Sites fouillés - une sélection

La très grande majorité des sites connus à ce jour ont été fouillés puis détruits pour laisser place à des constructions. Les rubriques qui suivent en présentent un petit échantillonnage - au fil des ans, ce sont des milliers d'intervention de plus ou moins grande ampleur qui ont déjà eu lieu dans le canton.

Sites d'époque préhistorique

CHÂTEAU-D'OEX - abri sous bloc

Vue d'ensemble du site de Château d'Oex. © Archéologie cantonale

Situé au pied du Vanil Noir, dans les Préalpes vaudoises, à 1200 d’altitude, l’abri sous bloc de Château-d’Œx a livré une séquence stratigraphique complète renfermant des vestiges datés entre l’Azilien (vers 12'000 av. J.-C.) et la fin du Mésolithique (vers 5'500 av. J.-C.). Il s’agit des restes de campements de chasseurs-cueilleurs nomades.

Les fouilles conduites entre 1989 et 1999 ont livré un outillage en silex abondant: nombreuses pointes et armatures de flèches, grattoirs, lamelles et autres outils variés. Le silex, principalement d’origine locale, a été taillé en grande quantité sur le site, comme en témoignent les milliers d’éclats recueillis sur place. Les restes de faune chassée, également abondants et très bien conservés, indiquent un spectre diversifié (cerf, sanglier, bouquetin, chevreuil, lynx, aigle, poissons, …) comparable à celui des sites de plaine contemporains. L’importante couverture neigeuse hivernale laisse à penser que l’abri était occupé uniquement à la belle saison, du printemps à l’automne, lorsque les conditions étaient favorables. La proximité de bancs de silex, bien que de qualité relativement médiocre, pourrait avoir offert un attrait supplémentaire pour les populations préhistoriques. Ces vestiges, dans une région où les témoins archéologiques sont encore rares, a permis d’initier de nombreuses recherches dans les zones de moyenne montagne des Préalpes de Suisse occidentale et de découvrir plusieurs autres sites mésolithiques de plein air ou en abri sous roche dans les cantons de Vaud, Fribourg et Berne.

En été 2011, la Division archéologie et le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire ont pratiqué une nouvelle intervention dans l’abri pour compléter les informations sur les niveaux les plus profonds et effectuer des prélèvements sédimentologiques. Dans le cadre d'un colloque, une trentaine de spécialistes du Quaternaire ont visité l’abri et ont pu observer une coupe stratigraphique illustrant une des plus belles séquences archéologiques du Tardiglaciaire et de l’Holocène ancien dans les Alpes suisses (12'500 à 6'000 av. J.-C.).

La petite surface fouillée (1,5 m2) a livré un riche matériel qui complète l’étude des niveaux épipaléolithiques (12 500 à 9500 av. J.-C.). Les analyses sédimentologique et micromorphologique actuellement en cours permettent de comprendre en détail les processus et les conditions de dépôts des sédiments dans l’abri ainsi que la mise en place du bloc lui-même, qui fait partie d’un énorme éboulement, encore non daté, issu du sommet du Vanil Noir.

A la suite de l’intervention, la fouille a été remblayée et le site remis en état pour effacer toute traces de la présence des archéologues, afin de protéger au mieux le site en attendant des fouilles ultérieures sur le gisement, dont une grande partie est encore vierge.

CONCISE - stations lacustres

La station palafittique de Colachoz. © Archéologie cantonale

Situées sur la rive nord du lac de Neuchâtel entre les villages de Corcelles et de Concise, dans une ancienne baie maintenant comblée, les stations lacustres de Concise figurent parmi les sites les plus importants de l’archéologie palafittique d’Europe. Elles ont été découvertes lors de la construction de la voie ferrée Yverdon-Neuchâtel en 1860.

Dans le cadre du projet Rail 2000 (nouvelle voie ferrée le long du pied du Jura), la Division archéologie a entrepris une série de sondages afin d’évaluer l’impact des travaux sur cette zone littorale, et notamment sur le site de Concise Sous-Colachoz, classé monument historique. Si une destruction partielle était inévitable, le tracé le moins dommageable a pu être choisi, permettant de ne détruire que la frange nord de l’habitat, soit un tiers environ de la station lacustre.

La surface touchée, de 4700 mètres carrés, a été entourée d’une enceinte de palplanches et minutieusement fouillée et documentée entre 1995 et 2000. Les fouilles ont livré plus de 7949 pilotis, vestiges de 25 villages préhistoriques successifs construits entre 4300 et 1570 av. J.-C., se superposant ou se recoupant partiellement. Implantées en milieu amphibie, les maisons ont toutes un plancher surélevé. Ces fouilles exceptionnelles permettent d'aborder le vaste sujet de l’économie des sociétés du Néolithique et de l’âge du Bronze ancien: l’utilisation des ressources végétales, la gestion de la forêt, l’alimentation, l’approvisionnement carné, les pratiques pastorales et l’agriculture.
Grâce aux analyses spatiales, on peut appréhender des zones d’activités privilégiées, indiquant une structuration de l’espace villageois et la présence possible d’unités spécialisées. Enfin, l’abondant mobilier donne la possibilité de travailler de manière quantitative sur les outils et les déchets, afin d’aborder la question des chaînes opératoires de fabrication des objets, en plus des aspects typologiques.

Pour en savoir plus:

LA SARRAZ-ECLEPENS - sanctuaire helvète du Mormont

Ensemble de récipients en bronze issus des fosses du Mormont. © Fibbi-Aeppli, Grandson

Sur la colline du Mormont, à cheval sur les communes de La Sarraz et d’Eclépens, des sondages de diagnostic réalisés en 2006 suite la mise à l’enquête du plan d’exploitation de la carrière projeté par la société Holcim ont révélé les premiers vestiges d’un gisement aussi exceptionnel qu'insoupçonné. Site majeur que ce "sanctuaire des Helvètes en terre vaudoise vers 100 avant J.-C.", comme on le présente, mais dont l’interprétation reste à ce jour largement énigmatique.

La période de fréquentation principale du site remonte à la fin du Second âge du Fer, plus précisément aux environs de 100 av. J.-C., comme en attestent les objets recueillis. L’occupation semble avoir été très brève, tout au plus au plus une génération, probablement quelques années à peine.

