25_LEG_116 - EMPD (1er débat) Exposé des motifs et projets de budgets - des charges et des revenus de fonctionnement de l'Etat de Vaud pour l'année 2026 - d'investissement pour l'année 2026.
Séance du Grand Conseil du mardi 2 décembre 2025, point 9 de l'ordre du jour
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Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourPresque 40 heures de séances de commission, un rapport de 222 pages – soit 60 de plus qu’au budget 2025 et 100 de plus qu’au budget 2024 – nous voilà donc prêts à débattre de ce projet de budget 2026, proposé par le Conseil d’Etat. Une situation inquiétante, un budget fragile et déficitaire pour la sixième année consécutive : 164 millions de déficit au budget 2021, 189 millions en 2022, 227 millions en 2023, 248 millions en 2024, 303 millions en 2025 et 331 millions de déficit sont projetés pour 2026. Avec cet excédent de charges, le petit équilibre est respecté. Toutefois, la marge est cette année à nouveau très faible : le résultat avant amortissement présentant un excédent de revenus de 200’000 francs. Notons que ce résultat inclut des revenus extraordinaires à hauteur de 493 millions, soit presque 200 millions supplémentaires par rapport au budget 2025 – j’y reviendrai.
Afin de respecter ce petit équilibre et la mesure constitutionnelle, le Conseil d’Etat propose des mesures d’économie d’environ 305 millions : 165 millions dans le domaine des subventions, 51 millions concernant le personnel de l’Etat, 46 millions relatifs aux communes et 43 millions dans divers services. Le total des charges de ce budget se monte à 12,6 milliards, soit une croissance des charges de 3,6 % – certes, une croissance plus faible que lors du budget 2025. Sur les charges supplémentaires, 131 millions sont liés à des montants auparavant sous-dotés et qui ont été inclus au budget par volonté de sincérité. Sans ceux-ci, la croissance des charges serait de 2,5 %. Les principales augmentations de charges sont affectées à l’action sociale pour 282 millions, aux domaines de l’enseignement et de la formation pour 132 millions et à la santé pour 102 millions.
Le Conseil d’Etat propose de renforcer de manière modérée l’effectif du personnel de l’Etat en demandant au Grand Conseil d’accorder 344 ETP supplémentaires – hors CHUV et Hautes Ecoles – dont 275 ont un effet financier. Si l’ensemble de ces postes devait être repourvu, l’Etat de Vaud compterait 20’349 ETP. Notons encore qu’aucune indexation n’est prévue pour 2026.
Les revenus prévus atteignent un total de 12,345 milliards, soit en augmentation de 3,3 % ; ceux-ci ne couvrent toutefois plus les charges de l’exercice. Les recettes fiscales devraient pour leur part progresser de 184 millions, soit 2,6 % – et ceci y compris les baisses fiscales prévues. Les recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, incluant la réduction supplémentaire de 1 % prévue en 2026, sont à la baisse par rapport au budget 2025, alors que celles issues de l’impôt sur le bénéfice des personnes morales affichent une forte progression. Ces dernières sont notamment dues au développement et à la robustesse du tissu économique vaudois sur lequel nous pouvons compter. Enfin, 493 millions figurent aux revenus du budget au travers de réaffectations de préfinancements et autres capitaux propres. S’ils permettent un résultat proche du petit équilibre, ils ne peuvent toutefois être considérés comme des revenus pérennes.
A nouveau, les revenus extraordinaires sont donc très fortement sollicités dans ce budget ; le solde de ceux-ci s’amenuise fortement. En effet, 60 millions sont pris sur le préfinancement de l’accord Canton-communes, le solde de 30 millions étant déjà prévu. Si 37 millions sont prélevés du préfinancement « Ukraine » – dont le solde s’élève à 81 millions – 363 millions des capitaux propres « Réaffectation budget 2024 », le solde est aujourd’hui nul ; en outre, 29 millions dans les préfinancements des amortissements estimés, dont le solde reste à 29 millions et 3 millions dans d’autres préfinancements divers. Dès lors, le solde pour le processus budgétaire 2027 est de 148 millions, dont 35 sont déjà prévus dans le cadre de l’accord Canton-communes. Notons que, dans le budget 2026, aucune tranche BNS ne figure, alors qu’une figurait au budget 2025 et deux au budget 2024.
L’Etat poursuit sa politique d’investissement : un montant global de 1051 millions est en effet inscrit au budget, dont 558 millions d’investissements directs. Le Canton maintient ainsi sa forte participation au développement économique de nos entreprises.
Quant à la dette, elle est prévue d’augmenter de 100 millions pour un montant total de 600 millions. L’Etat prévoit de plus, en regard d’insuffisances de financement planifiées, de nouveaux emprunts publics de 250 millions en 2027, 200 millions en 2028, 100 millions en 2029 et 100 millions 2030. La dette – de 500 millions à fin 2025 – devrait donc augmenter à 1,25 milliard, en 2030.
Les risques ont fortement diminué, passant de 776 millions au budget précédent à 218,6 millions au budget 2026. Les détails et analyses de ces risques figurent dans les rapports de sous-commission et cette baisse équivaut également à une volonté de sincérité budgétaire.
Au cours de ses travaux, la Commission des finances a entendu M. le député Maurice Gay, président de la Commission thématique des systèmes d’information (CTSI), accompagné de M. le député Yann Glayre, vice-président. Ils nous ont présenté leur rapport sur le budget informatique de l’Etat de Vaud. Les préoccupations de la CTSI rejoignent celles de la Commission des finances, notamment sur le nombre croissant de projets informatiques rencontrant des difficultés.
Dans le cadre de ce projet de budget 2026, la commission a analysé 52 amendements spécifiques, déposés par ses différents membres sur le budget de fonctionnement ; une majorité de la commission en a retenu 8. Les résultats des votes sur ces amendements ne reflètent pas toujours la position de la majorité qui recommande l’adoption de ce budget. Ne soyez donc pas étonnés que je parle, dans les semaines à venir, d’« une » majorité et non pas de « la » majorité. Les 8 amendements adoptés par une majorité de la COFIN réduisent donc le déficit pour un montant de 9’648'400 francs, ramenant le déficit à 321’421'500 francs. D’autres amendements, discutés mais non retenus, sont repris dans les rapports de minorité. Enfin, 6 observations ont été déposées suite à l’analyse attentive du budget des différents services.
Le projet de budget de fonctionnement 2026 amendé – présentant un déficit de recettes – est adopté par la commission par 9 voix contre 6 et aucune abstention. Le budget d’investissement est, quant à lui, adopté par 14 voix et 1 abstention.
Lors des travaux en rapport avec le présent budget, la commission a également étudié les 21 projets de loi et projets de décrets, présentés par le Conseil d’Etat. Sur ces 21,9 de ces projets sont liés à des mesures d’économie. Notons que le projet de Loi sur l’assurance-maladie (LVLAMal) a été retiré, car sans lien avec le budget et a été transmis à une commission thématique.
Les divers rapports de minorité sur les lois et décrets liés à des mesures d’économie relatent les avis divergents de la commission. Les détails et prises de position vous seront donnés lors du débat d’entrée en matière de ces différents textes afin de gagner en temps et en efficience.
Concernant le budget de fonctionnement, pour la majorité de la commission qui accepte celui-ci en vote final, il reste considéré comme trop fragile. L’augmentation des charges, certes moindre que précédemment, reste inquiétante, mais démontre qu’il ne s’agit clairement pas d’un budget d’austérité. Il s’agira donc de travailler sur ces charges. Si le Conseil d’Etat propose diverses mesures d’économies, il manque, aux yeux de cette majorité, une vision globale à moyen terme des politiques publiques visées. En effet, il est parfois difficile de trouver une cohérence, voire un vrai projet de réforme structurelle. Pour ce faire, la majorité recommande au Conseil d’Etat de réfléchir également à des mesures internes plus intenses et non de reporter uniquement la majorité de celles-ci sur des entités externes et subventionnées.
Le recours aux revenus extraordinaires, à hauteur de 493 millions, afin d’atteindre le petit équilibre, incite également la majorité de la COFIN à encourager le Conseil d’Etat à trouver les moyens de contenir ces charges rapidement. Ceci d’autant plus au vu du faible solde des capitaux propres et préfinancements pour les budgets à venir. Les résultats aux comptes 2023 et 2024 doivent conduire à la prudence, car seuls des exercices bénéficiaires permettraient de recapitaliser des préfinancements ou autres capitaux propres.
Contenir les charges, c’est passer par une réflexion globale d’efficience, efficience à laquelle la COFIN faisait déjà écho avec ses multiples propositions d’observations lors du budget 2025. Il est urgent d’agir. La planification financière présentée est basée sur une augmentation de charges de 2 %, alors même qu’elle est supérieure au budget 2026 – ce qui prouve que des efforts supplémentaires sont et seront nécessaires. La gestion des finances publiques n’a pas seulement pour but de répondre aux besoins immédiats, mais aussi de garantir la capacité d’action de l’Etat pour les générations futures. Le recours massif aux réserves, l’absence de réformes structurelles et l’augmentation continue des charges compromettent cette responsabilité intergénérationnelle. Aujourd’hui, il est indispensable de rétablir un équilibre durable afin de ne pas léguer aux générations futures un Etat affaibli. La grande majorité des politiques publiques dépend de bases légales et ne peut donc être révisée au travers du budget. Toutefois, pour cette majorité de la COFIN, un travail parlementaire important devra également suivre dans les prochains mois.
Et non, l’Etat n’est pas assis sur des milliards. Outre la confusion habituelle entre trésorerie et exploitation – voire fonctionnement – la planification financière démontre une forte augmentation de la dette qui ne peut qu’inquiéter et surtout des liquidités disponibles en forte diminution. En effet, à l’horizon 2030, la trésorerie – dont le pic historique fut 2022 – pourrait être totalement consommée.
Tous ces éléments confirment, pour la majorité, que le déficit provient principalement d’un problème de charges et non de revenus. Dès lors, aucune proposition de hausse d’impôts ne saurait la convaincre.
Cette majorité de la commission invite en particulier le Grand Conseil à suivre les amendements en lien avec les gains immobiliers, ainsi que le financement des primes d’assurance-maladie des enfants par des cotisations sur la masse salariale. Ces propositions n’ont pas su convaincre, notamment en raison de leurs effets économiques et sociaux indésirables. Les communes, déjà fortement sollicitées et tout juste engagées dans un nouvel accord, ne sauraient être mises davantage à contribution. De même, l’augmentation des allocations familiales risque d’alourdir encore la charge des PME – le tissu économique de notre canton – dont la situation demeure fragile, dans un contexte économique incertain. Ces amendements au budget feront suite aux projets de lois et décrets y relatifs.
Pour conclure, en ma qualité de rapportrice générale, je tiens à remercier les différents services de l’Etat pour le soutien accordé dans le cadre de l’étude du projet de budget 2026, notamment lors des visites des membres des sous-commissions. Au nom de l’ensemble des membres de la Commission des finances, je remercie tout particulièrement M. Pascal Rattaz, le chef de Service de l’analyse et de gestion financière (SAGEFI), ainsi que M. Sapin, chef de division, tous deux présents lors de l’ensemble des débats et dont les compétences et l’apport de détails techniques sont toujours un fort soutien. Nos remerciements vont également aux collaboratrices et collaborateurs de la Direction générale de la fiscalité.
Comme chaque année, le mot « merci » n’est jamais assez fort pour qualifier ce que nous devons à M. Fabrice Mascello, le secrétaire de la commission. Son efficacité, son professionnalisme, mais également sa disponibilité, nous permettent de rédiger nos rapports dans un délai record pour qu’ils vous parviennent afin de pouvoir réaliser des débats en toute connaissance de cause. A titre personnel, outre les personnes déjà remerciées, je tiens à adresser mes remerciements sincères à l’ensemble des membres de la Commission des finances pour leur engagement et la qualité de leur travail lors des longues et nombreuses séances pour l’étude de ce budget et également tout au long de l’année. Des échanges vifs et fructueux ont permis d’atteindre un travail de grande qualité.
Je rapporte au nom des membres verts et socialistes de la COFIN. C’est l’histoire d’une bien jolie maison. Une grande maison. Elle est à la fois au bord d’un lac et proche de belles montagnes. Elle est à la fois au centre et aussi à la périphérie. Elle est traversée par un fleuve qui fait la fierté de sa population. C’est la maison des Vaudois et des Vaudoises.
Une grande maison que des générations ont construite ensemble. Une maison solide. Une maison accueillante. Une maison solidaire. Une maison pleine de rêves et de projets. Une maison où chacun, chacune a sa place : des enfants, des seniors, des familles, des ouvriers et ouvrières, des travailleurs et travailleuses de la terre, des personnes au service du public, tel un bel orchestre.
Mais depuis trois ans, cette maison traverse une triste histoire. Au début, tout allait bien. Les Vaudois et Vaudoises entretenaient leur maison. Ils et elles réparaient les murs. Ils et elles renouvelaient leurs meubles. Ils et elles prévoyaient d’installer des panneaux solaires. Mais petit à petit…
Petit à petit… certains habitants du dernier étage, sous la direction d’une alliance vaudoise, sous la pression d’un Centre patronal, ont commencé à prendre toujours plus pour eux-mêmes. Des cadeaux fiscaux. Des baisses d’impôts. Des voyages en limousine. Un bouclier fiscal percé. Et la maison, elle, vit ses réserves fondre.
Les enfants ont remarqué que le garde-manger se vidait plus vite. Les soignantes et soignants ont vu leurs conditions de travail se détériorer. Les enseignantes et enseignants ont senti la lumière faiblir dans leur salle de classe. Et puis est venu le jour où on a annoncé à tout le monde : « La maison est en crise ! Il faut couper l’eau ! Il faut couper le chauffage ! Il faut couper les repas ! Il faut couper ! Il faut couper ! »
Mais cette crise n’est pas tombée du ciel. Cette crise a été créée. Cette crise a été voulue. Le projet était préparé depuis le début : affamer toute la maison pour mieux couper ensuite. On se souvenait pourtant des promesses : « Si la maison manque d’argent, nous reviendrons sur les cadeaux aux riches des étages d’en haut. Et jamais nous ne toucherons aux chambres où vivent les enfants, les seniors et les familles. Jamais nous ne menacerons les prestations. » Aujourd’hui, ces promesses restent sur le pas de la porte du Château cantonal. Elles semblent oubliées par celles et ceux qui décident.
Dans la maison des Vaudoises et Vaudois, certaines pièces sont vitales. La salle de soins : le CHUV, les hôpitaux régionaux, les pôles santé, les soins à domicile, les EMS. C’est là que la famille soigne ses membres les plus fragiles. Mais les ressources disparaissent… alors que les besoins augmentent avec le vieillissement de la famille. Les seniors sont menacés d’être privés de dessert. Dans la salle d’étude : les enfants y apprennent… mais leurs enseignants croulent sous la surcharge et les manques, en particulier ceux qui s’occupent des crapauds. Les hautes écoles sont priées de renoncer à des projets, de faire plus avec moins. Dans les institutions, on attendra deux ans de plus pour de meilleurs salaires. Dans l’accueil de jour, on videra un fonds de régulation. Dans l’asile, on détériorera les conditions de vie. Dans la cuisine et le salon familial : là où vivent les familles, un mois de carence supplémentaire… et soudain le repas quotidien devient incertain.
