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26_RES_4 - Résolution Kilian Duggan au nom des groupes Vert.e.s, Socialistes, Ensemble à gauche et POP - Il est enfin temps de prendre ses responsabilités.

Séance du Grand Conseil du mardi 28 avril 2026, point 45 de l'ordre du jour

Texte déposé

Le Grand conseil a pris connaissance, avec consternation, des développements et conclusions du rapport d’enquête de Jean-François Meylan publié vendredi 24 avril 2026. Outre les problématiques de fond qui y sont confirmées, il est particulièrement dommageable de constater que Mme la Conseillère d’État Valérie Dittli y est indiquée explicitement comme ayant caché des éléments essentiels au Conseil d’État et ainsi, dans une certaine mesure en tout cas, d’avoir menti à ses collègues du gouvernement. Il est par ailleurs particulièrement inquiétant de lire dans le communiqué de presse du Conseil d’État y relatif que la confiance est ainsi « entamée et sera difficile à rétablir ».

 

La situation est aujourd’hui tout simplement inacceptable et entraîne un risque concret pour le fonctionnement des institutions ainsi que la réputation du Canton dans son ensemble.

 

Fort de ce constat, le Grand Conseil invite formellement à Mme la Conseillère d’État Valérie Dittli de prendre enfin ses responsabilités et de mettre un terme à son mandat au Conseil d’État. 

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. Kilian Duggan (VER) —

Combien faudra-t-il de rapports ? Combien faudra-t-il d’alertes ? Combien faudra-t-il de ruptures de confiance pour qu’enfin les responsabilités soient assumées ? La publication, vendredi dernier, du rapport Meylan a achevé de nous consterner – pour être tout à fait honnête. Nous sommes consternés par la multiplication des fautes, des contre-vérités, des arrangements avec la réalité, et cela toujours sans conséquences. 

Depuis vendredi, une nouvelle pratique de Mme Dittli a émergé : d’une part, l’utilisation d’argent public pour régler une affaire pénale personnelle, et d’autre part, une volonté manifeste de dissimuler cette utilisation d’argent public au Conseil d’Etat, dont elle est encore membre. Ces révélations ne peuvent pas rester sans réponse de la part de notre Parlement. Nous ne disposons malheureusement pas, à l’heure actuelle, des bases légales permettant de suspendre, voire de démettre, une conseillère ou un conseiller d’Etat en fonction. Il nous reste l’appel public, politique et citoyen : demander à Mme Dittli de prendre enfin ses responsabilités et de mettre un terme à son mandat.

Formellement, les conclusions de cette résolution sont les suivantes : « Fort de ce constat, le Grand Conseil demande formellement à Mme la conseillère d’Etat Valérie Dittli de prendre enfin ses responsabilités et de mettre un terme à son mandat au Conseil d’Etat. »

Notre canton mérite mieux, nos institutions méritent mieux. Nous avons besoin d’un Conseil d’Etat fort, crédible, capable de tirer à la même corde pour faire face aux défis importants qui attendent notre canton ces prochaines années. L’heure n’est plus aux tergiversations. En conscience, nous ne pouvons plus cautionner cette situation. Je vous invite à soutenir cette résolution. Elle doit nous permettre – je l’espère – de tourner cette page et de nous concentrer enfin sur les objets pour lesquels nous avons été élus : le développement, la cohésion, la préservation de notre canton, ainsi que la défense de ses habitantes et de ses habitants.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Vingt membres appuient-ils cette résolution ?
La résolution est soutenue par au moins 20 membres.
La discussion est ouverte.

M. Sébastien Cala (SOC) —

En fin de semaine dernière, nous avons vécu un énième volet de l’affaire Dittli. Au-delà des montants en jeu, les faits révélés par le rapport Meylan sont graves. Octroyer un mandat alibi avec de l’argent public pour obtenir un retrait de plainte, le tout dans le dos du Conseil d’Etat, après avoir menti au Grand Conseil et au Conseil d’Etat au sujet de ces mêmes mandats, est tout simplement inacceptable. Le Ministère public définira s’il y a matière à poursuite pénale, mais cela démontre en tout cas l’incapacité de Mme la conseillère d’Etat Dittli à s’inscrire et à travailler dans un collège gouvernemental. 

