21_RES_4 - Résolution Christine Chevalley - Un peu d’espoir pour un retour à une normalité encadrée (Développement et mise en discussion avec moins de 20 signatures).

Séance du Grand Conseil du mardi 9 février 2021, point 4 de l'ordre du jour

Texte déposé

 

 

La pandémie affecte toute la société et de très nombreux secteurs. Si, à l’évidence, la question sanitaire doit être prise en compte, il ne faut pas négliger les réactions de grande lassitude et de désarroi de la population face à cette crise qui dure. 

Hormis quelques activités de plein air et sportives encadrées, il n’y plus d’accès aux lieux de divertissement. Ceux de la culture, totalement à l’arrêt, à de rares exceptions près pour les écoles, ont démontré qu’ils avaient pu mettre en place des mesures sanitaires strictes (jauges limitées, respect des distances, contrôles aux entrées etc.). Il en va de même pour les lieux sportifs et les commerces non-essentiels où des strictes dispositions sanitaires ont été prises. 

Une réouverture encadrée, concertée entre cantons, des lieux culturels, sportifs et de commerces non essentiels, permettrait d’alléger à la fois l’isolement la population, les soucis des organisateurs, des artistes, sportifs et commerçants tout en apportant un peu d’espoir vers le retour d’une certaine normalité. 

En regard de ce qui se passe dans certaines villes de Suisse et de l’étranger, les manifestations anti-mesures COVID, qui peuvent se montrer violentes, ne sont pas à négliger. Des dérapages ne sont aucunement souhaitables. Il est également à relever que la population a de la peine à comprendre à titre d’exemple que les transports publics soient remplis aux heures de pointe et que les musées avec des jauges bien contrôlées soient interdits d’entrée.

 

La présente résolution encourage le Conseil d’Etat, en concertation avec les autres cantons romands, de faire remonter au Conseil fédéral les préoccupations exprimées par la population et les autorités et d’intégrer dans sa réflexion une réouverture encadrée des divers lieux évoqués plus haut

 

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Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

Vingt députés appuient-ils cette résolution ?  

La résolution est soutenue par au moins 20 députés.

Mme Christine Chevalley (PLR) —

Voici onze mois que la pandémie affecte notre société. Si, au début, au printemps 2020, cet arrêt nous a surpris, nous l’avons tous pris avec raison, calme et, d’une certaine manière, bienveillance. L’été arrivait et, assurément, tout cela serait bientôt derrière nous. Il en est tout autrement aujourd’hui. Alors que les mesures sanitaires limitent toujours nos actions, la population se sent triste, isolée, la convivialité a disparu, la culpabilité et l’observation des autres ‑ pour ne pas parler de délation ‑ s’installent gentiment. Le malaise ressenti auprès de la jeunesse interpelle. En effet, la fermeture des lieux de divertissement, culturels ou sportifs, ne le leur permet pas de se changer les idées, et la violence montante dans les établissements scolaires démontre cette lassitude.

Ainsi, une réouverture encadrée, concertée entre les autorités et les lieux culturels, sportifs, et les commerces non essentiels permettrait d’alléger l’isolement de la population, apporterait un peu d’espoir aux acteurs culturels, sportifs et commerciaux en vue d’un retour à une certaine normalité. En tant que présidente du Forum interparlementaire romand (FIRE), je me suis permis d’envoyer le texte de cette résolution à mes collègues membres du comité, afin qu’ils soient informés et puissent, s’ils le désirent, le reprendre et le déposer, ou s’en inspirer. Le groupe PLR, par cette résolution, demande au Conseil d'Etat de relayer au Conseil fédéral les préoccupations de la population vaudoise et d’intégrer dans sa réflexion une réouverture encadrée des lieux culturels, sportifs et commerciaux permettant le respect des normes sanitaires en vigueur.  

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion est ouverte.

M. Gilles Meystre (PLR) —

Permettez-moi en préambule de préciser que l’honnêteté intellectuelle devrait nous pousser à n’adresser nos critiques ni à une personne ni à un parti en particulier. Il ne s’agit pas de « flinguer » un conseiller fédéral plutôt qu’un autre ni de dire : tel parti aurait mieux géré la crise qu’un autre… Car à ce petit jeu-là, il n’y a sans doute que des perdants.

Aujourd’hui, la guerre à mener est celle contre l’indécision. Pas la guerre contre MM. Berset ou Maurer ni la guerre contre le PS, le PLR ou l’UDC, qu’on a vue se dessiner ce week-end… D’autant plus que dans un système fédéraliste et de coalition comme le nôtre, les responsabilités et les décisions sont partagées...

C’est donc à un système tout entier qu’il convient d’adresser nos critiques, à un système tout entier qu’il faut relayer celles que nous entendons chaque jour davantage. Car effectivement, notre système mis en place par beau temps est un système qui disjoncte clairement par mauvais temps. Des preuves ? Elles se ramassent à la pelle, comme les feuilles mortes à l’automne…

Notre système parlementaire disjoncte, quand deux motions, l’une de Mme Jaccoud, l’autre de votre serviteur, déposées en juin et renvoyées directement au Conseil d’Etat pour cause d’urgence économique, sont toujours en attente de réponses… Où est la rapidité exigée par la crise ?

