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25_RES_16 - Résolution Florence Bettschart-Narbel et consorts au nom PLR, UDC et Verts libéraux - Résolution : pour un Grand Conseil qui siège sans intimidation et violences.

Séance du Grand Conseil du mercredi 3 décembre 2025 (sans fin, si nécessaire), point 5 de l'ordre du jour

Texte déposé

Le débat budgétaire est un moment institutionnel central de la vie démocratique. Lors de la séance du mardi 2 décembre, des manifestants ont entravé l’accès et la sortie du Grand Conseil, ont pris à partie plusieurs députées et députés, les ont insultés, bousculés. Certains élus ont même été agressés physiquement. Les manifestants ont créé un climat d’intimidation inacceptable autour de la salle du Grand Conseil.

 

Ces comportements portent atteinte non seulement aux personnes visées, mais également à la dignité de l’institution parlementaire et à la liberté du débat démocratique.

 

Par la présente résolution, le Grand Conseil condamne fermement les actes d’intimidation, de pression et de violence, qui ne sauraient être tolérés dans un État de droit.

 

Il rappelle que la liberté de manifester est garantie, mais qu’elle ne permet en aucun cas de s’en prendre aux élues et élus ou d’entraver l’exercice de leur mandat.

 

Le Grand Conseil invite le Bureau du Grand Conseil à prendre les dispositions nécessaires pour garantir, lors des prochaines séances, des conditions de sécurité permettant aux députées et députés de siéger sans intimidation et violences.

Liste exhaustive des cosignataires

SignataireParti
Nicolas BolayUDC
Romain BelottiUDC
Maurice GayPLR
Cédric WeissertUDC
Alain CornamusazUDC
Carole SchelkerPLR
Bernard NicodPLR
Guy GaudardPLR
Georges ZündPLR
Laurence CretegnyPLR
Denis DumartherayUDC
Nicolas SuterPLR
Marc MorandiPLR
Quentin RacinePLR
Monique HofstetterPLR
François CardinauxPLR
Valentin ChristeUDC
Alexandre BerthoudPLR
Maurice NeyroudPLR
Thierry SchneiterPLR
Marion WahlenPLR
Loïc SaugyPLR
Michael WyssaPLR
Loïc BardetPLR
Jean-Rémy ChevalleyPLR
Jean-François ThuillardUDC
Olivier AgassisUDC
John DesmeulesPLR
Philippe GermainPLR
Pierre-André RomanensPLR
Michael DemontUDC
Pierre-Alain FavrodUDC
Aliette Rey-MarionUDC

Documents

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La résolution étant accompagnée de 33 signatures, le président ne demande pas l’appui de 20 membres.

Mme Florence Bettschart-Narbel (PLR) —

Le débat budgétaire est un moment institutionnel central de la vie démocratique. Lors de la séance du mardi 2 décembre, des manifestants ont entravé l’accès à la sortie du Grand Conseil, ont pris à partie plusieurs députées et députés, les ont insultés ou bousculés. Certains élus ont même été agressés physiquement. Les manifestants ont créé un climat d’intimidation inacceptable autour de la salle du Grand Conseil. Ces comportements portent atteinte non seulement aux personnes visées, mais également à la dignité de l’institution parlementaire et à la liberté du débat démocratique. 

Par la présente résolution, le Grand Conseil condamne fermement les actes d’intimidation, de pression et de violence qui ne sauraient être tolérés dans un Etat de droit. Il rappelle que la liberté de manifester est garantie, mais qu’elle ne permet en aucun cas de s’en prendre aux élues et élus ou d’entraver l’exercice de leur mandat. Le Grand Conseil invite le Bureau du Grand Conseil à prendre les dispositions nécessaires pour garantir, lors des prochaines séances, des conditions de sécurité permettant aux députées et députés de siéger sans intimidation ni violence.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est ouverte.

Mme Joëlle Minacci (EP) —

Je vais essayer de bien construire mon propos, parce que nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour nous préparer à cette résolution. Je pense qu’il manque quelque chose dans cette résolution. Evidemment, nous déplorons ces actes d’intimidation et nous regrettons qu’ils aient eu lieu hier soir. En même temps, on ne peut pas condamner ces actes sans relever la responsabilité des autorités cantonales dans une situation où le dialogue n’a pas pu se faire dans les espaces institutionnels où il était censé se faire. Il existe des espaces de négociation entre les syndicats et le Conseil d’Etat. Depuis plusieurs mois, les syndicats relayent les revendications du terrain et des gens qui manifestent, mais cela n’a donné lieu qu’à des négociations de façade que les syndicats dénoncent comme des non-négociations. Plus de 20’000 personnes qui ont manifesté depuis le 2 octobre, mais il n’y a eu aucune négociation ouverte, aucun chemin ouvert. La seule réponse que nous avons obtenue de la droite est « Laissez le Parlement travailler. » (Réactions.) Je suis désolée : il y a des gens dont les conditions matérielles de travail et les conditions matérielles de vie sont impactées par des décisions politiques. C’est la raison pour laquelle les syndicats demandent des négociations. 

Ce qui me dérange profondément, c’est que des discussions qui devraient se faire au niveau du Conseil d’Etat et des syndicats, en raison de l’absence de négociation, relèvent maintenant de la responsabilité du Grand Conseil dans le cadre du budget. Ces discussions ne devraient pas avoir lieu à ce niveau. Madame la présidente du Conseil d’Etat, j’aimerais vous rappeler qu’en tant que Conseil d’Etat, vous êtes aussi garants de la paix sociale et qu’il existe des outils de désamorçage qui peuvent être utilisés en amont. Je l’ai déjà dit : nous déplorons ce qui s’est passé hier, mais en même temps, nous trouvons que le Conseil d’Etat a la responsabilité de négocier avec les syndicats lorsqu’il y a des demandes et des mobilisations aussi fortes.

