25_POS_59 - Postulat (suite des débats) Alberto Mocchi et consorts au nom Au nom de Sébastien Humbert - Les voyages (en train) forment la jeunesse.
Séance du Grand Conseil du mardi 28 avril 2026, point 16 de l'ordre du jour
Texte déposé
Le secteur des transports est responsable d'une part significative des émissions de gaz à effet de serre. En particulier, l'aviation contribue de manière disproportionnée à ces émissions, avec un impact environnemental élevé par passager-e et par kilomètre parcouru. Face à cela, il est impératif de promouvoir des alternatives durables, telles que le voyage en train, qui émet beaucoup moins de CO2 et permet une découverte authentique des territoires.
L’un des leviers d’action est celui des prix : le trafic aérien est aujourd’hui avantagé par l’absence de taxes sur le kérosène et par diverses autres politiques publiques. Un jeu de taxations/subventions pourrait ainsi rééquilibrer les choses, et mieux prendre en compte les externalités négatives de l’aviation par rapport à d’autres modes de transport moins polluants.
Un autre levier est celui de jouer sur l’attractivité du train, et faire mieux connaître les avantages d’un voyage avec ce moyen de transport sur des moyennes et longues distances. Le pass interrail, qui permet de voyager dans 33 pays européens à petit prix, est ainsi un outil très intéressant pour se déplacer sur le continent de manière durable. Ainsi, un pass permettant de voyager 5 jours sur une grande partie du réseau ferroviaire européen coûte un peu plus de 200 francs.
Ce type d’outils semble tout particulièrement intéressant pour des jeunes hommes et femmes atteignant la majorité, et qui entrent dans une phase de leur vie où ils acquièrent une nouvelle autonomie et souvent une envie de découvrir le monde. Il semble ainsi essentiel de les inciter à le faire de manière durable et respectueuse de l’environnement.
Il est par ailleurs courant que des collectivités publiques offrent un cadeau aux jeunes atteignant leur majorité. Certains pays offrent un « pass culture » aux jeunes, avec un crédit équivalant à quelques centaines de francs à dépenser dans des librairies, musées ou cinémas. Fribourg et Genève ont opté pour des abonnements numériques à des journaux locaux.
Par le biais de ce postulat, il est proposé que le canton de Vaud mette en place un tel système de présents, mais axé sur la mobilité durable, en offrant un pass interrail à toutes les jeunes femmes et tous les jeunes hommes atteignant leur majorité.
Une telle mesure semble avoir un coût raisonnable (en admettant que toutes et tous en fassent la demande, ce qui est peu probable, on arrive à une somme de 220 francs multipliée par les environ 8000 jeunes atteignant leur majorité chaque année, c’est-à-dire 1'760'000 francs), et permet d’une manière positive, sans taxes ni interdictions, de favoriser une mobilité respectueuse de l’environnement.
Les signataires de ce postulat demandent donc au Conseil d’Etat d’étudier la faisabilité du don à tous les jeunes résidant dans le canton de Vaud et atteignant l’âge de 18 ans au cours de l’année civile d’un pass Interrail leur permettant de voyager sur le réseau ferroviaire européen pendant quelques jours.