Ces nouvelles révélations s’ajoutent à la procédure pénale en cours – où elle est entendue en qualité de prévenue après avoir demandé la réouverture de taxations entrées en force. Cela s’ajoute aux conclusions du rapport de la délégation des commissions de surveillance (DELSURV), qui a mis en évidence de graves problèmes managériaux et une souffrance accrue du personnel. Enfin, cela s’ajoute au fait que, depuis plus d’un an, Mme la conseillère d’Etat Dittli a multiplié les ruptures de collégialité et perdu la confiance du gouvernement comme de l’ensemble des partis politiques représentés au Grand Conseil. Dans ces conditions, pour la sérénité de nos institutions, le groupe socialiste considère que nous sommes arrivés à un point de non-retour. La démission est la seule issue.

Mme Florence Bettschart-Narbel (PLR) —

Le rapport Meylan a exposé des faits accablants et le narratif de Mme Dittli ne résiste pas à ceux-ci. On voit qu’un système de mensonges a été mis en place, cela a été souligné tout à l’heure. Néanmoins, il est vrai que le Grand Conseil n’a aucune compétence pour demander la démission de Mme Dittli. Le Conseil d’Etat n’en a pas non plus. La justice non plus. La seule personne pouvant prendre cette décision est la conseillère d’Etat elle-même. Le PLR considère, dès lors, qu’il s’agit de la responsabilité de la conseillère d’Etat et de la responsabilité de son parti de prendre les décisions qui s’imposent, mais que ce n’est pas à notre Grand Conseil de pousser à cette démission. Le groupe PLR, dans sa grande majorité, s’abstiendra donc sur cette résolution au moment du vote.

M. Cédric Weissert (UDC) —

Dans sa très large majorité, le groupe UDC s’abstiendra sur cette résolution, non pas sur le fond, mais sur la forme. Sur le fond, le groupe UDC a pu s’exprimer via son communiqué de presse : la situation est grave et la confiance semble désormais rompue avec Mme Dittli. L’attitude et le manque de respect envers le travail effectué par la DELSURV sont indéfendables et inappropriés.

Sur la forme, le Grand Conseil n’a aucun pouvoir sur l’avenir politique de Mme Dittli. Elle seule peut décider de se mettre en retrait ou de quitter son poste. Cette résolution est donc un vœu pieux, et demeure très politique à moins d’une année des élections générales de 2027. Notre groupe attend maintenant la prise de parole du Conseil d’Etat, qui doit dire si les six membres restants s’estiment capables de travailler avec Mme Dittli pour les mois restants ou si tel n’est pas le cas. C’est ce même Conseil d’Etat qui peut décider d’une répartition différente des dicastères. C’est donc à lui de prendre ses responsabilités pour mettre un terme à ce cirque que nous vivons depuis plusieurs mois. Cette résolution reporte cette charge sur le Grand Conseil et ce n’est pas notre rôle. Chacun devant assumer le sien – le nôtre ayant été assumé via la mise en place de la DELSURV – il est désormais aussi souhaitable d’entendre le parti du Centre sur sa position envers sa ministre et de connaître rapidement ses intentions pour 2027, ce qui nous permettra de savoir si la sortie de crise est proche. Vous l’aurez compris, nous sommes atterrés par le fond de cette histoire et l’image qu’elle donne de notre canton, mais il est désormais nécessaire que le Conseil d’Etat trouve lui-même une issue à cette histoire.

M. Jerome De Benedictis (V'L) —

Madame la conseillère d’Etat Dittli, diverses polémiques ont émaillé le fonctionnement du Conseil d’Etat. Citons votre lieu de résidence et vos déménagements ; alors que beaucoup demandaient votre démission, nous ne l’avons pas demandée. La question polémique du doctorat ; alors que beaucoup demandaient votre démission, nous ne l’avons pas demandée. La gestion du bouclier « pascal » et des démarches entreprises pour tenter de régler la question ; alors que beaucoup demandaient votre démission, nous ne l’avons toujours pas demandée. Cependant, le temps de vous soutenir est bel et bien révolu. Le dégât d’image a atteint son paroxysme, le jour où vous avez puisé dans la caisse publique pour régler vos affaires personnelles. Ce jour-là, vous avez franchi la ligne rouge, la ligne du bien commun, la ligne de la séparation entre argent privé et argent des Vaudoises et des Vaudois.