M. Romain Pilloud (SOC) —

Evidemment, il est toujours compliqué de prendre position sur une résolution qui sort de nulle part et qui évoque un certain nombre de choses, sans nuance. J’avais aussi demandé à faire une intervention personnelle. Je ne pense pas qu’une résolution était nécessaire. Le parti socialiste n’a cessé de soutenir les manifestantes et manifestantes, leurs revendications, leurs verbes. Nous comprenons les colères et les craintes – personnelles et collectives – de voir les services publics menacés, des salaires stagner ou baisser. Notre engagement consiste aussi à porter ces revendications dans l’enceinte du Parlement. Être rude dans les critiques, c’est un droit. Manifester jusqu’aux portes du Parlement, c’est un droit. Les lieux de décision du pouvoir sont des lieux à la symbolique forte, et contrairement à d’aucuns, le parti socialiste considère que la présence de la rue est nécessaire, que le droit de manifester, de se réunir et de lutter fait partie des droits fondamentaux de notre système démocratique. 

En revanche, hier soir, il y a eu des incidents dus à quelques individus. Le parti socialiste vaudois les condamne fermement. Aucune violence, aucune menace de quelque nature que ce soit ne saurait être tolérée ou justifiée. Une telle situation ne peut pas – et ne doit pas – se reproduire, et ce, peu importe la personne en étant l’auteur. Les voix peuvent et doivent porter au-delà des portes et au travers des murs du château et du Grand Conseil, mais dans le respect de l’intégrité de chacune et de chacun. A ce titre, le parti socialiste appelle les manifestantes et manifestants à poursuivre le mouvement dans le respect et la dignité – comme ils le font déjà pour l’essentiel. Cet appel au respect vaut évidemment dans les deux sens. Pour nous, il est aussi très important de le rappeler dans le contexte actuel. Evidemment, l’ouverture à des discussions et des négociations salariales est aussi de nature à apaiser la situation. A ce titre, cet élément aurait probablement pu être également relevé dans la résolution. 

En conclusion, la demande contenue à la fin de la résolution est pour moi sans objet, puisque le Bureau du Grand Conseil applique déjà ce qui est demandé, à savoir d’assurer la sécurité du personnel du Parlement et des élus. Il me semble que l’on peut remercier le Bureau pour les mesures constructives déjà prises. Pour moi, tel qu’elle est rédigée actuellement, cette résolution n’apporte pas d’élément à même d’améliorer ou de changer la situation.

M. Loïc Bardet (PLR) —

Naïvement, j’ai toujours pensé que j’avais de la chance de vivre dans un pays où les conseillers fédéraux peuvent prendre le train avec l’ensemble de la population, où le sens du compromis est valorisé et non pas vilipendé, où les mots que l’on utilise correspondent vraiment à ce qu’ils veulent dire. Un pays où, quelle que soit l’intensité des débats – et même si l’on ne reste pas d’accord – on peut se serrer la main et continuer à se parler à la fin. Malheureusement, je dois dire qu’hier soir, alors que je me faisais exfiltrer du Grand Conseil pour l’unique raison d’être un élu du peuple, cette conviction en a pris un coup. Lors des discours du 1er août, nous mettons souvent en avant le fait que la Suisse est l’un des rares pays à ne pas avoir connu la guerre depuis plus de 150 ans. Une autre particularité helvétique est que nous vivons depuis lors – et sans discontinuité – dans un système démocratique et libre. Cet héritage reste toutefois fragile et nécessite de faire preuve de responsabilité. 

J’avoue donc ma déception quand, après s’être fait chahuter, un collègue député ne condamne pas l’agression physique en tant que telle, mais le fait que l’on s’en soit pris à lui – en sous-entendant qu’un député UDC ou PLR l’aurait bien mérité. Il en va de même lorsqu’un parti politique représenté au Bureau du Grand Conseil appelle à l’encerclement du Parlement, afin que, je cite : « La classe travailleuse soit écoutée de gré ou de force. » Enfin, je m’inquiète qu’après plusieurs agressions physiques avérées, un représentant syndical glisse à la presse : « L’idée était de mettre un peu de pression aux députés, je crois que nous avons réussi. » 

Il serait malheureux que les images des débats politiques dans nos pays voisins – voire même de la prise du Capitole, en janvier 2024 – puissent un jour devenir la normalité chez nous. La journée d’hier est passée et nous n’allons pas refaire l’histoire. En revanche, nous avons encore cinq bonnes journées devant nous et il s’agit de nous montrer dignes de la tâche qui nous a été confiée par le peuple vaudois. Cela signifie que, d’ici le 17 décembre au soir, nous aurons débattu probablement avec intensité, que nous aurons peut-être trouvé des solutions et voté un budget, mais surtout que nous serons tous sortis normalement et sans heurt par la porte principale du Grand Conseil en nous souhaitant de belles fêtes de fin d’année.

M. Jerome De Benedictis (V'L) —

Je crois que la résolution déposée aujourd’hui prévoyait simplement de condamner des violences, mais le débat qui s’engage va beaucoup plus loin. Je pense qu’il est temps d’y mettre un terme et je propose une motion d’ordre pour passer directement au vote sur cette résolution.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Cette demande est appuyée par au moins 20 membres.

La discussion sur la motion d’ordre est ouverte.

M. Sébastien Cala (SOC) —

Au nom du groupe socialiste, j’aurais souhaité déposer un amendement sur cette résolution. Je vous encourage donc à refuser cette motion d’ordre pour pouvoir continuer le débat.