Notre système bancaire disjoncte, quand en pleine crise économique et sociale, la plus grande banque du pays, l’UBS – une banque sauvée par les contribuables ‑ annonce coup sur coup un bénéfice 2020 de quelque 6,6 milliards, puis vouloir augmenter les taux négatifs de ses épargnants… Où est la responsabilité ? Notre système monétaire disjoncte, quand une année après le début de la crise, on s’interroge encore sur la nécessité de recourir aux 100 milliards de réserves de la Banque nationale. Où est la solidarité ? Notre système immobilier disjoncte, quand de grands bailleurs institutionnels refusent tout geste en faveur de leurs locataires commerciaux, alors que des particuliers, des petits propriétaires privés et des communes, contactent spontanément leurs locataires pour trouver des arrangements… Encore une fois, où est la solidarité? Notre système sanitaire disjoncte, quand le taux d’infection sert d’unique référentiel de conduite, alors qu’il serait temps d’intégrer d’autres indicateurs socialement explosifs comme la déprime des jeunes, le sentiment d’isolement des seniors, la hausse des consultations chez les psys ou celle de la consommation d’alcool… Où est la responsabilité? Notre système sanitaire disjoncte encore, quand il se montre incapable de disposer de vaccins en suffisance, dans un pays qui est pourtant le siège des plus grandes pharmas mondiales et qui aurait eu largement les moyens d’acheter des vaccins en masse, comme d’autres l’ont fait avant lui… Où est l’efficacité ?

Enfin, notre système fédéraliste disjoncte, quand 26 cantons sont contraints de créer 26 systèmes d’indemnisation différents, 26 rythmes et plans de versement différents... Et 26 dispositifs qui n’indemnisent que 2020 et ne disent toujours rien des indemnisations attendues pour 21... alors que nous sommes déjà au mois de février !

Bien entendu, les responsabilités sont partagées et nous devons avoir à la fois la modestie et l’honnêteté de reconnaître que chaque élément du système a ses ratés. Politiquement pourtant, il n’est plus possible de les accepter. Ce qui pouvait l’être il y a un an ne l’est plus aujourd’hui. Ce qui était une nouveauté il y a un an — le COVID — ne l’est plus aujourd’hui. Il est grand temps de décider ! Et nous devons adresser cet appel au Conseil fédéral, puisqu’il porte une très lourde responsabilité, depuis mercredi dernier.

Une année après le début de la crise, nous n’en pouvons plus des interdits, des contradictions, des tergiversations et de l’absence de perspectives, nous n’en pouvons plus de voir des bistrots et des petits commerces fermés, mais des bus et des supermarchés bondés. La tolérance, la patience, l’obéissance ont atteint leurs limites, et nous n’en pouvons plus d’une gestion de crise qui s’est muée peu à peu en crise de la gestion.

Variants ou absence de variants, il n’y a plus d’excuses possibles. Il est temps de dire au Conseil fédéral qu’il s’égare en décidant de ne rien décider, qu’il ne peut incarner plus longtemps la mollesse et l’attentisme. La population veut des capitaines, des perspectives. Si le Conseil fédéral demeure aux abonnés absents, si aucune ouverture n’est planifiée, même sous conditions, alors l’anarchie guidera ce pays. Ce n’est pas une menace, mais un avertissement, car il y aura des ouvertures illégales, des descentes dans la rue, des actions illicites de restaurateurs bien sûr, que je n’arrive bientôt plus à contenir, de commerçants, de représentants des milieux du sport et de la culture. Et, la population suivra.

L’histoire nous démontre que l’on n’a plus rien à perdre, quand on a tout perdu : nos espoirs, nos libertés, nos économies ; parfois, l’œuvre de toute une vie... Pour que la crise de la gestion ne se transforme pas en rébellion, je vous invite donc à soutenir la résolution de Mme Christine Chevalley.

Mme Circé Barbezat-Fuchs (LIBRE) —

Il est vrai que nous vivons une crise et qu’il s’agit de se montrer solidaires, solides, de tenir : un discours entendu depuis des mois et que nous appliquons ; mais il faut aussi permettre aux gens de respirer. Des lieux de divertissement, de rencontre, et des lieux culturels comme les théâtres ou les salles de concert, les cinémas, les restaurants, les bars, les musées, les magasins non essentiels permettent en temps normal cette respiration, cette décompression dont chaque être humain a besoin pour se sentir équilibré et bien dans sa peau. Il faut se montrer solidaires, dans ce temps de crise sanitaire, réduire nos contacts ; mais, avouons-le : nous sommes las, car cela fait des mois que cela dure, des mois que, par souci de collectivité, nous sommes tous devenus des individualistes en puissance, tournés sur nous-mêmes, notre propre image. La preuve ? Les demandes de chirurgie esthétique sont en plein essor à cause entre autres des visioconférences pendant lesquelles nous sommes constamment confrontés à notre propre image. Il nous manque l’ouverture aux autres, les réflexions que nous permet la visite d’un lieu culturel ou lorsque nous pouvons discuter en « visuel » et non en visioconférence avec des amis.

La fermeture prolongée de ces divers lieux a eu notamment comme conséquence une multiplication des personnes en état de forte dépression. L’interdiction de se réunir, de se divertir, de se changer les idées en voyant des amis sans sentiment de culpabilité — m’a-t-il contaminé ? L’ai-je contaminé ? — évolue parfois vers des extrêmes inverses comme des soirées clandestines sans aucune mesure de protection ou encore des actes de colère pure comme la destruction de biens publics. Oui, nous devons tenir et être solidaires. Mais il est temps de réfléchir à une réouverture de ces divers lieux, ceci dans un processus constructif et encadré. Et, pour ce faire, nous souhaitons que les milieux concernés soient concertés et intégrés dans ce processus. Par conséquent, au nom du groupe des LIBRES, je vous invite à soutenir cette résolution afin que le futur soit plus radieux que notre présent, que nous puissions enfin ne plus vivre dans ce tristement célèbre refrain : se lever, télétravailler, se coucher.

