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Déclaration du Conseil d'Etat

Séance du Grand Conseil du mardi 26 janvier 2021, point 7 de l'ordre du jour

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

Le Conseil d’Etat a fait valoir son droit de faire une déclaration, selon l’article 138 de la Loi sur le Grand Conseil (LGC).

Mme Rebecca Ruiz — Conseiller-ère d'État

Conformément à l’article 138 de la Loi sur le Grand Conseil, le Conseil d’Etat souhaite faire la déclaration suivante à propos du processus vaudois de vaccination. Cette déclaration sera faite conjointement par le Département de la santé et de l’action sociale et le Département de l’environnement et de la sécurité, nos deux départements étant en charge du dispositif de vaccination cantonal. Elle n’est en aucun cas une réponse immédiate à l’interpellation Bettschart-Narbel qui vient d’être lue.

Le 27 février 2020, le premier cas de contamination au COVID-19 était décelé dans notre canton. Depuis bientôt une année, l’épidémie de COVID rythme nos vies. Dans ce contexte, le Conseil d’Etat et le Grand Conseil ont pris leurs responsabilités, notamment en décidant des mesures sanitaires nécessaires quand elles se justifiaient et en soutenant les secteurs économiques en souffrance. La réponse à l’épidémie est depuis quelques semaines complétée par un nouvel outil : le vaccin. Depuis le début, il a été vu à raison comme notre meilleure chance de vaincre la maladie. Concevoir un vaccin dans un délai aussi court est une prouesse et nous avons la chance de vivre dans un pays qui peut bénéficier des deux premiers vaccins mis sur le marché et autorisés par Swissmedic. Le 30 décembre dernier déjà, le premier résident d’un établissement médico-social a pu être vacciné dans le canton de Vaud.

Comment un rythme aussi soutenu a-t-il été possible ? Avant le début de la campagne de vaccination, le Conseil d’Etat a anticipé les préparatifs. La première phase de la vaccination doit en effet nous permettre de vacciner les 120'000 personnes considérées comme vulnérables dans notre canton.

Cette priorisation a été établie par la Confédération. Elle fait entièrement sens, car elle poursuit deux objectifs : premièrement, réduire les formes les plus graves du COVID, qui visent surtout ces personnes vulnérables, et donc empêcher des décès ; deuxièmement, réduire la pression sur le système de santé, en évitant des hospitalisations.

Le processus vaudois s’est déployé pleinement sur le terrain le 11 janvier dernier avec six centres de vaccination en milieu hospitalier ­- Lausanne , Yverdon, Gland, Morges, Rennaz et Payerne - et désormais huit équipes mobiles de la protection civile. Plus de 100 astreints sont sur le terrain : la protection civile est en effet un des chaînons de ce système avec plus de 5000 vaccins administrés depuis le début de la campagne de vaccination.

À ce jour, 19’700 personnes ont été vaccinées selon le rythme prédéfini et plusieurs fois présentés aux médias. Notre calendrier est tenu. Dans les établissements médico-sociaux (EMS), près de 50 % des résidents ont reçu leur première dose. La vaccination complète de ces institutions devrait être terminée entre le 5 et le 15 mars prochains. Aussi, nous l’avons annoncé à maintes reprises, notre objectif était d’effectuer plus de 100'000 vaccinations d’ici à la fin février. Malheureusement, au vu des dernières annonces de baisse de livraisons par Pfizer, cet objectif va devoir être revu à la baisse. Il n’est pas exclu qu’il en soit de même pour le vaccin Moderna ; nous sommes dans l’attente d’informations de la part de la Confédération. A ce stade, tenant compte des vaccins à disposition, nous pensons atteindre le chiffre de 90'000 vaccinations à fin février au lieu des 115'000 qui étaient planifiées, et ce, pour autant — attention ! — qu’on ne nous annonce pas de nouvelles restrictions de livraisons. Concrètement, cela signifie donc qu’à partir du 22 février, le quota de doses attribuées aux centres de vaccination diminuera, que le nombre de places pour une première injection sera moins important que prévu, de manière à assurer les deuxièmes injections.

Nous comprenons, évidemment, que cette situation puisse provoquer de la frustration, une frustration qui existait déjà chez les personnes vulnérables qui n’ont pas pu obtenir d’emblée une place pour se faire vacciner. Mais soyez assurés, mesdames et messieurs les députés, que le Conseil d’Etat fait tout son possible pour corriger ce qui peut l’être, chaque jour. Nous ne pouvons toutefois pas changer le fait que nous sommes dépendants des livraisons qui sont effectuées par la Confédération, qui elle-même est dépendante de la production des vaccins, et que nous ne maîtrisons pas l’entier du processus et des paramètres. Nous sommes néanmoins prêts à absorber des livraisons à nouveau plus importantes de vaccins, à monter en puissance très vite et à assurer la vaccination de masse que nous souhaitons faire sitôt que ce sera possible.

Mme Béatrice Métraux — Conseiller-ère d'État

Tout notre dispositif est calibré en fonction du nombre de doses qu’il est prévu de recevoir. Le Conseil d’Etat a choisi une stratégie visant à lisser les vaccinations, évitant ainsi les à-coups en fonction des livraisons. Tous les grands cantons suisses ont fait le même choix. Pourquoi ?