Les fouilles continuent aujourd’hui en 2015 et les limites du gisement n’ont toujours pas été identifiées, malgré les six hectares déjà explorés. Les vestiges d’occupation sont caractérisés par plus de 200 fosses qui contiennent des dépôts divers, de nombreux trous de poteaux et quelques foyers. La densité, la profondeur et la forme de ces fosses varient en fonction des secteurs, contrairement au remplissage de la plupart d’entre elles qui montrent des processus de comblement similaires. La question de l’appartenance tribale des occupants (Helvètes, Séquanes, …) reste à préciser et alimente les débats entre chercheurs, tout comme les interprétations autour de la fonction du site.

La singularité des vestiges dégagés (ils ne correspondent pas à ce que l’on connaît généralement des habitats ou des nécropoles) conduit naturellement à favoriser les hypothèses de pratiques cultuelles, ce que confirment les traitements particuliers constatés aussi bien chez les humains (accroupis, têtes coupées, …) que chez les animaux (sacrifiés, déposés en entier, manipulés, …). La notion de sanctuaire semble cependant devoir être nuancée compte tenu de l’existence, en parallèle de ces pratiques cultuelles, d’activités beaucoup plus anodines, comme la consommation de liquides et de viandes ou encore le stockage de denrées alimentaires, ou l’aménagement de structures de captation (fosse-puits). L’étendue de la surface de l’établissement ne souffre par ailleurs aucune comparaison avec les sanctuaires connus de la fin de l’âge du Fer, tous considérablement plus petits.

Les réflexions sur le sujet sont largement tributaires de l’avancement de la restauration et de l’étude des objets exhumés, un travail de longue haleine encore en cours. Il en résulte une image imprécise de pratiques cultuelles dont on commence à peine à saisir la signification, sans parler de leur portée, d’autant que de nouvelles questions émergent au gré des découvertes et des hypothèses avancées par les chercheurs.

L’exploitation scientifique de ce site d’envergure européenne offre des avancées inespérées dans la connaissance de l’histoire et de la société des Celtes de la fin de l’âge du Fer en Suisse et en Europe. Une campagne de fouille est d’ores et déjà planifiée pour l’année 2016.

LAUSANNE - à l'époque néolithique

Sélection de mobilier d'époque néolithique et mise en situation dans une restitution d'habitat de l'époque. © MCAH et A. Houot pour la restitution de la scène de vie

A Lausanne, des traces d’habitat remontant à la période néolithique ont été mis en évidence tant sur la colline de la Cité qu’au bord du lac, là où s’implantera plusieurs milliers d’années plus tard le bourg romain de Lousonna.

Durant les années 1990, deux interventions ont permis de mieux connaître l’habitat de la région lausannoise au Néolithique.

La première a eu lieu au pied de la cathédrale : la restauration de la "Tour Lanterne" en 1991 a nécessité la pose d'une grue et de quatre piliers de béton pour assurer son ancrage dans le sous-sol au nord de la cathédrale. L'occasion pour les archéologues de faire ressurgir les traces d'un passé déjà esquissé par une série d'interventions menées dans le courant du 20e siècle.
Les premiers agriculteurs se sont installés sur la colline de la Cité vers 4’500 av. J.-C. et deux couches archéologiques retracent cet épisode qui se termine environ cinq siècles plus tard. Deux foyers et des restes de céramique et de silex sont les derniers témoins conservés de cette présence humaine.

Albert Naef signalait des sépultures néolithiques sous le sol de la cathédrale, mais des datations par le carbone 14 des squelettes encore en place un siècle plus tard ne sont pas venues confirmer cette première analyse. A ce jour, on ne connaît donc pas les tombes associées à ces premiers Lausannois.

La construction du Musée romain de Vidy, en 1992, a donné lieu à la découverte de restes très discrets d'un autre habitat. Un foyer, une fosse, un fragment de meule à grain, quelques poteries et des objets en silex attestent une occupation sur la terre ferme, aux abords immédiats des rives du lac, ainsi qu’une grande nécropole.
Le décor est planté : peu après s’être installés à la Cité, des habitants ont aussi établi leurs maisons à Vidy. La découverte est importante, car les témoignages aussi anciens au bord du Léman se comptent sur les doigts d'une main et ne sont pas mieux connus ailleurs autour du lac.

Le monde des morts

La phase moyenne du Néolithique est ancrée de longue date dans l'archéologie lausannoise avec les nécropoles de Chamblandes à Pully et de Vidy à Lausanne, dont le plein développement a lieu entre 4'300 et 4'000 av. J.-C. L'ensemble le plus imposant est celui de Vidy, avec un nombre estimé à plus de 230 sépultures.

La découverte de la nécropole a eu lieu en 1962, à l'occasion de la construction d'un immeuble appelé "Vidy-Square". Cette première intervention a livré 27 tombes. Elle a été suivie dans les années 1990 d'une fouille de plus grande envergure à la route de Chavannes 11. Ces deux interventions ont touché le même cimetière, portant le nombre total à 126 sépultures étudiées.

Elles ont apporté de nombreuses nouveautés grâce à la mise en évidence d'une grande variété des pratiques funéraires et des architectures qui ne sont plus seulement construites en dalles, mais parfois aussi en bois.

Les enfants de Vidy

Cette sépulture permet d'aborder ce qu'on peut considérer comme une norme : le dépôt de deux corps dans le même coffre. Ici deux enfants, le premier est décédé autour de 4 ans, alors que le second n’avait pas plus de deux mois. Ces tombes contiennent généralement peu d'objets. L'enfant le plus âgé était accompagné de très petites perles blanches en calcaire formant un collier et d'un fragment d'ocre rouge disposé sous la pommette gauche. A l’extérieur du coffre, une petite dalle disposée à plat en fond de fosse a reçu le dépôt d’une omoplate de cerf.
Cette tombe est le reflet de traditions qui se retrouvent tout autour du Léman et en Valais, ainsi qu’en Tarentaise et en Maurienne pour la France, dans la vallée d'Aoste et de l'Orco en Italie. L'emploi des dalles de pierre est le point commun entre ces différentes régions, alors que les objets et le nombre de mort dans les tombes varie, définissant des spécificités régionales.

LES CLEES - occupation de la fin du Néolithique

Vue d'un des empierrements de fonction mal définie, remontant peut-être au Campaniforme. © Archéologie cantonale

A la suite d’un diagnostic réalisé en 2012, les fouilles menées en 2013 et 2014 aux Clées, au lieu-dit "Sur-les-Crêts" éclairent nos connaissances sur l’occupation de nos régions à la charnière des 3e et 2e millénaires av. J.-C.

Situé entre les villages de L’Abergement et de la Rusille, sur une terrasse dominant la plaine de l’Orbe, le site constitue l’un des rares témoignages de la transition entre la fin du Néolithique (Campaniforme) et le début des âges des métaux (Bronze Ancien) en Suisse occidentale.