M. Philippe Jobin (UDC) —

Je m’oppose également à cette motion d’ordre. Nous sommes les représentants du peuple. Hier, nous avons subi quelque chose d’absolument anormal : l’institution du Grand Conseil a été attaquée et vous proposez une motion d’ordre pour passer à l’étape suivante… Je ne comprends pas très bien les Vert’libéraux. Si tout le monde est d’accord avec cela, j’ai un doute sur la démocratie et les institutions. Personnellement, je refuserai cette motion d’ordre.

M. Xavier de Haller (PLR) —

Je m’étonne aussi de cette volonté de déposer une motion d’ordre pour interrompre le débat. Les événements qui se sont passés hier soir sont non seulement graves, mais également inquiétants. Je pense que, si nous voulons poursuivre nos débats sur le budget avec sérénité et si nous voulons pouvoir nous exprimer et défendre les différentes positions légitimes qui sont les nôtres, il est important que tout le monde puisse s’exprimer non seulement sur la résolution, mais également sur les suites que le Parlement attend de cette affaire. Je vous invite donc à refuser cette motion d’ordre et à poursuivre le débat.

Mme Christelle Luisier Brodard (C-DFTS) — Présidente du Conseil d’Etat

Au nom du Conseil d’Etat, j’aimerais tout d’abord remercier M. le président du Grand Conseil pour ses propos, ainsi que les quelques députés qui se sont exprimés pour défendre nos institutions, pour défendre le débat démocratique, pour défendre notre culture politique fondée sur le dialogue. Je vous disais hier : « Peu importe que le débat soit dur, pourvu qu’il soit clair et loyal. » C’est d’ailleurs la formule lue à toutes les personnes qui obtiennent la nationalité suisse lors de la cérémonie de naturalisation. C’est une formule que reprend très souvent le Conseil d’Etat : nul doute que nous ne sommes pas toujours d’accord, mais peu importe, pourvu que le débat soit clair et loyal. 

Dans ce contexte, les actes de violence sont intolérables. Le débat doit se faire de manière respectueuse et, si l’émotion politique est bien normale au sein de nos institutions, elle ne saurait s’exonérer des règles élémentaires de respect des opinions, de respect des femmes et des hommes politiques. J’aimerais simplement signaler à Mme Minacci qu’hier, une de nos collègues a été menacée « de se faire planter ». Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec ces manifestations. Je ne remets évidemment aucunement en cause le droit de manifester et le droit d’avoir des opinions différentes, mais je suis atterrée que l’on puisse en arriver là. 

Dans ce contexte du respect du dialogue et de la préservation de l’intérêt général, j’aimerais ajouter quelques éléments sur nos processus démocratiques. Notre processus démocratique est fait de séquences qui sont ancrées dans la Constitution, dans la Loi sur le Grand Conseil et dans l’ensemble de ce qui fait notre Etat de droit. Nous avons toutes et tous nos responsabilités à porter ; c’est une responsabilité collective. Le Conseil d’Etat n’est pas une seule personne, c’est un Conseil d’Etat. De son côté, le Parlement doit aussi assumer ses responsabilités, dont celle de voter – ou de refuser – un budget. Cela fait partie de vos compétences, et ces dernières s’accompagnent d’une responsabilité. 

Le Conseil d’Etat a préparé un budget. Il a discuté avec différents partenaires, dans une séquence qui était courte. Nous avons d’ailleurs aussi reconnu que cette séquence était courte pour mener des consultations extrêmement fortes, mais nous avons discuté. Nous avons discuté avec les communes, avec les hôpitaux et avec les syndicats, à deux reprises. Les syndicats ont refusé toute entrée en matière. Par la suite, nous avons arrêté un budget, mais ce budget n’est pas décidé, c’est une proposition qui est faite au Grand Conseil. Dans ce cadre, effectivement, le travail a été remis aux parlementaires. Néanmoins, cela ne veut pas dire que nous sommes fermés au dialogue. Je l’ai déjà dit hier et je le réaffirme aujourd’hui de manière forte – indépendamment des événements d’hier qui sont intolérables. Je vais être encore plus précise, avant les débats d’entrée en matière, j’ai pris contact avec les responsables des groupes politiques, non pas à titre individuel, mais au nom du Conseil d’Etat, pour dire que le dialogue était toujours ouvert, qu’il s’agissait de trouver un chemin, et que ce chemin devait être trouvé ensemble, même si aujourd’hui le projet de budget n’est plus entre les mains du Conseil d’Etat. Il est entre vos mains, mesdames et messieurs. Encore une fois, le Conseil d’Etat est ouvert au dialogue pour toutes les séquences de ce budget : aujourd’hui pour le premier débat, mais aussi pour le deuxième ou le troisième débat dans les semaines à venir. L’objectif est de préserver nos institutions et de défendre l’intérêt général. L’objectif, c’est d’avoir un budget à la fin de cette année, non pas uniquement pour des raisons financières, mais parce que, d’un point de vue institutionnel, cela relève de notre responsabilité collective. Dans ce contexte, le Conseil d’Etat est à vos côtés pour trouver un chemin, mais d’une manière respectueuse, fondée sur un dialogue qui peut être dur, peu importe, pourvu qu’il soit clair et loyal. (Applaudissements.)

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La motion d’ordre est refusée par 103 voix contre 16 et 12 abstentions.

