Comprendre le recensement architectural

Pourquoi recenser notre patrimoine bâti ?
Châteaux, églises, habitations, écoles, usines, chalets d’alpage, ruraux, moulins, bornes, fontaines, cloches, sculptures, vitraux, jardins, etc. : l’architecture, l’art le plus public qui soit, et le façonnage de son environnement, raconte l’histoire du canton, des courants et des artisans qui en façonnent l’identité, de ses habitants et de leurs modes de vie qui évoluent et se transforment. Le recensement architectural est l’outil dont s’est doté le Canton afin d’identifier, documenter, évaluer, protéger et valoriser son histoire et son patrimoine.
Lancés dans les années 1970, premiers recensements ont documentés et évalués de manière systématique les bâtiments érigés dans les bourgs avant 1975 sur l’ensemble du territoire vaudois. Ce travail pionnier a permis d'identifier les constructions dignes d’intérêt et d’encadrer des rénovations respectueuses.
Chaque bâtiment a alors fait l’objet d’une fiche détaillée, analysée selon des critères historiques, architecturaux et culturels, et a été noté selon une échelle de valeur allant de 1 à 7 , un système toujours d’actualité.
Par la suite, plusieurs campagnes de révision des notes ont été lancées à travers le territoire, mais sans en couvrir hélas l’intégralité, ce qui implique qu’aujourd’hui de nombreux recensements communaux sont obsolètes. C’est pourquoi, depuis quelques années de vastes campagnes de révisions sont entreprises de manière à unifier les évaluations à travers le canton et à considérer d’autres types de patrimoine et tranches chronologiques. Aujourd’hui, on recense par exemple les bâtiments jusque dans les années 1990 et toute personne ou entité intéressée au patrimoine est par ailleurs invité à contribuer à cette reconnaissance et peut formuler une demande argumentée de révision du recensement !
Toutes les notes attribuées sont consultables via le guichet cartographique cantonal, accessible au public.
Ce travail, nécessitant des compétences d’expertise pointues et pluridisciplinaires, est conduit par les historiennes de l’architecture du Domaine recensement ainsi que par des mandataires externes historien·ne·s de l’architecture et des architectes. En permettant la bonne compréhension des qualités des différents types de bâtis conçus à travers le temps, il alimente à la fois la documentation du territoire et les décisions en matière d’aménagement urbain et d’instruction des permis de construire.
Un regard nouveau sur l’architecture du XXᵉ siècle
Le Canton de Vaud a engagé un travail inédit : une commission d’experts indépendante a été chargée d’évaluer scientifiquement le patrimoine architectural construit entre 1920 et 1975. Sous la présidence du professeur Bruno Marchand (EPFL), elle a examiné un panel de 358 bâtiments et ensembles bâtis, sélectionnés sur la base des publications, proposant pour chacun une note et des mesures de protection adaptées.
Menée de 2016 à 2019, cette étude met en lumière une période encore peu reconnue, alors qu’elle représente près de 60 % du bâti vaudois actuel. Jusqu’ici, seuls quelques édifices emblématiques — comme la tour Bel-Air à Lausanne ou le siège de Nestlé à Vevey — bénéficiaient d’une véritable valorisation.
Au terme de ses travaux, la commission a proposé de rehausser la note d’environ 35 % des objets analysés, révélant la richesse et la qualité souvent sous-estimées de l’architecture du XXᵉ siècle. Ces nouvelles notations ont été validées le 14 novembre 2022 par la Commission pour le patrimoine culturel immobilier (CPCI), mise en place à la suite de l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur la protection du patrimoine (LPrPCI) le 1er juin 2022.
Aujourd’hui, loin d’être achevé, il convient de continuer ce travail de repérage, de documentation et de protection du patrimoine XXe, particulièrement exposé car bien souvent méconnu et parfois encore mal aimé.
Consulter le rapport de la commission (pdf, 5.89 Mo)
La méthode de recensement