La période du Campaniforme y est essentiellement attestée par du matériel céramique et quelques artefacts lithiques piégés dans des dépressions du terrain. En 2014, une dizaine de fragment de céramique décorée (hachures obliques, lignes brisées, chevrons superposés) sont venus enrichir le corpus de céramique commune exhumé jusque-là. Quant à la période du Bronze ancien (Bz A1), elle est caractérisée par deux fosses au remplissage riche en fragments de céramique caractéristique (cordon incisé sous le bord, anse, doubles mamelons, languettes, fonds plats, etc.), accompagnés de quelques ossements animaux ainsi que d’un fragment de tibia humain. Deux structures de combustion et une spirale en bronze ont également été découverts.
Les autres structures mise au jour sur le site sont deux empierrements superposés, moins faciles à dater avec certitude, même si le plus ancien pourrait être attribué à la phase Campaniforme. De même, leur fonction reste sujette à interprétation: soubassement drainant ?
La relative pauvreté du mobilier récolté et la rareté des foyers et des fosses laissent envisager que  la surface explorée se trouve en marge d’un habitat, qui serait situé dans une zone non investiguée ou, pire, déjà détruite par la carrière.

ORNY-SOUS-MORMONT - site funéraire

Fibules et bracelet en bronze étaient encore in situ sur le défunt. © Archeodunum SA

Une centaine de mètres en contrebas du site laténien du Mormont, un site funéraire protohistorique exceptionnel a été mis au jour entre 2012 et 2104 dans le cadre de l’exploitation d'une gravière.

L’ensemble funéraire le mieux conservé est matérialisé par dix-huit sépultures. Seize d’entre elles sont disposées en cercle, témoignant de l’existence d’un tumulus dont le volume a été totalement arasé. Les tombes présentaient des aménagements en bois calés avec des pierres. Les restes de vingt défunts ont été dégagés – certaines tombes contenaient donc deux individus, pour la plupart des jeunes femmes et des enfants.

Les tombes datent de La Tène ancienne, comme en attestent les objets recueillis, présentant un faciès typologique caractéristique du 5e siècle av. J.-C. Il s’agit essentiellement d’éléments de parures - fibules en bronze et en fer, anneaux à nodosités, colliers de perles en pâte de verre colorée, en ambre ou en bronze, torque et bague en bronze. S'y ajoute une épée dans son fourreau.
Plus au sud, un fossé circulaire d’une vingtaine de mètres de diamètre correspond probablement à l’enclos d’un autre tumulus aujourd’hui totalement arasé. Les vestiges d’un troisième fossé, en forme fer à cheval et rempli de blocs calcaire ont également été explorés.
Il faut encore ajouter une tombe à incinération identifiée et fouillée en 2012 et 2013. La découverte de fragments de disque ajouré en bronze, datés de la fin du Premier âge du Fer (HaD1 : fin du 7e au milieu du 6e siècle avant J.C.), suggèrent une fréquentation régulière du site sur une période de plus de deux siècles.

Enfin, des traces d’un habitat encore plus ancien ont également été révélées par ces fouilles. Peut-être daté du néolithique, il est représenté par quelques foyers, des fosses et de la céramique à pâte grossière non tournée.

La découverte de ces sépultures du 5e siècle avant J.-C. au pied de la colline du Mormont complète nos connaissances sur le début du Second âge du Fer, période méconnue jusqu'à il y a peu sur le Plateau suisse.

VUFFLENS-LA-VILLE - agglomération celtique

Exploration en cours au cœur de l’agglomération celtique. © R. Gindroz

Une nouvelle agglomération celtique établie au 2e s. avant notre ère au bord de la Venoge a été découverte sur le tracé de la future RC177. Les premiers résultats de cette fouille, menée en 2015 et 2016 par Archeodunum SA sur plus de 7000 m2, montrent déjà le potentiel exceptionnel du site.

Établie sur le versant sud d’un vallon qui surplombe la Venoge, elle présente une organisation spatiale très structurée. Les deux zones d’habitat identifiées occupent des terrasses naturelles. La terrasse basse constitue dès le début du 2e s.  le cœur de la ville, avec une succession de bâtiments en terre et bois dotés de foyers. Au nord, sur la terrasse haute, une voie d’accès large de 6 m est bordée de maisons standardisées (6 m de large sur au moins de 9 m de long).

Entre les deux zones résidentielles se situe un secteur d'artisanat du fer. Les nombreux objets en cours de fabrication, chutes issues de la découpe et scories, indiquent que deux à trois ateliers de forge se sont succédé au cours du 2es.

Au sud de l’agglomération, les berges de la rivière abritent cinq fours de potiers et un dépotoir, qui ont livré un abondant matériel datant leur fonctionnement entre 175 et 100 av. J.-C.

Deux ensembles funéraires ont également été identifiés. Le premier se développe entre les fours de potier et comprend quatre sépultures à inhumation. Le second, sur la terrasse haute, abrite des sépultures à crémation dans la première moitié du 2e s. av. J.-C. Cette découverte est exceptionnelle puisque cette pratique funéraire n'était attestée jusque là sur le Plateau suisse qu’à partir de 150 av. J.-C.

Les objets en métal suggèrent la production sur ce site de biens de prestige destinés à une élite aristocratique (armement, pièces de char, parures). Ces pièces de qualité et de haute technicité pourraient avoir été exportées sur de longues distances. En effet, les monnaies indiquent des relations commerciales avec le bassin méditerranéen (Italie du Nord et Marseille) et des peuples du nord de la Gaule (régions actuelles de Zurich et de l’Yonne (F)).

Occupée durant moins d’un siècle, cette agglomération de première importance est abandonnée vers 100 av. J.-C., précisément au moment où commence l’occupation de la colline du Mormont, à une dizaine de kilomètres de là. Les études en cours permettront de préciser la place et l’importance de Vufflens parmi les sites celtiques de nos régions.

YVERDON-LES-BAINS - aménagements de berge celtique

Yverdon-les-Bains, Parc Piguet. Vue des aménagements de berge de l’âge du Fer. © F. Menna, Archeodunum SA.

Deux ponts en bois, des aménagements de berges et une pirogue datant de l'âge du Fer ont été découverts lors des fouilles menées en 2010-2011 au Parc Piguet, pour terminer les recherches faites depuis 2006 dans le cadre de la réalisation d'un vaste projet immobilier.