M. Philippe Jobin (UDC) —

Cette résolution est, malheureusement, un vœu pieux… mais un des seuls outils que nous possédons pour essayer de nous faire comprendre le mieux possible, pour rapporter les soucis de notre population, pour demander à ce que les préoccupations de la population soient relayées. J’entends bien que le Conseil d'Etat est en concertation avec les cantons romands. La population se fatigue, envoie des signaux qui ne sont pas positifs. Ainsi, il nous apparaît nécessaire d’envoyer des signaux par le biais de résolutions afin de pouvoir donner une vision plus positive du futur. Nous soutenons la réouverture encadrée, comme demandé ici. Une planification sera ensuite nécessaire pour que les réouvertures puissent se faire dans un ordre que le Conseil d'Etat aura évidemment choisi.

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Il m’est difficile de pouvoir soutenir une telle résolution, qui demande une réouverture encadrée, et cela pour des raisons sanitaires, puisqu’il me semble que nous demandons au gouvernement et au Conseil fédéral de prendre des décisions, alors que nous nous trouvons dans une impasse sanitaire, à la veille d’une troisième vague. En effet, les nouveaux variants vont poser un problème sanitaire majeur, car ceux que nous rencontrions auparavant entraînaient la contamination par une personne positive d’une à deux personnes. Le nouveau variant anglais, lui, amènerait une contamination de six à sept personnes, et les spécialistes disent actuellement que le variant anglais est en train de prendre le dessus. A Genève, entre 20 et 40 % des tests sont positifs au variant anglais, dans le canton entre 10 et 20 %. Si nous rouvrons maintenant, une troisième vague nous mènera à la situation du Portugal et de l’Angleterre. Demander au Conseil fédéral, à nos autorités, de planifier une réouverture constitue une mission impossible. Les connaissances scientifiques changent de jour en jour. Le professeur Genton de la Task Force, au niveau vaudois, disait l’autre jour que la réalité scientifique change chaque jour, qu’il est impossible de planifier maintenant. Par souci pour notre société, notre système sanitaire, il est impossible de présenter une telle résolution. En conclusion, je vous invite à ne pas la soutenir.

Mme Rebecca Joly (VER) —

Je comprends et éprouve beaucoup d’empathie pour cette résolution, pour tous les cris de détresse, d’alarme et de rage. Moi aussi, j’en ai assez et voudrais retrouver ma famille, mes amis, des soirées au bistro, me rendre dans des festivals, aller au théâtre et au cinéma. Mais la situation ne semble a priori pas encore maîtrisée, et nous devons tenir, pour notre système de santé qui a été mis sous pression depuis bientôt une année, pour les soignants et les soignantes de ce canton qui ont fait face à des situations difficiles et que nous ne devons pas remettre sous pression.

Nous doutons que ce soit par le biais d’une résolution que nous allons influencer en quoi que ce soit les décisions du Conseil fédéral qui doit déjà ménager chèvre et chou. Pour le groupe de Verts, il paraît important que les leviers d’action cantonaux, que les aides cantonales soient délivrées rapidement. M. le conseiller d’Etat Leuba nous avait promis que d’ici fin janvier les aides arriveraient, qu’en est-il ? Les milieux économiques particulièrement touchés peuvent-ils aujourd’hui payer leurs charges ? Sortir de la crise avec le moins de casse possible sans personne au bord de la route nous paraît l’aspect le plus important. J’aimerais beaucoup recevoir des nouvelles du front économique.

M. Alexandre Berthoud (PLR) —

J’entends depuis plusieurs semaines le Dr Vionnet, notre collègue député, parler de la situation virologique. Mais peut-il nous entretenir de la situation psychologique, voire psychiatrique des gens ? Les travailleurs et travailleuses de ce canton ont besoin d’avoir un sens à leur vie. Monsieur Vionnet, je vous interpelle, j’attends votre réponse !  

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Il ne fait aucun doute qu’au niveau médical nous rencontrons beaucoup de détresse psychique ; les consultations, les téléphones sont surchargés de gens qui n’en peuvent plus, j’en conviens. Le problème reste que le personnel soignant est épuisé, lui aussi. Et si nous ajoutons une couche, car il y aura des cas supplémentaires, nous allons aggraver la situation. La situation psychique est sérieuse, elle le deviendra d’autant plus si nous soutenons maintenant une réouverture.

M. Jean Tschopp (SOC) —

J’ai le sentiment de revivre un autre débat qui voyait la tentation d’opposer l’économie à la santé. Nous voulons les deux. J’ai peine à croire que le Grand Conseil — fût-ce dans sa grande sagesse — puisse décréter quelles sont les mesures sanitaires les plus indiquées à l’heure actuelle. Je constate que, pour la première fois, depuis bientôt un an que nous vivons avec cette pandémie, les mesures difficiles, mais courageuses qui ont été prises permettent de contenir le virus ou en tous les cas de stabiliser sa propagation. Bien sûr une très grande lassitude est constatée, une très grande fatigue, une détresse. Nous avons d’ailleurs aujourd’hui été accueillis par plusieurs restaurateurs qui s’impatientent du retard dans le versement des aides attendues, qui avaient été promises pour la deuxième partie du mois de janvier et qui n’ont toujours pas été perçues à ce jour. Lorsqu’un secteur d’activité est fermé, nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il fallait l’indemniser le plus rapidement possible pour éviter des pertes d’emploi et des faillites, dans le pire des cas. J’ai bon espoir que le Conseil d'Etat, dans sa séance de demain, place cet objet à l’ordre du jour, puisqu’il s’agit d’un sujet de préoccupation majeure pour beaucoup d’indépendants.

A titre personnel, je ne m’engagerai pas dans une résolution qui demande une levée des mesures sanitaires. Je ne suis pas en situation de le décréter, je ne vais pas m’improviser comme épidémiologiste. Ce n’est pas notre rôle. Il nous incombe de nous assurer que les indemnisations soient versées le plus rapidement possible, que notre système de santé tienne le coup dans cette situation critique et préoccupante.

