20_REP_50 - Réponse du Conseil d'Etat au Grand Conseil à l'Interpellation Stéphane Montangero et consorts - On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre… à moins que celui-ci ne soit allemand ? (20_INT_12).

Séance du Grand Conseil du mardi 1er juin 2021, point 8 de l'ordre du jour

Document

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Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. Stéphane Montangero (SOC) —

Je remercie le Conseil d’Etat pour ses réponses qui nous sont parvenues rapidement, même si nous les traitons un peu plus tard. Je vais commencer avec quelques constatations générales sur les différentes remarques et réponses du Conseil d’Etat. Le Conseil d’Etat nous explique que, une fois de plus, le canton de Vaud, dans ce domaine, a peu de pouvoir sur le sujet. On sait qu’il a pris les choses à bras-le-corps et qu’il est souvent montré en modèle sur ce qu’on peut faire, mais très modestement. A notre sens, ce n’est pas une raison pour baisser les bras. S’il faut aller vers Berne, alors nous nous tournerons vers Berne. En page 2, on peut dire que la stratégie porte ses fruits et que l’on voit une augmentation de 2 centimes du lait de centrale. On sent un certain enthousiasme. Je ne vais pas pleurer parce qu’il y a 2 centimes de plus, mais je vais pleurer parce qu’il n’y a que 2 centimes de plus. Quand on sait que le manque aux producteurs de lait est bien plus grand pour arriver à ce fameux franc symbolique, il leur manque encore 35 à 50 centimes pour pouvoir vivre dignement de leur production. Il s’agit de relativiser. Toute hausse est bonne à prendre ; c’est un pas dans la bonne direction, mais un pas modeste.

En page 3, concernant l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), il semble que l’augmentation ne soit pas liée au marché, mais à l’introduction du fameux « Tapis vert » dont on a déjà parlé, à l’abandon de la déduction pour le fonds de péréquation. Ainsi, les promesses d’augmentation du prix suite à la pénurie de beurre n’ont pas été tenues, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, et la loi de l’offre et de la demande ne fonctionne pas ici. Pour les gens intéressés, il y a un article qui explique assez bien le système depuis une vingtaine d’années, qui est paru dans « Terre & Nature » en janvier 2021, sous la plume de M. Python, et qui montre les limites de ce système de marché semi-contrôlé.

Concernant les producteurs vaudois, toujours en page 3, je trouverais intéressant de comparer avec d’autres acheteurs, pour savoir si mooh a vraiment les meilleurs prix ou s’ils ne sont pas moins bien payés que d’autres. Peut-être que le conseiller d’Etat pourra nous en dire deux mots. Ce n’est pas ce qui me paraît le plus important.

En page 4, par rapport à l’emballage du beurre, il est mentionné que « les contrôles qui ont été effectués dans le canton de Vaud par les autorités au cours de cette année n’ont pas permis de mettre en évidence un défaut d’étiquetage et aucune volonté de tromperie du consommateur n’a pu être décelée. Au contraire, toutes les indications relatives à la traçabilité de la marchandise en rayon étaient présentes sur les emballages. » Je suis très heureux qu’il n’y ait pas de problème légal, mais le problème vient du fait que la grande distribution s’était engagée à utiliser un emballage différent, ce qui n’a pas été respecté jusqu’à fin octobre 2020 où, suite à la pression de la Fédération des producteurs suisses de lait et des consommateurs, elle a enfin changé cet emballage. De manière plus générale, il faut pouvoir simplifier les informations aux consommatrices et consommateurs et non pas les complexifier ou les renvoyer via un code-barre, QR Code, un site Internet ou que sais-je. C’est incroyable qu’il faille presque avoir fait des études de criminologie pour pouvoir deviner d’où vient le beurre que l’on achète.

Enfin, en ce qui concerne le lait équitable, la réponse du Conseil d’Etat fait état d’un délai de conservation plus court, mais s’agissant de lait UHT, je pense que c’est plutôt une question de budget. Oui, un lait équitable pour lequel on rétribue davantage le producteur coûte forcément un peu plus cher. Mais ne vous en faites pas : quand on parle de centimes supplémentaires, la grande distribution répercute une hausse de 5 centimes sur le consommateur et elle se met 3 centimes dans la poche. Cherchez l’erreur !