Cette zone se situait durant l'Antiquité entre la rive du lac et le castrum romain bâti en 325 apr. J.-C. Les deux ponts en bois franchissaient la Thièle, à 3,50 m l’un de l’autre. L’un des ponts est constitué d’un tablier d’une largeur restituée de 3 m, soutenu par des rangées de trois piles en bois implantées parallèlement au courant ; les pieux de la seconde palée ont tous été inclinés vers le nord sous l’effet de la force du courant.

Après la destruction des ponts, trois aménagements de berges, constitués de pieux refendus ou de planches, ont été construits sur la rive droite de la Thièle. Les trois palissades ont été repérées sur une longueur maximale de 26 m et elles se prolongent hors de l’emprise des travaux. La première palissade est composée de 49 pieux, la deuxième de 128 pieux et la dernière de 16 pieux.

Les analyses dendrochronologiques faites sur ces bois proposent des phases d’abattage des arbres de -240 pour la palissade située à l’ouest et l’automne/hiver -191/190 pour les palissades centrale et orientale.

Une pirogue a également été découverte dans l’ancien estuaire. Il n’en subsiste que des traces organiques, mais on peut restituer une longueur de 6 m. Elle date également de l’âge du Fer.

En plus des 87 bois – des pieux, piquets, piles de pont, élément du tablier, poutres – quelques 300 bois travaillés ont été prélevés en vue d’analyses ultérieures qui préciseront leur datation, et les essences des bois.

Haut

Sites d'époque romaine

BULLET - sanctuaire du Chasseron

Vue aérienne du sommet du Chasseron. On distingue bien la zone de fouille du temple au centre de l’image, juste sous la station météorologique. © www.chasseron.ch

Le sommet jurassien du Chasseron (1607 m) est connu comme un lieu de fréquentation antique depuis le milieu du 18e siècle grâce à la découverte de monnaies romaines au pied de ses falaises. Fouillé en 2004 et 2005 par l’IASA de l’Université de Lausanne, le site archéologique du Chasseron fait désormais l’objet d’une monographie.

La reprise de l’étude de la documentation ancienne, complétée par un programme de prospection dicté par le potentiel archéologique du site, a conduit l’IASA à programmer la fouille de quatre secteurs significatifs du site en 2004 et 2005. Les résultats de ces interventions esquissent l’image d’un sanctuaire dont l’importance des aménagements, notamment la taille de son fanum, témoigne d’un lieu de culte d’importance, au caractère officiel.

Plusieurs zones aux fonctions bien définies caractérisent le site. Le temple lui-même est un bâtiment à plan centré formé d’un déambulatoire de 16 m x 15 m  (cella de 10 m x 9 m), soit l’un des plus grands temples à plan centré d’Helvétie. Un/Le second élément est l’éperon rocheux d’où était pratiquée la iactatio (jet d’offrandes) et en contrebas duquel une grande quantité de monnaies a été découverte. Deux hypothèses plus audacieuses proposent de restituer un sacrarium (dépôt d’offrandes) à l’amont du temple et des hospitalia (hospices pour les pèlerins) à l’emplacement actuel de l’hôtel-restaurant.
La chronologie du développement du site montre une fréquentation dès le début du 1er siècle avant J.-C., bien que le site ne se développe qu’à partir de l’époque augustéenne. Le temple découvert lors des fouilles est lui-même bâti aux alentours de 40 apr. J.-C. ; il connait plusieurs transformations importantes parmi lesquelles l’abandon de la galerie périphérique à la fin du 2e ou au début du 3e s. apr. J.-C. Vers le dernier tiers du 4e s. apr. J.-C., le temple est en ruine, même si quelques trouvailles monétaires du début du 5e s. suggèrent une fréquentation du lieu après la destruction du temple.

Casserole en bronze. © Fibbi-Aeppli photographes

CHESEAUX - villa romaine du Buy

Le lieu-dit Le Buy, à cheval sur les communes de Cheseaux et Morrens, abritait à l'époque romaine une importante demeure, centre d'un domaine agricole qui possède son propre atelier de forge.

La villa du Buy est connue dès la fin du 19e siècle: en 1870 le député local découvre une superbe mosaïque dans ses champs; elle est vendue en 1893 au lausannois Eugène Aunant qui l'installe dans sa maison de la Rosière, voisine de la Villa Mon-Repos. La mosaïque est ensuite transférée en 1935 dans le vestibule de la Villa Mon-Repos, où elle se trouve toujours.

Au milieu du 2e siècle de notre ère, la villa du Buy est une vaste demeure de 90 m de façade, dotée d'éléments de confort et de décoration luxueux: salles thermales, mosaïques, peintures murales et riche vaisselle en céramique et en bronze.

Lors des fouilles faites en 1998 et 1999 dans le cadre des travaux de contournement de Cheseaux, un grand atelier de forge a été découvert sur la commune d'Etagnières; situé à 300 m en contrebas de la villa, ce bâtiment de plus de 100 m2 abritait également les logements des forgerons et leur famille. L'atelier est très bien structuré: à l’extérieur se trouvaient deux foyers de forge, destinés au travail de gros objets. À l'intérieur étaient effectuées des opérations plus délicates (martelage, polissage, façonnage) ou sur de plus petits objets.
Cette forge, en activité durant la phase monumentale de la villa, atteste la métallurgie sur le domaine: les forgerons étaient des artisans professionnels, qui effectuaient un travail varié, où l'entretien de l'outillage et les réparations représentaient une part importante de leur activité.

Vue aérienne des fouilles. © Sensefly Sàrl.

ECUBLENS - villa romaine de Blévallaire

C’est dans le cadre de sondages préliminaires menés en 2010 à l’emplacement du futur centre de congrès et de logements pour étudiants de l’EPFL qu’a été découvert un établissement rural gallo-romain inconnu à ce jour.

La fouille menée dans la première moitié de 2011 a mis au jour une bonne partie de l’habitation du domaine, ainsi qu’une grange et un probable grenier, matérialisés essentiellement par des tranchées d’implantation : les labours et la récupération de matériaux au fil des siècles ont en effet oblitéré la plupart des murs.

La partie résidentielle de la villa est constituée d’un corps central entourant une cour à colonnades, encadré de part et d’autres par deux ailes symétriques, dessinant au total une façade d’environ 80 m côté sud-est. Le corps central faisait quant à lui env. 36 m, ce qui dessine une pars urbana de taille conséquente.

A l’avant du bâtiment principal a été édifiée une grange de 22 x 24 m, composée de trois locaux en enfilade donnant sur un grand espace clos par un mur. A l’intérieur de ce dernier courait sur deux côtés une galerie dotée d’un plancher en bois, matérialisé à la fouille par des traces calcinées cendreuses. Le troisième bâtiment, monocellulaire, mis au jour au sud-ouest du bâtiment principal est interprété comme un possible grenier.

