Les femmes en détention se distinguent des hommes par une vulnérabilité accrue, avec des profils souvent marqués par une forte présence de troubles psychiques et d’addictions. Avant l’incarcération, beaucoup d’entre elles ont également connu des situations de précarité, de rupture et, souvent, ont été victimes de violences. Elles sont également nombreuses à être mères, ce qui soulève des enjeux particuliers de parentalité, de stabilité émotionnelle et de maintien du lien mère-enfant.
À deux jours de la Journée internationale des droits des femmes, le Canton souhaite mettre en lumière cette réalité carcérale souvent méconnue, alors que le Service pénitentiaire (SPEN) renforce activement sa prise en charge au sein de la Tuilière, à Lonay. Seul établissement pénitentiaire de Suisse latine entièrement dédié à la détention des femmes, la Tuilière est en pleine transformation et offrira progressivement, dès cet été, de nouveaux espaces adaptés aux exigences actuelles.
Nouveaux espaces et formations certifiantes
Ainsi, la réouverture du secteur mère-enfant après travaux est prévue à l’été 2026, après 4 années d’inactivité. En parallèle, un parloir intime dédié aux femmes sera mis en service, pour la première fois dans la Canton de Vaud, à l’image du parloir intime qui existe depuis 1996 pour les hommes aux Établissements de la plaine de l’Orbe, sur le site du futur Pôle pénitentiaire du Nord vaudois.
Dans un second temps, la Tuilière abritera la première unité psychiatrique pour femmes détenues. Dotée de 6 places, elle intègrera des locaux neufs et offrira un cadre de soins adapté. Enfin, d’ici 2027, un nouveau parloir familial verra le jour afin de mieux répondre aux besoins des familles, en particulier lors des visites d’enfants.
Dans ce contexte de transformation, la Tuilière sera également l’établissement pilote pour la future « cellule numérique », une cellule équipée d’une tablette sécurisée. Ce projet, qui devrait être concrétisé début 2027, permet de renforcer le maintien du lien avec l’extérieur et l’autonomie tout en répondant aux impératifs de sécurité.
En parallèle, le SPEN déploie de nouvelles formations de base et certifiantes en marge des ateliers de travail, comme des attestations de formation professionnelle (AFP) en cuisine, en intendance et en stylisme ongulaire. L’établissement met également en avant des activités favorisant la confiance en soi, à l’image du projet « Danser pour demain », qui verra plusieurs femmes détenues se produire devant un public à l’extérieur de la prison en 2027.
Une approche fondée sur l’évaluation
Dans le cadre du déploiement de sa politique de réinsertion et de la modernisation des infrastructures pénitentiaires, le SPEN adapte depuis plusieurs années ses dispositifs de prise en charge avec la volonté d’accompagner au mieux les personnes détenues vers la sortie de détention, et réduire ainsi le risque de récidive.
L’amélioration des prises en charge s’inscrit aussi dans une approche fondée sur l’évaluation. L’étude pour l’analyse de la récidive et des trajectoires de sortie pour l’accompagnement à la réinsertion (ARTAR), lancée en 2024 et menée par l’UNIL, doit livrer ses premiers résultats à l’automne 2026, afin d’éclairer l’impact des mesures mises en œuvre et d’orienter les développements à venir.