Chaque fois qu’une pièce est amputée, la maison devient plus froide. Chaque fois qu’une pièce est amputée, la maison devient moins vivable. A chaque fois, la maison devient fragile. Et c’est la cohésion sociale qui est en danger. Et puis il y a celles et ceux, par leur action déterminée qui font en sorte que tout tienne encore debout. Un grand orchestre. Composé de toutes sortes de musiciens et de musiciennes. Qui enseignent. Qui soignent. Qui assurent la sécurité. Qui éduquent. Qui nettoient. Qui comptent. Cet orchestre, jour après jour, nuit après nuit, veille à ce que notre canton fonctionne. Et qu’a fait la présidente qui décide des finances ? Elle leur a dit : « Merci pour votre travail. Vous avez servi loyalement la population. Vous avez tout donné. Tel le ciment, vous faites tenir notre société debout… et en récompense, voici une ponction sur vos salaires, moins de reconnaissance, plus de tâches, moins de décharges de fin de carrière. »
On demande de jouer avec des instruments cassés et avec des salaires rabougris. Mais l’orchestre, il sait que cela fera une musique de mauvaise qualité. Il sait que le public sera mal servi. Et l’orchestre, il aime le service public, surtout de qualité. Alors, il essaie de dire à ceux qui décident des finances – le Conseil d’Etat – qu’il n’est pas d’accord. Mais ceux qui décident n’écoutent pas. Alors l’orchestre manifeste. Il fait la grève. Il se mobilise. Il aspire à un peu de respect ! Mais ce Conseil d’Etat ne veut pas discuter. Il prend acte. Il méprise. Il coupe. Sans dialogue. Sans respect.
Mais comment cette histoire se finira-t-elle : on peut effectivement s’inquiéter, car une société qui méprise ses piliers finira par s’écrouler. Et le pire, c’est que la famille radicale libérale n’a pas de plan pour la maison. Elle parle d’ « efficience » et de « budget équilibré », mais sans investir dans l’isolation, sans penser aux enfants qui grandissent, aux seniors qui vieillissent, aux nouvelles générations qui arrivent. Et pendant ce temps, celles et ceux qui sont chargés de veiller sur la maison sont bien trop occupés à se chamailler. Ils ne voient pas qu’en soufflant le vent de l’austérité, ils risquent de faire tomber les murs.
Mais nous, nous voulons un autre budget. Le budget que le Conseil d’Etat a présenté le 24 septembre dernier, nous ne pouvons pas l’accepter. C’est pourquoi nous portons ce rapport de minorité avec responsabilité et gravité. Et nous espérons bien, dans ce Parlement, trouver la voie d’une histoire commune, une solution pour notre canton pour 2026. Nous voulons : que toutes les pièces essentielles restent ouvertes et bien entretenues ; que les piliers de la maison soient soutenus ; que l’orchestre soit respecté et payé correctement et que la maison retrouve l’équilibre, en demandant un peu plus à celles et ceux qui vivent dans les étages dorés.
Un Canton fort ne se construit pas en affamant. Un Canton fort se construit en partageant, en investissant, en planifiant l’avenir. Alors, aujourd’hui, nous vous le demandons : quelle histoire voulons-nous raconter pour ce Canton ? Celle d’une maison affamée, froide, qui s’effrite pièce après pièce ? Ou celle d’une maison solide, vivante, solidaire et ambitieuse, où chacun et chacune a sa place et peut contribuer à l’avenir ? Nous prenons nos responsabilités et choisissons la seconde voie. Nous voulons doter correctement tous les services publics, pas les affamer. Nous voulons respecter le personnel, pas le punir. Nous pensons que les efforts doivent être partagés, mais que ce partage doit être en fonction de ce que chacun peut. Et ceux des étages du haut pourraient faire beaucoup plus.
Lors de nos discussions de ces prochains jours, nous vous proposerons des amendements pour respecter chaque pièce, chaque occupant et chaque occupante, pour défendre le service public, pour respecter le personnel, pour la justice fiscale. Parce qu’une maison dont on ne prend pas soin finit toujours par s’effondrer. Mais une maison bien entretenue et dont les occupantes et les occupants sont respectés est la base d’une société solidaire qui peut traverser toutes les tempêtes.
La minorité 2 rejette également le budget 2026 tel que présenté par le Conseil d’Etat. Celui-ci implique en effet des coupes inacceptables contre le service public et parapublic. Ces coupes sont pour nous le résultat direct des baisses fiscales à répétition en faveur des couches les plus aisées de la population. Citons en particulier la baisse de l’impôt sur le bénéfice des entreprises – qui profitent aux plus grandes multinationales – pour environ 350 millions de perte par année. Citons plus récemment 150 millions de diminution de recettes de l’impôt sur le revenu, diminution qui profite également aux contribuables ayant les revenus les plus aisés. A elles seules, ces deux réductions d’impôt excèdent déjà largement le déficit du budget 2026. Mais il faut y ajouter une myriade, un empilement de baisses fiscales supplémentaires qui vont toutes dans le même sens : favoriser tendanciellement davantage les contribuables les plus fortunés. Nous avons eu des baisses sur les revenus sur les dividendes, sur les successions, sur les retraits en capitaux, sur l’estimation fiscale de la fortune des propriétaires d’entreprises. La liste n’est pas exhaustive, mais nous voyons bien que cette politique des caisses vides est une stratégie consciente mise en œuvre par la majorité de droite, en collaboration étroite avec les organisations patronales du canton et la Chambre vaudoise immobilière. Cette politique des caisses vides compromet les conditions de travail des employés du public et parapublic, tout en creusant les inégalités de richesse. C’est le moment de rappeler que le 1 % les plus riches en Suisse, qui détenaient 32 % des richesses en 1980, possèdent désormais 45 % – presque la moitié – de la fortune totale. Cela fait de la Suisse un pays encore plus inégalitaire du point de vue de la concentration des richesses que les Etats-Unis de Trump. Ce niveau d’inégalité devient insupportable : c’est pourquoi les employés de la fonction publique ont raison de manifester avec parmi d’autres mots d’ordre celui de taxer les riches – ou plus précisément d’annuler au moins une partie des baisses fiscales consenties ces dernières années à cette catégorie de la population. Il est dans tous les cas injuste de faire payer aux employées et employés le prix de ces baisses fiscales, le prix d’une politique dont elles et ils ne sont en rien responsables.
Nous combattrons en particulier les diminutions de budget prévues dans le domaine des hôpitaux, des établissements médicosociaux et de la santé publique, des secteurs où les femmes sont largement majoritaires et seront donc les premières à subir la péjoration de leurs conditions de travail. La coupe proposée contre les crèches et garderies est également particulièrement malvenue dans un contexte de pénurie de places qui plonge les parents dans de grandes difficultés. Ici, encore, il s’agit d’un secteur comptant une large majorité de femmes et avec des conditions de travail souvent difficiles. A ce propos, j’ai été particulièrement étonné d’être le seul membre de la Commission des finances à refuser cette coupe dans l’accueil de jour. C’est en tout cas un des motifs qui m’a conduit à rédiger ce deuxième rapport de minorité de gauche – il faut malheureusement le constater, nous n’étions pas toujours raccord avec nos collègues de gauche de la commission. Nous dénonçons enfin des coupes particulièrement dures s’agissant des prestations délivrées à des personnes vulnérables, en particulier à travers une forte réduction de la subvention à l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Une lettre ouverte, adressée au Conseil d’Etat par plus de 350 professionnels de santé, alarme sur les conséquences concrètes de ces mesures pour les bénéficiaires.
En parallèle à notre refus de plusieurs décrets portant sur les mesures d’économie, nous soumettrons au vote du Grand Conseil une série d’amendements visant à annuler – ou au moins à atténuer – certaines coupes budgétaires, notamment dans le domaine de la santé publique et de l’accueil des migrants. Certains de nos amendements demandent également de renforcer des secteurs sous-dotés, à l’instar de l’Office vaudois de l’assurance-maladie (OVAM) qui peine à répondre, dans des délais raisonnables, aux demandes de subsides. Nous proposerons enfin un amendement visant à accroître l’effort de solidarité internationale, en cette période où les besoins sont énormes dans certaines régions du monde, comme en Ukraine, en Palestine ou au Soudan, pour ne citer que trois situations particulièrement désastreuses.
A l’heure où la hausse des températures liée aux émissions de CO2 s’aggrave, nous déplorons par ailleurs que le Conseil d’Etat réduise la portée de son Plan climat, en renonçant, dans le budget 2026, aux réductions de tarif des transports publics en faveur des jeunes en formation et des retraitées et retraités promises dans son Programme de législature. Décidément, à part les baisses fiscales au profit des plus hauts revenus, le Conseil d’Etat ne tient pas les promesses de son Programme de législature. Ces ambitions climatiques revues à la baisse ne permettront pas de respecter la trajectoire de réduction des émissions à laquelle la Suisse s’est engagée dans le cadre de l’Accord de Paris – un constat négatif déjà dressé, je tiens à le rappeler, dans le cadre d’un audit du Plan climat réalisé par l’EPFL qui arrivait à la conclusion que le Plan climat vaudois ne permettait qu’une réduction de 8 % des émissions. Nous ne sommes pas sur la trajectoire de l’Accord de Paris et il serait temps d’avoir un sursaut au niveau politique – ce n’est malheureusement pas ce que nous constatons dans ce budget 2026.
Compte tenu du principe constitutionnel du petit équilibre, les propositions de dépenses supplémentaires que nous soumettons au Grand Conseil doivent être compensées par des recettes supplémentaires. A cette fin, nous proposons d’injecter un revenu extraordinaire prélevé sur les réserves, pour 50 millions. Certes, ce prélèvement supplémentaire sur les réserves réduira les disponibilités pour les budgets 2027 et suivants. Toutefois – j’insiste sur ce point – les réserves sont encore très élevées, largement supérieures à 2 milliards de francs. De plus, dans les mois qui vont suivre, nous défendrons en parallèle des propositions fiscales visant à dégager des recettes additionnelles, à l’instar notamment de la motion que j’ai déposée et qui a été examinée par la Commission des finances, visant à accroître l’imposition des dividendes, ce qui permettrait de dégager quelque 100 millions de recettes supplémentaires par an et réduirait d’autant la nécessité de puiser dans les réserves.
Je souhaiterais conclure cette intervention d’entrée en matière en remerciant chaleureusement toutes les employées et tous les employés des secteurs publics et parapublics ainsi que les personnes solidaires qui se sont mobilisés à plusieurs reprises et de manière exemplaire ces dernières semaines pour défendre le bien commun. Elles et ils se sont dressés pour défendre le service public en tant que socle qui garantit la cohésion de la société. En cela, elles et ils se sont montrés pleinement en phase avec la belle devise qui figure en préambule de la Constitution suisse et que certains dans cette salle semblent avoir oubliée : « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. »
Cette intervention traite du rapport de minorité relatif aux gains immobiliers. Je précise que notre position sur ce sujet, comme sur les autres, s’inscrit dans le contexte général d’un budget profondément déséquilibré, cela a été dit. Déséquilibré, parce qu’il représente une attaque contre les prestations à la population, contre les services publics et contre celles et ceux qui les portent. Déséquilibré, parce qu’aucun travail n’est réalisé sur la fiscalité des plus aisés et fortunés qui devraient pourtant participer à l’effort collectif. Déséquilibré, parce que le seul travail que le Conseil d’Etat a mené sur les recettes est d’aller puiser dans celles dévolues par la loi aux communes.
J’en viens donc au projet de décret sur les gains immobiliers. Un projet avec lequel le Conseil d’Etat entend ponctionner 39 millions par an aux communes, alors que celles-ci portent des services publics cruciaux pour les Vaudoises et les Vaudois, alors qu’elles investissent dans des infrastructures et des équipements publics essentiels à la population de notre canton. Le Conseil d’Etat entend ponctionner 39 millions aux communes, alors qu’elles se trouvent dans des situations financières souvent délicates et alors que leur endettement dépasse largement celui du canton.
Face à ce budget déséquilibré et face à ses conséquences très problématiques pour les communes, la minorité, dans une logique constructive, a défendu une alternative au projet du Conseil d’Etat. Elle propose de réformer le barème de l’impôt sur les gains immobiliers, en taxant davantage les ventes à très court terme. Par ce biais, elle propose plus de justice fiscale et surtout de renforcer la lutte contre la spéculation immobilière qui fait flamber les prix et qui rend les logements toujours plus inaccessibles pour les classes moyennes. Je précise que la réforme que nous proposons ne remet pas en cause les mécanismes qui protègent les personnes propriétaires qui vendent le bien dans lequel elles habitent. Pour les communes, notre amendement annule la ponction de 39 millions voulue par le Conseil d’Etat, sans que nous ne devions compenser ce montant ailleurs dans le budget cantonal. Pour 2026, les communes toucheraient même un peu plus de 3 millions de plus qu’à l’heure actuelle. Pour le Canton, les nouvelles recettes permises par l’amendement s’élèveraient à 19,5 millions.
Au vu de ces éléments, la minorité vous encourage à entrer en matière sur le décret des gains immobiliers et à accepter notre amendement pour combattre la spéculation, au lieu de ponctionner les communes, pour répartir les efforts demandés et surtout pour laisser une possibilité à notre Parlement de trouver un chemin sur ce budget, pour le moment, très déséquilibré.
Comme nous aurons l’occasion de discuter du décret de modification de la loi sur les allocations familiales et sur des prestations cantonales en faveur de la famille (LVLAFam) tout à l’heure, je vais être bref. A ce stade, je voulais simplement dire que, dans les nouveautés de ce budget, il y avait une mesure sociale qui, dans un esprit d’équilibre dans la répartition des efforts, demandait une participation des employeurs aux mesures d’économie. Il s’agit donc de la mise en place d’une prime enfant de 40 francs par mois accordée via le régime des allocations familiales. En plus de permettre des économies pour l’Etat sur les subsides de l’ordre de 20 millions sans toucher aux prestations, cette mesure était une vraie mesure redistributive au bénéfice de la classe moyenne, avec quelque 70 millions de redistribution. Alors que l’on entend régulièrement des volontés de soutenir la classe moyenne, il y avait là une réelle occasion de le faire – contrairement aux baisses d’impôt en pourcentage qui bénéficient surtout aux classes supérieures. La minorité que je représente vous proposera donc d’accepter cette mesure d’économie du Conseil d’Etat. Elle regrette vivement l’opposition de la majorité à une mesure sociale qui nous éloigne de la possibilité de soutenir un budget.
En tant que rapportrice du rapport de minorité 3 et en complément du rapport de minorité 1 et 2, je ne peux accepter que ce budget attaque de manière aussi forte les conditions de la fonction publique, non seulement par la contribution de crise, mais également par la suppression des décharges de fin de carrière et enfin par un ralentissement de la revalorisation des salaires et des conditions de travail dans le secteur social parapublic – tout cela sans aucune consultation avec les partenaires sociaux.
Comme les deux autres décrets mentionnés, le rapport de minorité 3 s’oppose au projet de décret qui revient sur la décision du Grand Conseil d’accélérer le versement du solde des 40 millions promis par le Conseil d’Etat sur une période plus courte, soit en réduisant de moitié les 10 millions prévus en 2026 et les 10 millions prévus en 2027. Il faut se rendre compte qu’une même personne pourrait être impactée trois fois par ces mesures, ce qui n’est pas acceptable.
Nous avons reçu ce matin la prise de position de l’Association vaudoise des organisations privées pour personnes en difficulté (AVOP) qui rappelle que les syndicats sont unis, notamment pour que les mesures issues des assises du secteur social parapublic soient mises en œuvre le plus rapidement possible. Sans cette accélération, nous n’arriverons pas à juguler l’exode du personnel des professions sociosanitaires vers d’autres cantons. Bien gérer un canton, ce n’est pas simplement consentir à des économies, mais se montrer efficient sur la durée. Couper peut éventuellement réduire les coûts dans l’immédiat, mais sans personnel qualifié et motivé pour gérer les prestations publiques, cela peut coûter très cher sur le long terme. Par ce rapport de minorité 3, le parti socialiste proposera donc, lors de l’ouverture du débat sur ce décret spécifique, d’accepter son entrée en matière et de privilégier le décret 1 permettant une amélioration rapide et accélérée des salaires, des conditions de travail et de la formation dans le cadre de la CCT du secteur social parapublic vaudois.