Cette villa inédite vient s’ajouter à celles connues à la périphérie occidentale du Grand-Lausanne, certaines attestées par des fouilles, d’autres seulement présumées sur la base d’anciennes trouvailles et mentions historiques : à Crissier, Jouxtens, Prilly-Malley, ainsi qu’à la frange ouest du vicus de Lousonna même, à la route de Chavannes.

Villa romaine de Lussery. Fragments d’enduits peints. © A. Wagner

LUSSERY-VILLARS - villa romaine

Une fouille réalisée en 2012 en préalable à un projet de construction à Lussery-Villars (au lieu-dit La Chapelle) a révélé l’existence d’une villa gallo-romaine dotée de plusieurs locaux avec des enduits peints dans un état de conservation exceptionnel.

L’occupation du secteur à l’époque romaine était pressentie de longue date, compte-tenu de l’étymologie de Lussery, qui dérive de Luxuriacum (« qui appartient à Luxurius » ou aussi « endroit luxueux, fastueux, splendide, somptueux »).
Les vestiges découverts appartiennent à la partie sud du bâtiment de la pars urbana (partie résidentielle) d’une villa gallo-romaine, composé à cet endroit d’une double enfilade de pièces, bordée à l’est par un portique à colonnade qui s’ouvre sur une cour.
La découverte la plus inattendue concerne plusieurs couches d’enduits peints extrêmement bien conservés, tombés sur les sols en terrazzo de trois des locaux, vraisemblablement après l’abandon de la villa.
L’analyse préliminaire des enduits prélevés sur le site atteste plusieurs décors fragmentaires. Pour l’essentiel, ces enduits témoignent d’un décor très simple et homogène pour l’une des pièces, tandis qu’un deuxième local, probablement un passage ou une pièce de service, était doté d’une décoration où le jaune dominait, bordé de bandeaux rouges. Le troisième local, plus vaste que les autres, a livré une série de peintures aux motifs plus complexes et colorés qui indiquent une décoration plus soignée.
Le travail d’analyse succinct réalisé à ce jour permet déjà d’esquisser un décor caractérisé par des panneaux rouges et noirs et sans doute daté de la première moitié du 1er siècle de notre ère. Quelques rares éléments figurés tels des petits fruits sur fond rouge ou des motifs végétaux, exhumés à proximité du gisement principal, appartiennent peut-être aux décors de ces pièces. On relèvera également la présence de plusieurs graffitis qui apparaissent sur des fonds noirs.

Un des tronçons fouillés. Le fond est tapissé de tuiles (tegulae). Fond et piédroits devaient à l'origine être tapissés de mortier de tuileau, qui assurait l'étanchéité. © Archeodunum SA

NYON - aqueduc

L’aqueduc Divonne-Nyon, qui approvisionnait la ville romaine de Nyon (Colonia Julia Equestris) constitue l’un des sept ouvrages de ce type connu sur le territoire vaudois; les six autres alimentaient Avenches, la capitale de l’Helvétie romaine. Son tracé, et la nature de ses aménagements ont pu être précisés grâce aux interventions archéologiques effectuées de 2012 à 2015 en France et en Suisse.

L’origine de l’aqueduc se situe à Divonne-les-Bains, dans l’Ain, en France. L’eau captée était acheminée à Nyon par une canalisation dont le tracé est relativement bien connu, à l’exception notable de son débouché à Nyon, qui reste à localiser. La date exacte de sa construction reste encore à préciser, mais se situe vraisemblablement au 1er siècle après J.-C., période de prospérité de la colonie nyonnaise.

Suite à des projets de construction (réaménagements routiers, parking, gazoduc, nouveau quartier d’habitation), les fouilles réalisées en 2013 et en 2014 à Borex et à Nyon ont explorés plusieurs tronçons de l’ouvrage sur des longueurs conséquentes, parmi lesquelles un segment de plus de 250 m sur les hauts de Nyon. Les résultats de ces interventions, complétés par ceux des recherches effectuées à Divonne-les-Bains en 2012 et 2015, permettent une meilleure appréciation du tracé de l’ouvrage – par ailleurs affinée par l’analyse des photographies aériennes – et une connaissance approfondie des techniques de constructions mises en œuvre.

Vue d'ensemble du secteur de la villa fouillé en 2014. © Archeodunum SA

SAINT-PREX - villa romaine d'En Marcy

Au même titre que Pully, Commugny et Ecublens, la villa romaine de St-Prex En Marcy compte parmi les établissements ruraux de l’arc lémanique. Son existence était connue depuis le 19e siècle, mais restait limitée à une mosaïque et des vestiges épars. Un projet immobilier a permis d’en explorer une partie conséquente (700 m2) durant l’automne 2014.

Idéalement situés sur un coteau face au Lac Léman, les vestiges de St-Prex témoignent d’un vaste complexe architectural dont le plan n'est toutefois pas encore complet. Les fouilles ont dégagé des pièces d’habitat et des espaces de circulation (couloirs et portiques) ainsi qu’une zone thermale remarquablement conservée : deux pièces à hypocauste, un praefurnium en blocs de molasse, trois pièces du balneum, dont l’une avec un mur en abside.
Des restes d'une paroi peinte ont été découverts in situ, de même qu'un imposant soubassement maçonné qui a pu soutenir un bassin ou une citerne.
Autant d’éléments qui précisent l’image que nous pouvons nous faire de cette villa, reflétant un mode de vie plutôt luxueux, comme en témoignent les fragments de colonnes, les placages de marbre ou encore les peintures murales recueillis.
L’occupation du site s’échelonne de la protohistoire au 4e siècle de notre ère, complétant nos connaissances des processus de romanisation dans nos régions. Cinq grandes phases de construction ont été mises en évidence. D’une architecture en terre et bois aux environs des premières décennies de notre ère, on passe progressivement, au 2e siècle apr. J.-C., à la mise œuvre de la maçonnerie sur la base d’un plan de bâtiment composé de deux ailes encadrant une cour à portiques.
Enfin, à environ 150 m au sud de la villa, la présence d’un bâtiment fouillé en 1999-2000 et attribué à la pars rustica (partie agricole) laisse envisager l’ampleur du domaine d’En Marcy, qui devait se poursuivre vers l’ouest, à en croire le mobilier recueilli (céramique, monnaies, tesselles de mosaïque, etc.) dans cette zone.