Aujourd’hui, le canton de Vaud est devenu la risée de la Suisse entière. Nous qui osions croire que cette palme revenait à nos voisins du bout du lac – à une différence près, et elle est de taille : le conseiller d’Etat mis en cause chez eux a eu l’honnêteté de démissionner et de s’en remettre à la décision du peuple. Lui, au moins, a assumé les conséquences de ses inconséquences.

Notre canton mérite mieux que des scandales à répétition. Notre Parlement a le droit – que dis-je, il a le devoir – de siéger face à un Conseil d’Etat qui assume ses erreurs, plutôt que de les noyer dans le silence et la manœuvre, comme vous avez si souvent su le faire. Être conseillère d’Etat, ce n’est pas servir ses propres intérêts, ni construire sa visibilité, ni mettre des lunettes noires en conférence de presse, ni offrir une vitrine à son parti. Être conseillère d’Etat, c’est servir son canton, uniquement le canton. Vous l’aviez promis en prêtant serment, vous n’avez pas tenu cette promesse. Trahir votre promesse, vos électrices et électeurs – trahir la confiance placée en vous – est la faute la plus grave que vous pouviez commettre. Le parti vert’libéral estime qu’il est grand temps de prendre vos responsabilités, auxquelles vous semblez souvent vouloir vous dérober.

Mme Elodie Lopez (EP) —

Le groupe Ensemble à Gauche et POP se joint à l’appel formulé dans cette résolution à l’attention de Mme la conseillère d’Etat Valérie Dittli. Une partie de ce groupe avait déjà demandé sa démission avant la publication du rapport Meylan. Nous avons pris connaissance des graves irrégularités et manquements dans la gestion de la conseillère d’Etat mis en évidence par ce rapport : confusions, mensonges, engagement de fonds publics sans l’accord du Conseil d’Etat et sans pièces justificatives, mandats octroyés de manière obscure avec des contreparties disproportionnées. Ces éléments convergent vers une conclusion préoccupante : les intérêts personnels semblent avoir primé sur ceux de l’Etat, tout comme les arrangements avec la réalité.

Cette situation est indigne d’une telle fonction, d’autant qu’il n’existe aucun mécanisme de sanction susceptible d’être activé. Il appartient donc aux personnes concernées de prendre les mesures qui s’imposent, et à la population – qui élit son gouvernement – de se rappeler, lors des élections, qu’elle est souveraine pour choisir les personnes les plus adéquates aux postes. Nous sommes les représentantes et représentants de la population dans ce Parlement, ce qui légitime notre appel aujourd’hui. Mais nous attendons les élections de 2027, où ces éléments devront bien être gardés en mémoire.

Dans ce dossier, nous tenons cependant à rappeler une chose : l’origine du conflit entre Mme Dittli et la Commission foncière rurale (CFR), qui a donné lieu aux dysfonctionnements relevés dans le rapport Meylan, met le doigt sur un problème politique sérieux – comme l’était le bouclier fiscal – celui d’éléments relevés à plusieurs reprises dans ce Parlement par notre collègue Mathilde Marendaz, notamment via son postulat « Pour que la Commission foncière rurale reste au service des paysannes », qui interrogeait la transparence, les potentiels conflits d’intérêts et les modalités de décision de ladite commission. La Commission de gestion s’était également penchée sur cette problématique. Nous pensons que les dysfonctionnements relevés dans ce rapport mettent en danger le bon fonctionnement de l’Etat et de nos travaux, et qu’ils ternissent la confiance de la population envers nos institutions et l’image du canton. Ces dysfonctionnements doivent donc être pris au sérieux et ils légitiment notre demande d’aujourd’hui. Mais nous devons veiller à ce que ces événements ne fassent pas écran sur les problèmes de fond également relevés par Mme la conseillère d’Etat. Il n’est pas question d’oublier ces problématiques à l’origine de ce dossier. Nous tenons à ce que ce sujet soit pris au sérieux et attendons fermement les réponses au postulat de Mme Marendaz.