Mme Josephine Byrne Garelli (PLR) —

Que les syndicats aient actuellement des revendications, c’est leur travail. Historiquement, les syndicats ont fait énormément pour faire évoluer les conditions de travail des ouvriers et des employés dans le monde entier. Néanmoins, hier soir, nous avons assisté à des comportements qui n’ont jamais fait partie de la culture vaudoise. A entendre les slogans des manifestants, j’avais l’impression d’assister à une forme d’attisement de la haine. Des députés – de tous bords, d’ailleurs – ont été chahutés par les manifestants à leur sortie et ont parfois dû être accompagnés par des gendarmes pour pouvoir se frayer un chemin à travers la foule. Les syndicats ont aussi un rôle à jouer pour retrouver le chemin vers un apaisement de la situation. A titre personnel, je déplore fermement les conditions dans lesquelles certains de nos collègues ont dû se frayer un chemin hier soir avec l’aide des gendarmes. Ce n’est pas digne de notre canton.

M. Kilian Duggan (VER) —

En préambule, je souhaite affirmer que les Verts condamnent la violence sous toutes ses formes, peu importe le bord d’où elle vient. Néanmoins, il est vrai que nos débats budgétaires qui se sont ouverts hier sont scrutés par la population, par la fonction publique, par nos partenaires et par toutes celles et tous ceux qui font fonctionner l’Etat. Cette année en particulier, les mesures d’économie proposées suscitent des mobilisations importantes. Ces dernières ne tombent pas du ciel, elles trouvent leur origine dans un profond manque de dialogue – qui va manifestement être ouvert à nouveau – entre le gouvernement et la fonction publique. Quand celles et ceux qui font tourner nos écoles, nos hôpitaux, nos services sociaux ont le sentiment de ne pas être écoutés, la contestation devient inévitable. 

Je souhaite rappeler ici que le droit de grève et le droit de manifester sont inscrits dans notre Constitution et qu’à ce titre, ils doivent être pleinement respectés et protégés. Dans ce cadre, nous n’avons rien à redire au fait que la population se mobilise et fasse entendre sa voix. En revanche, le Parlement – qui doit être à l’écoute des revendications et des attentes de chacune et chacun – ne peut pas remplir sa mission si les débats sont empêchés, troublés ou pris à partie. Nous enjoignons donc les organisations syndicales, les associations et les collectifs à continuer à montrer leur présence, y compris physiquement, mais à le faire sans attaque ni entrave au travail parlementaire. C’est la condition pour que la confrontation démocratique reste possible et que nous puissions, ensemble, avancer et trouver un chemin.

M. Sébastien Cala (SOC) —

Comme mes collègues Pilloud et Duggan, je condamne la violence sous toutes ses formes. Néanmoins, il me semble que, pour trouver une solution rapide à la crise sociale majeure que nous traversons actuellement, il est nécessaire que les partenaires – le Conseil d’Etat et les syndicats – discutent pour trouver une solution rapide via des négociations. Il me semble que c’est la meilleure solution – qui est entre les mains du gouvernement – pour avancer et pour apaiser le climat social très compliqué dans lequel nous nous trouvons. En ce sens, au nom du groupe socialiste, je dépose l’amendement suivant, en complément de la conclusion de Mme Bettschart-Narbel :

« (Le Grand Conseil) appelle le Conseil d’Etat et les syndicats à dialoguer et à entamer des négociations dans les meilleurs délais. » 

J’espère que cette proposition trouvera un large écho dans ce Parlement. Mme la présidente du Conseil d’Etat l’a dit, mais je rappelle que, dans notre canton, nous avons une tradition du dialogue et que le partenariat social est un fondement de notre pays. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons avancer.

M. Patrick Simonin (PLR) — Premier vice-président

Je ne m’exprimerai pas sur l’amendement, mais sur la résolution, au nom du Bureau à qui cette résolution est adressée. Comme cela a été dit par le président, ces événements sont intolérables. Bien que le Bureau ait anticipé au maximum cette journée d’hier, une fois l’autorisation de cette manifestation donnée par la ville de Lausanne, vous avez pu constater qu’un dispositif conséquent a été mis en place, avec la précieuse collaboration de la Police cantonale. Cela sera également le cas aujourd’hui et lors de nos prochaines séances. Depuis le début de la législature, ce dispositif de sécurité a malheureusement dû évoluer pour s’adapter aux situations qui prennent place dans l’environnement de notre Parlement. Une nouvelle fois, le Bureau en appelle à la responsabilité de tous pour que chacun puisse s’exprimer, mais dans le respect de tous également.

Mme Mathilde Marendaz (EP) —

Je reviens sur la résolution de base et cet amendement. Hier, nous avons entendu un beau collier de perles des plus belles dingueries : 

  • des chiffres sortis de son chapeau par M. Moscheni, démentis par M. Cala avec des sources à l’appui ;
  • le déni complet des coupes et de leurs effets, que ce soit à l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM), où 350 soignants ont dénoncé les conditions de travail délétères sur l’encadrement et le parcours des jeunes migrants, que ce soit dans les hôpitaux ou chez les infirmières dans le milieu scolaire, avec des coupes dans des budgets essentiels ;
  • ou encore le fait de mettre la responsabilité sur la majorité précédente du Conseil d’Etat, alors que l’on sait que M. Broulis a fait perdre un demi-milliard à nos caisses en n’appliquant pas le bouclier fiscal, que c’est durant cette législature que les impôts ont été baissés et que c’est la droite – et une partie de la gauche – qui a soutenu la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III).

Après toutes ces perles, en voici une nouvelle : diaboliser ceux qui manifestent leur colère d’être complètement ignorés – alors que l’on touche à leurs conditions de vie, à nos services publics – par un Conseil d’Etat qui rencontre peut-être, mais qui ne dialogue jamais. On ne peut pas comparer quelques manifestations – qui ont certes débordé – aux fascistes d’extrême droite organisés et armés qui ont pris le Capitole aux Etats-Unis. 