Vue d'ensemble des fouilles de 1997 © La Chambre Noire, Bonnard Yersin

VEVEY - vicus gallo-romain

Le vicus gallo-romain de Vevey est attesté par plusieurs sources anciennes. Il est ainsi mentionné comme Viviscum sur la Table de Peutinger, et Vibisco dans l’Itinéraire d’Antonin et chez Ptolémée.

Exception faite de quelques trouvailles isolées, il a fallu attendre la fin du 20e siècle pour mieux cerner le plan et la chronologie d’un secteur de l’agglomération romaine. De 1996 à 1998, puis en 2000 et 2001, les travaux d'extension du complexe scolaire de Sainte-Claire ont en effet occasionné plusieurs campagnes archéologiques.

Le quartier fouillé a connu plusieurs phases d’aménagements successifs allant du début du 1er à la fin du 4e s. de notre ère. Habitations, halles de stockage et bâtiments à vocation artisanale s'y côtoient.
Les édifices les plus anciens sont caractérisés par une architecture de terre et de bois (cloisons de bois, murs en torchis, sols de terre battue). Vers la fin du 1er siècle, des techniques de construction d’origine romaine sont mises en œuvre: murs maçonnés, sols en terrazzo, mosaïques, tuiles, hypocaustes, peintures murales.

Une trame urbaine orthogonale perdure pendant deux siècles au moins. Contrairement à d’autres vici, les bâtiments dégagés ne possèdent pas de portiques. Pour deux d’entre eux au moins, on relève un module standardisé d’une emprise au sol d’environ 30 x 15 m.

À l'ouest, une zone ouverte pourrait correspondre à une place publique, peut-être le forum. Une petite construction quadrangulaire maçonnée (7,60 x 6,10 m) érigée à cet emplacement reste énigmatique. Il pourrait s'agir d’un édifice religieux: un fragment d’autel en marbre avec une dédicace au dieu Sylvain ainsi qu’une statuette en bronze de Neptune ont en effet été retrouvés dans ce secteur aux 18-19e s.

La seconde moitié du 4e s. est marquée par des réaménagements dans certains bâtiments qui témoignent d’une fréquentation de cette partie de l’agglomération à cette époque.

À voir sur place

Dans la cour du collège Jean Kratzer, à la rue du Clos, une vitrine donne des explications et expose des objets découverts en fouille, notamment une copie du fragment d’autel en marbre dédié au dieu Sylvain. Elle est complétée par un marquage au sol de quelques tronçons de murs.

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Sites d'époque médiévale

Le cimetière en cours de fouille. © Archeodunum SA

BEX - cimetière

En 2010, ce sont près de 120 tombes qui ont été dégagées dans un secteur encore préservé du cimetière médiéval qui entoure l’église St-Clément à Bex. Son utilisation sur une période assez longue témoigne de l’évolution des pratiques funéraires dans nos régions du 12e au 19e siècle.

La création du cimetière remonte probablement à 1193, date de la fondation de l’église St-Clément, et sa désaffectation devient effective lors de la restauration de l’église en 1812 par l'ancien architecte de l'Etat Henri Perregaux.
On signalera tout d’abord l’existence de vestiges de murs très arasés qui pourraient correspondre à un ou des enclos funéraire-s. Du point de vue de l’organisation spatiale, les tombes les plus anciennes sont orientées à l’est et s’articulent autour d’une grande fosse aménagée dans l’axe de l’église et qui contient les ossements de huit défunts. Il peut s’agir des vestiges d’un caveau familial dont la présence continuera par ailleurs de marquer l’organisation du cimetière par la suite. Une deuxième phase montre des sépultures dont l’orientation est conditionnée par un axe de circulation qui traverse la nécropole du nord au sud. Enfin, les tombes les plus récentes sont à nouveau orientées à l’est. En l’état des connaissances, il est difficile d’attribuer les changements d’orientation observés à un bouleversement historique spécifique, comme La Réforme par exemple.
Parmi les tombes dégagées, on observe de nombreuses sépultures doubles qui contiennent des couples homme-femme, mais aussi adulte-enfant. Exception faite d’une monnaie et d’une surprenante pièce de domino en os, l’essentiel des objets exhumés sont des boucles de ceintures en bronze ou en fer.
L’espérance de vie ou la proportion homme-femme-enfant figurent parmi les nombreuses questions encore ouvertes auxquelles les analyses anthropologiques à venir ne manqueront pas d’apporter des précisions.

Lausanne–Rôtillon, îlot A. Cuves de tannerie datées du 14e-15e s. Vue nord. © Archéodunum SA

LAUSANNE - tanneries du Rôtillon

Les fouilles réalisées en 2010-2011 apportent un nouvel éclairage sur l’évolution du quartier situé sur la rive méridionale du Flon, dont les vestiges les plus anciens, remontant à la fin du 13e-début 14e s., sont liés à l’artisanat du cuir.

Le travail de tannerie, déjà mis en évidence en 1996 de l'autre côté du Flon, est illustré par la découverte de douze cuves circulaires en planches et en bois tressés. Celles qui ont pu être datées par dendrochronologie ont été installées entre le milieu du 14e s. et le début du 16e s.  La longévité de cette production à cet endroit est par ailleurs prouvée grâce à la mention sur les plans cadastraux qu’une des cuves appartient à une tannerie encore en activité au début du 19e s.

Un dépotoir contenant une importante quantité de déchets de cuir démontre également la présence d’une cordonnerie. Les échantillons de cuir correspondent principalement à des chutes liées à la confection de chaussures durant le 15e s. L’analyse de ces restes donne également de précieuses indications sur le processus de tannage, avec par exemple, la mise en évidence dans des cuves du tannage au sippage qui consiste à coudre les peaux en forme de sacs et les remplir d’écorces avant de les tremper dans une cuve.

Des bâtiments sont contemporains de ces structures liées au travail du cuir, mais c’est à partir de 1638, date de la réalisation du premier plan de ville, le plan Buttet, que l’évolution du quartier se précise grâce aux différents plans cadastraux réalisés jusqu’à nos jours.  Entre le 17e et le milieu du 18e s., le quartier est constitué d’une petite dizaine de bâtiments et de jardins ; ce n’est qu’à partir du 18e s. que des bâtiments sont construits sur les dernières parcelles libres et l’artisanat du cuir est progressivement abandonné au profit des maisons d’habitation.

Plaque-boucle de ceinture en os et argent sculpté, 7e-8e siècles. © MCAH, D. Cuendet

MOLLENS - cimetière

Une centaine de tombes ont été découvertes en 2016 lors du projet  de transformation de l’ancienne forge du 19e s. localisée entre le château et l’église actuelle.  La fouille, menée par Archeodunum SA, révèle une utilisation funéraire de la zone du haut Moyen âge à l’époque moderne jusque-là inédite.