A titre personnel, j’ai déposé deux rapports de minorité :
- le premier, en lien avec la contribution de crise. Ce rapport de minorité s’oppose à l’amendement de la gauche et des Vert’libéraux, à l’article 2, en lien avec un pourcentage de 2,1 % pour prendre cette contribution sur les trois prochaines années sur les salaires excédant les 100’000 francs.
- le second, en lien avec le produit sur les gains immobiliers en faveur des communes. Ce rapport de minorité – cosigné par mes collègues minoritaires PLR et UDC – demande également de ne pas entrer en matière sur ce projet de décret spécifique.
Je profite de l’occasion pour demander à M. Eggenberger de déclarer dorénavant ses intérêts, même s’il est rapporteur de minorité. Je comprends : il est en campagne pour la municipalité de Lausanne, mais il est encore enseignant et donc évidemment bénéficiaire de l’ensemble des propos qu’il a tenus dans le cadre de son rapport de minorité.
La discussion sur l’entrée en matière est ouverte.
Je souhaite commencer par remercier la Commission des finances (COFIN) pour son travail d’analyse du budget 2026. Par beau temps, c’est en effet une tâche ardue dans un délai court. Le budget 2026 est nettement plus complexe, mais les délais sont restés les mêmes.
Le budget qui nous est soumis n’est pas bon, puisqu’il est déficitaire de 331 millions, même s’il respecte le petit équilibre. Pour l’atteindre, il a été fait recours à 493 millions de revenus extraordinaires issus de la fortune, réserves qui sont maintenant presque entièrement utilisées. Si vous pensez que le budget 2026 est compliqué, réjouissez-vous de 2027. Pour atteindre ce fameux petit équilibre, le Conseil d’Etat nous propose également des économies pour un montant total de 305 millions – nul doute que nous allons beaucoup en parler durant ces trois prochaines semaines.
Cela étant dit, avons-nous vraiment affaire à un budget d’austérité, comme tant de personnes essayent de nous le faire entendre ? Permettez-moi d’en douter. Les charges du budget 2026 augmentent de 3,6 %, l’Etat engage 275 équivalents temps plein (ETP) et en pérennise 68 – soit 344 postes additionnels par rapport au budget 2025. Les dépenses de l’action sociale augmentent de 8,9 %, dont 141 millions d’augmentation annuelle pour les subsides d’assurance-maladie. Tout au long de l’année, des investissements sont proposés, votés et réalisés. Le budget 2026 ne fait ici pas exception, puisque des investissements nets au budget se montent à 1,1 milliard de francs, clairement au-dessus de la moyenne du plan quinquennal qui en prévoit 840 millions.
Cependant, lorsqu’on lit, voit et entend ce qui s’écrit, s’affiche et se dit ces derniers jours, nous pourrions croire que le Conseil d’Etat essaye vraiment de détruire l’école vaudoise, qu’il cherche à démanteler notre système de santé ou encore à détricoter tout le filet social de notre canton. De manière répétée, le personnel politique a martelé ces jours que le Conseil d’Etat de droite saccage ce canton. Saccager signifie détruire de manière brutale et volontaire, synonyme de ravager, démolir, piller, mettre à sac. Tout est permis. D’ailleurs, nous venons d’entendre le premier rapporteur de minorité nous conter une fable électoraliste larmoyante, qui n’a pour seul objectif que de cliver la population vaudoise entre les gentils, qui ont raison sur tout – normal, ce sont les gentils – et les méchants, qui ont tort sur tout – normal, puisqu’ils sont méchants, égoïstes, cupides, et qu’ils ne sont là que pour ruiner le canton. Nul besoin de vous dire, monsieur Eggenberger, que vos paroles sont insultantes – vous le savez très bien. Je vous invite honnêtement toutes et tous à garder un peu de mesure dans nos paroles : ce budget ne va pas démonter l’école vaudoise. Il propose d’ailleurs d’embaucher 240 personnes dans l’enseignement. Depuis 2018, les ETP d’enseignants ont augmenté de 20 %, alors que, sur la même période, le nombre d’élèves a augmenté de 9 % seulement. De la même manière, ce budget ne va pas donner un coup de poignard dans notre Université, dans l’accueil du jour de la petite enfance, dans notre système de santé, ou dans nos institutions sociales.
Même en ayant recours à l’utilisation des réserves, ce budget reste déficitaire. Il est important de tout faire pour ne pas laisser les comptes de notre canton dériver durablement dans les chiffres rouges. Les mesures d’économie proposées sont certes peu agréables, mais elles sont limitées dans le temps et ne mettent pas en péril les missions essentielles de l’Etat, ou alors il s’agit d’un décalage dans le temps d’objectifs de législature, qui restent pleinement atteignables. Ces mesures d’économie sont rendues nécessaires non seulement pour atteindre le petit équilibre, mais également parce qu’il est de notre responsabilité de ne pas repousser à plus tard la facture de nos dépenses actuelles. Des comptes équilibrés durablement sont indispensables à notre canton pour qu’il puisse faire face aux défis qui nous attendent ces prochaines années : investissements dans la formation, le sport et le tourisme ; développement et assainissement de notre parc immobilier ; dépenses pour les domaines de la santé et du social, dans un contexte marqué par le vieillissement de la population ; enfin, investissements massifs dans les infrastructures de transport.
Le PLR ne se réjouit pas des mesures d’économie en tant que telles, mais attend avec impatience les solutions pérennes d’efficience et de retour à l’équilibre que le Conseil d’Etat va présenter et initier en 2026. Ces mesures pérennes qui, conjuguées avec une baisse de la pression fiscale, permettront de créer de la valeur pour poursuivre le développement de notre canton dans un effort conjoint du public comme du privé. Le PLR salue le budget d’investissement, signe d’un canton qui continue à investir et développer ses infrastructures. D’ailleurs, cela s’exemplifie avec l’annonce faite ces jours au sujet du développement du métro m2 et du futur m3.
Sans surprise, le PLR va accepter l’entrée en matière de ce budget 2026 et invite l’ensemble de ce Parlement à faire preuve de responsabilité en dotant notre canton d’un budget pour l’année 2026. La position du PLR n’est pas une surprise, car nous avons accepté les budgets lorsqu’ils étaient issus d’un gouvernement à majorité de gauche. Le budget est une autorisation de dépense qui se base sur des politiques publiques et des lois qui sont en force. Pour infléchir un budget dans un sens ou dans l’autre, il ne suffit pas de déposer des amendements : il faut s’engager toute l’année dans un travail de fond sur les lois et les décrets. C’est notre responsabilité de parlementaires.
Depuis des mois, notre canton traverse une crise sociale d’une intensité rare. Dès l’été, des mobilisations se sont multipliées dans les pôles santé, les hôpitaux, les établissements médico-sociaux (EMS) et les centres médico-sociaux (CMS), les écoles, les institutions sociales, etc. La semaine dernière, 28’000 personnes défilaient à Lausanne pour s’opposer à l’austérité et aux attaques contre le service public et parapublic. Ce chiffre est parlant : le climat est très tendu, la confiance est entamée et la population est inquiète et en colère. C’est le signe que celles et ceux qui forment, soignent, protègent et accompagnent, attendent de la considération et du respect. Lorsqu’autant de personnes se mobilisent dans un canton comme le nôtre, ce n’est pas anodin : c’est un signal d’alarme, que le gouvernement refuse pour l’heure de prendre en considération, préférant rester silencieux dans son château.
Depuis l’été, le Conseil d’Etat avance sans ligne, sans cohérence et sans projet, sinon celui de couper et de raboter, sans se soucier des conséquences. Il méprise son personnel, revient sur des engagements de longue date, ignore les réalités du terrain et semble n’avoir qu’une seule boussole : faire payer aux services publics – représentés par la population – les erreurs d’une stratégie fiscale et financière que nous avions déjà pourtant dénoncée lors des discussions sur le Programme de législature. Au printemps, à la suite de la publication des comptes, nous avons rappelé que, si le Conseil d’Etat continuait sa stratégie fiscale en préférant protéger les riches contribuables plutôt que de miser sur un service public de qualité, il se retrouverait face à un mur ; nous y sommes. Les conséquences sont là : des coupes, partout. Elles se répercutent sur le personnel, les enseignants, dans les hautes écoles, dans la santé – alors même que les équipes sont déjà au bord de la rupture et que nous faisons face à une pénurie de personnel – dans le social, l’asile ou les crèches. Le gouvernement appuie sur le service public comme s’il s’agissait d’une simple entrée comptable. Toutefois, derrière les chiffres, il y a des enfants, des patientes et des patients, des familles, des personnes vulnérables, des infirmières, des gendarmes, des enseignantes et toutes celles et ceux qui, chaque jour, rendent ces prestations possibles.
Pour nous, ces coupes ne sont pas acceptables, non seulement parce qu’elles affaiblissent des secteurs déjà fragilisés, mais aussi parce qu’elles reposent sur un choix politique assumé : refuser d’aller chercher des recettes là où elles sont possibles et supportables ; refuser de demander un effort à celles et ceux qui en ont les ressources. En somme, c’est un choix d’austérité de la majorité de droite, qui n’a rien d’inévitable. Nous le disons clairement : une autre voie et un autre canton sont possibles. Le travail mené par les membres socialistes en collaboration avec les autres commissaires de gauche à la COFIN l’a démontré : en mobilisant mieux certaines recettes – notamment les gains immobiliers – il est possible de préserver les services publics sans mettre en péril l’équilibre financier du canton. Nous avons mis ces propositions sur la table au travers de nos rapports de minorité. Ces mesures sont sérieuses, construites, réalistes, responsables et offrent une opportunité à la droite gouvernementale de sortir de l’impasse actuelle.
Le groupe socialiste souhaite aller plus loin. En plus du rapport de minorité Eggenberger, nous déposerons en effet une série d’amendements pour renforcer ce qui doit l’être, à savoir l’enseignement 1P et 2P, l’UNIL, l’accès aux soins, les politiques du handicap et les politiques sociales. D’une autre manière, nous souhaitons investir là où le Canton en a besoin, aujourd’hui et demain. Mesdames, Messieurs, nous accepterons d’entrer en matière, parce que nous voulons ouvrir le dialogue pour donner une chance à ce Parlement de construire un budget qui ouvre une voie et qui réponde réellement aux besoins de la population. Soyons toutefois clairs : si nos propositions sont ignorées, si l’austérité reste la seule logique et si la droite gouvernementale persiste dans une politique qui affaiblit le canton, nous n’aurons alors d’autre choix que de refuser le budget en vote final.
L’adage qui a longtemps structuré la politique vaudoise « le budget, rien que le budget » ne tient plus. Pendant deux décennies, on a tenté de nous faire croire que le budget était un simple exercice administratif : additionner des mesures techniques pour arriver à un chiffre final, certes approximatif, mais à peu près acceptable pour la plupart des parties prenantes ; c’est faux. Le budget n’est pas un simple exercice de comptabilité : c’est le reflet d’une vision de la société à court, moyen et long terme, soit une vision politique. Tout d’abord, celle du gouvernement, puis celle d’une commission, et enfin celle du Parlement. En effet, ce budget dit ce que nous voulons financer, ce que nous n’acceptons plus de financer, et à qui nous sommes prêts à demander un effort.
Quelle est donc la vision portée par ce budget ? A court terme, ce projet ne présente aucune priorité clairement assumée. Nous assistons à une accumulation de mesurettes conçues pour respecter une norme constitutionnelle mal pensée. On fait les fonds de tiroir, en allant chercher dans la poche des communes, des employées et employés de la fonction publique et des institutions à qui l’on a confié toujours plus de tâches publiques. Tout cela pour un budget qui glisse vers l’austérité. Les priorités se dissolvent dans une série de mesures d’urgence, traitées chacune pour elle-même, simplement additionnées pour arriver à un résultat comptable. Rien ne permet de comprendre quelle direction est donnée, quelles politiques publiques sont consolidées, lesquelles sont mises entre parenthèses.
Pour les acteurs et actrices du terrain, ce manque de lisibilité n’a rien d’anodin. Pour les communes, les hôpitaux, les institutions sociales, les associations ou les PME de notre canton, il est impossible de savoir sur quel pied danser : une coupe annoncée, puis repoussée ; une mesure « provisoire » qui réapparaît un an plus tard ; une planification financière qui change de trajectoire d’un exercice à l’autre. Vu d’en bas, l’Etat donne le sentiment de dire une chose le lundi et son contraire le jeudi. Cette instabilité abîme la confiance : confiance des communes envers le canton, des partenaires envers l’administration, des citoyennes et citoyens envers la parole de l’Etat. Quand on ne sait plus si une subvention sera encore présente l’année prochaine, on renonce à investir, à innover, à s’engager.
Tel qu’il nous est présenté, ce budget, est une claque pour la classe moyenne. On demande un effort aux employés, on comprime les prestations, on renvoie la facture aux familles, aux patients, aux usagers des services publics, sans jamais sérieusement ouvrir le dossier des recettes et en refusant même un modeste soutien en revalorisant les allocations familiales. A moyen terme, ce n’est guère mieux, puisqu’on nous demande d’attendre le « plan de retour à l’équilibre » promis pour l’année prochaine.
Pour revenir à l’équilibre, le Conseil d’Etat postule une progression annuelle des charges de 2 %. Cette cible n’a jamais été atteinte jusqu’à aujourd’hui. Avec les mesures d’économie actuelles, on s’approche péniblement des 3,6 %. En renonçant à définir une ligne claire et à fixer un cap crédible, le Conseil d’Etat manque de courage. Gouverner, ce n’est pas seulement fermer le robinet : c’est dire où l’on va, pourquoi on y va, et comment on s’y prend pour y arriver.
Renoncer à toute mesure sur les recettes est, dans ce contexte, une erreur fondamentale. En effet, mobiliser les grandes fortunes doit faire partie de l’équation. Je ne parle pas ici des employés ou des indépendants qui gagnent bien leur vie. Je parle des « multis » : multimillionnaires et multimilliardaires qui savent, au fond d’eux, qu’ils et elles ont une responsabilité sociale et une capacité unique à participer à la prospérité de notre canton. Refuser d’ouvrir ce débat, c’est faire un choix politique très clair : celui de faire reposer l’essentiel de l’effort sur la classe moyenne et sur les prestations publiques. C’est accepter, implicitement, que les plus fortunés soient préservés, tandis que les familles, les patients, les élèves, ou les usagers des transports publics paient la note à travers la dégradation des prestations.
Cependant, si la parade se rapporte à l’efficience, parlons-en ! Nous entendons souvent que l’efficience va nous sauver. Bien sûr, une administration doit être efficiente ; bien sûr, la délivrance d’une prestation publique doit être la plus efficiente possible : c’est évident. Néanmoins, une fois que l’on a dit cela, on n’a rien dit. La méthode qui consiste à assécher les finances publiques, puis à réclamer, à grands cris, plus d’efficience, ne fonctionnera pas. L’efficience a des limites humaines très concrètes : derrière les tableaux de bord remplis d’indicateurs, il y a des équipes qui craquent, des délais qui explosent, des injonctions contradictoires qui se multiplient. On ne fait pas indéfiniment « plus avec moins ».