M. Gilles Meystre (PLR) —

Que l’on ne nous fasse pas dire ce que nous n’avons pas dit ! Nous n’avons jamais indiqué qu’il fallait rouvrir sans condition ni sans contraintes… A titre personnel et comme président de Gastro Vaud, je dirais même que s’il fallait tester des clients – je vais rencontrer demain le promoteur d’un système qui permet de détecter à l’entrée d’un commerce ou d’un restaurant des gens qui seraient porteurs du Covid – je serais prêt à promouvoir un tel système, pour autant qu’il soit disponible. Par conséquent, nous n’avons jamais demandé une réouverture sans contraintes !

Aujourd’hui, le problème réside dans le fait qu’il n’existe nulle perspective, nul discours de capitaine, ni de capitaine qui nous dise « si », « alors », vous pourrez rouvrir. Il n’y a ni conditions ni perspectives. Où est le Conseil fédéral ? Où sont ces capitaines ? Où sont les gestionnaires de crise ? Il n’y en a pas. Et cela ne va pas. Il est impossible de continuer ainsi. Aujourd’hui, c’est le variant x, demain y, après-demain z ! La vie est ainsi faite ! Lorsque nous entendons que des gens, que des jeunes et des seniors dépriment, nous ne pouvons pas garder nos yeux éternellement et uniquement rivés sur une courbe. Il faut tenir compte d’autres courbes : celles de la détresse, de ceux qui bossent ; et je peux vous dire que pour ces derniers, elle monte exponentiellement ! Je vous recommande vivement de soutenir cette résolution.

Mme Christine Chevalley (PLR) —

Cette résolution exprime le message d’isolement des aînés et de la détresse des jeunes. Par ce texte, avec le groupe PLR, je demande que des lieux de divertissement, de manière encadrée, puissent rouvrir. Au mois de septembre, nantis de mesures sanitaires, les lieux de culture, les musées, les théâtres étaient ouverts. J’ai la chance de présider le théâtre de Vevey ; nous avions pu ouvrir le balcon et la salle du bas, prévoir des entrées et des vestiaires différents, tout le monde portait le masque : nous n’avons pas eu mention de clusters. La population, dont les jeunes, en a besoin. Il faut leur redonner la culture, du divertissement. C’est dans ce sens que va mon texte. Si M. Meystre défend les restaurateurs, je ne fais spécifiquement référence à aucun secteur, mais à un bol d’air dont la population a besoin et dont elle exprime de plus en plus la nécessité.  

M. Pierre Dessemontet (SOC) —

M. Berthoud demande des chiffres sur la détresse psychologique ; on vient d’entendre des demandes portant sur les courbes de la détresse, des demandes compréhensibles, mais qui n’existent pas ou pas encore dans les statistiques. Il me semble utile de rappeler deux chiffres qui, eux, sont déjà publiés. Ceux de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) concernant les décès dus au Covid, qui s’élèvent aujourd’hui, à 7143, depuis le 28 septembre dernier, un chiffre relativement conservateur. Les chiffres des cantons sont sans doute plus élevés relativement au surplus de décès constatés depuis la même date, de l’ordre de 8400 chez les 65 ans et plus. Dans le débat du jour, que nous avons déjà mené au printemps passé, se joue le fait qu’à chaque fois que des mesures d’allégement sont prises, le risque est pris, consciemment de provoquer des décès supplémentaires parmi la population. C’est finalement cela qu’il s’agit d’arbitrer. A titre personnel, je ne pourrai pas soutenir cette résolution, car il m’est difficile, en conscience, d’arbitrer la vie des uns contre celle des autres, notamment en termes de détresse économique, point qui doit être traité avec plus de rapidité et de sérieux que jusqu’à maintenant.

M. Alexandre Berthoud (PLR) —

En préambule, vous me voyez assez surpris que l’ordre du jour du Conseil d'Etat soit connu de mon estimé collègue Tschopp. J’entends aussi M. Dessemontet me raconter semaine après semaine des chiffres – il est géographe et statisticien. Mais, dans la vraie vie, des travailleurs et des travailleuses aimeraient travailler, reprendre leur activité pour faire tourner la machine économique. Aujourd’hui, le Parlement n’est pas là pour raconter l’histoire, mais pour la faire. Le texte de ma collègue Christine Chevalley est raisonnable, raisonné et responsable. Soutenir ce texte ne me paraît pas une sinécure. C’est important de le faire. Je comprends les médecins, les statisticiens qui racontent l’histoire, les pasteurs. Mais il reste néanmoins des gens qui souffrent, qui aimeraient travailler et gagner de l’argent pour pouvoir vivre.

M. Nicolas Mattenberger (SOC) —

Monsieur Berthoud, nous sommes aussi dans la vraie vie ! J’ai aussi des parents âgés qui courent des risques avec le Covid, des amis qui ont eux-mêmes perdu des parents à cause du Covid, des gens qui sont encore à l’hôpital entre la vie et la mort. C’est aussi cela la vraie vie : ce que nous vivons depuis plusieurs mois. Il faut des plans… en effet. Mais, qui, il y a deux ou trois mois, aurait pu nous dire que des variants arriveraient ? Des variants qui sont en train de changer toute la politique relative à cette crise. Personnellement, j’aimerais aussi que les commerces puissent rouvrir, que l’activité économique puisse se dérouler normalement.