Conclusion
Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Sylvie Podio | VER |
| Oleg Gafner | VER |
| Martine Gerber | VER |
| Stéphane Balet | SOC |
| Géraldine Dubuis | VER |
| Vincent Bonvin | VER |
| Jean Valentin de Saussure | VER |
| Didier Lohri | VER |
| Nathalie Jaccard | VER |
| Cédric Echenard | SOC |
| Vincent Keller | EP |
| Isabelle Freymond | IND |
| Valérie Zonca | VER |
| Joëlle Minacci | EP |
| Pierre Fonjallaz | VER |
| Sébastien Kessler | SOC |
| Kilian Duggan | VER |
| Marc Vuilleumier | EP |
| David Raedler | VER |
| Julien Eggenberger | SOC |
| Nathalie Vez | VER |
| Monique Ryf | SOC |
| Graziella Schaller | V'L |
| Sandra Pasquier | SOC |
| Sébastien Humbert | V'L |
| Jean-Louis Radice | V'L |
| Pierre Zwahlen | VER |
| Hadrien Buclin | EP |
| Yannick Maury | VER |
| Yolanda Müller Chabloz | VER |
| Elodie Lopez | EP |
| Felix Stürner | VER |
| Romain Pilloud | SOC |
Documents
- 25_POS_59-Texte déposé
- Rapport de majorité de la commission - 25_POS_59 - Kilian Duggan
- Rapport de minorité de la commission - 25_POS_59 - Olivier Petermann V1
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourLe débat est repris.
Comme l’a très bien expliqué M. le rapporteur de minorité, ce n’est pas une telle offre qui amènera les jeunes peu habitués au train à changer de mode de transport. Vu l’état de nos finances, nous estimons que le moment n’est pas opportun pour offrir ce cadeau qui, par ailleurs, n’est pas bien ciblé, à nos yeux. Le groupe UDC ne prendra donc pas ce postulat en considération et vous invite à faire de même.
Pour ceux qui n’auraient pas écouté tout à l’heure, je suis toujours syndic de la commune d’Échandens ; cela comptera dans ma prise de parole.
La volonté des postulants est louable : agir sur les émissions de carbone liées aux voyages en avion, qui pèsent sur le bilan carbone des Vaudois et sur lesquelles, malheureusement, les mesures que nous pouvons prendre ici sont limitées. Contrairement à ce qui a été répété, je crois vraiment que présenter l’offre du train pour des voyages en Europe, inciter les jeunes à l’utiliser et à le tester est une mesure qui fonctionne, fonctionnera et pourra même faire des petits, dans la mesure où, plus tard, ces personnes seront beaucoup plus enclines à prendre le train.
Je peux toutefois entendre les quelques critiques liées aux aspects financier, matériel et organisationnel de la demande du postulat. À ce titre, je rappelle que cette intervention prend la forme d’un postulat demandant un rapport au Conseil d’État, dans lequel ce dernier pourrait envisager des pistes alternatives. À ce stade – je rappelle mes fonctions – les communes ont un rôle à jouer. Le député Mocchi l’a très bien relevé lors de son intervention la semaine passée : ce sont bel et bien les communes qui, très souvent, offrent un cadeau aux jeunes pour leurs 18 ans. Le canton doit-il soutenir ces démarches de communes pour éviter une usine à gaz en son sein ? Le canton peut-il subventionner cette mesure, la soutenir uniquement structurellement par de la mise à disposition ou de la communication ? Les réponses à ces questions mériteraient de figurer dans un rapport au postulat qui, selon moi, pourrait produire des effets importants. Cette mesure est modeste à l’échelle de notre Parlement, mais, dans un consensus à trouver pour réduire le nombre de voyages en avion et inciter nos jeunes à prendre le train, elle prend tout son sens.
Ce postulat propose une mesure intéressante méritant d’être étudiée par le Conseil d’État, peut-être en y intégrant pleinement le rôle des communes avec, bien entendu, le respect de leur autonomie pour celles qui ne souhaiteraient pas le faire. Une série de communes seraient enclines à recevoir une incitation financière ou structurelle de la part du Conseil d’État. Je vous encourage très vivement à soutenir ce postulat, principalement et uniquement pour que le message que nous donnons aujourd’hui soit fort.
Cette mesure simple et accessible coûterait moins de 2 millions de francs par an si tous les jeunes de 18 ans en faisaient la demande. Elle vise à offrir une alternative à l’avion et à susciter l’intérêt pour le train. Les buts sont non seulement de donner envie de voyager en train, certes, mais aussi de permettre une diminution modeste des émissions de gaz à effet de serre. Évidemment, cette mesure n’arrêtera pas immédiatement le réchauffement climatique ni ne réduira drastiquement nos émissions. Il s’agit simplement d’offrir une alternative à l’avion et d’inciter les jeunes à expérimenter le train – une expérience qui peut s’avérer très agréable lorsqu’on a du temps libre et qu’on en a la possibilité.