Pour nous – assis bien au chaud, loin de toutes les problématiques sociales des gens qui travaillent et font tourner ce canton tout le reste de l’année – qui prenons des décisions pour l’ensemble de ce canton, il n’est pas habituel de se faire bousculer par la colère qui s’est exprimée devant notre Parlement. Oui, nous déplorons les quelques actes d’intimidation qui ont eu lieu hier, comme les syndicats les déplorent aussi, même si ces quelques actes n’étaient le fait que de quelques personnes isolées au sein d’un mouvement social d’une ampleur historique depuis le 2 octobre. Bien sûr, comme cela a été dit, nous appelons à réfléchir à leurs causes : l’absence de prise en compte de ceux qui vont subir ces coupes. Malgré la déclaration d’intention de Mme Luisier à propos de la volonté de dialogue exprimée hier et aujourd’hui, je trouve qu’une pancarte affichée devant le Grand Conseil résumait très clairement la situation : « Pour parler, il faut être deux. » Nous sommes là. Si le Conseil d’Etat est ouvert au dialogue, qu’il réponde aux syndicats et qu’il organise une rencontre de négociation – et pas uniquement « de vitrine ». Comme le disait une enseignante dans le quotidien 24heures, nous n'avons jamais vu une mobilisation sur le si long terme qui ne perd pas en intensité. Je la cite : « Il faut dire qu’à l’époque, il était peut-être plus simple de discuter avec nos autorités. » Il ne s’agit pas d’organiser une rencontre de façade, mais de discuter pour négocier, notamment sur les conditions de vie et les conditions de travail de ces personnes qui manifestent depuis le 2 octobre. Aujourd’hui, la seule personne qui peut apaiser les choses, c’est la présidente du Conseil d’Etat. 

Diaboliser les manifestants qui exigent des conditions de vie et de travail décentes – plutôt que parler du fond de leurs revendications et d’entamer la négociation – est une stratégie bien connue : celle de la diversion. Aussi, nous appelons le Conseil d’Etat à discuter, à négocier avec les syndicats et le Grand Conseil à calmer ses ardeurs par rapport à la destruction de la démocratie : dans les faits, ces coupes budgétaires dans nos services publics détruisent finalement l’intérêt général. Dès lors, nous soutiendrons l’amendement de M. Cala.

M. Fabrice Moscheni (UDC) —

Ce qui s’est passé hier soir est effectivement grave. J’ai bien entendu Mme Marendaz, mais il se trouve qu’elle est l’une des seules à avoir été acclamée par les manifestants. Madame Marendaz, votre sortie n’a pas été très compliquée. Certains de mes collègues ont été agressés ad personam, parce qu’ils appartenaient à l’UDC. 

Je voudrais quand même faire une analyse « macro » de ce qui se passe et qui m’inquiète énormément : il y a quelques mois, lors de manifestations qui ont eu lieu dans certains quartiers lausannois, des jeunes ont agressé la police à coups de mortiers – ce qui rappelle ce qui se passe dans certains quartiers français dans lesquels il y a une sorte de déliquescence sociale. Aujourd’hui, ce sont les députés qui se font agresser – je dirais que les syndicats ont mis quelques briquettes pour allumer le feu – dans une logique qui ne ressemble pas vraiment au canton de Vaud, mais à notre grand voisin, la France qui, comme vous le savez, rencontre un gros problème de respect de ses institutions. 

Aujourd’hui, n’entrons pas dans ce processus dans lequel les institutions n’inspirent plus le respect. Un processus dans lequel la fonction – même si elle est difficile – n’est plus respectée par une partie de la population, peut-être parce que certaines associations ou certains syndicats se prennent à ce jeu de la violence sociale. Madame Marendaz, je ne serai jamais d’accord avec vous – et je vous l’accorde, vous ne serez jamais d’accord avec moi – mais je vous respecte dans le cadre de ce que vous êtes et j’attends de vous que vous me respectiez dans le cadre de ce que je suis. Un débat clair – dans lequel toutes les choses sont discutées de façon loyale – doit être mené, et à la fin, la démocratie décidera. 

Aujourd’hui, ne sommes-nous pas dans cette logique de perte de respect envers nos institutions ? Ne sommes-nous pas en train de perdre cette capacité qu’a eue la Suisse – et en particulier le canton de Vaud – de dépasser ces problèmes dans une logique de contre-pouvoir et de prise de décision démocratique ? Ne sommes-nous pas en train de perdre cela par rapport à une minorité ? Je pense qu’il s’agit vraiment d’une minorité. Je respecte le travail des fonctionnaires – et la majorité d’entre eux sont des gens qui font très bien leur travail – mais les hurluberlus que nous avons vus hier soir ne peuvent pas être représentatifs des fonctionnaires – j’en suis convaincu. Ce qui s’est passé hier soir est très grave. Ce qui s’est passé hier soir, c’est une déliquescence de notre démocratie. Ce qui s’est passé hier soir, les syndicats en portent la responsabilité, et j’attends d’eux qu’ils fassent amende honorable.  

M. Grégory Bovay (PLR) —

Je serai extrêmement bref, mais je pense qu’il est important de revenir sur le texte de cette résolution et l’amendement qui nous est proposé. A titre personnel, je vous invite évidemment à refuser cet amendement. Dans les faits, cette résolution demande quelque chose de très simple : elle demande simplement un apaisement et notre sécurité. Finalement, ce budget est une décision politique, nous aurons évidemment le temps d’en débattre durant les deux prochaines semaines. Mais aujourd’hui, ce que nous souhaitons avec cette résolution, c’est simplement que tous les députés et tous les conseillers d’Etat puissent sortir de ce Parlement en toute sécurité. Je vous remercie donc de refuser cet amendement et de soutenir la résolution.