Ce texte sonne un peu comme une défiance par rapport à nos autorités, au Conseil fédéral. On aimerait nous faire croire que le Conseil fédéral agit sans réfléchir, qu’il n’est pas assisté par des spécialistes, qu’il ne possède pas une Task Force, qui n’est pas seulement composée de scientifiques et de médecins, mais d’économistes, et que, finalement, les décisions sont prises à l’emporte-pièce. Au contraire et à mon avis, les décisions sont mûrement réfléchies, difficiles à prendre, car nul ne sait où on va ; or, et cela nous le savons, des gens sont actuellement en train de mourir à cause de cette maladie, qu’il y a des risques que notre système de santé soit dépassé, que la fatigue du personnel sanitaire est immense. Ainsi, nous devons procéder à des choix, aller dans le sens de ce qu’il y a lieu de protéger en premier ; à mon sens : la vie. Je ne peux pas voter en faveur de ce texte, car j’ignore au-devant de quoi nous allons. Les chiffres changent, dans d’autres pays la situation s’aggrave. Enfin, beaucoup de députés de droite s’expriment aujourd’hui par défiance à notre Conseil fédéral, pourtant majoritairement de droite.

M. Sergei Aschwanden (PLR) —

Nous avons parlé d’économie, des restaurateurs, de la culture ; j’aimerais évidemment que nous n’oubliions pas le sport. J’aimerais aussi rappeler que toutes les personnes de plus de 16 ans ne peuvent plus pratiquer d’activité sportive. Toutes les compétitions au niveau amateur sont également interdites et tout cela est lié au bien-être social, indépendamment de tous les aspects financiers que nous venons d’aborder aujourd’hui. Il faut tenir compte de cet aspect, raison pour laquelle je soutiendrai cette résolution.

Mme Valérie Induni (SOC) —

Je voulais aussi prendre la parole après M. Berthoud pour lui rappeler que nous sommes aussi dans la vraie vie, que nous sommes 150 à vivre dans la vraie vie… Nous connaissons tous et toutes des personnes qui actuellement sont déprimées, en ont marre, et nous aussi… Toutefois, je ne pense pas être habilitée à juger si les mesures sont bonnes ou mauvaises en termes d’épidémie. Nous avons entendu tout à l’heure un avis médical. J’imagine que ceux qui connaissent les milieux médicaux dans cette salle peuvent bien le dire, nous devons nous montrer extrêmement humbles vis-à-vis de ce virus, de ses variants, et que rien ne sert d’essayer d’arriver à des situations telles que celle du Portugal. Le risque que représente la résolution, basée sur de bonnes intentions, réside dans le fait que nous nous retrouvions avec toutes les personnes actuellement en dépression, peu bien psychologiquement et, en plus, beaucoup plus de personnes malades du Covid. Je ne considère pas que cela soit ce que nous souhaitons. Pour cette raison, à titre personnel, je suis défavorable à cette résolution.

M. Alexandre Berthoud (PLR) —

J’ai envie de répondre à mes collègues socialistes qu’il est facile de fermer, mais difficile de rouvrir de manière raisonnée et responsable. Ma collègue Christine Chevalley, qui siège depuis longtemps au Parlement, n’est pas une « acharnée ». Son texte est un plan de sortie, sert à indiquer que pour une partie des citoyennes et citoyens de ce canton, travailleuses et travailleurs, la dignité passe par le travail. Son texte dénote d’un grand sens des responsabilités. Je vous invite à prendre le temps de le relire avant de décréter qu’il est inacceptable. La vraie vie, comme vous la partagez, ce sont aussi des gens qui souffrent, qui ont perdu des membres de leur famille. 

Mme Florence Gross (PLR) —

Monsieur Mattenberg, nous avons tous des proches qui ont été atteints par le Covid et qui en sont décédés ; nous sommes tous conscients de cela. Conscients des conséquences sanitaires, mais aussi économiques de ce fléau. Cette résolution constitue un pas pour concilier santé et économie. Aujourd’hui, quelques personnes ont décidé de ce qui était nécessaire, et notre collègue Christine Chevalley fait un pas en avant pour montrer que ce qui est nécessaire pour les uns, ne l’est peut-être pas forcément pour les autres, et inversement. Nous avons le droit de nous entasser dans le métro — pour nous rendre ici, par exemple, comme je l’ai moi-même fait — mais, en revanche, se rendre dans un musée, un stade ou une salle de sport est interdit. Pourquoi ? Parce que quelques personnes ont décidé que ceci ne revêtait pas un caractère nécessaire. Nous avons le droit d’acheter des gants de jardinage, mais pas contre le froid, pas le droit d’aller dans un showroom pour acheter une voiture ‑ vendeur et clients : trois personnes au maximum. Ceci n’est plus envisageable… à gauche, vous pouvez rire ! Depuis le début de ce débat, vous riez ! Il est vrai que nous n’avons pas forcément les mêmes idées, mais ce sont tout de même les acteurs économiques et culturels qui font tourner le canton. Continuez donc à vous moquer de toutes nos interventions ! Rions donc !

Nous souhaitons allier santé et économie. Comme l’ont dit mes préopinants de parti, il ne s’agit pas d’un texte coup de pied, mais d’un texte juste, qui rend compte du fait que nous devons relancer ce qui a été arrêté, en conciliant économie et valeur du travail – une valeur qui nous est chère. Dans certains communiqués de presse, il est question de pouvoir d’achat : cela vous fait moins, rire ? N’est-ce pas ? En effet, nous avons redonné du pouvoir d’achat à une partie de la population vaudoise. Nous aimerions aujourd’hui redonner du pouvoir d’achat à ceux qui investissent, prennent des risques, et entreprennent. Laissons ces gens encore croire à l’avenir et donnons-leur la possibilité de croire en la réouverture de l’économie. Je vous remercie de votre soutien à cette résolution.