La trajectoire amorcée depuis le début de la législature ne peut signifier qu’une chose : une baisse de prestations. L’efficience ne nous sauvera pas si elle n’est qu’un paravent pour des coupes budgétaires que l’on n’ose pas assumer. Comme il est parfois utile de rappeler des vérités élémentaires dans ce plénum, permettez-moi de rappeler celle-ci : l’Etat n’est pas une entreprise. Il n’a pas vocation à dégager des marges ni à satisfaire des actionnaires. Il redistribue chaque centime prélevé au titre des divers impôts et taxes. En effet, chaque centime retourne dans l’économie sous forme de salaires, de mandats confiés aux PME, de subventions pour nos agricultrices et agriculteurs, pour nos institutions culturelles, ou encore pour l’entretien de nos cours d’eau et de nos forêts. Chaque franc prélevé réapparaît quelque part dans notre système économique. Le vrai débat n’est donc pas « faut-il plus ou moins d’Etat ? », mais bien « quel Etat voulons-nous, pour qui, et avec quels moyens ? ».
A long terme, il faut changer d’état d’esprit. Il s’agit de remettre la négociation au centre de notre engagement. Nous devons être capables de réinventer ce compromis vaudois qui a longtemps été cité en exemple : un compromis socialement juste, compatible avec les enjeux de la transition écologique et financièrement soutenable. Cela suppose que chacun accepte de dire non à certaines coupes, mais aussi de dire oui à de nouvelles recettes lorsque cela est nécessaire et juste.
Ne nous trompons pas : ce budget pèsera dans le bilan de cette législature. Pour notre canton et nos institutions, il serait catastrophique que ces années n’aient servi à rien et qu’elles se résument à une lente érosion des prestations, sans vision d’ensemble. Dans ce contexte, les Vertes et les Verts souhaitent trouver un chemin pour que notre canton commence l’année 2026 avec un budget. Nous voulons un budget, mais pas n’importe lequel : il ne peut pas être celui du Conseil d’Etat ni celui de la COFIN. En effet, les propositions de coupes dans la fonction publique sont iniques. Les coupes dans les subventions dans la santé et l’accueil de jour vont à rebours des besoins de la population. Les mesures d’accompagnement du changement climatique sont quasi inexistantes. Enfin, l’absence totale de mobilisation de nouvelles recettes rompt l’équilibre nécessaire entre charges et revenus.
En conclusion, le groupe des Vertes et des Verts, dans sa majorité, entrera en matière sur ce projet de budget. Il refusera d’entrer en matière sur un certain nombre de lois et de décrets, et soutiendra la plupart des amendements issus des différentes minorités. Nous déposerons également plusieurs amendements visant à rééquilibrer ce budget, notamment en corrigeant les coupes les plus problématiques et en ouvrant, modestement mais clairement, la discussion sur les recettes. Finalement, notre groupe réserve sa décision quant au vote final, en fonction de l’équilibre qui sera trouvé dans ce plénum.
L’Etat de Vaud est devenu trop lourd, on ose même dire obèse. Au fil des années, nous avons empilé des lois, ajouté des règlements, créé des services, des sous-services et des dispositifs sans fin. A chaque problème, une nouvelle couche administrative. A chaque prétendue bonne idée, une nouvelle dépense automatique.
Cette logique n’est plus tenable. Elle étouffe nos finances, nos communes et finit par étouffer les contribuables vaudois qui doivent en payer la facture. L’UDC le répète depuis longtemps : un Etat plus gros n’est pas un Etat plus efficace ; c’est tout l’inverse. Plus l’administration grossit, plus elle coûte cher, plus elle se mêle de tout et moins elle assume correctement ses missions essentielles. Nous voyons aussi une inflation des politiques sociales et d’intégration menée à la politique de l’arrosoir. Sans volonté d’efficience, on arrose grâce aux contribuables, en espérant que cela ira mieux demain. On balaie les critiques, car on n’ose pas se retrousser les manches et se salir les mains dans le cambouis étatique.
Dans ce budget 2026, une part trop importante continue d’être consacrée au domaine de l’asile, alors que le système est saturé, inefficace et trop généreux. Nous avons un devoir clair : prioriser les Vaudoises et les Vaudois, les familles de ce canton et ses contribuables, ainsi que les communes – que nous ne pouvons plus pousser à bout avec des charges croissantes. Ce que nous demandons est clair : un Etat plus svelte, un Etat plus responsable, un Etat qui se concentre sur l’essentiel, un Etat qui respecte les moyens de la population au lieu de les dilapider dans des politiques qui ne fonctionnent pas.
L’UDC accepte d’entrer en matière sur ce budget. Nous voulons un débat honnête et orienté sur la recherche d’efficience et de solutions. Cependant, je le dis ici clairement : nous refuserons ce budget si les débats ne vont pas dans la direction d’un assainissement réel et durable des finances cantonales. Nous restons cohérents, nous restons fermes. A l’heure où nous nous approchons de Noël et que de plus en plus de Vaudoises et de Vaudois se demandent avec quel argent ils pourront offrir leurs cadeaux, l’Etat doit montrer l’exemple et dire « nous aussi, nous nous serrons la ceinture afin que vous ayez un plus dans le porte-monnaie ». Il est hors de question que l’Etat s’épargne les efforts qu’il exige aux Vaudois.
Si tant est besoin à ce stade du débat, je me dois de vous rappeler mes fonctions de syndic de la commune d’Echandens, de président de Région Morges, de président de l’Entente Scolaire de Préverenges et environs, mais il va de soi qu’aujourd’hui, je prends la parole en tant que président du Groupe vert’libéral.
Ici même, en 2024, je vous donnais la position du Groupe vert’libéral quant au budget 2025 de l’Etat de Vaud. En quelques mots, je vous avais fait la démonstration d’un déficit caché de plus d’un milliard de francs pour le budget de l’Etat. Les chiffres sont têtus : 300 millions de francs de dissolution de préfinancements, 44 millions de francs de recettes liées aux anciens billets de banque, 540 millions de francs qui étaient glissés dans une liste des risques qui n’en étaient absolument pas, tant les charges étaient avérées. Un milliard de francs était donc le résultat de mon calcul. J’avais également regretté que le Conseil d’Etat ne soit pas présent au moment de ma prise de parole et je crois que je peux vous avouer que je le regrette encore plus aujourd’hui. S’il avait écouté – ou ne serait-ce qu’entendu – les Vert’libéraux, peut-être aurait-il pris des mesures immédiatement. S’il avait écouté ou peut-être entendu les Vert’libéraux, peut-être n’aurait-il pas invoqué l’urgence pour nous présenter des mesures d’urgence. Que dis-je, des mesures ? Il faudrait plutôt parler de mesurettes précipitées, pas négociées et ponctuelles. Autrement dit, les mesurettes ne sont absolument pas pérennes et, aujourd’hui, le déficit réel de ce budget atteint une nouvelle fois presque le milliard de francs de déficit.
Mesdames et Messieurs, j’espère sincèrement que, cette fois-ci, vous nous écouterez. Le budget qui nous est présenté aujourd’hui masque, une fois de plus, un déficit structurel qui avoisine le milliard de francs. Toutefois, on nous propose des solutions : première solution, taper sur les communes, les boucs émissaires du Conseil d’Etat quand cela va mal depuis la nuit des temps, alors qu’un accord de haute lutte a été ratifié il y a un peu plus d’une année. Deuxième solution : taper sur la Fondation pour l’accueil de jour des enfants (FAJE), en croyant que piquer dans les réserves des entités subventionnées pour éviter de puiser dans les réserves de l’Etat va résoudre la solution. Troisième solution : taper sur l’entier de la fonction publique, principalement sur les fonctions les moins bien rémunérées et qui méritent une attention toute particulière, oubliant que ce sont peut-être elles et eux dont on aura le plus besoin au moment de trouver le fameux milliard de francs en trop qui grève toujours les charges de l’Etat. Quatrième solution : taper sur nos entreprises via les contributions patronales avec – il faut l’avouer – une balance entre les contributions et les effets budgétaires que l’on pourrait qualifier d’affreuse, affaiblissant un peu plus notre tissu économique déjà mis à mal par des décisions prises outre-Atlantique. En outre, on s’étonne que des mesures contribuant à dégrader les créateurs de richesses de ce canton puissent être envisagées.
A coup de mauvaises solutions, notre constat est clair : ce budget rate complètement sa cible. Alors que l’on pouvait attendre d’un gouvernement de droite des mesures fortes pour contenir les charges de l’Etat, on se retrouve à venir nous supplier de l’autoriser à ponctionner ses réserves, non pas pendant ces deux années critiques en 2025 et 2026, mais bel et bien jusqu’en 2030. Quelle absence de vision, quelle absence de détermination et peut-être quelle absence de prise de décision ! Dès lors, vous vous en doutez bien, nous analyserons avec la plus grande attention l’issue des débats sur ce budget, pour savoir si nous octroyons une année de grâce supplémentaire au Conseil d’Etat pour venir avec des mesures de réduction des charges. On nous promet des mesures depuis deux ans, mais vous le savez aussi bien que moi, « les promesses rendent les fous joyeux ».
Toutefois, le temps des promesses est passé. Entre la tronçonneuse de Javier Milei et le coupe-ongles du Conseil d’Etat, peut-être existe-t-il une large panoplie de ciseaux et autres couteaux pour remettre l’Etat sur le droit chemin. Sinon, tôt ou tard, il faudra songer à refuser un budget pour mettre un coup d’arrêt à cette fuite en avant. Le temps de refuser le budget pourrait peut-être même arriver plus tôt que le Conseil d’Etat ne semble le penser.
J’ai le même prénom, mais je n’arrive pas à la cheville des deux Vincent – Kucholl et Veillon. Jeudi dernier, au travers de l’un de leurs personnages fétiches – l’inénarrable Michel Brice, employé de l’administration cantonale des impôts (ACI) et électeur PLR – ils ont presque tout dit en 120 secondes. Quelle efficience ! Moi aussi, j’aurai utilisé le mot « bingo » de la droite.
Cependant, comment en est-on arrivé là ? Comment est-il possible qu’une présidente du Conseil d’Etat répète ad nauseam que ce budget n’a pas de problème de recettes et que son gouvernement présente, dans le même temps, une cure d’austérité plus vue depuis des décennies ? Comment un gouvernement sérieux peut-il passer sous silence et surtout corriger les erreurs catastrophiques de gestion – notamment du bouclier fiscal – qui ont fait perdre plus d’un demi-milliard au profit des plus nantis de ce canton ? Sauf si ces cadeaux somptuaires n’étaient qu’un sympathique renvoi d’ascenseur. Comment expliquer qu’une COFIN, qui analyse sérieusement le projet de budget – en qui nous faisons confiance – puisse proposer un amendement qui augmente de 40 millions les projections de la Direction générale de la fiscalité (DGF) ? Par magie peut-être, pouf ! Ou alors, parce qu’elle a senti les boulets des tirs nourris communaux ? Alors même que cette même COFIN a refusé pendant près de 20 ans d’adopter une stratégie plus offensive contre l’évasion fiscale permettant de dégager des espèces sonnantes et trébuchantes pour financer des politiques publiques. Le salaire d’un inspecteur fiscal correspond à 10 fois moins que ce qu’il ramène dans les caisses de l’Etat. Sinon que cette même COFIN est aux ordres du Conseil d’Etat, et qu’elle est sourde aux excellentes idées de mon groupe politique.
Tout cela était pourtant écrit. Lorsqu’en 2022, ce Conseil d’Etat est sorti des urnes, le vote confirmait à la majorité de la population vaudoise qu’elle avait choisi la voie de la destruction des services publics en toute connaissance de cause. Au sein du groupe Ensemble à Gauche et POP, nous respectons la démocratie et respectons donc aussi ce choix malheureux ; même si nous savons qu’il faudra des années pour réparer le champ de ruines que ce Conseil d’Etat et ce Grand Conseil sont en train de laisser aux générations futures. Aucune espérance sur les grands enjeux de demain : justice sociale, crise climatique ; rien. En effet, nous vivons actuellement la destruction des services publics par l’austérité, qui était prévue et annoncée. On se rappelle sans aucune nostalgie du slogan de la mal nommée Alliance Vaudoise « Une alliance forte pour un canton fort ». Trois ans après, nous ne pouvons que contempler la réalité : « Une désunion éclatante pour un canton faiblissime » – slogan que j’offre sans royalties à M. Thuillard pour sa campagne.
Dégraisser le mammouth, cela commence par cajoler les bailleurs de fonds – pourquoi pas autour d’un puck de hockey dans les salons feutrés de Malley 3.0 – c’est-à-dire les plus nantis de ce canton avec une quantité incroyable de baisses d’impôt successives. Le député Buclin en a fait la longue liste et elle a de graves conséquences. En effet, nous en sommes à près de 700 millions en moins pour la caisse commune de l’Etat.
A cela s’ajoute presque 1 milliard de cadeaux aux plus riches du canton avec la mauvaise application du bouclier fiscal. Il n’y a pas de miracle, lorsque l’on veut privatiser des pans entiers des services publics, alors on suit une politique ultra néo-libérale en trois phases :
- on assèche les finances publiques,
- on impose une politique d’austérité mortifère et finalement,
- les petits copains du privé arrivent à la rescousse pour proposer leurs services, plus chers bien sûr, et surtout moins efficaces.
Voilà ce qu’ont prévu nos apprentis Javier Milei vaudois ; je rejoins ici M. de Benedictis. Il s’agit d’une stratégie qui promet des lendemains qui chantent pour celles et ceux au portefeuille déjà bien garni. On apprenait la semaine dernière grâce au classement Bilanz que 2025 a vu un nouveau record de fortune cumulée pour les 300 plus riches de ce pays, dont certains habitent dans ce canton : 852 milliards – soit 65 fois le budget cantonal pour 300 personnes. Pour les plus faibles de notre société vaudoise, on repassera.
Prenons l’exemple de la coupe de 10 millions dans la subvention cantonale pour la FAJE. Connaissez-vous l’état déjà précaire de l’accueil de jour ? C’est un service public qui souffre depuis longtemps d’un gap qui s’agrandit entre la forte demande et la pénurie de personnel. Le Conseil d’Etat propose de reporter ses coupes sur les communes et, bien sûr, sur les parents – ou comment se tirer une balle de 44 magnum dans le pied en direct.
L’accueil de jour existe, parce que le capitalisme exige que les deux parents doivent travailler pour vivre. C’est toujours le même principe marxiste de celles et ceux qui vivent de leur travail, et celles et ceux qui vivent de leur capital. La politique du Conseil d’Etat et de la majorité de droite de ce Parlement ne se résume pas à accentuer le fossé séparant ces deux classes sociales. Non, cette politique « hors-sol » se poursuit avec l’argent des autres – soit le nôtre – en se commandant des limousines pour aller siroter des champagnes hors de prix à Davos – des flûtes qu’on espère financées elles aussi par les contribuables vaudois, car là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir – et on profite de cette austérité pour augmenter le salaire déjà somptuaire de conseiller d’Etat de 40’000 francs par année. Pourtant, avec cette augmentation, il y aurait largement de quoi financer la gestion des poubelles des établissements du post-obligatoire, par exemple.
Le groupe Ensemble à Gauche et POP est atterré par ce pilonnage des services publics vaudois au profit de celles et ceux qui ont déjà trop et probablement pas besoin, et c’est peu que de dire que nous sommes atterrés. Nous soutiendrons l’ensemble des amendements développés dans le rapport de minorité 2 ainsi que ceux du rapport de minorité 1. Nous soutiendrons toute percée qui permettra de remettre un minimum de solidarité dans ce canton, là où la double majorité du Conseil d’Etat et du Grand Conseil souhaite l’anéantir. La destruction des services publics passe bien sûr par la mise sous pression de son personnel. Honnêtement, dites-moi dans quel pays un gouvernement ose-t-il se permettre d’attaquer les salaires ou la retraite de son administration pour financer les cadeaux aux plus nantis ? D’autant plus que parmi ces salaires, il y a ceux de la gendarmerie ? Même le vrai Milei argentin n’a pas osé s’y aventurer.