En clair, il s’agit d’éviter de vacciner des dizaines de milliers de personnes en quelques jours, puis de devoir tout arrêter, ce qu’on appelle la stratégie du « stop and go ». Cette stratégie a un avantage, celui de la flexibilité. On voit bien que cet élément prend tout son sens aujourd’hui ! En effet, nous venons de l’indiquer, notre priorité est celle de garantir l’administration d’une deuxième dose sans pour autant suspendre le processus de première vaccination adapté aux doses reçues.

En ayant gardé cette flexibilité avec le système mis en place, et en n’ayant pas utilisé toutes les doses d’emblée, nous évitons de déplacer potentiellement des dizaines de milliers de rendez-vous, pire, de devoir suspendre les deuxièmes doses, comme certains cantons le vivent aujourd’hui. Du reste, à titre d’information, demain matin, les résidents de l’EMS Le Pèlerin seront les premières personnes vulnérables à recevoir la deuxième dose du vaccin. Il n’y a donc aucune volonté de thésauriser des doses. Nous voulons simplement assurer une bonne gestion des stocks et des livraisons annoncées, dans le seul intérêt de la population.

Malgré les retards de livraison annoncés, notre dispositif est prêt à monter en puissance de manière à pouvoir assurer la vaccination de 10'000 personnes par jour, si les doses reçues le permettent. A partir de cette semaine, en parallèle aux vaccinations faites dans les EMS et dans les centres, les médecins commencent à contribuer à l’opération de vaccination. D’autres acteurs sanitaires se tiennent d’ores et déjà prêts : les pharmacies, les cliniques privées, les centres de tests, les pôles santé, ou encore les CMS. Pour ces derniers, les travaux sont en cours pour pouvoir, dans les meilleurs délais, vacciner à domicile les personnes qui ne sortent pas de chez elles ou pour apporter une aide afin d’organiser un transport vers un centre de vaccination. Le Conseil d’Etat souhaite ainsi assurer, quand cela est nécessaire, que le vaccin aille jusqu’au citoyen, et non l’inverse. Trois centres supplémentaires, à Lausanne, Montreux et Echallens, pourront aussi être mis sur pied à brève échéance. Nous ne pouvons que souhaiter que les livraisons nous permettent de mettre à contribution ces différents acteurs. Le constat aujourd’hui est clair : ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent, mais les doses de vaccin.

Il faut d’ailleurs être conscients que les chiffres annoncés pour l’heure par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), évoquant une vaccination de 525 personnes par 100'000 habitants en février, ne seront pas possibles dans notre pays, du moins si on ne reçoit pas plus de doses que ce qui est annoncé pour l’heure. Selon nos calculs et si rien de nouveau n’est annoncé par l’OFSP, autour du 20 février, les cantons pourraient se retrouver en situation de pénurie. C’est d’ailleurs l’objet de nombreux articles dans la presse alémanique ce matin. D’où la nécessité absolue de bien gérer les doses que nous recevons.

Pour résumer, mesdames et messieurs les députés, le canton de Vaud assume ses obligations à l’égard des populations les plus vulnérables qui doivent être vaccinées en priorité. Nous avons misé sur une stratégie progressive, en commençant avec les hôpitaux et la Protection civile, stratégie pouvant rapidement monter en puissance si suffisamment de doses sont disponibles. Deux départements y travaillent, jour et nuit, en adaptant constamment le dispositif et en résolvant les problèmes qu’un tel système pose.

Malgré tous ces efforts, une nouvelle épreuve se présentera à nous dans les prochaines semaines : celle de la patience. Dans un monde où la rumeur se déplace souvent plus vite que les faits, alors que la fatigue se fait sentir, c’est un nouveau défi qui se pose à nous. Mais si nous faisons preuve de solidarité et de flexibilité, nul doute que nous pourrons le relever. Oui, le meilleur moyen de lutter contre le COVID et de réapprendre à vivre est de se faire vacciner. C’est ce à quoi travaillent vos autorités. Ensemble, seulement ensemble, nous réussirons. Je vous remercie de votre attention.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

Le Conseil d’Etat ayant achevé de faire sa déclaration devant la députation, il vous appartient à vous, Grand Conseil, de décider si vous voulez faire valoir l’alinéa 3 de l’article 138 de la LGC.

La discussion est ouverte.     

