Communications
Séance du Grand Conseil du mercredi 21 décembre 2022, point 1 de l'ordre du jour
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourDémission – Mme Sonya Butera, députée
Je vous invite à un peu de silence, car je souhaite vous donner connaissance d’une lettre de démission que j’ai reçue de la part de notre collègue députée Sonya Butera pour ce mercredi 21 décembre.
Je commence par vous donner lecture de sa lettre, après quoi je prendrai quelques instants pour rendre hommage à notre collègue de Crissier pour son engagement parlementaire.
« Les 10 années qui se sont écoulées depuis mes timides débuts au sein de cette assemblée en 2012 ont été une expérience hors de l’ordinaire à laquelle j’ai choisi de mettre fin afin de me consacrer à de nouvelles responsabilités professionnelles. Aussi, madame la Présidente, je vous annonce ma démission du Grand Conseil à l’issue de la dernière séance plénière de cette année.
Mon expérience politique cantonale s’est avant tout avérée une incroyable opportunité d’apprentissage. En qualité de députée, au fil des projets de décret, des projets de loi ou des textes déposés par mes collègues, j’ai eu l’énorme chance de me pencher sur des problématiques qui ne relèvent pas directement de la vie quotidienne de la population de mon district et de découvrir des domaines allant bien au-delà de mon milieu professionnel. Il me faut aussi avouer ma grande fierté d’avoir contribué, même si ce n’est que d’une toute petite voix sur 150, au lancement ou à la concrétisation de plusieurs projets ambitieux entrepris par le canton pendant l’ère Maillard et Broulis ou sous la Présidence Gorrite, tels le centre de compétences en immunothérapie cellulaire, le Vortex, le C4 ou de nombreux « coups de peinture jaune sur la route ».
Et puis il y a eu cette Présidence XXL : 540 jours de responsabilités exceptionnelles, de rebondissements inattendus et de résolutions de problèmes. Les égarements de la députation, la cohésion du Bureau du Grand Conseil, la loyauté du secrétariat général, tout fut très intense dès le premier jour. Même si le séisme politique du 7 janvier 2020 s’est rapidement révélé qu’une toute petite secousse comparée à l’enchaînement des situations particulières et extraordinaires avec lesquelles il m’aura fallu composer pendant plusieurs mois, jamais je n’oublierai l’ambiance électrique de ce premier plénum de l’année 2020.
Entre nous madame la Présidente, et au risque de sembler le renard face au raisin, sachez que pour rien au monde je n’échangerais ma Présidence contre une quelconque autre, qui serait forcément plus conventionnelle, ponctuée de discours et de petits fours plutôt que d’ordonnances fédérales et d’arrêtés cantonaux. D’abord, parce que ces 18 mois m’ont intimement convaincue de la solidité de nos institutions, mais aussi parce qu’elles se sont révélées l’expérience la plus formatrice que j’aie vécue depuis longtemps. Avec le recul, rien n’éclipse la satisfaction de l’énorme travail accompli pendant cette période, si ce n’est certaines voix prépondérantes portées en qualité de Présidente du Grand Conseil, notamment la sauvegarde de la motion Baehler Bech « Une avancée pour la protection du climat » ou encore l’acceptation du Postulat Thalmann « Pour des protections hygiéniques en libre accès dans nos écoles et au sein de l’administration cantonale ». Dans le cas de ce second objet, cette voix prépondérante m’a d’ailleurs largement consolée de ne pas avoir pu participer à ce débat désormais mythique.
Voici donc, cette législature à peine commencée et avant même que le Grand Conseil ne retrouve son train-train institutionnel, que déjà je vous quitte. Evidemment, je regrette de ne pas avoir eu le temps de mieux cerner la dynamique de ce Conseil d’Etat très renouvelé ou de faire connaissance avec l’ensemble de mes nouveaux collègues. Parce qu’en fin de compte, même si le Grand Conseil peut parfois s’avérer un sacré concentré de mauvaise foi, c’est, avant toute chose, un lieu riche en belles rencontres : des amitiés qui, de l’extérieur, peuvent parfois paraître des plus incongrues en raison de positionnements ou de visions politiques fort éloignés ; ou encore cette complicité qui se construit, séance après séance, entre les membres d’une commission permanente ainsi, bien sûr, qu’entre présidence et secrétaire de commission.
