Communications
Séance du Grand Conseil du mardi 28 janvier 2025, point 1 de l'ordre du jour
Transcriptions
Intervention personnellede MmeMartine Gerbersur le tourisme dans les Alpes vaudoises
Conformément à l’article 84, alinéa 3, de la Loi sur le Grand Conseil, une députée demande l’introduction dans l’ordre du jour d’une intervention personnelle. Cette demande étant soutenue par au moins 20 membres, la présidente lui donne la parole ultérieurement.
Retour à l'ordre du jourLa mobilité liée au tourisme obstrue les routes dans le Chablais. Les habitants subissent des nuisances jour après jour. En même temps, le canton se targue de financer le développement d’un tourisme quatre saisons et durable, mais qui n’a de durable que le nom. Malheureusement, cette stratégie risque bien de nuire dorénavant toute l’année à l’environnement et à son vivant.
Dans son communiqué de presse du 23 janvier dernier, le Conseil d’État met en évidence les bénéfices économiques d’un tel développement, relayant les arguments écologiques et de durabilité au plan d’alibi. Cela s’appelle du greenwashing ; et, c’est grave. Si la plupart des habitants des Alpes vaudoises sont dupes des nuisances de cette stratégie touristique avilissante et non partagée, d’autres ont saisi la nature détournée de ce programme et sont très déçus par le mépris affiché pour leur qualité de vie et pour la protection de la nature. Ils et elles sont scandalisés par l’usage, en quelque sorte, détourné de l’argent public.
En effet, le tourisme dans les Alpes vaudoises devait s’orienter vers de nouvelles propositions de loisirs moins invasifs, moins polluants et moins nuisibles, répartis sur toute l’année, raison pour laquelle un soutien fort du canton se justifiait. Les députés qui, comme moi, ont voté en 2022 le crédit de 50 millions pour soutenir ce changement étaient bien naïfs. C’était sans compter l’avidité et l’opportunisme qu’allait exercer cette aubaine sur de nombreux décideurs. En effet, lors de la soirée publique d’information du même jeudi 23 janvier aux Mosses, nous avons découvert que la montagne est un terrain de jeu, que malgré le déploiement de nombreuses pistes de VTT, la neige doit être sécurisée avec des canons à neige, que la piscine naturelle est un bienfait pour la biodiversité et que tout cela est indiscutablement écologique. Oui, la rhétorique écologique était parfaitement maîtrisée ; il faut le reconnaître. A tel point qu’on peut s’interroger sur la sincérité de la collaboration avec la HES-SO Valais, dont l’étude laisse espérer un apport de réelles nouveautés comme la notion de tourisme partagé en relation avec la population locale, partage vite oublié par les porteurs de projets.
S’il a été vanté que le tourisme vaudois génère quelque 1,6 milliard de francs, il n’a pas été précisé comment cette richesse est partagée ni pourquoi les deniers publics soutiennent une branche en si bonne santé économique. Aucune réponse convaincante non plus au sujet du soutien financier de l’Etat à la réfection de la piscine privée d’un hôtel, alors que la piscine municipale doit urgemment être restaurée. Pourtant, Mme la conseillère d’Etat, Isabelle Moret, semblait inviter le public à s’approprier la part restante des 50 millions non dépensés. Étrange tout de même que cette commune n’ait pas pensé à la piscine publique. Les humains et leur désir de bien-être continuent de régner en maîtres sur un espace précieux, fragile et vital.
En conclusion, si ces milliards générés par le tourisme n’étaient que la partie visible de l’iceberg, si le bilan négatif sur l’environnement et la santé coûtait au moins autant, qui payera dans un Etat où les impôts sont revus à la baisse ? Devrons-nous voter un nouveau crédit pour réparer les dégâts ? Cela pourrait s’avérer rentable pour certains et catastrophique pour d’autres sur la durée.