le site stratégique choisi pour ce campus, situé entre l’UNIL, l’EPFL et l’Ouest lausannois, avec un accent mis sur la mobilité douce afin d’y accéder. Le tout est résumé par trois mots-clefs que l’on retrouve dans le projet de décret : « ce sera un lieu pour y vivre, un lieu pour y étudier et un lieu pour y travailler ».

Il y a deux aspects plus techniques dont il me paraît nécessaire de relever l’importance ; premièrement, une vision de l’interdisciplinarité. Or, sur le terrain, l’interdisciplinarité n’est pas toujours facile à vivre et à mettre en pratique. J’appartiens à une génération qui a été formée dans des silos : le silo des médecins, le silo des infirmières, le silo des physiothérapeutes, etc. Nous avons beau essayer de travailler ensemble et de mettre l’interdisciplinarité en pratique, elle reste une pierre d’achoppement. Le projet Campus Santé a donc le mérite d’initier une vraie culture de l’interdisciplinarité, en mettant ensemble les diverses professions dès le début de leurs études. En mixant ainsi les étudiants, on leur permettra de développer la mise en pratique d’une vraie culture de l’interdisciplinarité qui pourra très naturellement se concrétiser dans la suite de la carrière des soignants. Deuxièmement, je voulais relever la vision de la formation par la simulation. En raison des séjours hospitaliers de plus en plus raccourcis et des besoins accrus en places de stage, il est impossible d’offrir des formations au lit du malade et sur le terrain. Il est donc indispensable de promouvoir la nouvelle forme d’apprentissage, par la simulation, c’est-à-dire avec des patients acteurs, des mannequins, avec jeux de rôle ou avec le support des nouvelles technologies numériques d’apprentissage. Cet apprentissage par simulation est un passage obligé pour la formation des futurs soignants, qui permettra de développer une qualité de soins et de relations exemplaire. Il permet aussi de vivre à distance et sans qu’il y ait besoin d’être à côté du CHUV. En tant que professionnel de la santé, je suis enthousiasmé par ce projet, malgré son coût. Avec l’appui de mon groupe vert’libéral, je vous propose de soutenir l’entrée en matière de ce projet.

M. Pierre Zwahlen (VER) —

Il s’agit là de grands crédits d’ouvrage. Au vu de ma pauvre mémoire du moins, ces 165 millions sont la plus grosse enveloppe de la législature qui se termine. Grâce à ces ouvrages, le canton de Vaud sera à la pointe, dans le pays – avec Zürich – en termes de formation et de qualité des soins. Avec le Centre coordonné de compétences cliniques (C4), nous disposerons d’un centre de formation efficace fondé sur la simulation – car elle n’est pas réservée aux pilotes de ligne ! La simulation est une aide réelle pour des médecins, des infirmières et des infirmiers qui ont besoin de pratiquer sur des robots et sur des appareils équipés, qui permettent de simuler les situations réelles de soins.

Il est vrai que dans cet exposé des motifs, il y a peu d’indications d’un souci de construction durable et on peut le regretter. Le ciblage des besoins a également étonné. Finalement, avec le C4 et avec la nouvelle construction de la Haute école de Santé, c’est une augmentation de 50 médecins et de 300 infirmières et infirmiers, pour la génération qui vient – je parle de génération, car j’imagine que cette structure va durer 25 ou 30 ans. Face au problème de relève médicale et de vieillissement de la population – le rapport souligne que nous sommes le troisième pays le plus vieux du monde – ainsi que face aux épidémies dont nous avons connu déjà quelques vagues ces deux dernières années, ainsi que face à l’augmentation de la population, les chiffres de 50 médecins et de 300 infirmières et infirmiers paraissent maigres.

Je souligne aussi que le CHUV ainsi que d’autres hôpitaux sont fiers de compter une série de nationalités parmi leur personnel. Oui, du point de vue de l’intégration, c’est une grande fierté. Mais à long terme, nous ne devons jamais oublier que nous privons des pays moins avancés, des pays pauvres, de personnes qualifiées et notamment dans les soins. Je le dis aussi en tant que président de la Fédération vaudoise de coopération (FEDEVACO) ; je quitterai cette présidence à la fin de ce mois, tout en restant au conseil. Dans la thématique mondiale, c’est un souci que de ne pas fonder notre système de santé sur l’importation de main-d’œuvre venue du sud.