Le groupe Ensemble à Gauche et POP soutiendra la position du rapport de minorité 3, parce que nous avons entendu la souffrance du secteur social parapublic et que nous voulons améliorer les conditions de travail et la formation dans le cadre de la convention collective de travail (CCT) du secteur social parapublic. Cela doit se faire rapidement, en deux ans et pas en quatre ! Elles et ils ont assez attendu ! Il en va de la crédibilité de l’Etat. Aussi, parce que nous sommes convaincus que ce Grand Conseil sortirait grandi s’il restait cohérent au moins une fois en une législature, ce n’est pas beaucoup demander. On ne peut pas, d’un côté, accepter une motion – signée par tous les groupes sauf le PLR – et de l’autre, refuser le projet de décret permettant de la financer.
Le groupe Ensemble à Gauche et POP soutiendra de même la position du rapport de minorité 4 qui demande de ne pas entrer en matière sur la suppression des décharges de fin de carrière pour les enseignants. Elles résultent d’un accord entre les syndicats et le Conseil d’Etat lors de l’introduction de la Loi sur le personnel de l’Etat de Vaud (LPers), il y a 20 ans. A nouveau, pour sortir grandi, ce Grand Conseil se doit de rester cohérent. « Les promesses rendent les fous joyeux », je suis d’accord avec vous, monsieur de Benedictis. Pour moi cependant, ces fous sont joyeux, mais affamés.
Finalement, concernant la fameuse contribution de crise proposée par le Conseil d’Etat de 0,7 % ou toutes ses variantes, le groupe Ensemble à Gauche et POP s’y opposera. Nous sommes solidaires avec le personnel du social, de la santé, du CHUV, de la gendarmerie, des enseignants, des formateurs, des assistants, des hautes écoles, de l’UNIL, des cantonniers, des ouvriers, des personnels administratifs, de toutes et tous les employés de l’administration cantonale vaudoise (ACV) et des dizaines de milliers du secteur parapublic qui verront leurs conditions se dégrader. De plus, il faut arrêter avec cette légende propagée par les tenants des régimes minceur pour proboscidiens du Pléistocène : la coupe de 51 millions est une baisse de salaire pour les dizaines d’employées et d’employés de l’Etat. Elle correspond très exactement à 1 point et demi d’impôt cantonal permettant de financer l’augmentation de la fortune des plus nantis. Je me permets de citer le rapport de la majorité de droite, qui mentionne que « si certaines politiques publiques mériteraient d’être réexaminées dans le cadre d’une réflexion plus large, les amendements budgétaires ne constituent pas le bon instrument pour engager de telles orientations structurelles ». Toutefois, dans le même temps, le Conseil d’Etat, par la voix de sa présidente, se défausse sur le Parlement pour justifier son refus de négocier avec les représentants des employés de l’Etat, affirmant que c’est le Grand Conseil qui décidera. Une telle démission, qui ne nous surprend guère, représente une gifle au visage de l’entier des employés et employées du canton qui, eux, seront toujours à leur poste en juin 2027.
En conclusion, parmi les 28’000 personnes descendues dans la rue, je peux vous assurer qu’il n’y a pas que des employés de l’Etat, mais aussi énormément de citoyennes et citoyens. Et la colère ne cesse d’augmenter, parce que les Vaudoises et Vaudois sont attachés à leurs services publics. Quand ce Conseil d’Etat et cette majorité de droite du Grand Conseil reviendront-ils sur terre ? Le groupe Ensemble à Gauche et POP n’entrera évidemment pas en matière sur ce projet de budget. Si l’entrée en matière est néanmoins acceptée, nous suivrons les propositions de la minorité 2 et nous ajouterons encore trois amendements qui n’ont pas été déposés à la COFIN.
Je vais être très rapide. Je voulais simplement dire que j’ai bien entendu la rhétorique du rapporteur de minorité, M. Eggenberger, dont les propos m’ont vraiment choquée, notamment sa description d’un canton qui ne soutiendrait plus ses concitoyens et concitoyennes – et pire, qu’il les affamerait. Le mot « affamer » m’a vraiment choquée. Affamer le peuple vaudois, alors que nous avons le privilège de vivre du bon côté du monde et que, loin de nous, des peuples meurent réellement de faim. Monsieur Eggenberger, je pense que les habitants de Gaza ou du Soudan rêveraient de venir vivre dans ce canton de Vaud qui, selon vos dires, va être affamé si le budget proposé par le Conseil d’Etat est accepté. Pour ma part, je vais accepter l’entrée en matière et soutenir le rapport de majorité.
En 2022, l'Alliance vaudoise avait promis des baisses fiscales pour la classe moyenne, en assurant de ne pas s’inquiéter, puisque les prestations fondamentales et les services publics ne seraient pas touchés ; promesses non tenues. En 2024, le Conseil d’Etat, à majorité de droite, l’avait promis : ne vous inquiétez pas, si la situation financière se dégrade, nous stopperons les baisses fiscales ; promesses non tenues. Vous avez promis le paradis aux Vaudoises et aux Vaudois, et progressivement, depuis 2022, vous les amenez gentiment mais sûrement vers l’enfer, que vous pavez de bonnes intentions.
C’est une législature perdue. Perdue pour qui ? Perdue pour 95 % de la population. Ce budget ne dit d’ailleurs rien d’autre que cela. Nul doute que, quand ce sont celles et ceux qui subissent l’inflation le plus lourdement – à savoir les classes populaires et moyennes – qui doivent payer les pots cassés, il est difficile de voir la moindre justice. D’autres promesses risquent d’être brisées. Dans cet hémicycle, dans les médias, les menaces fusent et certaines d’entre elles ont de quoi faire peur. Par exemple, remettre en question les 10 % des subsides d’assurance-maladie ne semble plus être un tabou, alors que plus que n’importe quelle baisse d’impôt, ces subsides permettent de protéger le pouvoir d’achat – notamment des familles. Le Parti socialiste vaudois ne peut tolérer de telles menaces et se battra de toutes ses forces pour éviter que l’on remette en question cet acquis social pour les Vaudoises et les Vaudois.
« Les promesses de début de législature rendent les fous joyeux », nous l’avons déjà entendu. Aujourd’hui, hors du Parlement, il y en a un certain nombre de personnes que cela fait beaucoup moins rire. En niant la réalité de l’austérité, la droite confond le niveau des dépenses et l’effort réel de l’Etat, ce qui est plutôt étonnant, venant de partis qui se prétendent pourtant bons gestionnaires. Toutefois, si vous avez un problème de gestion, ne vous inquiétez pas : La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) aura sans doute une étude sous la main pour vous expliquer comment faire mieux – par exemple concernant le calcul des frais administratifs. L’austérité ne se mesure pas au montant total du budget, mais à la capacité de l’Etat de financer les services nécessaires pour répondre aux besoins de la population. Un budget peut donc augmenter mécaniquement, tout en imposant des coupes structurelles douloureuses. C’est ce qui arrive aujourd’hui.
Aux mots que l’on entend – chaos, champ de ruines, saccage – j’ai envie d’y répondre désinformation, excès, contre-vérité. Je crois qu’aujourd’hui, nous entendons un vrai discours travaillé par la gauche pour régler leurs comptes après la perte de leur majorité lors des élections de 2022. De plus, je trouve que la personnalisation des attaques contre la présidente du Conseil d’Etat est particulièrement malvenue, dans la mesure où le budget a été présenté collégialement par l’ensemble du Conseil d’Etat. En effet, si les différents conseillers d’Etat présentaient leur département respectif, je crois qu’ils ont aujourd’hui tous la responsabilité de ce budget. Il est quelque peu facile de dénoncer une majorité de droite qui aurait pris des mesures de baisse fiscale – qui avaient par ailleurs été annoncées dans la campagne – alors que l’on est l’un des cantons les moins attractifs de Suisse en matière fiscale, pour toutes les classes sociales.
Mesdames et messieurs, nous sommes face à une responsabilité pour l’année prochaine qui nécessite de trouver un budget pour garantir les prestations à la population – dont j’aimerais savoir lesquelles vont être supprimées l’année prochaine – et garantir les nombreuses demandes de la gauche, qui pourront être mises en œuvre grâce à ce budget. Finalement, mesdames et messieurs, j’estime qu’il faut prendre vos responsabilités et accepter ce budget.
Il a été dit pendant longtemps que l’exercice budgétaire était un exercice un peu ronronnant. Dans cet hémicycle, on a même souvent parlé d’acte administratif plutôt que politique, mais il semble que cette situation est bel et bien révolue. Il s’agit peut-être de la première fois depuis longtemps où nous sommes extrêmement scrutés à l’heure de voter, de discuter et de débattre de ce budget. Nous serons probablement même accompagnés en dehors de cet hémicycle par toute une population d’employés de l’Etat en colère. En outre, c’est dans la difficulté que l’on peut voir de quel bois nous sommes faits et, aujourd’hui, le budget qui nous est présenté – et je pense que c’est l’essence des critiques qui lui sont faites – ne montre pas tellement quel est le choix politique qui est fait à l’heure où nous devons faire des choix.
En effet, cela fait plusieurs fois que l’on dit qu’en baissant la fiscalité, on va finir par devoir faire des choix et couper à certains endroits. Aujourd’hui, il semblerait que ce premier budget – parce qu’il nous est annoncé plusieurs budgets compliqués ces prochaines années – ne nous indique pas vraiment quelle est la direction que nous allons prendre et quels choix politiques sont faits. D’ailleurs, on nous dit d’attendre un plan de retour à l’équilibre financier pour le mois d’avril prochain. De la sorte, la vision stratégique dans laquelle s’inscrit ce budget ne nous est pas encore connue ni communiquée. Ainsi, il est pour nous extrêmement problématique aujourd’hui d’avoir le sentiment que l’on avance un peu à l’aveugle, ou en tout cas sans direction précise. C’est justement cette incertitude qui est aujourd’hui très difficile à comprendre à la fois pour la gauche de cet hémicycle, mais aussi pour les récipiendaires des services publics de l’Etat, ainsi que pour celles et ceux qui les vivent et qui les font vivre, parce qu’il n’y a pas de prestations à la population s’il n’y a pas de personnes pour les délivrer. Aujourd’hui, le personnel de l’Etat ne sait pas où l’on va, ne sait pas où va le Conseil d’Etat et n’a même pas eu l’occasion de commencer des négociations. En somme, tout ce flou artistique est compliqué.
Pour la deuxième fois durant cette législature, nous observons un rassemblement massif d’employés de l’Etat dans la rue. Il s’agit d’un rassemblement inédit de fonctionnaires en colère, à qui on demande de faire des efforts – à nouveau sans savoir réellement où l’on va – et sans avoir pour autant bénéficié des largesses accordées aux quelques-uns des plus riches de ce canton. En revanche, ce sont eux qui doivent payer la facture, ce qui est absolument inadmissible pour les Vertes et les Verts.
Concrètement, il nous manque actuellement une vision, et pas seulement dans cette politique budgétaire. Nous nous interrogeons sur l’objectif du Conseil d’Etat dans les différentes politiques publiques qu’il veut mener. Nous avons de plus en plus le sentiment d’une législature de transition, ce qui est extrêmement désagréable : on ne sait pas où vont les projets politiques, on ne sait pas quels sont ces projets politiques. A l’heure où, durant la campagne, on nous promettait des baisses fiscales sans coupe dans les prestations, cette promesse semble de plus en plus difficile à tenir, à l’image de ces débats budgétaires.
Tout d’abord, je voudrais vous exprimer ma joie, car à écouter M. Keller, j’ai entendu que l’extrême gauche soutenait dorénavant les gendarmes. Par conséquent, on s’attend à ce qu’ils ne les traitent plus de « bâtards », puisque c’est l’acronyme qu’ils utilisent souvent dans leurs déclarations avec le fameux « ACAB ». Je me réjouis de ce retournement de situation de l’extrême gauche et je vous remercie d’avoir pris vos responsabilités.
Pour parler du budget, le Conseil d’Etat présente à première vue un budget tenu, respectant le fameux petit équilibre. Toutefois, si nous regardons de plus près, cet équilibre ne tient qu’au prix d’un recours massif à des revenus extraordinaires, à hauteur de près de 500 millions. Cet argent ne provient pas d’une meilleure santé économique, mais de nos réserves de fonds de préfinancement et de recettes ponctuelles qui ne se reproduiront pas. Autrement dit, nous finançons aujourd’hui nos dépenses courantes avec les économies du passé. Ce budget 2026 est un budget « pansement » et pas une solution structurelle. En réalité, sans ces revenus extraordinaires, le budget 2026 afficherait un déficit de plus de 824 millions de francs. Surtout, ce déficit s’aggrave par rapport à 2025, où il atteignait déjà plus de 570 millions de francs – hors éléments exceptionnels.
Pourquoi cette dérive ? Parce que certaines politiques mises en place par l’ancien Conseil d’Etat à majorité de gauche font croître les dépenses plus vite que la richesse réelle du canton. L’Etat devient chaque année plus obèse. Le canton de Vaud a un problème de charges, pas de revenus. Rappelons que la pression fiscale dans le canton de Vaud sur les personnes physiques est la plus haute de Suisse.
*insérer graphique
Ce graphique provient du Département fédéral des finances pour 2025. En bas, vous avez les années : 2023, 2024, 2025. Ce graphique met en lumière l’indice de l’exploitation du potentiel fiscal des personnes physiques par canton. Le canton de Vaud étant tout à droite, il apparaît comme le pire de Suisse. Dès lors, pour ceux qui nous disent qu’il y a encore de la marge pour augmenter les impôts dans le canton de Vaud, il faudra parler avec les gens qui font les statistiques à Berne : soit ils se trompent, soit la marge disparaît. Le canton de Vaud est l’enfer fiscal de Suisse, raison pour laquelle il faut vraiment travailler sur les charges.
Justement, je vais vous donner quelques chiffres sur l’évolution de ces charges depuis 2020 : pour l’année 2020, + 3,6 % ; 2021, + 2,55 % ; 2022, + 2,81 % ; 2023, + 3,81 % ; 2024, + 4,94 % ; 2025, + 5,23 % ; 2026, + 3,61 %. Cela signifie que nous aurons, en 2026, 441 millions de charges de plus qu’en 2025. Qui ose parler d’un budget d’austérité ? L’année 2026, sans ces soi-disant mesures de rigueur ou d’austérité de 305 millions, reviendrait à une croissance des charges de 6 %, c’est-à-dire 700 millions de plus par rapport à 2025. Or, la gauche parle d’un budget 2026 comme étant une austérité massive. Veulent-ils une croissance des charges à 6 % ? Soyons sérieux, même les députés de gauche les plus dogmatiques n’accepteraient pas une telle croissance de leur propre budget familial.
Parlons en particulier de quelques problèmes d’augmentation de charges qui sont vraiment hors de contrôle. En premier lieu, l’Etat grossit sans contrôle. En effet, entre 2018 et 2024, le nombre de fonctionnaires a augmenté dans le canton de Vaud deux fois plus vite que la population. Ainsi, durant la même période, si le nombre de fonctionnaires avait crû en lien avec la population, nous aurions aujourd’hui 1145 fonctionnaires de moins, soit à peu près 150 millions de charges récurrentes de moins chaque année.