M. Romain Pilloud (SOC) —

L’exemplarité est un chemin exigeant. Elle demande notamment de reconnaître ses erreurs, d’assumer ses responsabilités et de placer l’intérêt général au-dessus de sa propre défense. Mais ce chemin, Mme Dittli ne l’a pas emprunté. Elle a préféré prendre la sortie de secours, celle du déni, de la communication personnelle et du refus obstiné d’assumer. Avec Mme Dittli, c’est toujours la faute des autres. Quand ses explications changent au fil des jours, des semaines et des mois, ce n’est pas sa faute. Quand son management a des conséquences graves sur la santé de ses collaboratrices et collaborateurs, ce n’est pas sa faute. Quand on découvre que des mandats douteux auraient été octroyés dans un contexte de retrait de plainte, ce n’est toujours pas sa faute.

Le problème est qu’une conseillère d’Etat censée servir l’Etat est devenue à elle seule un facteur permanent de crise. Mme Dittli porte une responsabilité personnelle dans la dégradation du lien de confiance entre les institutions et la population, dans le temps parlementaire perdu à traiter une énième affaire, une énième conférence de presse, une énième communication de défense personnelle. Pendant ce temps, les Vaudoises et les Vaudois attendent des réponses sur des sujets qui comptent. Aujourd’hui, nous sommes encore contraints de parler de Valérie Dittli. Disons-le clairement : aucune de ces affaires n’a permis aux Vaudoises et aux Vaudois de mieux vivre. Elles n’ont produit qu’une seule conséquence : de la défiance. 

Sa jeunesse n’est pas une carte joker. Nous sommes nombreuses et nombreux à être jeunes en politique. Nous apprenons, nous commettons parfois des erreurs, puis nous progressons. Mais nous ne nous servons pas de notre âge comme d’un bouclier pour échapper à nos responsabilités. L’image que renvoient ces affaires est désastreuse pour toute une génération engagée en politique, qui travaille sérieusement, respecte les institutions et sait que la responsabilité n’attend pas le nombre des années.

Aujourd’hui, Mme Dittli ne dispose plus de la légitimité politique nécessaire pour poursuivre son mandat. Le Parti socialiste soutient donc cette résolution et demande clairement sa démission. Notre liberté de la demander, nous l’avons – elle est pleine et entière. Et s’il est encore nécessaire de le rappeler : toutes les résolutions ne sont que des vœux pieux à destination de celles et ceux qui veulent bien les entendre, si possible les écouter.

M. David Raedler (VER) —

L’heure est malheureusement grave et il n’est pas temps de se défausser. Je vous rappelle respectueusement que l’article 91 de la Constitution précise explicitement que le Grand Conseil est l’autorité suprême du canton et exerce à ce titre la haute surveillance sur l’activité du Conseil d’Etat. Nous ne devons pas nous défausser au motif que nous n’aurions pas la compétence d’exiger la démission de Mme Dittli. Evidemment, nous n’avons pas cette compétence, mais nous avons la compétence – et le devoir – de la demander. Nous ne pouvons pas non plus nous défausser en renvoyant la seule responsabilité au Conseil d’Etat in corpore, car appeler le Conseil d’Etat à prendre lui-même ses responsabilités ne va pas plus loin que de dire que nous n’aurions nous-mêmes aucune responsabilité. Mes chers collègues, nous sommes le pouvoir suprême, non le Conseil d’Etat. C’est donc à nous de faire passer le message quand un membre du Conseil d’Etat ne fonctionne plus, et non au Conseil d’Etat lui-même.

Evidemment, la résolution est symbolique, la demande est symbolique, le pouvoir de notre Grand Conseil en la matière est symbolique, mais le message, lui, ne l’est pas. Et la problématique réelle à laquelle notre canton et nos institutions sont confrontés n’est de loin pas symbolique.