Treize tombes en coffres de dalles, orientées ouest-est et associées à des objets tels qu’une plaque-boucle en os sculpté et argent, indiquent que les plus anciennes inhumations remontent aux 7e-8e siècles.

La majorité des autres tombes sont des cercueils ou coffrages de bois déposés dans des fosses. Les plus récentes ont des orientations divergentes. Elles ont livré des éléments vestimentaires, tels que des bagues, boutons, épingles de linceul et agrafe. Une coquille de pèlerin liée à une tombe sans doute médiévale a également été trouvée.

Ces investigations et les études en cours sont importantes pour la connaissance du passé de Mollens, qui reposait jusqu’alors uniquement sur les sources écrites. Celles-ci attestent l’existence de la localité au début du 12e siècle. Elle dépendait alors du monastère de Romainmôtier (1139) qui y aurait fondé un petit prieuré.
Une église paroissiale dédiée à Saint-Jacques (1228) est également signalée.

La fosse de cette sépulture est très visible. © Archeodunum SA

MONT-LA-VILLE - cimetière carolingien

En 2001, la découverte à première vue sans grande importance d’une dizaine de tombes au pied du col du Mollendruz, au lieu-dit le Tombey à Mont-la-Ville, a finalement révélé un tableau émouvant des conditions de vie d’un groupe familial souffrant de maladies héréditaires à l’époque carolingienne - 8e au 10e siècle.

Ce sont les pathologies inhabituelles que présentaient les squelettes dégagés à Mont-la-Ville qui ont justifié la mise en place d’une série d’études archéologiques, anthropologiques et paléopathologiques.
Les huit sépultures explorées sont toutes orientées de la même façon, avec la tête des défunts au sud-ouest. Plus de la moitié des tombes montrent des traces évidentes d’aménagements en bois et l’une d’elles au moins a livré les restes d’un cercueil monoxyle (un tronc évidé).
Les résultats des analyses ostéologiques réalisées sur les défunts, des adultes et des enfants d’un même groupe familial, mettent en évidence des conditions de vie médiocre qu’attestent la fréquence et l’ampleur d’atteintes pathologiques comme la perte généralisée de la dentition ante mortem ou encore un faible dimorphisme sexuel (différence de stature entre hommes et femmes) chez les adultes. Les atteintes osseuses également relevées chez les enfants, comme des lésions vertébrales et des malformations, prêtent à penser que ce petit groupe familial souffrait de diabète et de tuberculose.

Les bâtiments attenants à l'édifice ont été démolis pour laisser place à de nouvelles constructions, au-dessus d'un parking souterrain. © ACVD Y. Dellea

ORBE - tour du Moulinet

La ville d’Orbe, située sur une voie de commerce et de communication qui relie l’Italie au Nord de le France, occupe une position stratégique et économique privilégiée au Moyen âge. Une intervention archéologique effectuée entre 2012 et 2013 sur une maison sise dans l’ancien bourg du Moulinet a révélé la présence d’une tour quadrangulaire liée au système de fortification du 13e siècle.

L’analyse des élévations de ce bâtiment, complétée par des fouilles en plan, a permis de comprendre l’intégration de l’édifice aux aménagements défensifs urbigènes, et de retracer l’histoire de cette partie de la ville.
La tour est une construction quadrangulaire massive, d’environ 13 x 9 m au sol et haute de 23 m, avec des murs de près de 2 m d’épaisseur. Elle est liée au mur d’enceinte de la ville, dont elle marque l’extrémité nord-ouest, des ouvertures de tir témoignant la fonction défensive du bâtiment. Son édification remonte à la fin du 13e siècle, comme en atteste une archère dont le type est connu dès 1275.
Aux 15e et 16e siècles, de nombreux travaux affectent la tour: abaissement du sol pour la création d’une cave voûtée, installation d’une cheminée (dont les moulurations du manteau sont caractéristiques de l'époque) au rez-de-chaussée, partition de l’espace intérieur au rez et au premier et installation d’une nouvelle toiture, datée de la fin du 15e s. par dendrochronologie.
Ces réaménagements et nouveaux équipements visent clairement à transformer l’édifice en habitat, au détriment de sa fonction défensive, qui devient secondaire. Comme d’autres éléments des fortifications, la tour continue cependant de marquer le paysage, témoignant de l’importance de la ville à cette époque.
Dès le 17e siècle, plusieurs annexes sont ajoutées à la maison. De cette période, on retiendra principalement l’utilisation du bâtiment au 18e siècle comme premier hôpital orthopédique au monde.

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Vestiges de la tour circulaire, au nord-ouest du château fort. © Archéologie cantonale

ORMONTS-DESSOUS - château d'Aigremont

Le relevé topographique réalisé en 2013 dans la commune des Ormonts-Dessous a révélé le plan des vestiges d’un château du 14e siècle noyés dans la forêt, dont seul un pan de mur est encore visible aujourd’hui.

Le château d’Aigremont occupe un promontoire rocheux stratégique qui domine la vallée des Ormonts et en facilite la surveillance. Ce sont l’observation attentive de la topographie du terrain et son relevé minutieux qui permettent d’esquisser le plan d’un important complexe fortifié à cet endroit. L’éperon rocheux d’environ 40 m x 20 m sur lequel est établi le château est entouré d’une enceinte principale. Son angle nord-ouest est marqué par une tour circulaire dont un pan de mur constitue le seul vestige de la fortification encore visible aujourd’hui. Plusieurs bâtiments structurent l’intérieur de la surface enclose. L’un d’eux, situé à l’est du plateau, est particulièrement massif et pourrait correspondre aux restes du donjon. Un fossé doublé d’une levée de terre barre l’éperon au nord.
Aucun document ne date la construction de la forteresse en tant que telle, mais certains indices, comme la nomination en 1348 d’Aymon de Pontverre au titre de "Seigneur d’Aigremont", incite à dater l’édification du château de cette période, soit vers le milieu du 14e siècle. Sa vie militaire sera de courte durée, car dès la fin du 15e siècle ou durant la période bernoise au plus tard, Aigremont n’a plus aucune fonction militaire et le lieu semble être abandonné. Dans le dernier quart du 16e siècle la forteresse est d’ailleurs symbolisée par deux tours envahies par la végétation sur la carte du territoire bernois de Thomas Schepf (1570).
La forteresse abandonnée reste toutefois dans les mémoires. Au cours du 19e siècle, elle devient le sujet de nombreuses histoires romantiques et de légendes qui font la part belle aux trésors cachés dans des souterrains.
Aujourd’hui, c’est la tour du château d’Aigremont qui inspire l’un des projets d’armoiries pour la commune qui pourrait naître de la fusion des communes des Ormonts-Dessus et des Ormonts-Dessous.