Un autre aspect est bien mis en exergue dans le rapport de la commission : la société simple, décidée il y a 5 ans, pour gérer l’ensemble du C4. Quatre partenaires sont dans le coup : l’Université, La Source, le CHUV et l’HESAV. Or, je doute qu’un système d’autogestion puisse réellement contribuer à résoudre les tensions qui peuvent se faire jour avec des partenaires de cette taille. Le choix de la structure juridique étonne donc, lorsqu’il s’agit de coordonner un comité de direction, un comité de gestion, un comité scientifique et pédagogique, une direction opérationnelle, et diverses autres instances. Dans une telle structure, des tensions semblent inévitables, car les intérêts sont trop divergents. Comment va se passer la cohabitation dans un centre de compétences clinique entre des partenaires qui auront chacun des besoins de simulation et de formation ? La forme de la société simple était peut-être pertinente, en 2017, quand Anne-Catherine Lyon était sur le point de s’en aller et que Pierre-Yves Maillard songeait peut-être déjà à un destin national. Aujourd’hui, la forme de société simple semble peu appropriée pour gérer au quotidien un centre de simulation et de formation d’une telle ampleur.

J’aimerais souligner, par contre, le dispositif de soutien original en faveur de la fondation Maison pour étudiants Lausanne (FMEL) ; c’est un dispositif innovant, avec un droit de superficie gratuit, et surtout qui alloue près de 1,9 million pour le remboursement de la part théorique du terrain. Cette manière de faire devrait servir d’exemple et être utilisée dans d’autres situations. Nous pensons que c’est une très bonne manière de favoriser le logement étudiant, voire le logement abordable, dans notre canton. Le groupe des Verts vous invite à entrer en matière sur ces quatre décrets.

M. Philippe Vuillemin (PLR) —

En son temps, en commission, j’avais réussi à faire comprendre que le C4 ne devait pas se faire. En tant que médecin, je continue à penser que, même si l’interdisciplinarité est quelque chose de bien, c’est surtout une tarte à la crème. En effet – j’exprime ici un point de vue totalement personnel – il faut reconnaître que le dernier lieu où se pratique la lutte des classes, selon Marx, est dans les soins. Et je continue à penser qu’en tant que médecin ou infirmière, on apprend à soigner les gens auprès du lit du malade, là où ils se trouvent ; cela ne se fait pas forcément dans le cadre de la formation, mais ensuite dans l’exercice du métier. Ici, on rompt avec une traduction séculaire et l’on verra qui a raison. Pour cette raison, je ne vais pas m’opposer à ce C4, car j’ai compris que chacun y tenait beaucoup. Finalement, l’avenir nous montrera qui a eu raison et qui a eu tort, mais cet avenir n’est pas dans 2 ans ! Dès le moment où le C4 sera ouvert et recevra sa première volée d’étudiants, en médecine par exemple, veuillez encore ajouter entre 5 et 10 ans jusqu’à ce que cette première volée soit opérationnelle. C’est un gag éternel, que je vis depuis 1972 : on pense qu’il suffit de décréter qu’on veut plus ou moins de médecins pour que tout se fasse en l’espace de 2 ans. Mais pas du tout ! Former un médecin prend de très nombreuses années jusqu’à ce qu’il soit opérationnel sur le terrain.

La simulation : pourquoi pas et nous avons actuellement des outils très performants. Mais qu’est-ce que cela peut impliquer et avec quels risques ? Le risque est qu’à force d’avoir un patient qui n’en est pas un, on finisse par ne plus le regarder ! Nous sommes déjà bien servis avec l’informatisation des hôpitaux ; les patients se plaignent de plus en plus que les médecins regardent essentiellement l’écran de leur ordinateur et non les malades. Or, lors d’une consultation avec un patient, sa souffrance se lit sur son visage et sur ses gestes, et non sur l’ordinateur sur lequel on tape le rapport afin de finir plus vite. Je ne sais pas comment faire, parce que ce ne sont pas les stages pratiques qui le permettent, mais il faudra bien veiller à ce que le médecin continue un dialogue singulier, avec une vraie patiente ou un vrai patient, et non avec quelqu’un qui ne crie pas, ne souffre pas, ne vitupère pas – et ne félicite pas le soignant. Je m’étonne que, comme d’habitude, l’on soit allé à Shanghaï – alors que ce n’est peut-être pas le meilleur endroit actuellement. On va à Montréal à cause du groupe de pression des Québécois, mais ils ont oublié de nous dire qu’au niveau des soignants, ils ont scandaleusement géré l’épisode Covid. Voir des Suisses aurait donc été beaucoup mieux.