Bien sûr, la responsabilité de Mme la conseillère d’Etat Dittli elle-même – et de son parti – reste entière. Nous attendons encore cette prise de responsabilité. Je vous rappelle que Simone de Beauvoir avait dit : « Une absurdité responsable d’elle-même, voilà ce que je suis. » Nous aimerions bien voir en Mme Dittli une absurdité responsable d’elle-même, telle Simone de Beauvoir. En attendant, c’est à nous de prendre nos responsabilités de Grand Conseil et d’utiliser notre pouvoir suprême en demandant sa démission. Nous avons aujourd’hui la possibilité de faire enfin passer un message fort – et, nous l’espérons, unanime – face à une situation intolérable. Si nous ne le faisons pas, nous trahissons notre propre pouvoir d’autorité suprême et donnons un blanc-seing à un fonctionnement qui ne nous convient pas.

Mme Mathilde Marendaz (EP) —

Ma collègue l’a dit : avec Ensemble à Gauche, nous avions déjà appelé à la démission de Mme Dittli en janvier, à la suite du rapport catastrophique de la DELSURV sur la question de la demande illégale d’annulation de taxations au profit de contribuables très fortunés bénéficiant du bouclier « pascal ». Nous avions également pointé la souffrance au sein de l’administration. Nous pointions des faits accablants à la charge de Mme Dittli, tout en signalant qu’il serait grave que ce problème masque les problématiques de fond liées à l’alliance de droite majoritaire, notamment les pratiques et politiques fiscales illégales de son prédécesseur, M. Broulis. La mauvaise application du bouclier fiscal s’est déroulée en mains du PLR. Nous rappelons également le refus de l’alliance de droite d’instituer une commission d’enquête parlementaire sur ce dossier, comme nous le demandions.

La situation nous semble assez similaire aujourd’hui, car ce qui a été révélé par le rapport Meylan est inacceptable. Mais en tant que lanceuse d’alerte sur les problématiques liées à la CFR – dont le fonctionnement opaque et les conflits d’intérêts de son ancien président en défaveur des intérêts des paysans avaient été jusqu’alors passés sous silence – force est de reconnaître que ces problèmes ont finalement été pris au sérieux à travers les recours du département contre les décisions de la CFR, prises à l’encontre du droit foncier rural en raison de différents conflits d’intérêts de l’ancien président de la CFR, M. Mathey. C’est ce que le média Blick appelait « l’autre affaire Dittli ». Ces recours et la prise en charge de cette problématique ont malheureusement été gâchés par la gouvernance très problématique révélée par le rapport Meylan – les mandats troubles – mais j’espère vraiment que l’affaire Dittli ne voilera pas ces problématiques de fond, et notamment celle de la CFR.

J’aimerais ajouter un mot en réponse à Mme Bettschart-Narbel, qui estime que ce n’est pas au Grand Conseil de pousser la conseillère d’Etat à la démission et que Mme Dittli devrait faire elle-même ce choix. On peut en douter étant donné les intérêts pratiques liés à sa rente à vie. Néanmoins, dans le cas présent, il faut rappeler que le peuple vaudois a aussi été trahi par une gouvernance problématique. Dès lors, en tant que représentants et élus du peuple, il nous revient de relayer ses préoccupations. Ce peuple voit aujourd’hui ses impôts consacrés au financement de mandats obscurs ou à la couverture d’affaires pénales qui se multiplient dans un contexte de budget d’austérité qui exige désormais du sérieux de la part de ceux qui nous gouvernent.

M. Pierre Zwahlen (VER) —

Je me permets d’aborder cette crise par un autre angle : celui du psychisme. La personne dont nous parlons fait preuve d’une insensibilité particulièrement inquiétante sur ce qui se passe autour d’elle sur le plan humain. Cela entraîne des conséquences sur ses six collègues du Conseil d’Etat, sur son secrétariat général qui dysfonctionne, sur toutes celles et tous ceux qui doivent travailler avec elle et sur les partenaires des dossiers dont elle a la charge.