M. Philippe Vuillemin (PLR) —

Après avoir participé à la vaccination de trois EMS, ce qui a représenté l’équivalent de près de 300 personnes, âgées ou membre du personnel, je tiens à dire à quel point la situation est gérée avec le plus grand sérieux par ceux que l’Etat a chargé de faire ce travail, en particulier la Protection civile et les infirmières et infirmiers qui dirigent ces équipes. Empathie, savoir-faire, savoir travailler rapidement, mais sans précipitation, avec la plus grande satisfaction de ceux qui ont été vaccinés, puisque votre serviteur ne compte aucun événement fâcheux. La méthode choisie, pour le moment et en fonction de ce qui nous a été dit par le Conseil d’Etat, se révèle performante. En dehors de ce qui m’a concerné à titre personnel, d’autres EMS ont fait savoir leur satisfaction. Ce n’est pas parce que l’on fait partie de la Protection civile que l’on ne sait pas faire une injection. Quand on sait le nombre de diabétiques qui se piquent eux-mêmes, on ne leur jamais demander de renoncer car ils n’auraient pas les compétences professionnelles nécessaires. C’est parfait ; nous en sommes extrêmement contents, d’autant plus quand nous savons que nous avons eu la précaution de prévoir la deuxième dose. Parce que ceux qui, dans d’autres pays, pensent que l’on peut reculer l’échéance de plusieurs semaines, voire de deux ou trois mois, sont soit des plaisantins, soit des gens qui ne comprennent rien à la pharmacologie d’un médicament. On ne fait pas varier les délais en fonction de critères qui ne sont pas médicaux. Enfin, pour y avoir été confronté plusieurs fois au cours de ma carrière professionnelle, j’aimerais ajouter que quand il faut faire un supplément de vaccin, on doit arrêter des chaînes de production. Par exemple, en 2009, lorsqu’il a fallu en catastrophe doubler le vaccin contre la grippe, il avait fallu arrêter les chaînes de production, notamment de l’hépatite B. Nous avons donc eu une pénurie de vaccins contre l’hépatite B. Une chaîne de production se construit dans des locaux, ces locaux doivent exister. Or, quand on sait que construire un local industriel à toute vitesse, dans notre pays, avec 250 oppositions, 35 recours au Tribunal cantonal et 10 au Tribunal fédéral, le COVID aura eu le temps de passer depuis belle lurette. Alors, quand Pfizer dit qu’il doit restructurer ses lignes, cela veut probablement dire qu’il doit abandonner certains vaccins pour mettre le paquet sur le vaccin COVID. Cela ne se fait pas en un tour de mains. J’ai envie de prendre une image qui peut vous paraître déplacée, mais je le fais quand même : quand on amène des petits Français dans le Salon de l’agriculture à Paris, pour qu’ils comprennent que ce sont les vaches qui font le lait et que le lait ne se fait par miracle, il serait utile que certains citoyens aillent visiter un certain nombre d’usines pour se rendre compte qu’une chaîne de construction doit être construite, qu’on doit la faire tourner pour qu’elle puisse fournir ce qui nous est utile. Pour le moment, je me déclare satisfait de la manière dont la vaccination a commencé. Espérons que cela continue. Mes confrères, comme les pharmaciens, sont évidemment prêts à prendre le relais quand il le faudra, dans des proportions qui restent raisonnables, car il faut quand même compter, tout compris du début des formalités jusqu’au départ de la personne après une surveillance, une demi-heure par cas, que cela plaise ou non.

Mme Jessica Jaccoud (SOC) —

Je remercie le Conseil d’Etat pour cette intervention et ces précisions. Nous faisons face aujourd’hui à une campagne de vaccination sans précédent, avec des enjeux qui le sont tout autant. Je remercie M. Vuillemin pour son retour positif et encourageant du terrain, qui corrobore les propos du Conseil d’Etat. Nous pouvons saluer la responsabilité et la sagesse du Conseil d’Etat sur sa stratégie, qui fait que notre canton ne se retrouve pas parmi ceux cités par la presse alémanique, qui doivent maintenant quémander des doses aux autres cantons afin d’assurer la deuxième dose de vaccin pour leurs habitants. J’aimerais que nous puissions enfin retrouver un peu de sérénité, de positivité et d’esprit constructif dans le cadre de cette campagne de vaccination qui se situe — je l’espère — dans la dernière ligne droite, afin que nous puissions définitivement sortir de cette crise.

M. Blaise Vionnet (V'L) —

En tant que médecin, bientôt vaccinateur, j’aimerais remercier les conseillères d’Etat pour leur intervention. Dans cette situation, il est très important de bien communiquer. On se retrouve confronté à la presse, avec les grands titres, qui remet en doute les compétences de notre canton. Je remercie les conseillères d’Etat pour leur communication claire et précise. En tant que membre de la Commission de la santé publique, j’aimerais aussi remercier l’organisation de la séance qu’il y a eu le 15 janvier, avec la présence de Mme la conseillère d’Etat, du professeur Genton et du Médecin cantonal, pour informer les commissaires de ce qu’il se passe sur le terrain. Le professeur Genton, qui est responsable de la Task Force et qui est un homme extrêmement compétent pour ce genre de choses, a une immense expérience des vaccinations de masse à l’étranger. C’est une personne très qualifiée pour mettre les choses en place. Au niveau des médecins, on n’a pas grand-chose à reprocher à la manière dont les choses sont en train de se mettre en place. Je ne peux donc que féliciter le Conseil d’Etat pour sa manière d’avancer progressivement dans cette crise, afin d’arriver à l’objectif de la vaccination des personnes les plus vulnérables. Je n’ai aucune critique du terrain à faire.

Mme Sonya Butera (SOC) — Président-e

La discussion est close.

Ce point de l’ordre du jour est traité.

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