Partir, c’est certes renoncer à tout cela, mais je vous quitte le cœur léger puisqu’en rejoignant l’Office du Médecin cantonal, je continuerai à servir notre canton et qu’au final, je ne vais pas bien loin. Je m’imagine d’ailleurs déjà en train de plancher sur une réponse à l’un de vos futurs dépôts parlementaires, en pestant bien évidemment, mais le plus respectueusement du monde, bien entendu.
Madame la Présidente, je vous souhaite, ainsi qu’à toute la députation, une législature passionnante. » (Applaudissements.)
Madame la députée, chère prédécesseuse,
Permettez-moi de vous remercier pour votre engagement depuis 2012, date de votre entrée au Grand Conseil à l’occasion des élections cantonales. Dans l’arrondissement de l’Ouest lausannois, la liste socialiste avait décroché un 5e siège sur 14 ; arrivée 6e, vous aviez néanmoins pu siéger d’entrée, M. Pierre-Yves Maillard ayant été réélu au Conseil d’Etat. En 2017, vous avez réussi une brillante réélection, devenant la meilleure élue du district, exception faite encore une fois du cas particulier de M. Maillard. Enfin, le printemps dernier, vous étiez réélue sans difficulté pour un troisième mandat. Vous aurez donc siégé un peu plus de 10 ans parmi nous, et l’heure du traditionnel bilan est donc arrivée.
Commençons par les interventions parlementaires. Vous avez été une députée dotée d’un sens certain des responsabilités, n’abusant pas des droits institutionnels des députés. Vous avez en effet déposé 20 objets : 7 interpellations, 7 questions orales, 2 initiatives, 2 postulats, une motion et une simple question.
Passons aux commissions. Vous avez siégé dans 47 commissions ad hoc, dont 11 fois comme présidente, ainsi que dans diverses commissions instituées : la Commission thématique de la santé publique, bien entendu, où en scientifique attachée à l’objectivité, dixit notre ancien collègue Stéphane Rezso, vous avez développé des arguments d’une grande finesse, très écoutés, selon Pierre-Yves Maillard. Excusez du peu ! Vous avez aussi siégé à la Commission thématique de la formation, la Commission interparlementaire de contrôle de la HES-SO et la Commission interparlementaire de contrôle de l’Hôpital intercantonal de la Broye. Vous présidez d’ailleurs actuellement, dans sa phase de démarrage, la toute nouvelle Commission de la formation, ainsi que la Commission interparlementaire de contrôle de la HES-SO.
Mais venons-en au fait. C’est évidemment avant tout comme Présidente du Grand Conseil que vous resterez dans nos mémoires, d’autant qu’il s’est agi d’une Présidence tout à fait particulière, à au moins trois égards.
Premièrement, votre accession à la Présidence. Il a fallu la démission, en cours de législature, de Pierre-Yves Maillard, puis l’élection de Rebecca Ruiz et sa démission du Conseil national, puis l’accession de Nicolas Rochat Fernandez, 2e vice-président du Grand Conseil, au Conseil national en remplacement de Rebecca Ruiz, et sa décision de quitter le Grand Conseil, et enfin le départ de Valérie Schwaar, l’autre membre socialiste du Bureau, pour la Cour des comptes, quasiment en même temps que celui de Nicolas Rochat Fernandez, pour que vous entriez au Bureau à l’été 2019, directement à la fonction de 1ère vice-Présidente, avec une année pour assimiler le mode de fonctionnement du Bureau et vous préparer à la présidence 2020-2021 qui était initialement promise à Nicolas Rochat Fernandez.