Quand on a fait la liste de toutes ces questions, on se demande si cette interpellation était une interpellation « pour beurre ». Au moment de la réponse du Conseil d’Etat, j’avoue que je n’étais pas loin de le penser. Je trouve qu’il est toujours intéressant de remettre l’ouvrage sur le métier et de savoir où on en est. Le 4 mai dernier, j’ai eu l’assurance que non : ce n’était pas une interpellation « pour beurre », puisqu’une nouvelle demande d’importation de 1'000 tonnes de beurre étranger a été faite. Rebelote, c’est scandaleux ! Plutôt que de modifier en profondeur le système, que tout le monde sait malade et que l’on rafistole avec des emplâtres sur une jambe de bois, on continue à aller rechercher des solutions qui sont les plus rapides et les moins compliquées. Il faut donc absolument sortir de cette logique, rétribuer nos productrices et producteurs pour leur travail, de manière équitable. Ce système de rémunération du lait – qui tient désormais davantage du bricolage et du rafistolage que d’un système cohérent, intelligent et transparent permettant des conditions de vie décentes pour nos productrices et producteurs de lait – doit être repensé. Ainsi, pour sortir de ce cercle infernal, nous pensons qu’il faut agir sur deux axes :

1.         Premièrement, très rapidement utiliser toutes les possibilités d’orientation du marché laitier afin de ne pas recourir aux importations de beurre étranger, et ce, sans péjorer le revenu des productrices et producteurs, au contraire en veillant à l’augmenter ;

2.         Deuxièmement, en parallèle, enclencher une réforme en profondeur du système de rétribution du prix du lait.

Ainsi, c’est dans ce sens que j’ai l’honneur de déposer la détermination suivante :

« Le Grand Conseil souhaite que le Conseil d'Etat intervienne auprès des autorités fédérales afin de demander d'une part d'utiliser toutes les possibilités d'orientation du marché laitier afin de ne pas recourir aux importations de beurre étranger et d'autre part une refonte en profondeur du système de rétribution du prix du lait. »

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion sur la détermination est ouverte.

M. Vincent Keller (EP) —

Je me permets de reprendre quelques éléments qui sont connus de toutes et tous. En 2020, la Suisse a importé, de manière extraordinaire, plus de 4'000 tonnes de beurre, en argumentant un manque de lait suisse. Cette année 2021, comme l’a rappelé M. Montangero, on continue sur la même logique d’ubérisation du marché du lait, pour « se faire du beurre ». Le prix du lait aurait dû fortement augmenter ; ce sont les règles de base du libre marché cher à l’ensemble de ce Parlement, à l’exception notable du groupe que j’ai l’honneur de présider. Pourtant, aucune différence notoire sur le prix du lait n’a été observée. De plus, le consommateur est induit en erreur. Il pense acheter du beurre suisse, alors qu’il est allemand, ou autre, malgré les bons mots du Conseil d’Etat s’agissant de la grande distribution. Il est vrai que tout le monde n’a pas la chance de pouvoir profiter de l’excellent beurre de notre collègue député Andreas Wüthrich, notamment. Nous n’arriverons pas à produire du beurre suisse en ne payant pas correctement les producteurs suisses. Il n’y a qu’une seule solution : payer correctement ce lait aux producteurs, par exemple en fixant à un franc le litre au minimum. La détermination de notre collègue Montangero reste modeste, mais elle a le mérite de concentrer cette problématique sur un exemple frappant, celui de l’importation du beurre étranger. Notre groupe soutiendra cette détermination.                     

M. Pierre-François Mottier (PLR) —

Je remercie en préambule notre collègue Montangero de s’inquiéter du monde agricole. Je déclare mes intérêts : je suis producteur de lait en zone de montagnes, en production biologique, et également fabricant de fromages. Si cette détermination, selon moi, ne mange pas beaucoup de foin et que je vais la soutenir, il faut tout de même faire très attention, parce qu’elle va en premier lieu renforcer les députés à Berne qui vont faire des interventions en ce sens, mais a contrario il ne faudrait pas se tirer une balle dans le pied, car je pense que si nous avons dû importer du beurre dans notre pays, c’est également parce que la consommation de fromages a énormément augmenté. Je n’ai pas besoin de vous expliquer que, pour un producteur de lait, faire du fromage est nettement plus intéressant que de faire du beurre. Je ne voudrais pas que, en voulant absolument avoir du beurre indigène, on pénalise la production des agriculteurs qui font du fromage et, de fait, que l’on diminue leurs revenus.

J’en profite également pour vous dire que, en tant qu’agriculteur bio, je suis un fervent défenseur du 2 x non aux prochaines votations du 13 juin. En effet, concernant l’initiative « Eau propre », si on interdit aux agriculteurs suisses de faire des achats de fourrages, de les importer dans leur ferme et qu’on leur demande d’être autonomes, ce n’est pas que du beurre que l’on va importer de l’étranger, mais également tous les produits que nous allons consommer.