Deuxièmement, le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) représente aujourd’hui, avec 5 milliards de charges, environ 41 % du budget de l’Etat et ne cesse de devenir toujours plus important. Est-il encore gérable ? En 2026, le déficit du DSAS augmente de 6,54 %, c’est-à-dire 226 millions de pertes supplémentaires. A ce rythme, en 10 ans, le DSAS va doubler de budget. La prévoyance sociale est également en forte croissance et représente aujourd’hui 30 % des charges ; cela représente une hausse de 282 millions en 2026, loin devant l’enseignement et la formation. Notre canton devient un canton d’assistés et de subsidiés. Ce n’est pas une critique morale, mais un constat budgétaire, et c’est ici que je voudrais rappeler une chose essentielle : la rigueur est une vertu, l’austérité est une faute. Ce que nous contestons aujourd’hui, ce n’est pas la solidarité, mais l’absence de rigueur dans la gestion. Un Etat peut être solidaire, mais il ne peut être solidaire à crédit indéfiniment.
Les mesures proposées pour gérer cette explosion de charges ne sont pour certaines que des alibis. On demande une contribution de 0,7 % aux fonctionnaires. Les syndicats hurlent au saccage du service public. Cependant, je voudrais rassurer mes collègues de gauche qui sont, pour un nombre assez important, travailleurs à l’Etat, et qui ont mal étudié ce qui est proposé par le Conseil d’Etat. En effet, les annuités sont conservées. Ainsi, le salaire de 90 % des fonctionnaires augmentera en 2026 par rapport à 2025, malgré cette cotisation de solidarité de 0,7 %. Seuls 10 % des fonctionnaires verront une légère baisse de leur salaire, mais ces personnes sont en moyenne des personnes gagnant plus de 100’000 francs par année. Par ailleurs, je voudrais rappeler que le salaire moyen à l’Etat de Vaud est de 103’000 francs, alors que le salaire médian vaudois est d’environ 82’000 francs, c’est-à-dire 25 % plus bas.
Revenons toutefois au budget : depuis plusieurs années, à chaque débat budgétaire, le Groupe UDC a fait des propositions pour freiner la croissance des dépenses. Elles ont été systématiquement refusées. Le résultat est simple : plus on refuse des ajustements aujourd’hui, plus ils seront brutaux demain. Ne pas regarder la réalité en face n’a jamais été une bonne stratégie. Nous avons désormais un choix clair : soit nous poursuivons la stratégie actuelle, en utilisant la fortune cantonale pour financer le fonctionnement courant et repousser le problème à demain, soit nous ouvrons un vrai débat politique sur le périmètre de l’Etat, sur la générosité de certains dispositifs et sur l’équilibre entre solidarité et soutenabilité. Ceci, car la solidarité n’est durable que lorsqu’elle repose sur des recettes durables. Sachant que le canton de Vaud est fiscalement le plus confiscatoire de Suisse, seul un travail courageux sur les charges nous sortira de l’ornière.
Enfin, j’aimerais également amener une réflexion sur la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud (CPEV), institution qui me fait énormément de soucis. Comme vous le savez en effet, la CPEV est dans une situation assez compliquée, ce qui l’a amenée à proposer un nouveau plan de financement qui devrait bientôt entrer en vigueur pour amorcer son sauvetage. Or, certaines hypothèses de la CPEV ne sont absolument pas tenues dans le cadre de ce budget, puisqu’elles supputent une croissance de 1,05 % des salaires hors annuité année après année, jusqu’en 2031. Aujourd’hui, dans le meilleur des cas, on sera à 0 %, et dans le pire des cas pour la gauche – qui sera pour nous, j’imagine, le cas le plus idéal – à -0,7 %. Nous remarquons déjà un différentiel de 2 %. En définitive, le problème de la CPEV va se poser très bientôt et sera un chantier sur lequel il faudra vraiment que le Grand Conseil s’implique, car c’est une question à plusieurs milliards qui sera posée.
Il faut entrer en matière pour changer ce budget. Le rapport de minorité de la gauche propose près de 160 millions de recettes supplémentaires. Alors, ne dites pas que nous creusons le déficit ! Nos propositions corrigent un budget de crise qui a le mérite de mettre à dos à peu près tout le monde : les communes, les hôpitaux ainsi que les établissements de santé et de protection des gens vulnérables, les réseaux d’accueil de jour de l’enfance, les cadres et le personnel de l’Etat, etc. L’incompréhension et la colère jettent dans la rue et le froid des dizaines de milliers de victimes des coupes, semaine après semaine. Les plus anciens dans ce Parlement, élus dans les années 1990, n’ont pas connu cela. Pourtant, il s’agissait d’une longue période de disette financière. En trois ans, l’Etat semble avoir tout perdu – surtout la confiance. En 2022, il était assis sur un capital propre de 4,5 milliards de francs, légué par plus de 10 ans de majorité de gauche au Conseil d’Etat – c’est un clin d’œil pour notre collègue Florence Bettschart-Narbel. Les intentions de ce gouvernement semblaient belles pour le climat et la durabilité dans son Programme de législature, mais la réconciliation avec les communes n’a pas tenu longtemps. Les sportives et sportifs sont déjà désillusionnés ; les offrandes aux plus riches se sont multipliées, tout comme la volonté de minimiser le demi-milliard – au moins ! – abandonnée, auprès des millionnaires et milliardaires, par le bouclier fiscal mal appliqué. Dans une ambiance par ailleurs déplorable en son sein, la majorité du gouvernement vaudois attise les rancœurs de tous côtés. Elle refuse de négocier. Elle laisse surtout au Grand Conseil le soin de trancher, de modifier un budget qui rassemble contre lui. Le groupe des Verts et les socialistes ont fait leur travail en Commission des finances et soumettent des amendements qui conditionnent notre approbation au budget lors du vote final après le troisième débat qui aura lieu les 16 ou 17 décembre.
D’autres modifications sont aussi proposées. Je souligne en particulier un amendement en faveur du climat qui se réfère à la fois au Plan climat vaudois (PCV) de deuxième génération, mais aussi à l’urgence climatique prononcée par le Grand Conseil, il y a déjà 7 ans. Cet amendement trouve sa place au budget des investissements du secrétariat général du Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat – oui, il se nomme ainsi – et du numérique. La situation est éminemment délicate. J’en appelle aux esprits responsables de ce Parlement, à celles et ceux qui ne se contentent pas de s’aligner docilement, sans penser, sur les consignes de leur groupe respectif. Notre canton mérite davantage pour sortir de l’ornière. Entrons en matière, changeons ces budgets, examinons de près les révisions de lois et les décrets qui y sont liés, avec cette fois un sens aigu du bien commun.
Mais où vivons-nous ? Sommes-nous devenus une pâle copie du très mauvais exemple de nos voisins français, où la rue fait la loi et où la vérité est devenue une opinion, de même que la désinformation. Par exemple, affirmer que les conseillers d’Etat en place se sont augmenté le salaire est faux. Pour la gauche, les fausses vérités sont devenues des arguments pour installer un rapport de force. Mesdames et messieurs, ce budget ne plaît pas à la gauche, mais il ne plaît pas non plus à la droite. Cependant, il est de notre devoir de nous montrer responsables au regard de la situation. A cet égard, il s’agit de s’adonner aux faits et rien qu’aux faits. Dans les faits, seuls 15 % du personnel de l’Etat sont touchés par la contribution de crise. Dans les faits, la majorité des personnes qui touchent un salaire de moins de 90’000 francs ne sont pas touchées par cette contribution. Dans les faits, les classes salariales les plus modestes ne sont pas touchées par cette mesure. Dans les faits, la situation générale est due aux charges et à l’inflation pour 270 millions, et à l’Ukraine pour 100 millions. Dans les faits, deux séances avec les syndicats étaient possibles, mais ces derniers n’en voulaient pas et ne voulaient rien négocier. Par ailleurs, je rappelle que les employés de l’Etat bénéficient d’une caisse de pension au régime de primauté des prestations qui garantit 60 % du salaire, soit une caisse de pensions cinq étoiles en comparaison avec le privé et en comparaison intercantonale.
Non, il ne s’agit nullement d’un budget d’austérité – encore une fois, preuve à l’appui. Si nous regardons chaque département, nous voyons qu’au Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF), il y a une augmentation budgétaire de 132 millions et des mesures d’économie pour 82 millions. Au Département de la jeunesse, de l’environnement et de la sécurité (DJES), il y a une augmentation budgétaire de 20 millions pour une mesure d’économie de 17 millions. Au Département de l’économie, de l’innovation et de l’emploi (DEIEP), l’augmentation est de 119 millions pour une mesure d’économie de 25 millions. Au Département des institutions, de la culture, des infrastructures et des ressources humaines (DICIRH), il y une augmentation de 59 millions pour des mesures d’économie de 28 millions. Au Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat et du numérique (DADN), l’augmentation est de 21 millions pour une mesure d’économie de 9 millions. Au Département des finances, du territoire et du sport (DFTS), il y a augmentation de 17 millions, pour une mesure d’économie – là, il faut le dire – de 29 millions. Enfin, au Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), l’augmentation budgétaire est de plus de 392 millions, pour 115 millions de mesures d’économie avec, en ce qui concerne la cohésion sociale, une augmentation de 9 %.
En effet, il est indispensable de rappeler ici que notre canton est bien le plus social de Suisse. Pour cela, nous pouvons remercier une seule et même personne : Pierre-Yves Maillard, l’homme qui valait un milliard aux contribuables vaudois, puisque c’est le montant atteint par les subsides maladie. A défaut d’apprécier le populisme du syndicaliste Maillard qui, par ailleurs, a certainement oublié son devoir de réserve d’ancien conseiller d’Etat lorsqu’il s’étale dans la presse sur la politique vaudoise, je préfère de loin les sages paroles de Serge Gaillard, ancien premier secrétaire de l’Union syndicale suisse, qui disait au micro de la RTS, en juin dernier, que « l’aide de gauche, ce n’est pas maximiser les dépenses de l’Etat, c’est surtout veiller à ce que l’argent soit utilisé de manière économe ». D’ailleurs, pour la petite histoire, Serge Gaillard ajoutait, en parlant des plans d’économie de la Confédération, que 3 milliards d’économies qui correspondent à une diminution de 4 % du budget, ce n’est pas de l’austérité.
Je vous invite, et plus particulièrement la gauche, à être plutôt Gaillard que Maillard, autrement dit à faire preuve d’un sens des responsabilités et à considérer la situation de manière objective. Cessons de parler d’austérité ou de coupes budgétaires. Le budget n’est pas uniquement là pour le personnel de l’Etat, mais pour l’ensemble de la population vaudoise – je pense à tous les contribuables, car, sans eux, aucune politique publique ne serait possible. Je vous invite donc à entrer en matière sur ce budget et à soutenir le rapport de majorité.
Un budget n’est pas seulement un problème de charges, c’est un choix politique. Baisser les impôts ou maintenir des prestations publiques qui protègent la classe moyenne et les plus vulnérables, et investir dans la transformation majeure que vit notre société : voilà le vrai choix. On entend dire à longueur de journée que le canton aurait un problème de charges, non de recettes. Je ne partage pas cette analyse. Nous traversons une période de mutations profondes : transition énergétique et écologique, adaptation climatique, bouleversements géopolitiques, numériques et sociaux. Ces défis exigent des investissements massifs, comme lors de la révolution industrielle ou de la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : nos investissements augmentent. En moyenne, ils se montaient à 350 millions nets par an entre 2017 et 2021, puis sont montés à 500 millions entre 2022 et 2026 ; ils s’élèveront probablement à environ 850 millions par an entre 2026 et 2030, selon le plan des investissements.
En 15 ans, l’effort a plus que doublé et se répercute aussi sur le budget d’exploitation annuelle. Pourtant, pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, la Suisse doit investir 12,9 milliards par an, selon l’association des banquiers. Pour le Canton de Vaud, cela représente à peu près le 10 %, soit 1,3 milliard par an, avec environ un tiers à la charge du canton. Regardons l’histoire : à la fin du XIXe siècle et après 1945, les sociétés européennes investissaient 20 à 30 % de leur PIB pour transformer durablement leur économie. Notre époque exige un effort comparable pour préparer l’avenir. Et nos descendants en bénéficieront, comme nous profitons encore largement des investissements que nos aïeux ont réalisés – je pense aux barrages, aux hautes écoles ou aux infrastructures de transports. Le vrai défi n’est pas les charges, mais c’est préparer notre canton à la transformation sociétale majeure que nous vivons, c’est de disposer des infrastructures scolaires, énergétiques, numériques, sociales et de mobilité adaptées au monde de demain et du personnel adapté et préparé pour les gérer. Je suis surpris que la majorité du Conseil d’Etat ne voie pas cet enjeu, qui va bien au-delà d’un problème de charges. Alors oui, assumons cet effort commun et de manière solidaire, sans laisser personne au bord de la route.
Cela me permet de rappeler que, si l’on avait un salaire minimum décent dans ce canton, on réduirait le recours à des subventions de nombreuses personnes qui ne demandent qu’à vivre correctement de leur travail. Refusons les coupes, donnons-nous les moyens nécessaires, investissons à cause des défis et non malgré eux. Le visage du canton que nous laisserons aux générations futures se décide aujourd’hui.
Je m’exprime au nom de l’Union des communes vaudoises (UCV), faîtière de 278 communes du canton, mais qui travaille en réalité pour les intérêts de l’ensemble des 300 communes vaudoises. Notre rôle n’est pas seulement de défendre nos membres, mais aussi de veiller à l’équilibre institutionnel qui fonde la solidité de notre canton. Permettez-moi d’abord de rappeler calmement, mais clairement, que nous sortons d’un long cycle de tensions financières entre l’Etat et les communes – cela a été évoqué plusieurs fois cet après-midi. Depuis 2004, les communes ont supporté une part substantielle des efforts d’assainissement et de désendettement du canton. Cet effort, à force de durer, a eu un prix. De nombreuses communes se sont endettées à leur tour. L’endettement cumulé des communes est aujourd’hui 10 fois celui du canton. L’accord conclu en 2023 et validé par ce Parlement en 2024, à la suite de longs débats, a permis de retrouver un fragile équilibre ; cet équilibre ne doit pas être remis en question ni directement ni indirectement. C’est ce que nous appelons la justice institutionnelle − un principe simple, mais fondamental.
J’insiste sur un point : les communes continuent de verser de l’argent au Canton. Ce ne sont pas elles qui coûtent davantage à l’Etat ; ce sont elles qui continuent à contribuer notamment à la cohésion sociale. En effet, à la page 28 de l’exposé des motifs et projet de budget, le Conseil d’Etat indique une perte de recettes de 24 millions au lieu de 12 millions estimés lors de la présentation de la nouvelle péréquation. Or, affirmer que l’Etat perd 24 millions est une lecture pour le moins étonnante. Cela revient à considérer que les communes sont une sorte de contribuable institutionnel du canton. Passer de 33 à 17 % n’est pas une perte, c’est simplement l’application loyale d’un accord conclu pour rétablir l’équité. J’invite le Conseil d’Etat à ne pas oublier que les chiffres absolus, eux, continuent de grimper en ce qui concerne la participation à la cohésion sociale. Pour les communes également, l’estimation lors de la présentation initiale de la nouvelle péréquation signifie des charges supplémentaires. Même à 17 % sur l’augmentation de la participation à la cohésion sociale (PCS), la contribution des communes augmente encore : 26 millions supplémentaires pour 2026, soit plus de 300 francs par habitant, pour une politique sociale sur laquelle elles disposent d’une marge d’action extrêmement réduite.