La méthode du recensement consiste d’une part en des investigations de terrain et des recherches en archives. D’autre part, elle s’appuie sur la connaissance de la littérature secondaire, de toute forme de documentation scientifique (manuscrite, photographique ou numérique) et s’attache ensuite à analyser les objets par comparaison avec des typologies de cas similaires et par le biais d’une grille d’analyse basée sur des critères objectifs. Le but est de mettre en évidence le potentiel patrimonial. L’évaluation finale prend la forme d’une note qui peut être accompagnée d’une proposition de mesure de protection (inscription à l’Inventaire ou classement) quand cela est requis. Que ce soit par le biais des révisions communales, de recensements thématiques ou de révisions ponctuelles, les principes de la méthode sont toujours les mêmes, ils s’adaptent en revanche constamment aux différents types d’objets étudiés. De plus, le recensement est régulièrement mis à jour de manière à intégrer l’avancée des connaissances et l’évolution des sensibilités à un patrimoine donné.
La note est ainsi l’expression d’une appréciation culturelle d’un objet, établie à un moment donné au moyen d’une étude scientifique reposant sur des critères d’analyse objectifs tels qu’ancienneté, importance historique, authenticité, qualités architecturales, typologie, rareté, intégration, etc. Elle ne constitue dès lors pas une décision sujette à recours. En revanche, la portée contraignante de la mesure de protection s’inscrit dans le cadre d’une procédure juridique.
Les critères d'évaluation
Chaque objet est évalué en fonction des critères suivants :
- les qualités architecturales, l'équilibre et l'harmonie de la composition
- l'authenticité de l'édifice par la présence d'éléments originaux ou anciens au niveau de la structure (charpente, murs), des matériaux de revêtement ou de décor (crépis, couverture, encadrements de portes et de fenêtres), voire de divers éléments particuliers (cuisine, boiseries, cheminées, poêles)
- l'intégration au site (ensemble bâti ou paysage)
- le caractère unique, la rareté, l'originalité, l'ancienneté
- l'appartenance à un type particulier, représentatif d'un style, d'une époque, d'un mouvement artistique ou artisanal
- l'importance de la construction (œuvre d'un architecte connu) ou de son histoire (résidence de personnages de marque, rôle dans la vie sociale ou politique).
Plus un objet remplit de critères, plus sa note sera élevée.
Les notes du recensement architectural
Les notes attribuées dans le cadre du recensement architectural sont établies par les historiennes de l’architecture du Domaine recensement en collaboration avec des experts externes – historiens de l’architecture, architectes t spécialistes du patrimoine – sur la base d’une solide documentation de terrain, d’archives et d’éléments de comparaison.
Cette note constitue une appréciation de la valeur patrimoniale d’un bâtiment ou d’un site, conformément à l’article 14, alinéa 1, de la Loi sur la protection du patrimoine culturel immobilier (LPrPCI). Elle n’a pas pour but de bloquer les projets : son rôle est d’exprimer l’importance de l’objet au regard de son intérêt historique, architectural et culturel. Elle sert ainsi de référence pour les propriétaires, les communes et les autorités, sans produire d’effet juridique. Seules les mesures de protection – elles, contraignantes – relèvent de la Loi sur la protection du patrimoine culturel immobilier. Pour cette raison, la Direction des monuments et des sites informe personnellement uniquement les propriétaires concernés par une modification de ces mesures. Toute autre adaptation, notamment d’une note, est mise à jour sur le portail en ligne du recensement architectural.
La note reflète la valeur patrimoniale d’un objet ou d’un site en s’appuyant sur divers critères : qualités architecturales, histoire, intérêt artistique ou culturel, caractéristiques techniques, insertion urbaine ou paysagère, importance locale, régionale ou nationale.
Un « site » désigne un ensemble construit – d’un petit groupement de bâtiments à un centre historique ou un quartier entier – ainsi que, le cas échéant, des espaces non bâtis qui lui sont associés : jardins, parcs, abords ou aménagements publics et privés
La signification précise de chaque note est définie par le règlement d’application de la LPrPCI et se décline comme suit :