Deuxièmement, votre accession anticipée à la Présidence. Depuis 1885, il n’est plus d’usage d’exercer plus d’une fois, donc plus de 12 mois, la Présidence du Grand Conseil. Pourtant, la démission de votre prédécesseur, M. Yves Ravenel, dans les circonstances que l’on connaît, en janvier 2020, vous a conduite, comme le prévoyait la Loi sur le Grand Conseil, à exercer de fait les fonctions de la Présidence, tout en demeurant formellement 1ère vice-Présidente jusqu’à la fin de l’année parlementaire. Formellement élue Présidente en été 2020, vous avez donc été, dans les faits toujours, Présidente pendant 18 mois. Surtout, vous l’êtes devenue 6 mois seulement après votre accession au Bureau. On pourrait presque parler d’une « genferei », vu que vous êtes sûrement la plus genevoise des députés vaudois !
Et troisièmement, les conditions de votre Présidence. La crise de la pandémie de Covid-19 a éclaté en février-mars 2020, et aura finalement marqué l’ensemble de vos 18 mois. Comme vous l’écrivez fort justement, votre Présidence a été essentiellement marquée par les ordonnances fédérales et les arrêtés cantonaux plutôt que par les discours et les petits fours. A l’écran, nous voyons d’ailleurs votre seule et unique représentation officielle en 18 mois, lors de l’inauguration du Centre Covid au HIB. Et c’est là que le hasard a bien fait les choses : votre profession de médecin-dentiste faisait de vous une personne prédestinée à comprendre, à décider et à expliquer ; cela a été un plus d’une très grande importance pour le Grand Conseil et votre surnom d’Hermione Granger n’est absolument pas usurpé. Nous vous exprimons ici toute notre reconnaissance d’avoir su gérer cette période délicate, caractérisée par les urgences. Comme vous l’avez si bien dit, « Se confronter aux urgences, c’est un peu ce que savent faire tous les soignants ».
C’est à nouveau votre profession qui est à la source de votre décision de nous quitter, puisque vous allez rejoindre l’Office du médecin cantonal. Petit conseil au passage : si cet office doit établir des ordres du jour, évitez de vous en occuper : un ordre du jour est par définition linéaire et prévisible, et doit être bouclé avant la séance. Le contraire de vous : vous êtes de nature créative, vive d’esprit, perfectionniste et quelque peu iconoclaste.
Que ce choix et cette nouvelle expérience professionnelle vous comblent et permettent à l’Office du médecin cantonal de bénéficier des mêmes compétences et conseils avisés qui ont rendu service à tout le Parlement pendant la pandémie, voici ce que nous vous souhaitons. Dans un article paru en mai 2020, vous avez indiqué mettre au sommet de votre bibliothèque « La vie devant soi » de Romain Gary. Nous soumettons donc à la réflexion de l’assemblée une citation tirée de cet ouvrage, certes un peu provocatrice en période de Noël : « La médecine doit avoir le dernier mot et lutter jusqu’au bout pour empêcher que la volonté de Dieu soit faite ».
Chère Mme Butera, je vous félicite pour votre nomination, vous remercie au nom de tous nos collègues pour votre travail et nos relations pendant ces 10 années et vous souhaite le meilleur pour la suite. (Applaudissements.)
Demande de modification de l'ordre du jour
Demande de modification de l'ordre du jour
Je demande à modifier l’ordre du jour, au sens de l’article 84, alinéa 2, de la Loi sur le Grand Conseil. En effet, nous avons déjà traité le premier débat de l’objet sur le deal de rue et il serait important de passer au deuxième débat avant la fin de l’année. J’en ai parlé avec les conseillères d’Etat et je sais que Mme Gorrite aimerait absolument faire passer deux objets aujourd’hui ; nous pourrions donc traiter ce sujet plus tard cet après-midi.
Concernant le projet sur le deal de rue, notre groupe estime qu’il n’y a aucune urgence à ce que ces mesures entrent en vigueur. Ce ne serait donc pas dramatique si cet objet n’était pas traité aujourd’hui. Nous vous invitons donc à refuser cette demande.
Retour à l'ordre du jourLa discussion est close.
La modification de l’ordre du jour est acceptée par 61 voix contre 35 et 6 abstentions.