Dans ces conditions, force est de reconnaître que les appels à la démission – que je soutiens pleinement – n’ont guère d’effet. Il est donc envisageable que nous devions continuer à travailler avec Mme Valérie Dittli jusqu’au 30 juin de l’année prochaine, soit encore quatorze mois. C’est long. Et les dysfonctionnements, tout comme les détresses des personnes qui la côtoient, s’aggravent. Il nous faut donc trouver une solution – et c’est un appel aux six membres du Conseil d’Etat les plus directement concernés. La résolution parle de « mise à l’écart », il s’agit de voir sous quelle forme il existe une jurisprudence dans ce domaine. Je sais qu’il y a de la ressource dans les services de l’Etat pour élaborer un tel dispositif permettant de limiter les dommages humains. 

D’autres cantons ont connu des situations similaires – l’affaire Maudet à Genève ou l’affaire Hainard dans le Jura – et ont trouvé des solutions. Nous ne sommes pas un cas extraordinaire, mais nous devons trouver une solution immédiate qui nous permet de cohabiter si la personne continue à résister aux appels à la démission, comme elle le fait actuellement, si j’ai bien compris dans l’optique de toucher sa pension à vie. Cela va beaucoup trop loin et il faut trouver une solution qui nous libère de cette pesanteur qui empêche partiellement nos institutions de fonctionner.

Mme Florence Gross (PLR) —

Où êtes-vous, madame Dittli ? Devant une caméra, devant un micro, en préparation d’un énième post pour vos réseaux sociaux ? Où êtes-vous ? Nous avons traité le rapport de la DELSURV il y a quelques mois dans ce plénum. Nous sommes nombreux à avoir posé des questions. Nous, parlementaires, méritions des réponses : nous ne les avons pas eues. Ce rapport de la DELSURV reposait sur des faits, tout comme le rapport Meylan repose sur des faits.

Où êtes-vous, madame Dittli ? Vous avez, comme Mme Baux l’a rappelé ce matin, accusé notre rapport d’être de mauvaise foi, non objectif, voire erroné – alors même qu’il a ouvert des portes confirmées aujourd’hui par de nouveaux faits. Vous l’accusez à nouveau d’être de mauvaise foi sous prétexte de persécution.

Où êtes-vous, Mme Dittli, devant nous, 150 députés ? Devant vos six collègues du Conseil d’Etat ? Devant le Ministère public, qui a aujourd’hui autre chose à faire ? Pour le respect de nos institutions, pour le respect de notre population, pour le respect de notre canton, il est grand temps de montrer que vous assumez votre responsabilité – un terme que j’ai beaucoup entendu aujourd’hui. Vous ne souhaitez pas répondre, vous souhaitez dire que nous faisons tous fausse route et que vous seule avez raison. On n’a jamais raison tout seul. Je vous demande de respecter vos collègues du Conseil d’Etat, de respecter le Ministère public, de nous respecter, nous, 150 députés, et de prendre vos responsabilités.

M. Jean-Daniel Carrard (PLR) —

Le Conseil d’Etat est censé répondre en trois mois à une résolution du Grand Conseil. C’est à la fois très long et très court. Cette résolution et son temps de traitement serviront-ils réellement à faire avancer la question ?

Je suis d’accord avec vous : le rapport Meylan est visiblement à charge. Je rappelle qu’une enquête du Ministère public est en cours et j’espère qu’il se déterminera dans les meilleurs délais. J’aimerais quand même relever en passant que l’affirmation de Mme la députée Marendaz concernant M. Broulis n’a pas sa place ici sans étayage.

Pour revenir à la résolution, je partage le sentiment de Mme Gross et d’autres : il manque des réponses, des prises de position et des explications de Mme Dittli. C’est pour cela que nous nous trouvons dans cette situation désagréable. Pour ma part, je ne soutiendrai pas cette demande de démission, car cette décision lui appartient. Néanmoins, qu’elle démissionne ou non, elle doit s’expliquer sur toutes ces interrogations qui restent ouvertes. Même si je comprends les démarches entreprises par la gauche de l’hémicycle, je m’abstiendrai lors du vote sur cette résolution.

M. Philippe Jobin (UDC) —

Cela fait quelques années que je fais de la politique et j’ai traversé des situations délicates – peut-être pas aussi importantes que celle-ci – qui m’ont appris à être prudent et à éviter de faire de la surenchère, particulièrement sur la place publique. Cela peut se retourner contre nous d’une façon ou d’une autre. Par ailleurs, nous vivons tout de même dans un Etat de droit.