Dans le même temps, de nombreuses communes ne peuvent augmenter leurs points d’impôt, soit parce qu’il est déjà élevé, soit parce qu’il se heurte à des référendums. Ces charges supplémentaires doivent donc être absorbées ailleurs, ce qui, évidemment, n’est pas neutre. Pour toutes ces raisons, l’UCV considère qu’un recul, même ponctuel, mais indirect, n’est pas envisageable. Tout comme le canton, les communes restent pleinement responsables des domaines confiés par le cadre légal supérieur pour servir notre population, mais dans le cadre des règles financières que nous avons posées ensemble. L’UCV a pris connaissance avec intérêt des résultats financiers 2024 publiés par la Direction générale des affaires institutionnelles et des communes (DGAIC) concernant les communes du canton. Si les chiffres globaux témoignent d’une situation financière pas encore inquiétante à l’échelle cantonale, l’UCV souligne que ces agrégats masquent des réalités communales très contrastées et des tensions financières croissantes. En 2024, les communes ont réalisé 651 millions de francs de dépenses nettes d’investissement, soit le niveau le plus élevé des dix dernières années. La marge d’autofinancement, qui s’établit à 433 millions de francs, n’a permis de couvrir qu’environ deux tiers de ces dépenses, creusant ainsi à nouveau l’endettement des communes. L’UCV constate notamment que la combinaison de besoins d’investissements élevés nécessaires et de ressources fiscales limitées, place certains exécutifs communaux devant des arbitrages difficiles, voire impossibles sans augmenter leur endettement. Beaucoup de communes n’ont tout simplement plus les moyens d’investir dans les infrastructures essentielles.
Face à cette réalité, prélever 39 millions supplémentaires sur les communes n’est tout simplement pas réaliste. C’est pourquoi l’UCV tient à saluer le travail sérieux et lucide de la Commission des finances. Consciente de la situation réelle des communes, elle propose de renoncer à ce prélèvement additionnel ; nous partageons pleinement cette lecture. Comme la commission, nous vous invitons à ne pas entrer en matière sur le projet de décret. Pour 2026 et 2027, réduisons la part communale aux produits de l’impôt sur les gains immobiliers, telle que présentée par le Conseil d’Etat. Nous remercions la Commission des finances pour sa perspicacité. Elle a su garder une vue d’ensemble, en intégrant non seulement les enjeux cantonaux, mais aussi ceux du premier échelon de proximité : les communes.
En résumé, chères et chers collègues, l’accord canton-communes doit être appliqué pleinement. Les communes n’ont plus vraiment de marge pour absorber de nouvelles charges. La Commission des finances a trouvé la voie juste, dans son vote final, et nous vous invitons à suivre ses recommandations sur le projet de décret précédemment cité, en refusant l’entrée en matière sur ce dernier. En revanche, bien sûr, nous vous prions d’entrer en matière sur le budget, afin que les discussions puissent être effectuées dans la bonne compréhension et dans les bons échanges.
Concernant ce budget, je dois avouer que je ne m’attendais pas à grand-chose, et pourtant, je suis déçu ! En effet, en plus d’être un budget d’austérité, quoi qu’on en dise, ce budget est irresponsable, irrespectueux et insidieux. Irresponsable, car il coupe dans des secteurs essentiels des services publics. Irrévérencieux, car il économise sur le dos des fonctionnaires – qui soignent, qui enseignent – dans un contexte où l’Etat a manqué quelque 500 millions de francs en omettant de taxer correctement les plus riches contribuables. Ce budget est aussi – et surtout – insidieux. En effet, vous tentez de nous faire croire que l’on peut économiser 300 millions de francs sans réduire les prestations offertes à la population. Mesdames, messieurs du PLR et de l’UDC, vous qui voulez sabrer dans les recettes de l’Etat, je ne comprends pas une chose : pourquoi n’assumez-vous pas les politiques que vous proclamez lors des campagnes, soit vos propres choix ? Quand on décide de diminuer les recettes de l’Etat, on doit expliquer où l’on coupe et pourquoi ce que l’on coupe n’est pas nécessaire à la population. Or, le budget présenté par votre majorité fait l’inverse : il dilue les efforts, diminue partout et assez pour énerver tout le monde – la police, les enseignants ou encore le domaine de la petite enfance – mais en diminue assez pour obliger l’ensemble des services publics à faire toujours plus avec « vachement » moins. Mais formellement, on ne supprime surtout rien. Alors, on se contente de tout dégrader un peu au passage. Le courage politique, c’est assumer ses choix. Et votre choix, vous nous l’avez montré à plusieurs reprises, c’est de baisser les revenus de l’Etat. Dès lors, coupez, mais coupez vraiment !
On cherche 300 millions au bas mot, et j’ai identifié pour vous trois propositions honnêtes de coupe à la hauteur de vos ambitions. Vous pourriez supprimer la Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV), cela économiserait à peu près 300 millions de budget par an ; vous pourriez aussi supprimer l’Université de Lausanne, avec une économie de 300 millions de francs à sa subvention ; ou l’on pourrait encore supprimer la justice qui nous coûte 250 millions par année ! Et si ce n’est pas assez, il faudrait supprimer le Service de l’économie pour arrondir à 300 millions d’économies supplémentaires par année. Ces exemples sont absurdes et font peut-être sourire ou grincer des dents, mais démontrent l’ampleur des coupes que vous devez aujourd’hui assumer. J’attends donc de la droite qu’elle explique quelle politique publique n’est plus nécessaire dans ce canton en raison de ses choix. Baisser un peu partout n’est pas un choix, c’est un renoncement à vos propres ambitions pour ce canton. J’ai dit ma déception du Conseil d’Etat et de la droite parlementaire.
Toutefois, à titre personnel, je n’oublie pas ce qui s’est passé dans cette salle le 10 décembre 2024 vers 17 heures. En effet, l’année passée, seuls deux groupes parlementaires se sont opposés en bloc à des baisses fiscales supplémentaires. La responsabilité d’une bonne partie de ce plénum, de tous bords, est donc engagée. Dès lors, je refuserai l’entrée en matière sur ce budget. Je vous invite également, chères et chers collègues, à assumer les choix que vous avez faits et les choix que vous ferez aujourd’hui dans le cadre de ce budget 2026.
A l’aube des débats, j’aimerais qu’il n’y ait pas d’effets de manche. En effet, j’entendais un de mes préopinants qui parlait des heures de décharge – en disant qu’on allait les supprimer – sans mentionner que, de l’autre côté, l’on ajoute une semaine de vacances. Alors, s’il vous plaît, dans les débats que nous allons entamer maintenant, essayons de ne pas casser la moitié des choses et d’être honnêtes. Je comprends que nous n’ayons pas les mêmes opinions, mais si, dans deux heures, nous nous retrouvons comme des perruches en train de bâiller aux corneilles, nous n’aurons rien gagné. Nous avons une responsabilité : avancer tous ensemble pour le bien du peuple, du canton, de nous tous.
Depuis 2021 et le début de la campagne des dernières élections, une douce musique nous dire que le Canton de Vaud est un enfer fiscal. C’était un peu le slogan des dernières élections, et cela persiste. Depuis, dans cet hémicycle, M. Moscheni a utilisé ces termes ; aujourd’hui, Mme Bettschart-Narbel a affirmé que nous sommes le pire canton de Suisse en matière de fiscalité. C’est factuellement faux. J’aimerais un débat honnête et transparent, parce que les chiffres que M. Moscheni nous a transmis ne sont pas sourcés. J’espère que ses sources sont plus fiables que les chiffres de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) sur l’analyse des politiques sociales cantonales.
J’aimerais vous présenter trois slides qui viennent de la Confédération. Il y a une source pour que vous puissiez faire l’exercice vous-même. Cet outil s’appelle Swiss Tax Calculator et est mis à disposition par la Confédération. Vous voyez l’impôt global par commune, quand on cumule impôts cantonal et communal. Par ailleurs, vous voyez différentes catégories de population.
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Vous pourrez constater que, certes, nous sommes rarement le canton le plus attractif – je le reconnais – mais nous ne sommes jamais le pire. Même pour les contribuables les plus élevés – couple marié avec un enfant et un revenu de 80’000 francs – nous sommes très attractifs.
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En revanche, je vous l’accorde, si les revenus augmentent - par exemple, 500’000 francs de revenus - nous ne sommes pas les plus attractifs de Suisse, mais toujours pas les pires. Il y a de très gros enjeux autour de ce budget. Ainsi, j’aimerais quand même replacer le cadre des discussions. Faire de la rhétorique pour appuyer une position politique est intéressant, mais, vu les enjeux, il est nécessaire d’en faire usage avec parcimonie.
J’aimerais revenir sur la déclaration de M. Bovay, vice-président du PLR, qui s’attaque aux subsides. Monsieur Bovay, personnellement, je trouve qu’il s’agit d’une très bonne politique publique, la meilleure pour permettre aux familles de boucler les fins de mois. Pour certaines familles, cela représente plusieurs milliers de francs par année, qui permettent de payer les factures à la fin du mois. C’est le fruit d’un compromis à la troisième réforme d’imposition des entreprises (RIE III) portée par le PLR et le parti socialiste, monsieur Miauton. J’aurais souhaité qu’on le rappelle et qu’on ne l’oublie pas, parce que vos propos, monsieur Bovay, montrent que le PLR souhaite une fois de plus revenir sur ses engagements, comme sur d’autres éléments – les décharges pour les enseignants, et autres. Revenir sur des engagements pris est très néfaste – comme on l’a vu lors de la Loi énergie – car cela brise la confiance et empêche de travailler pour trouver des solutions équilibrées.
J’ai essayé de compter sur mes petits doigts le nombre de budgets auxquels j’avais participé. Je ne suis plus très sûr, mais il doit se monter à 18 ou 19. J’ai donc l’habitude d’entendre toutes sortes de calembredaines à l’occasion de la fin de l’année, mais je dois reconnaître – je vous le dis très sincèrement, mes chers collègues – que l’outrance à laquelle j’ai assisté depuis le début de l’après-midi me laisse perplexe. Monsieur Cala, je vous remercie d’avoir démontré, mieux que n’aurait pu le faire un PLR, à quel point le canton de Vaud, malgré les critiques de gauche et de droite que nous venons d’entendre, sait imposer les riches, puisque plus le revenu augmente, plus votre carte était rouge. Budget d’austérité, nous dit-on ? Mais, chers collègues, regardez un tout petit peu les budgets des années 1990, voire du début des années 2000. Ce n’était pas le Moyen-Âge et pourtant c’étaient de véritables budgets d’austérité, non des budgets où on lit à chaque département : +6,2 millions, +4,8 millions, +3,1 millions, etc. J’observe d’ailleurs que tous ces montants, qui figurent pourtant dans l’exposé des motifs, sont curieusement passés sous silence par ceux qui crient au démantèlement de l’Etat. A en entendre certains, j’ai l’impression d’assister à un débat hors sol, et qu'ils rêvent un peu éveillés en nous présentant l’allégorie du paradis perdu, de la petite maison dans la prairie et au bord de l’eau.
Monsieur Eggenberger, vous nous avez parlé de tous ces habitants – je ne sais d’ailleurs pas très bien qui est le propriétaire dans cette histoire. En vous écoutant attentivement, je n’ai pas entendu parler de celui qui part travailler le matin, qui se lève pour aller à la boulangerie, qui prépare le pain, et de toutes les nombreuses petites et moyennes entreprises qui constituent 90 % du tissu social et économique de notre canton. C’est un fait : avant de payer les charges de l’Etat, avant de prélever ne serait-ce qu’un franc d’impôt, il faut créer de la richesse. Il faut des Vaudoises et des Vaudois qui travaillent, créent des entreprises et de la richesse ; c’est ce qui permet de produire l’impôt, d’assurer la fonction publique et de financer les charges afférentes aux nombreuses tâches que l’on confère désormais à l’Etat. C’est la base, mais on semble parfois l’oublier. Il me paraît nécessaire de relever la fameuse théorie – évidemment fausse – selon laquelle une baisse d’impôts mènerait à un démantèlement de l’Etat. Aucune preuve n’existe, puisque le budget de l’Etat n’est pas une galette des Rois que l’on se partage, mais une sphère, une réalité économique en croissance ou en décroissance. De plus, on nous annonce une récession dès cet automne ; c’est un élément qu’il ne faudrait pas trop négliger.
Parlons des baisses d’impôts des entreprises selon la RIE III – je suis comme M. Cala : j’aime bien la RIE III. Les Vaudoises et Vaudois aussi, puisqu’ils l’ont approuvée à 87,7 %, un score quasi soviétique. Alors oui, je suis comme M. Cala, j’adore vous parler de la RIE III. J’aimerais vous rappeler qu’à cette occasion, on a baissé l’impôt des entreprises – ces affreuses entreprises qui engrangent des millions sans jamais payer d’impôts. Elles ont obtenu une baisse de plus de 10 points, et le montant des recettes de l’impôt sur le bénéfice des personnes morales est tombé à 450 millions en 2018. Et, ô surprise, on n’a absolument pas taillé ou coupé dans l’Etat. Deuxième surprise, positive cette fois : regardez le budget de l’Etat de Vaud aujourd’hui. Malgré la baisse d’impôts, malgré le projet de GloBE (Global Anti-Base Erosion), l’impôt sur le bénéfice des personnes morales a doublé – oui, doublé – pour atteindre près de 900 millions.
Première remarque : moins d’impôts peuvent créer davantage d’impôts et non pas provoquer des coupes – qui n’existent d’ailleurs pas dans ce budget – ni un appauvrissement de l’Etat. Deuxième exemple tiré de la RIE III, toujours en contradiction avec la théorie selon laquelle on couperait dans l’Etat : les subsides à l’assurance maladie. Souvenez-vous : 550 millions en 2018 ; aujourd’hui, plus d’un milliard. Hausse totale : 450 millions, soit l’équivalent d’autant de points d’impôts. Si l’on suivait la théorie de la gauche, il aurait fallu augmenter les impôts d’environ 10 points pour financer ce surcoût. Nous en sommes aujourd’hui à plus d’un milliard d’aides et personne n’a remis en cause ces subsides, uniques en Suisse. Zürich et Obwald ont refusé. Nous sommes donc le seul canton suisse où, lorsque les primes dépassent 10 % de votre revenu, vous recevez un subside. Le résultat est là : 36 % des Vaudoises et des Vaudois en bénéficient. Je vois que les plus jeunes parmi nous approuvent mon discours, ce qui me réjouit.
Enfin, des efforts sont demandés à une certaine catégorie de fonctionnaires. Je vais déclarer mes revenus pour être transparent et éviter tout malentendu : je suis fils, petit-fils, neveu et filleul de fonctionnaires. J’ai été nourri « à la sauce fonctionnaire » depuis mes premiers jours. Je n’ai donc aucune animosité envers les fonctionnaires. Cela me permet, objectivement, de relever que la contribution de solidarité touchera environ 15 % d’entre eux. Autrement dit, 85 % ne seront pas concernés. Certes, pour les 15 %, cela entraînera une baisse potentielle de revenus. Le Conseil d’Etat parle de montants entre 50 et 150 francs. Pour les autres, l’augmentation salariale sera simplement moins élevée. C’est une réalité objective. Mais ce n’est en aucun cas le scandale régulièrement dénoncé au Grand Conseil.
Je vois M. Eggenberger hocher du chef, dans sa petite maison dans la prairie avec la rivière qui coule dessous, mais, si nécessaire, nous pourrons présenter à nouveau les slides du Conseil d’Etat lors de sa conférence de presse tout à l’heure. Pour la suite des débats, je vous invite à faire preuve d’un tout petit peu de sérénité et d’objectivité. Ce beau canton, avec la petite maison dans la prairie et la rivière qui coule dessous, mérite mieux que des invectives et des postures politiques et électoralistes qui n’apportent rien de constructif dans le débat que nous devons mener sur le budget du Canton de Vaud.