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Il est vrai qu’il existe une tension entre économie et santé, je ne vise pas à la nier ; en effet, sans l’économie, notre système de santé ne pourrait plus fonctionner. Toutefois, j’aimerais vous lire un passage traitant de la grippe espagnole, provenant de la Revue médicale suisse, parue cette semaine : « La pandémie de 1918 nous enseigne que les villes américaines ayant imposé des mesures plus strictes et rapides sont aussi celles qui ont vu leur économie rebondir le plus favorablement. » La résolution proposée, qui part d’une excellente intention, vient simplement trop tôt. Ma demande tendrait plutôt à reporter cette résolution de quelques semaines pour pouvoir la reprendre, lorsque la situation sera un peu plus claire. 

M. Blaise Vionnet (V'L) —

La question posée aujourd’hui ne relève pas de la politique ; je ne saisis pas pourquoi les camps politiques sont opposés. La résolution est formulée avec finesse et intelligence, encourage le Conseil d'Etat, en concertation avec les autres cantons romands, à relayer au Conseil fédéral les préoccupations exprimées par la population. Il ne s’agit pas d’un ordre, mais d’une demande de transmission des inquiétudes de tous les milieux : sportifs, culturels ou économiques.

Il est vrai que des gens sont infectés, mais il existe aussi des incohérences, comme nous l’avons tous vécu, entre des lieux bondés et un monde économique de plus en plus figé. Nous ne prenons pas beaucoup de risques, voire aucun, en soutenant cette résolution qui rapporte au Conseil fédéral nos inquiétudes, celles de la population, qu’il est de notre devoir de relayer. Par conséquent, j’encourage son soutien.

Mme Muriel Thalmann (SOC) —

Certains n’aiment peut-être pas les chiffres, toujours est-il qu’il convient de rappeler que les personnes décédées des suites du Covid auraient pu en moyenne vivre onze ans supplémentaires. Nous devons aussi tenir compte de ce risque. Je ne peux soutenir ce texte qui me paraît constituer une défiance par rapport à la politique fédérale et cantonale. Je suis convaincue que le Conseil fédéral et le Conseil d'Etat font au mieux, et qu’ils aimeraient aussi, tout comme vous, faire redémarrer la machine, l’économie, la culture. Tout le monde n’aspire qu’à cela. Toutefois, il faut faire des choix.

M. Raphaël Mahaim (VER) —

Une petite remarque à l’intention de ma collègue Florence Gross. Soyez rassurée, vous propos sont tout à fait sérieux, et nous ne nous moquions absolument pas ni de ces propos, ni du débat. Nous nous sommes permis une petite seconde d’humour en relevant que les visites dans les showroom ne manquaient pas forcément aux écologistes de notre groupe… une petite touche d’humour, que j’espère vous nous pardonnerez.

Plus sérieusement, sur le fond, la temporalité de cette résolution me semble prêter à confusion. Sur le long terme, tout le monde s’accorde à dire que nous n’allons pas pouvoir vivre avec des mesures de restrictions aussi drastiques que celles en vigueur actuellement au risque de sacrifier des générations de jeunes, d’étudiants, de sportifs, d’artistes, etc. Nous ne pourrons pas tenir avec un régime Covid pendant dix ans. Si d’aventure, ce que je crois très peu probable, cette situation venait à se prolonger dix ans, nous devrions procéder à des arbitrages pour revoir nos priorités, peut-être protéger différemment les personnes vulnérables, réajuster un certain nombre de mesures sanitaires. Aujourd’hui, nous réfléchissons au court terme et à une sortie de crise. Dans ce contexte, vos discours paraissent quelque peu étonnants… ils me font penser à un marathonien en train de flancher dans la dernière ligne droite. Outre le fait que vos propos manquent significativement de dignité, vous chantez une sortie de crise, comme si vous étiez maîtres du virus. En d’autres termes, vous voulez décréter la fin de la crise, décider par vous-mêmes que nous en sortons. Vous m’en voyez désolé, mais cela relève d’une démagogie à laquelle nous sommes peu habitués. Il faut prendre acte du fait que nous ne maîtrisons pas nombre d’éléments, et que ce qui est maîtrisable doit être accompli avec intelligence, en essayant de ménager la population, les secteurs plus fragiles, de préserver autant que faire se peut la jeunesse.

Tout le monde observe la souffrance autour de lui ; mais vous cherchez à vendre un miroir aux alouettes en laissant penser qu’on peut la supprimer, qu’il suffit de dire que le Covid touche à sa fin — un discours inquiétant du type « y a qu’à…/ faut qu’on ». Quoique vous en disiez ‑ et nous connaissons tous la modération de notre collègue Chevalley — le texte de sa résolution a de tels relents. Les interventions de certains de nos collègues indiquent que nous en prenons la direction. Je vous invite à faire preuve de modestie face à l’ampleur de la crise, de solidarité face aux personnes touchées par le Covid, aux populations fragilisées par ces mesures sanitaires. Etant de plus en plus optimiste face à la sortie de crise, je vous invite à penser que nous verrons bientôt le bout du tunnel. Lorsque nous le verrons, nous serons très contents de ne pas avoir flanché dans les derniers kilomètres, comme certains sont, semble-t-il, en train de le faire. En conclusion, je vous invite à ne pas voter en faveur de cette résolution.

M. Arnaud Bouverat (SOC) —

Je suis navré par le ton qu’emprunte le débat. Il est inacceptable que la droite s’arroge, en quelque sorte, la représentativité de ceux qui veulent travailler, qui amèneraient des richesses, qui souhaiteraient les préserver, de ceux qui seraient sensibles à la culture, à la santé, à un cadre de vie épanouissant, y compris par des activités culturelles et de loisir, alors qu’il s’agit d’un souci nourri par l’ensemble des élus de ce Grand Conseil. La recherche de clivage lancée par le PLR me semble assez attristante.