Mme Céline Misiego (EP) —

A titre personnel, je condamne évidemment toute violence physique, quelle qu’elle soit, de quel côté qu’elle vienne. Je déclare mes intérêts : je suis secrétaire générale de la Fédération des sociétés de fonctionnaires vaudois (FSF), un des trois syndicats de la fonction publique. A ce titre, j’aimerais vous citer une petite partie du communiqué de presse des organisations syndicales qui a été envoyé ce matin et qui revient sur les événements d'hier soir et sur les débordements qui ont eu lieu. Je rappelle que ce n’était en aucun cas le but recherché par les organisatrices et organisateurs de ce rassemblement. Je cite le communiqué : « A cet égard, les syndicats organiseront le rassemblement de ce soir de manière à éviter que de tels événements se reproduisent, puisque, nous le répétons, ce n’était pas le but recherché. Notre unique but était, et reste, l’ouverture des négociations et d’un dialogue que nous réclamons en vain depuis des mois. » Effectivement, les syndicats ont écrit à plusieurs reprises pour demander des négociations, jamais ils n’ont rompu le dialogue. 

Madame la présidente du Conseil d’Etat, vous venez de vous exprimer pour dire que vous étiez ouverte au dialogue, que le dialogue était important. Alors, répondez aux syndicats et ouvrez le dialogue et les négociations. C’est le seul moyen d’apaiser la situation et de répondre aux préoccupations légitimes exprimées par des dizaines de milliers de personnes depuis le 2 octobre à travers plusieurs manifestations qui se sont toutes bien déroulées. La colère de la rue est certes difficile à contenir, mais ce ne sont pas les syndicats qui ont créé cette colère : elle a été créée par des choix politiques et le refus du dialogue.

M. Cédric Weissert (UDC) —

J’appelle bien évidemment de mes vœux le dialogue, qui est la force de notre démocratie. Néanmoins, Mme la présidente du Conseil d’Etat l’a rappelé, le budget est désormais entre nos mains et plus dans celles du Conseil d’Etat. C’est donc à nous de trouver des chemins pour faire valider ou non les propositions du Conseil d’Etat. Le dialogue reste toujours ouvert du côté du Conseil d’Etat, Mme la présidente l’a rappelé. Je refuserai donc cet amendement. 

Je voulais également répondre à Mme Marendaz, mais je crois que ça serait tomber bien bas que de m’abaisser à tel niveau d’ineptie. (Réactions dans la salle.)

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Encore une fois, je vous remercie toutes et tous de faire attention aux mots que vous employez, puisque ces derniers ont un sens.

Mme Géraldine Dubuis (VER) —

Nous discutons aujourd’hui d’une situation angoissante que nous avons toutes et tous vécue hier. Certains de nos collègues ont été malmenés à la sortie de ce Parlement – une institution de notre Etat de droit, une institution que nous devons préserver. La violence, si elle doit être évidemment condamnée, exprime parfois une colère qui doit être entendue. La violence étatique, dans laquelle nous vivons depuis plusieurs années, découle d’un certain nombre d’éléments de contexte que nous devons avoir en tête : une angoisse climatique pour nos jeunes générations, un constat de la montée de l’extrême droite en Europe, la guerre en Ukraine, la diminution de la valeur et de la reconnaissance du travail et l’augmentation de la valeur du capital. Ce sont des éléments qui ont d’ailleurs été reconnus par la conseillère d’Etat, Mme Luisier, lors de sa prise de parole introductive. Ce contexte difficile a un impact sociétal fort. Cet impact, ce sont des gens qui sont inquiets pour leur travail et pour leurs conditions de travail, qui se sont exprimés avec force depuis plusieurs semaines. 

Evidemment, dans ce Parlement, nous devons faire preuve de consensus, trouver des voies de dialogue. Cependant, je pense qu’il est quand même important de soulever que cette force de notre démocratie – cette volonté de trouver des consensus – n’est plus tout à fait la réalité politique dans laquelle nous vivons depuis le début de cette législature. Je prends l’exemple récent de la Loi sur l’énergie : nous étions arrivés à un consensus, mais ce plénum l’a remis en question de manière fondamentale. Au fond, c’est un message que notre institution adresse à la population. Il est donc important que nous trouvions ensemble des voies de dialogue, mais nous devons, au-delà du fait de nous respecter, avoir une écoute active pour que ce consensus que nous rêvons toutes et tous de retrouver devienne une réalité. 

Finalement – j’aurais d’ailleurs peut-être dû commencer par cela – je suis franco-suisse, j’ai donc effectivement un lien avec ce pays. Faire un parallèle avec la situation sociale en France ne fait que jeter de l’huile sur un feu qui n’a pas besoin d’être alimenté. La situation sociale en France est fortement dégradée – à un point très difficilement concevable pour nous. Sur certains aspects, je pense que nous ne devons pas prendre l’exemple sur ce pays, car c’est aussi un manque de consensus qui a amené la crise que traversent aujourd’hui nos voisins. Essayons plutôt d’élever le débat !

Concernant la résolution proposée, notre groupe aura une liberté de vote, mais nous condamnons de manière totale la violence exprimée hier, même si la colère est néanmoins légitime.