Toutefois, cette proposition ne sort pas des rangs de la droite, et c’est problématique. On sort dès lors des arguments massue pour la contrer. J’ai particulièrement apprécié les propos de la présidente du PLR Vaud lors de l’émission Forum, l’autre soir. Mme Bettschart-Narbel a estimé « que ces cadeaux sont très gentils, mais qu’ils sont un peu électoralistes, et qu’il vaudrait mieux un acte plus symbolique pour l’arrivée des jeunes à la citoyenneté ». Cette proposition m’a laissé sans voix.
Le PLR bataille pour une réduction de 12 % des impôts pour améliorer, selon lui, le pouvoir d’achat. Cette mesure, loin d’être symbolique sur le plan des finances du canton, ne présenterait évidemment aucun intérêt électoraliste. En revanche, lorsqu’il s’agit de proposer des solutions concrètes pour améliorer le pouvoir d’achat de toutes les familles, ces mesures sont qualifiées de gadgets électoralistes. C’est peu sérieux.
Notre planète est en feu, vous le savez bien. Les températures ne cessent d’augmenter ; des records de chaleur sont battus chaque année à travers le monde. En 2025, l’histoire de l’humanité aura connu un nombre record de voyageurs aériens, soit 5 milliards de passagers pour l’aviation commerciale dans le monde. En Suisse, nous sommes assez forts, puisque le nombre de passagers atteint des sommets, avec une hausse de 4 %, soit 2,2 millions de passagers de plus qu’en 2024. Je crois sincèrement qu’il est de notre responsabilité politique d’instaurer une série de mesures incitant la population à privilégier des modes de transport moins polluants, notamment pour les activités de loisirs, afin de construire un avenir désirable.
En préambule, il s’agit d’un postulat, qui laisse donc une marge de manœuvre au Conseil d’État pour étudier, proposer, voire estimer qu’au fond, ce n’est pas forcément la meilleure idée et que l’on pourrait faire autrement. En ce sens, je rejoins parfaitement ce que disait notre collègue De Benedictis : s’il existe d’autres mesures plus adéquates, laissons, le cas échéant, le Conseil d’État nous en informer après avoir réfléchi.
Je le disais aussi la semaine dernière, mais j’y reviens très brièvement : la mesure a déjà été testée et a fait ses preuves, en tout cas dans une commune, celle de Daillens – puisque, depuis 2021, cette commune offre un passe Interrail aux jeunes. Le retour est, d’abord, que tout le monde ne l’utilise pas. Ces 1,8 million – pas grand-chose au regard du budget de l’État ou d’autres dépenses que nous acceptons ici sans sourciller – restent eux aussi hypothétiques, puisque tout le monde ne les utiliserait pas. En revanche, ceux qui l’utilisent – et ils sont nombreux – ont été extrêmement contents. J’ai pu discuter avec des jeunes qui n’imaginaient pas qu’il était si simple d’arriver en train à Ljubljana ou à Barcelone, par exemple. En moins de 10 heures, nous pouvons nous rendre, depuis Lausanne, à Naples, à Londres, à Berlin, à Barcelone ou à Bruxelles. Si vous comptez le temps nécessaire pour aller à l’aéroport de Genève-Cointrin ou de Zurich, le temps passé à l’aéroport, le temps de vol, puis le temps de sortir de l’avion, prendre vos bagages et vous rendre au centre-ville de votre destination, vous ne mettez pas beaucoup moins de temps. Encore faut-il le savoir : c’est en cela que cette proposition peut s’avérer intéressante.