Les propositions évoquées par cette résolution utilisent une forme de populisme facile qui brandit la menace de manifestations anti-Covid, qui regroupent des personnes ayant nié des évidences depuis des mois et, qui sont aujourd’hui très clairement contredites par les statistiques de décès, par des réalités partagées par l’ensemble des Vaudois. J’estime que brandir ce genre de menaces pour défier l’Etat manque cruellement de sérieux, car oui, vous défiez l’Etat dans les mesures prises tant cantonales que fédérales. La sortie de crise ne s’envisagera pas ainsi. Vous prétendez avoir la solution, alors que l’ensemble des gouvernements du monde entier sont en train de trouver des équilibres pour sortir de la crise. Or, à la lecture du texte de votre résolution, je ne la vois guère. Quel est l’équilibre proposé ? Quels sont les domaines qui s’ouvrent demain ? A combien de personnes ? Comme M. Mahaim, j’ai plutôt l’impression que cette résolution ressemble à une prophétie autoréalisatrice qui ne tient pas compte des contingences réelles, tant économiques que sanitaires. Nous avons également la responsabilité que dans les lieux de travail qui rouvriraient en mars ou en avril — je l’ignore — on ne crée pas de nouveaux foyers de Covid avec une diffusion massive qui affecterait tant notre économie que le système de santé. Du côté des contrôles de la protection de la santé sur les lieux de travail, les ressources dans ce domaine sont limitées. En effet, on ne pourra pas du jour au lendemain procéder aux contrôles nécessaires face à une diffusion majeure du virus. Dans ce contexte, le mot « équilibre » semble judicieux. Pour le trouver, cette résolution ne fournit aucune solution. Ainsi, l’Etat, le Conseil d'Etat et le Conseil fédéral paraissent les mieux à même de définir cet équilibre. Que des critiques et des doutes soient énoncés dans nos cénacles est sain, mais les solutions toutes faites, telles que vous les proposez, n’apporteront strictement rien. Cette résolution constitue un acte de défiance, alors que je vous invite plutôt à des actes de confiance vis-à-vis de nos autorités. Les acteurs économiques rencontrent sans doute des soucis majeurs quant à la pérennité économique, à la protection des employés et des employeurs — et nous devrons probablement prendre des mesures. Mais parmi elles, nulle place pour la prophétie. Il faut des actes concrets et de la mesure dans les termes comme dans le débat. J’espère qu’en refusant cette résolution, nous trouverons le moyen de donner un signal à la population, que malgré toutes les difficultés auxquelles nous sommes toutes et tous confrontés, la voie suivie est judicieuse, et portera ses fruits le plus rapidement possible.

M. Julien Eggenberger (SOC) —

Nous sommes toutes et tous d’accord que la situation est difficile, qu’elle touche très durement la population, qu’elle provoque du désespoir face à l’absence de perspective, renforcé par le rythme trop lent des indemnisations. Sur ce point, il y aurait de quoi dire. Or, de cet aspect, le texte du PLR ne dit rien. En outre, on ne voit pas en quoi lâcher la bride du contrôle sanitaire règlera le problème. Servons-nous ainsi vraiment les personnes sur qui la pandémie pèse lourdement en la laissant repartir ? En risquant de devoir serrer les mesures encore plus lourdement dans quelques semaines ? Nous aurons alors les restrictions, le désespoir et un renforcement de la pandémie. Allons-nous jouer les apprentis sorciers ? Sommes-nous un groupe de 150 expertes et experts ? Parlons-nous de la réalité ou de nos envies ? Dans ce débat, plusieurs ont parlé de la dignité par le travail. En tant que président du Syndicat des services publics (SSP), représentant principal du secteur de la santé, je m’interroge. Quel message adressons-nous au personnel de la santé et des soins ? Bon courage et tant pis ! Débrouillez-vous ! Mais de cela, la résolution du PLR ne dit rien. Toutefois, les questions posées par Mme Chevalley sont intéressantes, mais mal adressées, car elle devrait s'adresser au virus lui-même et nous transmettre sa réponse ! Plus sérieusement, je ne crois pas une seconde que nos autorités ferment des secteurs par plaisir ou par vice. Il nous incombe de soutenir les mesures. Je vous appelle à faire preuve de responsabilité et à rejeter cette résolution.

M. Daniel Trolliet (SOC) —

J’aime beaucoup le préambule de la Constitution suisse, particulièrement sa dernière phrase : « que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. » Aujourd’hui, qui sont-ils ? Vous le savez comme moi : près de 700'000 personnes, en majorité des femmes, qui ont plus de 75 ans. Sans oublier les malades chroniques et autres personnes à risque. Permettez-moi, en tant que cheminot, de vous indiquer que lorsqu’il y a danger, les trains roulent en marche à vue. Actuellement, la voie n’est pas encore suffisamment libre pour augmenter la vitesse, ceci pour le bien des plus faibles d’entre nous et en accord avec notre Constitution fédérale. Par conséquent, je refuse cette résolution.

M. Alexandre Berthoud (PLR) —

Je peux parfaitement entendre les propos de mon collègue Troillet, somme toute assez proches du texte de Mme Chevalley qui met en évidence l’importance d’un plan de sortie. Même si je n’ai pas parlé de showroom, la gauche a ri… ce que nos citoyennes et citoyens doivent savoir ! Je suis choqué que la gauche rie d’une proposition de plan de sortie. Oui ! Extrêmement choqué ! Car, nous parlons d’économie, mais aussi de culture. Vos propos m’inquiètent. M. Bouverat parle de contrôles ; bien entendu qu’il y en a. Je déclare mes intérêts comme travaillant dans une banque qui est proche des PME, des entreprises. Tous les jours, je reçois des appels de personnes en détresse, qui ont besoin d’argent, de travailler, besoin de dignité. Posez-vous la question… quand le salaire tombe, ça va… pour beaucoup cela se passe bien. Pour ma part, je rencontre des patrons et des patronnes qui ne savent pas comment ils vont payer leurs employés. Je vous prie d’arrêter de rire — je reste très choqué, et ne trouverai sans doute pas le sommeil cette nuit…