M. Xavier de Haller (PLR) —

A titre personnel, je vous invite à soutenir la résolution et à rejeter l’amendement qui nous est proposé par M. Cala au nom du groupe socialiste. Je vous livre les raisons qui me conduisent à soutenir cette position. Tout d’abord, je m’étonne et je m’inquiète de l’argumentation présentée concernant les événements regrettables d’hier soir. Je crois que nous sommes toutes et tous d’accord sur le fait que le droit de manifester est garanti par la Constitution et il doit pouvoir être exercé, tout comme celui de s’exprimer. Il en va de même pour le droit de pouvoir mener un débat démocratique, d’autant plus dans un organe délibérant représentant le pouvoir législatif où les 150 députés et députées que nous sommes sont élus par le peuple et représentent donc les intérêts de la population vaudoise. Je m’inquiète quand j’entends que l’on essaye de se défausser de sa responsabilité individuelle et de reporter la responsabilité des événements d’hier soir sur le Conseil d’Etat – ou, le cas échant, sur les débats parlementaires. Mesdames et messieurs, c’est une chose que je ne peux pas entendre. On ne peut pas reprocher au Conseil d’Etat, soi-disant parce que les négociations avec les différents partenaires ne sont pas satisfaisantes, d’être à l’origine de ces débordements. Ces derniers ne sont pas des actes isolés. 

De plus, on peut lire dans la presse, notamment dans le quotidien 24heures, que la manifestation qui a eu lieu hier soir avait été organisée. Les personnes qui conduisaient cet événement savaient exactement ce qu’elles faisaient et ce qu’elles voulaient faire. Leur but était d’encercler le Parlement – cela a été dit. Elles se sont organisées de manière à pouvoir être présentes devant les trois entrées du bâtiment, de manière à pouvoir mettre en échec le dispositif. Il y avait donc une véritable volonté collective des organisateurs et des manifestants de créer une confrontation. Cette volonté s’exprime également dans la presse, lorsque l’une des manifestantes a déclaré à une députée « On veut vous prendre en otage. » Je pense qu’hier, nous avons franchi une barrière. Aujourd’hui, je ne peux entendre que l’on considère que c’est la responsabilité du Conseil d’Etat – ou de certains partis politiques ou de certaines opinions prononcées dans ce Parlement – qui pourrait être à l’origine de ces débordements. 

Mesdames et messieurs, je vous invite : premièrement, à rejeter l’amendement présenté par M. Cala, car il n’est aucunement en lien avec le fond de la résolution et, deuxièmement, à soutenir cette résolution. J’invite enfin chacune et chacun à modérer ses propos, de manière que nous puissions siéger selon notre serment et selon notre rôle dans la séparation des pouvoirs.

M. Alberto Mocchi (VER) —

Des mots très durs ont été prononcés de part et d’autre. On a commencé à invoquer des sujets qui semblent dépasser un peu le cadre de cette résolution. Je crois qu’il y a une aspiration légitime des députés de ce Grand Conseil de pouvoir débattre et discuter sereinement et sans pression. Il y a aussi une aspiration légitime des manifestantes et des manifestants à être entendus. A cet égard, il me semble que l’amendement proposé par M. Cala va dans le bon sens. Il s’agit, d’une part, de condamner fermement la violence et toute intimidation qui serait faite à ce Grand Conseil, et d’autre part, d’appeler à la discussion demandée par les manifestants. 

Naturellement, ce n’est pas parce que l’on discute que l’on va forcément tomber d’accord ou qu’une solution sera trouvée, mais entamer le dialogue revient à entendre ces manifestantes et ces manifestants. En ce sens, il me semble que la résolution amendée par le texte de M. Cala permettrait de réunir largement les aspirations des deux côtés de cet hémicycle. Pour qu’une résolution soit vraiment forte, il faut qu’elle soit soutenue par toutes et tous. Je vous invite donc à soutenir l’amendement de M. Cala qui ne fait qu’améliorer le texte proposé par Mme Bettschart-Narbel.

M. Philippe Jobin (UDC) —

Nous parlons depuis 55 minutes, si nos débats sur le budget sont aussi rapides, nous n’aurons pas fini le premier débat ce soir. (Rires.) Je suis très clairement opposé à cet amendement. D’après les informations qui nous ont été données, ce n’est pas Mme la conseillère d’Etat qui a rompu la lance –c’est plutôt l’inverse, elle pourra peut-être reconfirmer cela. 

Par ailleurs, je soutiendrai la résolution proposée. J’aimerais rappeler que ce qu’il s’est passé hier soir est inacceptable – certains l’ont dit avec des pincettes, d’autres un peu moins. Inacceptable, parce que certains principes ne sont pas négociables. Les membres du Grand Conseil sont élus par le peuple vaudois ; ils doivent pouvoir entrer et sortir du Parlement sans intimidation, sans pression physique ni verbale, quels que soient leurs opinions ou leurs votes. Le droit de manifester n’autorise pas le droit d’agresser. Manifester pacifiquement est un droit fondamental. Mais huer, invectiver, encercler ou bousculer des élus, c’est clairement franchir une ligne rouge. Dès que l’on s’en prend aux personnes, on ne défend plus une cause, on attaque les institutions. Lorsque les syndicats et les organisations appellent à manifester devant le Parlement, ils ont une responsabilité particulière : premièrement, de garantir le cadre clairement pacifique et, deuxièmement, de rappeler avant et pendant la manifestation que les élus ne sont pas des cibles. Ils doivent également condamner sans ambiguïté tout débordement. Quand des sifflets, des insultes ou des bousculades visent des députés, on ne peut pas simplement parler de dérapages. Les syndicats et organisations doivent assumer leur part de responsabilité, tirer les conséquences de ce qui s’est passé hier soir et adapter leurs pratiques. 

Le débat politique peut et doit être vif, argumenté, contradictoire. En revanche, la violence, l’intimidation et le non-respect des règles de base du vivre-ensemble ne peuvent en aucun cas être tolérés ni relativisés. Le respect du débat démocratique, des institutions, de l’Etat de droit et des personnes n’est pas négociable. Quiconque prétend défendre une cause doit commencer par respecter ce cadre minimal. Sans cela, c’est la démocratie que l’on met en danger. Je soutiendrai donc évidemment cette résolution qui va dans le bon sens et qui sera probablement envoyée au Bureau du Grand Conseil. 