J’aimerais rappeler un ou deux chiffres, dont l'un me paraît extrêmement important et inquiétant : celui des émissions de CO2 de la Ville de Zurich. Cette dernière a publié en début d’année des chiffres qui montrent qu’aujourd’hui, les émissions de CO2 liées aux déplacements en avion de ses habitants – en moyenne 10’000 km, soit l’aller-retour Zurich-Dubaï – représentent 1,5 fois les émissions territoriales de la Ville de Zurich, c’est-à-dire les chauffages, les déplacements en voiture au sein de la ville, etc. Vous pourrez faire tous les efforts du monde pour réduire les émissions de CO2 à l’échelle locale ; si vous n’agissez pas également sur le plan des transports en avion – qui représentent 18 % des émissions de CO2 du canton de Vaud – nous n’y arriverons pas.
Au-delà de ces considérations « écolos », qui ne convaincront peut-être pas mes collègues de droite, il existe aussi des considérations plus symboliques. Des jeunes entrent dans la majorité, deviennent citoyennes et citoyens. Il peut être intéressant de les accueillir autrement qu’en leur offrant un couteau suisse ou un livre sur l’histoire de Bioley-Magnoux au XVIIIᵉ siècle, lors de la Révolution vaudoise. En ce sens, un cadeau leur disant « Bienvenue, vous êtes citoyenne et citoyen » pourrait avoir du sens. De la même manière que personne ne s’offusque que le canton offre un cadeau aux centenaires, ou que le préfet souhaite un bon anniversaire à ceux-ci, le canton pourrait faire un geste – sans parler d’usine à gaz – pour les jeunes de 18 ans. Je vous invite donc à soutenir ce postulat, corédigé avec mon collègue Humbert.
Je déclare mes intérêts en tant membre de la commission et signataire du rapport de minorité. Encourager la jeune génération à opter pour les déplacements et voyages en train plutôt que pour l’avion : je suis aussi de ceux qui pensent que c’est très louable. Cela étant, la question est de savoir s’il faut offrir un cadeau de cette manière, par cette mesure, à cette catégorie de la population.
Je souhaite plutôt reprendre et soutenir le développement de la cheffe du département, relayé dans le rapport de majorité de la commission. L’attachement du Conseil d’État aux alternatives à l’avion, en particulier au train, n’est pas à nier ; mais la remise en question de cette même mesure demeure. Un simple coup de pouce ne va peut-être pas changer durablement les habitudes d’une population. Il faut également relever la difficulté ou le système complexe des réservations sur les trains internationaux au départ de la Suisse, ainsi que le fait que l’idée d’un bon cantonal est plus compliquée à réaliser qu’à dire.
Le Conseil d’État conclut que le coût estimé de cette mesure proposée s’élève à environ 1,7 million par an. Ce n’est pas anodin, puisque cela représente les montants alloués à la part que le canton met pour la ligne CGN entre Lausanne et Thonon ou le maintien de la ligne Aigles-Leysin, entre Bière et Apples, entre autres. Par ces quelques considérations, au nom du groupe PLR qui, dans sa grande majorité, soutiendra le rapport de minorité, je vous incite à faire de même.
J’ai retrouvé un débat que nous avions eu dans ce plénum en 2023. Pour aider les jeunes de conditions modestes, la droite proposait, par un postulat accepté par la majorité de ce Grand Conseil, de subventionner la réalisation du permis de conduire pour les jeunes de catégorie modeste. À l’époque, lorsqu’il s’agissait de voiture, l’intérêt pour les jeunes de 18 ans était bien présent. Or, maintenant, nous discutons d’une proposition qui ne porte pas, certes, sur le permis de conduire, mais sur la possibilité de voyager. Il ne s’agit pas d’un grand luxe, mais des premiers voyages de la vie et de questions de pouvoir d’achat. Et là, tout d’un coup, la condition modeste ne semble plus intéresser une partie de l’hémicycle.