M. Pierre Volet (PLR) —

Il en est qui comparent notre situation à un marathon… moi j’utiliserai l’image du barrage. Il vaut mieux lâcher les vannes en contrôlant le flux et le débit, car quand le barrage va céder, comment cela va-t-il se passer ? Les beaux jours vont arriver, et cela sera l’inondation. Vous ne contrôlerez alors plus rien du tout. Car personne ne voudra plus rien entendre de la part de nos autorités. Car lorsque les gens sont cloisonnés, comme c’est le cas depuis bientôt une année, dont notre jeunesse aux intérêts tournés vers le sport ou la culture, alors ils veulent sortir, travailler. Et il me paraît essentiel de procéder à petits pas. Cette résolution, qui demande une concertation entre les cantons romands pour renvoyer ce texte à la Confédération, ne me paraît pas lourde, mais il faut y réfléchir maintenant. Quand j’entends qu’il s’agit de ne considérer cette question que dans deux, trois ou quatre semaines, cela m’amuse, puisque comme vous le savez, la politique est assez lente…A voir si nous allons attendre quelques semaines ou l’an prochain !

M. Jean-Luc Chollet (UDC) —

Depuis 30 à 45 minutes, nous nous balançons des argumentaires gauche/droite avec des accents pathétiques de conviction, d’un côté comme de l’autre, nous basant sur des présupposés que personne ne peut prouver, pas plus dans un sens que dans l’autre. Je n’ai pas entendu – peut-être suis-je sourd ! — de plaidoyer en faveur de la responsabilité individuelle. Je dispose de davantage de liberté, ce que demande notre collègue Chevalley, mais je l’assume, et je décide de croire les hommes et les femmes qui œuvrent dans les domaines de la restauration, de l’art et du spectacle, et qui depuis des mois nous répètent inlassablement qu’ils prennent très au sérieux cette pandémie, et qu’en conséquence de quoi, ils prennent également le maximum de précautions. Je décide de les croire. Je veux être adulte, responsable, assumer la liberté que je revendique dans un esprit de solidarité bien pensée et en toute liberté.  

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Je demande une motion d’ordre afin que nous puissions reporter de quatre semaines le choix de cette résolution. Pourquoi ? La Task Force vient aujourd’hui de dire qu’il s’agit de renforcer les mesures à cause de variants. Toutefois, cette résolution est bonne, mais n’intervient pas à un moment opportun.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La motion d’ordre est appuyée par au moins 20 députés.

La discussion sur la motion d’ordre est ouverte.

M. Alexandre Berthoud (PLR) —

Le sujet est d’actualité ; un délai de quatre semaines ne me paraît pas approprié, puisqu’il s’agit d’envisager un plan de sortie, permettre de l’anticiper. Je prie également le Dr Vionnet, qui nous donne des leçons depuis plusieurs semaines, de bien vouloir remettre son masque correctement. Je vous invite à refuser cette motion d’ordre.

M. Gilles Meystre (PLR) —

Monsieur Vionnet, ayez donc le courage de prendre une décision, aujourd’hui, de soutenir ou non cette résolution. Jouer la montre et vouloir repousser une décision à quatre semaines ne me paraît pas crédible. Des perspectives sont nécessaires, nous souhaitons que les décideurs dessinent un chemin, plutôt que de se laisser guider au gré de ce dernier. Nos décideurs fédéraux collaborent avec des équipes qui peuvent les aider dans leur devoir d’anticipation, qui peuvent les aider à dessiner un plan A, B ou C en fonction de l’évolution du virus. Nous voulons des capitaines, un plan de sortie, de l’anticipation. C’est une nécessité tant pour les milieux du sport, ceux de la culture, des commerces que de la restauration. Par conséquent, je vous invite à refuser la motion d’ordre et à accepter la résolution.

M. Blaise Vionnet (V'L) —

Il ne s’agit pas de temporiser pour perdre du temps… Vous avez parlé d’ouverture sous conditions. Les conditions changeront dans deux ou quatre jours et, de ce fait, elles sont impossibles à définir aujourd’hui, car il faudra sans cesse les adapter. Temporiser nous permettra de trouver un programme approprié de réouverture pour l’économie et la santé.

Mme Florence Gross (PLR) —

Le texte demande d’anticiper une réouverture encadrée. En effet, qu’il s’agisse d’un musée, d’un restaurant ou d’un commerce, il ne suffit pas de tourner une clé ou d’appuyer sur un interrupteur ; cela rend l’anticipation nécessaire. Repousser une anticipation de quatre semaines n’amènera rien, retardera une potentielle réouverture. En outre, monsieur Vionnet, il n’est nullement question de conditions. Relisez le texte, ce dernier demande d’intégrer dans sa réflexion une réouverture encadrée et de l’anticiper. Je vous encourage à refuser la motion d’ordre.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion est close.

La motion d’ordre est refusée par 76 voix contre 43 et 16 abstentions.

Mme Florence Gross (PLR) —

Je dépose une motion d’ordre afin que nous puissions passer au vote.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La motion d’ordre est appuyée par au moins 20 députés.

La discussion sur la motion d’ordre est ouverte.

M. Yves Ferrari (VER) —

Il me semble que la Loi sur le Grand Conseil (LGC) permet au Conseil d'Etat de s’exprimer avant le vote. On se réjouit de l’entendre sur ce sujet.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

Pour information, le Conseil d'Etat renonce à s’exprimer.

La discussion est close.

La motion d’ordre est acceptée par 96 voix contre 10 et 30 abstentions.

La résolution est adoptée par 76 voix contre 56 et 4 abstentions.

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