M. Yannick Maury (VER) —

Pour rebondir sur ce qu’a dit M. Weissert tout à l’heure, je voudrais préciser que, si le budget est certes entre les mains du Grand Conseil, je rappelle que les décrets peuvent être retirés en tout temps avant le vote final – comme c’est d’ailleurs le cas des préavis dans les communes qui sont parfois retirés par les municipalités. Certes, la balle est dans le camp du Grand Conseil, mais elle reste également en partie dans les mains du Conseil d’Etat qui pourrait, par exemple, retirer le décret sur la contribution de crise. 

Concernant les débordements d’hier, je les condamne fermement – je le dis aussi à l’attention du Conseil d’Etat – mais tout en soutenant évidemment les revendications de fond. J’aimerais rendre ce plénum attentif à la chose suivante : la consigne des organisations syndicales en amont était très claire – je déclare mes intérêts, je suis délégué d’établissement auprès du Syndicat vaudois de l’enseignement secondaire (SVES), rattaché à SUD – je l’ai sous les yeux et je vais vous la lire : « En vue des rassemblements de mardi et mercredi matin, et mercredi soir, devant le Parlement, le mot d’ordre est accueil silencieux des parlementaires, avec pancartes et slogans écrits. » Non seulement les syndicats ont condamné en aval ce qui s’est passé, mais en amont – cela n’avait pas été dit auparavant – la consigne d’être silencieux avait été donnée. Je souhaiterais que l’on en tienne compte dans ce débat. Enfin, je vais accepter cet amendement, car il permettra de rendre cette résolution plus œcuménique et une résolution n’a de sens que si elle est largement soutenue.

M. Valentin Christe (UDC) —

La presse l’a relaté : je fais partie des députés qui ont connu quelques difficultés au moment de quitter l’enceinte de notre Parlement hier soir. Après avoir été identifié comme élu sous les couleurs de l’UDC, j’ai eu l’infortune de ne pas me voir délivrer un sauf-conduit par les manifestants rassemblés. Je suppose que c’est une forme d’estime que d’être reconnu par ses adversaires. 

Monsieur Duggan, bien sûr, les droits de grève et de manifester sont inscrits dans notre Constitution comme des libertés fondamentales, mais je vous signale au passage – et vous le savez très bien – que la liberté personnelle et notamment la liberté de mouvement sont elles aussi inscrites dans notre Constitution. Je ne veux pas faire ici du juridisme étroit, mais vous le savez comme moi, ces deux libertés sont inscrites plus haut dans ce qu’on appelle le catalogue des droits fondamentaux. C’est dire combien elles sont plus importantes que celles que vous avez citées. 

Depuis plusieurs années, certaines composantes de la gauche dans ce canton jouent avec le feu, attisent les colères et surfent sur un certain nombre de mécontentements. On le voit dans le déroulement des manifestations à Lausanne qui sont organisées à l’appel de la gauche quasiment chaque semaine et qui font à peu près systématiquement l’objet d’un certain nombre de débordements. Un jour ou l’autre, il va bien falloir que ceux de nos collègues qui cultivent avec délice cette ambiguïté prennent leurs responsabilités, les assument et se décident : soit on fait de la politique dans la rue avec les lanceurs de pavés et les casseurs, soit on débat dans un Parlement, au sein des institutions, avec le respect qui prévaut. 

Evidemment, ce qui s’est produit hier soir n’est pas comparable stricto sensu à l’assaut du Capitole des Etats-Unis, ni dans son intensité ni dans la gravité de ses conséquences – fort heureusement – mais ces événements procèdent de la même logique, s’en prendre physiquement aux institutions, menacer les parlementaires, bref quitter le champ du débat démocratique pour rentrer dans celui de la violence comme moyen d’intimidation politique. Je suis atterré – je dois le dire – par la banalisation des événements d’hier soir que nous avons entendue de la part d’un certain nombre de nos collègues de gauche. Je salue ceux qui ont fait preuve d’un peu plus de lucidité quant aux événements d’hier soir. En ce qui concerne la résolution déposée, je l’accepterai, mais je m’opposerai à l’amendement de M. Cala.

M. Alexandre Démétriadès (SOC) —

Vous le savez sans doute, je suis profondément attaché au fonctionnement de nos institutions, à notre Constitution, aux droits politiques, mais aussi au droit de manifester et aux libertés fondamentales que garantit notre Constitution. Ce qui s’est passé hier soir appelait une réaction importante de notre Parlement. Cette réaction importante a été faite par la voix de notre primus inter pares, le président du Grand Conseil. J’aimerais saluer l’intervention qui a été faite au nom du Bureau du Grand Conseil, qui a eu une réaction à la hauteur de l’enjeu, sans tomber dans des travers que peuvent toujours causer les moments d’émotion. Je remercie très sincèrement le président et les membres du Bureau pour cela. 

Dans ce cadre, j’analyse la résolution déposée comme étant superfétatoire, à moins que l’amendement de M. Cala, qui propose quelque chose de plus que ce qu’a dit le Bureau – à savoir appeler un dialogue entre les syndicats et le Conseil d’Etat, un élément fondamental de la vie de notre pays – ne soit accepté. Personnellement, je trouve que, sans cet amendement, cette résolution n’apporte rien à cette situation. La réaction du président du Grand Conseil étant à la hauteur, si cet amendement est refusé, je m’abstiendrai. Dans mon groupe, nous serons plusieurs à le faire.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est close.                   

L’amendement Sébastien Cala est refusé par 72 voix contre 51 et 1 abstention.

La résolution Florence Bettschart-Narbel est adoptée par 80 voix contre 17 et 30 abstentions.               

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