Objet d'intérêt national dont le classement comme monument historique est en principe requis
Les bâtiments auxquels est attribuées une note 1 sont considérés comme présentant une valeur patrimoniale majeure. Ils se distinguent par leur qualité architecturale, leur intérêt historique, leur intégrité et, souvent, leur rareté. Ces objets sont jugés d’importance cantonale ou nationale, et leur conservation constitue une priorité.
Cette reconnaissance s’accompagne généralement de mesures de protection, telles que l’inscription à l’Inventaire cantonal ou le classement comme monument historique. Elle implique également des exigences accrues en matière d’entretien, de restauration ou d’intervention, tout travaux devant faire l’objet d’une autorisation de la part de la Direction des monuments et des sites.
Attribuer une note 1, c’est reconnaître un objet comme faisant partie des références majeures du patrimoine bâti vaudois. Cette démarche s’inscrit dans une politique globale de connaissance, de protection et de valorisation du territoire.





Objet d'intérêt régional pour lequel une mesure de protection est en principe requise
Les bâtiments auxquels une note 2 est attribuée présentent une valeur patrimoniale significative à l’échelle cantonale. Leur qualité architecturale, leur intérêt historique ou leur contribution à la lecture d’un site justifient pleinement leur reconnaissance et leur préservation.
Ces objets sont en règle générale inscrits à l’Inventaire cantonal, le classement au titre de monument historique est également parfois requis. Cette inscription implique que leur forme, leur substance et leurs caractéristiques essentielles soient conservées. Toute intervention est soumise à autorisation par la Direction des monuments et des sites et doit ainsi être menée avec soin, en veillant à respecter l’expression architecturale d’origine et les éléments authentiques qui font leur valeur.
Attribuer une note 2, c’est affirmer l’importance de ces bâtiments dans le patrimoine bâti vaudois et garantir qu’ils continueront à enrichir nos paysages et notre mémoire collective. Cette démarche s’inscrit dans la mission de connaissance, de protection et de mise en valeur portée par le Canton.






Objet d'intérêt local ayant une importance au niveau communal
D’importance locale, l’ensemble mérite d’être conservé. Un haut degré d’authenticité de la substance historique tant de la structure constructive que des éléments du second-œuvre (modénature, décor, menuiserie, garde-corps, vitrail, etc.), de qualité architecturale et de mise en œuvre des matériaux y sont souvent relevés.
En fonction de leur caractère remarquable et rare, ces objets peuvent parfois être inscrits à l’Inventaire cantonal. Des transformations peuvent néanmoins être envisagées à condition qu’elles n’altèrent pas ses qualités spécifiques.La principale autorité compétente pour la sauvegarde de ces objets est la Commune. Le préavis de la Direction des monuments et sites est néanmoins obligatoire.




Objet participant à l’identité de la localité par son volume, sa composition et, souvent, par sa fonction.
Cette catégorie comprend également des objets qui ne sont pas toujours bien intégrés à leur environnement, mais qui présentent néanmoins un intérêt patrimonial. Ceux-ci se distinguent généralement par leurs qualités architecturales, la conservation de la substance ancienne et le soin apporté à la mise en œuvre des matériaux, y compris pour les éléments du second œuvre (modénature, décor, menuiserie, garde-corps, vitraux, etc.). La Commune est l’autorité principale compétente pour la sauvegarde et la mise en valeur de ces objets, notamment dans le cadre de sa planification et de l’octroi des permis de construire. Elle peut, si nécessaire, solliciter le préavis de la Direction des monuments et sites.





Objet présentant des défauts liés soit à son intégration dans le contexte, soit à d'éventuelles adjonctions et/ou transformations inopportunes, soit à sa conception et/ou son langage architectural, cela malgré la présence de qualités indéniables






Objet considéré comme neutre et sans intérêt patrimonial, tant du point de vue de son intégration, de son architecture que de son histoire
Sa présence n'est pas déterminante pour l'harmonie du site. Dans le cadre de la planification communale, ces objets peuvent être pris en compte pour accroître le potentiel de densification.




Objet compromettant l'harmonie du site et en altérant les qualités
Ces objets sont caractérisés par de graves défauts d'intégration de type architectural ou liés à l'aménagement du territoire. Dans le cadre de la planification communale, ces objets peuvent être pris en compte pour accroître le potentiel de densification.
Indique un objet repéré, en cours d’évaluation
L'attribution d'une note au recensement architectural peut être accompagnée d'une mention
- F indiquant la présence d'éléments anciens,
- N indiquant une construction récente, sur laquelle il est trop tôt pour se prononcer, ou qui présente un nombre conséquent d'adjonctions récentes
- V indiquant la présence de vitraux remarquables.
Une mention négative relevant un problème d'intégration, ou une mention positive soulignant une qualité particulière de l'objet, peut également être associée à la note.

La fiche de recensement
Chaque objet évalué possède une fiche de recensement, consultable sur le guichet cartographique sur laquelle sont précisés sa localisation par numéro ECA, adresse et parcelle, sa note, ses éventuelles mesures de protection, un texte explicitant les données historiques et qualités principales ayant conduit à la notation ainsi que les renseignements d'archives connus assortis d’une documentation photographique.
La fiche dite « bleue » qui a été produite et renseignée lors des premiers recensements et révisions, n’est aujourd’hui plus tenue à jour. Son recto a été numérisé et accompagne désormais la fiche dite « blanche », version numérique de la fiche du recensement, qui est tenue à jour au fur et à mesure des révisions.