Pourquoi étais-je contre le C4, à l’époque ? J’estime que c’est avant tout une décision politique, et non une décision professionnelle. A l’époque, j’avais dit que le CHUV voulait récupérer des surfaces par le biais des auditoires qui ne servaient plus à rien et on ne m’a jamais vraiment répondu, ni dit si, en prétextant cela, j’avais complètement tort ou éventuellement raison ; l’avenir le dira. Je vais m’abstenir sur ce vote, car je n’ai pas la science infuse. Je verrai comment je serai soigné dans 10 ans et, le cas échéant, je vous le ferai savoir.

Mme Cesla Amarelle — Conseiller-ère d’Etat

En guise de réponses à certaines des interrogations soulevées par quelques-uns d’entre vous, je me permets de relever quelques points saillants du chantier qui, comme l’a dit le rapporteur, est un chantier essentiel, une réponse majeure du canton aux défis actuels de la formation dans le domaine de la santé. Il est vrai que cette place centrale à l’interdisciplinarité et à l’apprentissage par simulation est une des caractéristiques importantes de ce projet. J’aimerais souligner, monsieur Christen, que La Source a certes un centre de simulation, mais il est tout petit par rapport à l’ampleur signifiée par le C4. Si le CHUV n’a pas pu mettre ce centre à proximité de ses locaux, c’est qu’il n’y a actuellement plus aucune place sur le plateau du CHUV, extrêmement densifié. De plus, nous respectons évidemment les montants du crédit d’études. Par rapport à votre comparaison avec Genève et Berne, qui ont des centres de simulation, ceux-ci ne correspondent en rien à l’ambition du C4 et à son ampleur.

S’agissant de la problématique de la gouvernance soulevée par certains d’entre vous, j’aimerais insister sur quelques éléments : ce qui vous est proposé en termes de constitution de société simple n’est pas de l’autogestion ; le mode de gouvernance et de fonctionnement prévu pour le C4 est privilégié par les institutions académiques. La décision de constituer une société simple a été prise en se basant sur l’expérience engrangée dans d’autres types de grands projets, également dans les domaines scientifiques et de la recherche – je songe en particulier à Agora. La société simple est la meilleure option pour structurer et faciliter les échanges entre les partenaires et avec l’Etat. Des échanges ont eu lieu pour clarifier certaines questions en lien avec ces aspects de gouvernance. De manière pragmatique, on sait que c’est la meilleure structure et la meilleure modalité juridique pour pouvoir organiser ce fonctionnement. Evidemment, il y aura une coordination des chantiers et un renforcement du comité de coordination et de suivi, qui évoluera en fonction du projet.

Le projet de C4 va permettre à quatre structures essentielles dans le domaine des soins de collaborer. Celles-ci travaillent déjà ensemble depuis l’élaboration de ce projet pour la conception du bâtiment. L’ensemble des besoins des différentes institutions a été pris en compte, avec des projections et des scénarii d’utilisation des infrastructures. J’aimerais vous rassurer sur ce point.

Concernant la question soulevée par M. Riesen sur le taux d’activité des médecins, je vous renvoie à la politique fédérale, puisque ce n’est malheureusement pas le sujet posé dans l’immédiat par le projet du C4. Enfin, s’agissant de l’ambition de ce projet, actuellement on ne refuse personne en soins infirmiers. Et, justement, notre ambition avec le C4 est d’accompagner les nouvelles volées de jeunes qui vont s’intéresser aux soins infirmiers.

S’agissant de la problématique soulevée par M. Vuillemin et celle de la simulation de l’interdisciplinarité, M. Vionnet me semble avoir répondu de manière complète à certaines des questions et critiques soulevées précédemment. Avec la simulation, nous ne sommes justement pas dans un processus de déshumanisation du travail des soins ; bien au contraire, on pratiquera aussi la relation au patient dans le C4. La simulation reste un outil largement confirmé par l’expérience de projets de simulation plus petits. S’agissant de la problématique de la durabilité, ont été évoquées en commission les questions de pompes à chaleur réversibles et les sources à 100 % renouvelables ; je n’y reviens pas dans l’immédiat.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

La discussion est close.

L’entrée en matière est admise avec quelques abstentions.

Il est passé à la discussion du projet de décret, article par article, en premier débat.

Art. 1 à 5. –

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

En commission, les articles 1 à 5 ont été adoptés par 16 voix et 1 abstention.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Les articles 1 à 4 et 5, formule d'exécution, sont acceptés avec 1 abstention.