Il y a eu le rapport de la DELSURV, puis le rapport Meylan. Maintenant, le Ministère public a été saisi de l’affaire et doit faire son travail ; des audits sont en cours. La justice doit pouvoir travailler sans que notre Parlement ne lui souffle ses conclusions avant même qu’elle instruise. Ce serait une faute institutionnelle importante que de confondre la pression politique avec la vérité judiciaire.

Mesdames les conseillères d’Etat présentes, je n’aimerais pas être à votre place, ce ne doit pas être simple de travailler dans cet état d’esprit, surtout face aux défis financiers et autres auxquels le canton doit faire face. Vous avez toute ma sympathie.

Ce que nos concitoyennes et concitoyens attendent de nous, ce n’est pas le spectacle d’une exécution en place publique. C’est la garantie que nos institutions tiennent, que le canton de Vaud fonctionne, que le Conseil d’Etat, malgré la crise, continue à gérer les affaires courantes avec sérieux – ce que je crois. Ma position est claire : oui aux conséquences, oui à la responsabilité politique, mais dans le calme, dans le respect des procédures et sans transformer cette enceinte en tribunal d’opinion. 

Quant à Mme Dittli, elle doit tirer les conclusions qui s’imposent. Pour ma part, je lui laisse cette responsabilité. Si elle ne le fait pas, les urnes de 2027 et la justice parleront. Je m’abstiendrai donc sur cette résolution, tout en comprenant la démarche d’une partie de l’hémicycle sur la fin du règne Dittli.

M. Guy Gaudard (PLR) —

J’entends la mise au pilori de Mme la conseillère d’Etat Dittli, mais j’ai quelques remarques à formuler. Je me souviens de l’affaire Porchet et du lynchage médiatique et politique dont il a été victime. Je rappelle qu’il s’agit de l’ancien secrétaire de la Fondation de Beaulieu, accusé à tort de détournement de fonds pour 27 millions de francs, de conflits d’intérêts, de faux dans les titres et j’en passe. Il a été blanchi à deux reprises et, malgré une résolution votée par ce Grand Conseil il y a un an, il n’a toujours pas reçu de réhabilitation de la part du Conseil d’Etat.

Pour en revenir à l’affaire qui concerne Mme Dittli, un élément me préoccupe : M. Jean-Claude Mathey, ancien président de la CFR, a reçu un mandat de 10’000 francs signé par Mme Dittli afin, semble-t-il, qu’il retire la plainte qu’il avait déposée à l’encontre de la conseillère d’Etat pour abus d’autorité et calomnie. Cela me semble tellement dérisoire que j’ai beaucoup de peine à comprendre les raisons pour lesquelles M. Mathey a accepté une si faible contrepartie, alors même qu’il aurait été victime d’abus d’autorité et de calomnie. Il me semble qu’il manque des pièces à ce puzzle, mais elles ne sont malheureusement pas dans ma poche. Je reste donc très circonspect sur cette affaire à 10'000 francs, que je trouve très étrange, et je n’aimerais pas que l’affaire Dittli devienne une deuxième affaire Porchet. C’est pourquoi je m’abstiendrai lors du vote.

Mme Ariane Morin (VER) —

Deux précisions. Tout d’abord, cette résolution n’est pas un jugement ni une mise au pilori : c’est le vœu que Mme Dittli prenne ses responsabilités. Il est intéressant de noter que dans les différents parlements cantonaux qui ont introduit le droit de révoquer un conseiller ou une conseillère d’Etat – un droit qui n’existe pas dans le canton de Vaud – le critère décisif retenu est celui de la perte de confiance. Nous sommes précisément dans cette situation. Je vous invite, si ce n’est pas encore fait, à lire le rapport Meylan : il est édifiant, pour dire le moins. Pour ceux d’entre vous qui auraient une culture latine, je ne peux m’empêcher d’évoquer la Première Catilinaire : quousque tandem abutere, Valeria, patientia nostra ?

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est close.

La résolution est adoptée par 72 voix contre 5 et 58 abstentions.

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