Les mots sonnent différemment suivant la place que l’on occupe dans cet hémicycle ; ce n’est pas uniquement un effet d’acoustique. Je ne vais donc pas entrer dans le jeu des mots. Je me contenterai de poser quelques faits à côté de quelques mots. Austérité, augmentation des charges brutes de 442 millions, soit quasiment un demi-milliard; assèchement de l’Etat, augmentation des rentrées fiscales de plus de 184 millions; irrévérence envers la fonction publique, augmentation des charges de personnel de 68 millions; caisse de pensions particulièrement généreuse, car il y a 10 ans, tous les Vaudois y ont alloué 1’400 millions au profit de ladite fonction publique; liquidités, trésors de guerre pléthoriques : 2 milliards c’est trop, et pourtant cela ne paie que 2 mois des charges budgétées. Je pourrais allonger cette liste, mais je vais m’arrêter là. Certes on pourra m’opposer des quantités de « oui, mais », mais je n’entrerai pas dans cette polémique. Je tenais uniquement à rappeler quelques faits bruts.
Je vous remercie toutes et tous pour ce débat intense – j’allais dire constructif, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse encore le qualifier ainsi. Nous n’en sommes qu’au premier jour ; j’ai donc bon espoir que cela s’améliore dans les jours à venir. Je remercie aussi M. le député Berthoud d’avoir déclaré ce qu’il considère être mes intérêts ; ainsi, ce sera fait pour les 6 jours de débats sur le budget. Je ne vais pas répondre à tout le monde, je vous rassure, mais j’aimerais revenir sur un ou deux points. J’aimerais aussi rassurer Mme Baux, car je ne voudrais pas me fâcher avec elle : je n’ai pas dit que les Vaudois étaient affamés – bien que la question de la malnutrition dans le canton soit à aborder frontalement – mais que la politique menée affamait nos services publics. J’assume totalement ces propos.
Plusieurs d’entre vous ont relativisé les baisses de salaire imposées à tout le personnel de l’Etat, hormis les classes 1 à 5. Vous pouvez discuter longtemps et essayer d’argumenter, mais les faits sont têtus : le personnel verra son salaire 2026 être 0,7 % plus bas, sans que vous soyez capables de justifier ce qu’ils ont mal fait et en quoi ils méritent d’être ainsi impactés.
Je renonce à intervenir concernant les chiffres de M. Moscheni, d’autant qu’il n’a pas cité ses sources. Je suis très rassuré que M. Buffat m’écoute toujours attentivement ; je fais la même chose. Il demandait quelle est la preuve que les baisses d’impôts amènent l’austérité : le budget 2026 ! Vous pouvez l’étudier attentivement, vous trouvez cette austérité. Si vous cherchez où sont les coupes de prestations, nous y reviendrons lors du budget de fonctionnement, puisque nous avons déposé des amendements qui proposent un retour en arrière.
Ce que je retiens aujourd’hui de ce débat d’entrée en matière, c’est une vive inquiétude. Je l’ai dit en introduction : nous avons abordé ce débat avec gravité et responsabilité. Nous sommes aussi conscients de la manière dont ce canton a été façonné. Pendant plusieurs décennies, les partis de gauche gouvernementaux et ce qui s’appelait à l’époque le parti Radical ont façonné ce canton, ses services publics et sa cohésion sociale. Or, le budget 2026 n’est pas de cette veine. Je me demande comment nous allons trouver une solution ; personne dans les interventions de la droite aujourd’hui n’a amené un petit bout de solution ou de proposition pour essayer de trouver un compromis sur ce budget 2026. Vous avez passé ce débat à critiquer nos prises de parole. Vous en avez le droit, mais personne n’a pris la responsabilité d’essayer de nous parler pour trouver une solution, afin que, le 17 décembre, les Vaudoises et Vaudois aient un budget pour 2026. C’est très grave.
Monsieur Eggenberger, la droite n’a pas amené de solution, mais elle n’a pas non plus annoncé en Commission des finances, avant même l’ouverture de ce budget, qu’elle refusera le budget. Il est assez désagréable de se sentir attaqué lors de l’entrée en matière, alors que des discussions auraient pu avoir lieu. La gauche a refusé ces discussions et le budget avant même la première minute d’étude en Commission des finances. Dès lors, la droite ne peut pas non plus recevoir et accepter ces critiques, ni accepter de voir la maison de M. Eggenberger présentée comme si l’on devait « respecter chaque pièce ». N’oubliez pas les étages dans lesquels vivent les entrepreneurs, les contribuables et également les multinationales, qui ont permis ces derniers mois et ces années et ces dernières années – et le permettront encore les années à venir – d’assurer la fameuse solidarité dont vous parlez, parce que qui permet cette solidarité ? Ce sont aussi ces personnes qui se retrouvent attaquées lors de cette entrée en matière du budget, et cela me désole.
Nous ne devons pas réduire ce budget aux revendications du personnel de l’Etat. Il contient des politiques publiques qui sont maintenues, d’autres qui y sont largement renforcées. Il n’y a aucune raison d’oublier celles-ci ou de résumer le débat à l’idée que les collaborateurs de l’Etat auraient mal fait leur travail, ce qui justifierait une baisse de salaire. Non, ce n’est pas une baisse de salaire, mais une augmentation moins importante, qu’ils soient bien évalués dans leur travail ou non.
Nous traversons une période tendue, nous l’avons vu à l’aune des débats de cet après-midi. Je veux commencer par reconnaître ce que chacun voit et ressent : de l’inquiétude, de la fatigue, parfois de la colère, dans nos administrations, nos écoles, nos hôpitaux et dans la rue aujourd’hui. Je l’entends et je la respecte. Mais mon rôle – et notre rôle – c’est aussi de garder le cap, de prendre des décisions, même lorsqu’elles sont difficiles, voire impopulaires, en gardant cela en tête : la stabilité du canton n’est pas un luxe, c’est une responsabilité.
Sur le plan économique, nous sommes face à des secousses importantes : l’imposition minimale de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), les droits de douane, un front fort qui pèse lourdement sur nos entreprises. Et dans le monde : la montée des régimes autoritaires nous rappelle combien notre culture du dialogue – exigeant, franc et loyal – est essentielle, dans ce débat d’entrée en matière, comme lors des séquences suivantes, à savoir les premier et deuxième débats. Je l’ai indiqué lors de la réception de votre président : « Le compromis n’est pas la compromission », mais l’une des forces principales de notre pays. Dans ce contexte, le Conseil d’Etat agit et soutient le développement du canton tout en cherchant à maintenir une trajectoire financière tenable.
Je le répète avec conviction : le canton de Vaud reste un canton solide. Nous avons un système de formation exceptionnel, un réseau académique unique en Suisse, des entreprises innovantes et une qualité de vie remarquable. Ces forces existent grâce aux femmes et aux hommes qui s’engagent chaque jour pour assurer le fonctionnement de notre canton. Toutefois, ces forces ne nous exemptent pas d’une réalité : notre situation financière exige une action immédiate. L’exposé des motifs sur le projet de budget 2026 présente une insuffisance de financement de 2,3 milliards sur les années 2027 à 2030. Pour y répondre, nous devrons emprunter et utiliser largement nos réserves. Si nous ne faisons rien, la trésorerie pourrait être entièrement consommée en 2030. Il ne s’agit en tout cas pas de catastrophisme, mais de lucidité.
Les causes sont connues, mais ce n’est pas inutile de le rappeler. J’aimerais qu’on reprojette le slide présenté lors de la conférence de presse, parce qu’il permet d’objectiver les éléments évoqués tout au long du débat.
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Nous avons vécu des crises et l’inflation, avec des effets de plus de 270 millions ; une crise de l’Ukraine qui nous coûte aujourd’hui 100 millions par année, des hausses de charges sociales en lien notamment avec les coûts de la santé. Nous constatons des progressions de charges liées à la progression démographique, au vieillissement de la population, à la mise en œuvre du Programme de législature. Les recettes fiscales, avec des baisses fiscales, sont tout de même en augmentation, sans compter l’absence des dividendes de la BNS. Ce sont des faits, rien que des faits, et des chiffres objectivés. Ce n’est pas une spécificité vaudoise : la quasi-totalité des cantons qui nous entourent et la Confédération vivent la même réalité.
Face à cela, notre stratégie repose sur trois étapes :
- Les mesures d’urgence en 2025, sur la base des comptes 2024, avec pour la première fois l’activation de la Loi sur l’assainissement financier.
- Un budget 2026 plus sincère, qui maîtrise la hausse des charges.
- Un plan structurel pour 2027 à 2030, présenté le premier semestre 2026.
Ces mesures sont appelées par certains d’entre vous des mesures pérennes, mais elles ont besoin de temps pour être non seulement établies, mais aussi discutées, avec une consultation digne de ce nom. Il est sûr que nous aurions pu mieux faire cette année concernant cela, mais si nous voulons travailler sur l’ensemble des politiques publiques de l’Etat – et il n’y a aucun tabou en la matière sur les charges et les revenus – il s’agit de consulter la population et non uniquement à l’aune d’un budget en deux ou trois mois. Il y a donc trois étapes et deux piliers clairs.
D’une part, nous pouvons utiliser nos réserves, qui existent précisément pour les périodes difficiles et, d’autre part, nous devons maîtriser la croissance des charges et revoir potentiellement certains autres éléments de nos politiques publiques. Je le répète : il n’y a pas de tabou concernant les charges ou les revenus. Ce n’est pas un choix, c’est une nécessité. Toutefois, je l’affirme avec force aujourd’hui : ce budget 2026 n’est pas un budget de renoncement. Ce budget augmente de 727 millions de charges. Monsieur Eggenberger, concernant votre jolie image de la maison, vous dites qu’il s’agit de ne pas y mettre le feu, de ne pas l’incendier, de la préserver, mais, comme souvent, ce sont les mots qui brûlent et les faits qui construisent.
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Cette image montre les augmentations de charges et les diminutions en parallèle. Je ne vais pas entrer dans le détail, mais cela démontre que nous avons pris conscience des besoins de la population. Les prestations sont maintenues, l’enseignement est renforcé avec plus de 240 postes supplémentaires et nous poursuivons nos investissements à raison d’un 1,1 milliard pour l’année prochaine, tout en soutenant des projets structurants indispensables à l’avenir du canton, comme le métro. Les efforts d’économie sont répartis de manière équitable entre les subventions, le personnel, les communes, les charges internes. Partout où cela est possible, nous privilégions l’utilisation de réserves existantes, pour éviter d’impacter directement les prestations.
J’aimerais revenir sur certains éléments que j’ai entendus cet après-midi, parce qu’ils ne relèvent pas de la réalité. S’agissant de l’accueil de jour des enfants, les 10 millions d’économies prévues l’année prochaine se feront sans toucher aux prestations, sans report de charges sur les communes et sans report de financement supplémentaire sur les parents parce que les réserves existent. C’est bien parce que ces réserves existent que nous nous sommes tournés sur ce type de mesure. Concernant les décharges pour les enseignants, certes, elles prennent fin, mais, en contrepartie, il y a pour ces enseignants une sixième semaine de vacances. Ces deux exemples me paraissent extrêmement intéressants.
Trois éléments, enfin, méritent d’être soulignés. Premièrement, nous tenons notre Programme de législature. Le plan InvestPro de lutte contre la pénurie de personnel de santé continue, à raison de plus de 9 millions pour 2026. Les hausses salariales du secteur parapublic sont renforcées de 15 millions en 2024, de 5 millions en 2025 et de 20 millions supplémentaires ancrés dans la loi, sur proposition du Conseil d’Etat, pour ces quatre prochaines années. Le budget du sport, puisqu’on en a parlé, resté stable pendant environ 15 ans, a doublé en 2 ans – 6 millions supplémentaires sont prévus l’année prochaine. Les allègements fiscaux votés l’an dernier restent en place, parce que notre fiscalité est déjà lourde et parce que nous devons préserver le pouvoir d’achat et l’attractivité du canton. La responsabilité, c’est d’ajuster nos dépenses avant de demander un effort supplémentaire aux contribuables. Rappelons que 25 % des contribuables paient aujourd’hui 70 % de l’impôt sur le revenu.
Deuxièmement, concernant les communes, la mesure proposée est temporaire. Elle ne remet pas en cause l’accord canton-communes qui a permis de procéder à un rééquilibrage de 160 millions en faveur des communes. Je rappelle ici que ledit accord prévoyait expressément la possibilité de rouvrir l’accord en cas d’activation du frein à l’endettement cantonal, ce que nous n’avons pas fait. Notre engagement envers les communes demeure clair, transparent et fiable.
Troisièmement, le personnel de l’Etat est sans doute le point le plus sensible aujourd’hui. Je veux l’aborder avec respect, mais aussi avec transparence. Le Conseil d’Etat est conscient des efforts fournis, et de l’engagement quotidien, dans tous les métiers, visibles ou non. Il sait que les mesures proposées sont difficiles à entendre pour une partie du personnel. Mais nous avons choisi une approche mesurée, une contribution de crise de 0,7 % temporaire sur une seule année. Cette mesure protège les bas salaires – les classes 1 à 5 ne sont pas touchées – et les annuités sont maintenues. Ainsi, pour une large majorité des collaborateurs, la mesure de crise se traduira par une augmentation moins rapide de leur salaire. Seuls 10 % en brut et 15 % des collaborateurs en net connaîtront une diminution de salaire, essentiellement les personnes plafonnées. Ce ne sera pas le cas pour tout salaire inférieur à 86’000 francs. Par ailleurs, les conseillers d’Etat sont soumis aux mêmes règles, de même que les magistrats. J’aimerais donc que l’on cesse de répéter que les conseillers d’Etat se sont augmentés cette année ! Monsieur Keller, c’est faux, vous le savez : il n’y a pas d’augmentation pour les conseillers d’Etat, c’est uniquement un projet en ligne avec la fin des rentes à vie pour les personnes qui viendraient en charge à la suite ; pour les personnes qui sont aujourd’hui en charge et, à jamais, il n’y aura d’augmentation de salaire.
Enfin, j’aimerais souligner que le Conseil d’Etat a rencontré à deux reprises les syndicats et c’est d’ailleurs bien au terme de la deuxième rencontre que nous avons adapté la mesure de crise que nous avions proposée. C’est au terme de ces séances que nous sommes passés de 0,8 à 0,7 % et que nous avons exempté les classes 1 à 5. Mais il n’a pas été possible de mener un dialogue plus soutenu avec les syndicats sur ces questions. Nous les avons rencontrés deux fois et nous avons d’ores et déjà proposé aux syndicats de les revoir au début de l’année prochaine, non seulement pour parler du budget, mais aussi de la planification financière à venir.
Mesdames et messieurs, je ne minimise pas les tensions et les inquiétudes, mais nous allons traverser cette période difficile comme ce canton l’a toujours fait : en cherchant le dialogue, en avançant ensemble et en privilégiant le pragmatisme aux postures. J’ai confiance en ce Parlement, dans les institutions et surtout dans notre capacité collective à retrouver un équilibre. Parce que renoncer n’a jamais fait partie de l’histoire de ce canton, parce que nous avons une responsabilité envers chaque habitante et chaque habitant, et parce que le canton de Vaud a toujours avancé grâce à deux forces : le dialogue et la recherche commune de solutions.
Retour à l'ordre du jourLa discussion est close.
L’entrée en matière est admise par 127 voix contre 12 et 9 abstentions.
Le débat est interrompu.