Sites d'époque moderne

Le caveau de Marie-Françoise-Caroline à l’ouverture, avec le cercueil extérieur en bois, la cuve en plomb et les chaussures en cuir. © Archéotech SA

DAILLENS - église

Un ancien officier des Indes et deux petites filles mortes en bas âge,  inhumés dans le chœur de l’église de Daillens au 18e siècle, ont pu être précisément identifiés à l’issue d’une véritable enquête.  Analyses ADN, recherches historiques et anthropologiques établissent  le  lien de parenté des trois défunts,  les causes de leur décès et les traumatismes subis de leur vivant. L’étude des cuirs et textiles nous renseigne sur les vêtements qu'ils portaient.
En 2014, lors de l’assainissement du sol de l’église, trois caveaux funéraires maçonnés sont découverts et fouillés. Entre les dalles de couverture des tombes apparaît un sarcophage en plomb, duquel dépasse une petite chaussure en cuir.

Au vu de la conservation excellente du cuir et d’autres éléments organiques,  le tout est prélevé pour être fouillé en laboratoire.
Une vingtaine de spécialistes travaillent alors en collaboration étroite: archéologues, anthropologues, historiens, restaurateurs, spécialistes du cuir, des textiles et des restes végétaux, mais aussi chercheurs et professeurs de l’Unité de génétique forensique et l’Unité d’imagerie et d’anthropologie du Centre Universitaire Romand de Médecine Légale.
Grâce à la combinaison des analyses ADN et radiocarbones effectuées sur les os et des recherches historiques, corroborées par la datation des chaussures  en cuir, les trois défunts, un homme adulte et deux enfants, membres de la famille Paschoud, ont pu être identifiés: Jean-François, un ancien officier des Indes qui avait racheté la seigneurie de Daillens en 1760 à son retour au pays et mort en 1783, une de ses filles Bernardine, morte à 12 mois (†1768), et une de ses petites-filles, Marie-Françoise-Caroline, morte à 17 mois (†1796).

Cette dernière, ensevelie dans un cercueil en bois avec une cuve interne en plomb, avait les cheveux blonds. Elle portait sur la tête une couronne mortuaire de fleurs en tissu, un vêtement et des chaussettes blanches en laine ainsi que des chaussures en cuir à lacets de soie blanche. Elle était entourée d’herbes aromatiques, romarin et sauge notamment.

Si les causes de son décès restent inconnues, en revanche le crâne de la petite Bernardine révèle de graves lésions. On y observe des indices d’infection massive et plusieurs trépanations pratiquées peu de temps avant sa mort. Une intervention chirurgicale si délicate sur un sujet si jeune devait être exceptionnelle pour la fin du 18e s.

Pour en savoir plus : Anna Pedrucci, "Les Experts à Daillens. Une enquête autour de trois tombes", AVD. Chroniques 2016, p. 102-121.

Détail du boisage supérieur. © Archéologie cantonale, M. Liboutet

L'AUBERSON - puits de mine

Sur le plateau de l'Auberson, sur le territoire communal de Sainte-Croix, un puits de mine a été découvert grâce à l'effondrement, sous le passage d'un engin, des madriers qui en obturaient l'ouverture.

Après la vidange du puits rempli d’eau depuis des années, l’exploration a révélé un coffrage sur les quatre faces du puits, dans un très bon état de conservation. L’intervention, encadré par des spéléologues, a permis de descendre à 16 m dans les profondeurs du puits. A ce niveau, un bouchon de limon dans lequel des pièces de bois étaient enchevêtrées, bloquait la progression. Une échelle, qui permettait de descendre dans le puits, se poursuit dans ce sédiment. Les bois sont issus de la destruction des structures qui fonctionnaient avec le puits. A l’extérieur, la fouille du pourtour du puits, a permis de mettre au jour les structures d’ancrage de ces bâtiments. Le coffrage ainsi que l’échelle ont pu être datés par dendrochonologie, autour de 1800, vers la fin de l’exploitation minière sur le plateau. Le passé minier de la région, connu jusqu’à ce jour par les textes, a commencé à livrer des vestiges appréhendés par l’archéologie.

LAUSANNE - ancienne voie dans le Jorat

Les travaux d’amélioration d’un tronçon de la route de Berne (RC 601) ont donné lieu en 2017 à une compensation archéologique. Suite à des prospections sur le terrain et à une étude historique, deux panneaux didactiques ont été installés le long de chemins de promenade forestiers passant à proximité de la voie historique qui traversait les bois du Jorat.

Pour en savoir plus, cliquez sur les liens ci-dessous:

- les différents tracés de l'itinéraire Lausanne-Moudon (PDF, 1,17 Mo)

- que devient un chemin creux? (PDF, 1,22 Mo)

Vestiges des maisons médiévales du Rôtillon. © Rémy Gindroz

LAUSANNE - quartier du Rôtillon

Loti dans la Ville inférieure de Lausanne, sur le versant nord de la colline de Bourg, le Rôtillon doit sa naissance et son développement aux activités artisanales puis industrielles établies le long du Flon qui traversait le quartier à ciel ouvert jusqu’au 19e s.

Dès le moyen âge, le Rôtillon fait partie du quartier du Pré, établi sur les rives du Flon et dont les premières mentions remontent à 1232. La présence de l’eau a permis l’aménagement de moulins, d’étuves (bains publics), d’abattoirs, de boucheries et de tanneries. Dès 1996, dans le cadre d’un projet de reconstruction extensif, des investigations archéologiques ont permis de documenter une grande partie de ce quartier médiéval et de suivre son évolution jusqu’au début du 20e siècle.

Les maisons fouillées présentent le plan allongé et étroit caractéristique du parcellaire médiéval. Le sous-sol de la majorité des édifices a révélé des structures liées à l’activité de tannerie, soit des fosses creusées dans la roche molassique et des bassins en briques de terre cuites. Avec le voûtage du Flon, l’aspect et l’affectation du secteur se modifient peu à peu pour devenir le lieu de concentration de la main d’œuvre industrielle. Un siècle plus tard, entre 1920 et 1937, les normes d’hygiène et d’urbanisme vont condamner une grande partie du quartier à la démolition et laissant le reste à l’abandon. Bien qu’aujourd’hui en pleine mutation, il est le dernier du centre ville qui laisse percevoir la topographie originelle du Flon.

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