Le projet de décret est adopté en premier débat.

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

Vu la belle unanimité, je demande le deuxième débat immédiat.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Le deuxième débat immédiat est admis à la majorité des trois quarts (102 voix contre 8 et 7 abstentions).

Deuxième débat

Le projet de décret est adopté en deuxième débat et définitivement par 110 voix contre 1 et 4 abstentions.

Projet de décret accordant au Conseil d’Etat un crédit d'ouvrage de CHF 86'700’000.- destiné à financer la réalisation de la Haute École de Santé Vaud (HESAV) constituant le second volet du Campus Santé situé sur le site des « Côtes de la Bourdonnette » à Chavannes-près-Renens

Premier débat

La discussion sur l’entrée en matière n’est pas utilisée.

L’entrée en matière est admise avec 1 avis contraire.

Il est passé à la discussion du projet de décret, article par article, en premier débat.

Art. 1 à 5. –

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

En commission, les articles 1 à 5 ont été adoptés à l’unanimité des membres présents.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Les articles 1 à 4 et 5, formule d'exécution, sont acceptés avec 1 avis contraire.

Le projet de décret est adopté en premier débat.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Le deuxième débat immédiat est admis à la majorité des trois quarts (97 voix contre 7 et 6 abstentions).

Deuxième débat

Le projet de décret est adopté en deuxième débat et définitivement par 109 voix contre 1.

Projet de décret accordant au Conseil d’Etat un crédit d'ouvrage de CHF 38'250’000.- destiné à financer les équipements du site inscrits sur le plan partiel d’affectation et nécessaires à la réalisation du Campus Santé

Premier débat

La discussion sur l’entrée en matière n’est pas utilisée.

L’entrée en matière est admise à l’unanimité.

Il est passé à la discussion du projet de décret, article par article, en premier débat.

 Art. 1 à 3. –

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

En commission, les articles 1 à 3 ont été adoptés à l’unanimité des membres présents.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Les articles 1, 2 et 3, formule d'exécution, sont acceptés avec 1 avis contraire.

Le projet de décret est adopté en premier débat.

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

Vu la belle unanimité, je demande le deuxième débat immédiat.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Le deuxième débat immédiat est admis à la majorité des trois quarts (95 voix contre 6 et 6 abstentions).

Deuxième débat

Le projet de décret est adopté en deuxième débat et définitivement par 110 voix contre 1.

Projet de décret accordant au Conseil d’Etat l’autorisation de mettre à disposition de la Fondation Maisons pour étudiants Lausanne un droit de superficie à titre gratuit sur le site du Campus Santé et d’allouer la somme de CHF 1'890'000.- au Fonds pour l’acquisition de droits réels et d’immeubles de réserve pour le remboursement de la part théorique du terrain.

Premier débat

La discussion sur l’entrée en matière n’est pas utilisée.

L’entrée en matière est admise avec 1 avis contraire.

Il est passé à la discussion du projet de décret, article par article, en premier débat.

 Art. 1 à 4. –

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

En commission, les articles 1 à 4 ont été adoptés à l’unanimité des membres présents.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Les articles 1 à 3 et 4, formule d'exécution, sont acceptés avec 1 avis contraire.

Le projet de décret est adopté en premier débat.

M. Sergei Aschwanden (PLR) — Rapporteur-trice

Je demande le deuxième débat immédiat.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Le deuxième débat immédiat est admis à la majorité des trois quarts (101 voix contre 6 et 6 abstentions).

Deuxième débat

Le projet de décret est adopté en deuxième débat.

La discussion générale est ouverte.

M. Philippe Vuillemin (PLR) —

Je constate avec intérêt que nous en sommes aussi à la simulation, au niveau du Grand Conseil. Pour le C4, je vous ai fait remarquer que le patient n’était plus présent. Or, avec votre façon de nous faire voter, les « pour » ne sont plus présents ni même visibles. Je trouve cela intéressant : nous nous dirigeons vers un Grand Conseil simulé ; je me demande ce que cela va donner.

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Monsieur le député, je vous rassure : les « pour » sont bien présents. Vous êtes actuellement plus de 125 députées et députés dans cette salle. Les « contre » et les « abstentions » se manifestent et la présence des « pour » montre qu’ils sont conscients de l’enjeu du vote.

La discussion est close.

Le projet de décret est adopté définitivement par 108 voix contre 1.

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