M. Andreas Wüthrich (VER) —

Après la déclaration de Vincent Keller, je n’ai plus besoin de déclarer mes intérêts. Il ne faut pas être juriste pour comprendre les lois du marché. Le prix est déterminé par l’offre et la demande. Si on pouvait faire fonctionner le marché avec sa loi pour l’agriculture suisse aussi, on serait bien moins dépendants des aides publiques. Avant que le Conseil fédéral, par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), ne décide d’autoriser les importations, il serait souhaitable qu’il incite les acheteurs de nos produits d’adapter le prix à la situation du marché indigène. Ce n’est pas pour désapprouver la réponse du Conseil d’Etat à cette interpellation que je vous invite à soutenir cette détermination, mais pour nous aider à réintégrer le marché avec ses lois. J’aimerais encore dire à M. Mottier qu’il ne s’agit pas de faire que du beurre et pas du fromage ; on peut faire du fromage un peu moins gras et aussi fabriquer du beurre.

M. Jean-Bernard Chevalley (UDC) —

En préambule, je déclare mes intérêts : je suis producteur de lait, actif également dans la défense professionnelle laitière. La politique laitière étant menée sur le plan fédéral, je pense que cette détermination permet d’apporter du poids aux interventions de nos différents conseillers nationaux, par exemple l’interpellation Jacques Nicolet « Non à la nouvelle demande d’importation de beurre », qui a été citée tout à l’heure par M. Montangero. Il a également déposé une motion qui demande une meilleure organisation du marché laitier. Je profite également de remercier le canton de Vaud pour les différentes mesures, par exemple le paquet lait qui a été mis en place à l’échelle cantonale, en collaboration avec la profession, et qui a permis d’apporter un soutien à la production laitière vaudoise. En revanche, je regrette amèrement que, dans le domaine paraétatique, le soutien relevé dans l’interpellation, notamment du CHUV, avec une posture imposée d’approvisionnement de denrées alimentaires axées sur la proximité, ne se concrétise pas dans la réalité. En effet, un repas du soir très traditionnel, tel qu’une assiette pain-fromage proposée début août 2020 aux pensionnaires du CHUV, contenait trois fromages français – un bleu, un camembert et un Vache-qui-rit. C’est très symptomatique, notamment avec ce dernier fromage qui se rit bien de nos résolutions. Tous ces fromages de même type existent d’ailleurs dans notre canton, et à des prix tout à fait comparables, surtout si on y ajoute l’énergie grise nécessaire à leur acheminement dans notre canton. En conclusion, le groupe UDC soutiendra cette résolution et vous invite à en faire de même.

M. Eric Sonnay (PLR) —

En tant que producteur de lait, je ne pouvais pas ne pas prendre la parole. 31'000 tonnes de gruyère sont fabriquées en Suisse, chaque année. En 2021, 1'500 tonnes de plus ont été vendues, pour des raisons liées au COVID et aux achats de proximité. On ne connait pas exactement les raisons, mais lorsque l’on vend 1'500 tonnes de gruyère en plus, évidemment, il y a moins de crème pour faire du beurre. Je remercie M. Montangero du parti socialiste de déposer cette détermination, parce que si les deux initiatives venaient à être soutenues, il y aurait moins de fourrages pour nos bétails, puisque les agriculteurs devraient nourrir leurs bêtes avec des produits de leur ferme. Je prends l’exemple de mon exploitation : 60 vaches qui produisent à peu près 450'000 litres de lait pour une fabrication de gruyère ; si l’initiative passe, on n’aura plus que 50 vaches. Dès lors, on produira encore moins. Si nous produisons moins, et que la population suisse augmente, nous devrons acheter du beurre. Aujourd’hui, la politique est ainsi faite : l’offre et la demande. Lorsque l’on manque de produits, on doit augmenter le prix à la production. Que se passe-t-il dans nos grands marchés ? Pour l’instant, le prix ne monte pas. Si on veut inciter les paysans, qui ne font plus de bétail laitier, mais plutôt des vaches allaitantes, à refaire du lait pour ne pas faire venir du beurre de l’étranger, augmentons les prix. L’offre et la demande : c’est une chose très simple. Nous sommes face à un manque de lait dans notre pays. Si on continue dans ce sens, il en manquera toujours plus et on devra toujours importer plus de beurre, et ce, peut-être depuis plus loin que nos pays voisins.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion est close.

La détermination Stéphane Montangero est adoptée avec 1 avis contraire.

Ce point de l’ordre du jour est traité.

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