Je le regrette. À la question de savoir si cela aidera vraiment les jeunes de conditions modestes, vous répondiez en 2023, sur le postulat relatif aux permis de conduire, que tout cela pouvait se vérifier, notamment grâce à une phase test et à la possibilité d’un projet pilote. Dans la proposition formulée aujourd’hui, rien d’autre n’est demandé : il s’agit aussi de tester des choses et de vérifier si cela fonctionne. Puisque vous aviez, à l’époque, défendu cette idée pour des raisons de conditions modestes, par cohérence, vous devriez faire de même en soutenant le postulat. L’idée n’est ni une autorisation de dépenser ni un projet déjà ficelé.
Je rappellerai d’emblée que c’est la « génération Greta » – la catégorie des 18-35 ans – qui prend le plus l’avion, alors que ce sont les mêmes qui expriment le souhait que le monde change et qu’il faudrait, dans l’idéal, prendre moins l’avion. Or, ce ne sont en tout cas pas eux qui montrent le meilleur des exemples. Il est grandement naïf de croire qu’en leur offrant un cadeau de 200 francs à leur majorité pour qu’ils prennent le train et fassent un voyage de quelques jours en Europe, leur mentalité changera.
Je vais citer mon exemple personnel. Dans ma famille, j’étais le seul à faire des études et à pouvoir voyager. Mon frère et ma sœur n’en avaient pas le temps, parce qu’ils faisaient un apprentissage. Moi, j’avais le temps de travailler à côté de mes études pour mettre de l’argent de côté et voyager.
On proposerait un bon de 200 francs à une catégorie de personnes qui seraient surtout des étudiants en réalité, parce que les jeunes en apprentissage n’auront tout simplement pas les moyens de financer le reste du voyage et de se loger. Par ailleurs, c’est aussi une question de temps, tout simplement.
Nous allons créer une discrimination entre les étudiants qui ont la chance et le temps de travailler à côté pour se payer des voyages, prendre le train et traverser l’Europe, et les apprentis, qui n’ont ni les moyens ni le temps de le faire. Pour cette raison – et j’ai oublié de déclarer mes intérêts en tant que membre de la commission – je soutiens pleinement le rapport de minorité.
Je tiens à apporter une nuance importante. Nous avons entendu qu’il était difficile de changer les habitudes en matière de mobilité. Toutefois, pour les jeunes de 18 ans, l’habitude de mobilité pour les vacances n’est pas encore prise. À 18 ans, l’on n’a pas 150’000 miles à dépenser dans un prochain vol et pas encore nécessairement une voiture pour partir spontanément en Italie. C’est bien aux alentours de 18 ans que l’on teste des choses, puis prend des habitudes durables en matière de mobilité. S’il y a un bon moment pour que l’État intervienne en faveur d’un choix plutôt qu’un autre, c’est l’accession à la majorité, et ce, pour deux raisons.
La première a déjà été évoquée aujourd’hui : celle du temps à disposition, parce qu’a priori l’on a du temps à 18 ans. Soit on peut travailler et se payer l’Interrail, soit on n’a pas le temps parce qu’on est déjà au travail – auquel cas il serait bon que l’État paie l’Interrail en question. L’on a aussi un gain d’autonomie nouveau, qui permet précisément aux jeunes de partir seuls en vacances et de faire ces premiers tests, donc de prendre de bonnes habitudes.
Autre élément : je fais partie de ces jeunes qui discutent parfois avec M. Mocchi, notamment de leurs voyages, et je tiens à partager une expérience personnelle. À mes 18 ans, j’ai fait le pari, avec des amis, de partir en Interrail. Malheureusement, j’ai terminé le gymnase en 2020, et le voyage est tombé à l’eau pour des raisons évidentes. Toutefois, quand nous avons commencé, avec cette équipe d’amis, à nous intéresser à l’Interrail, nous avons pris des habitudes durables. Depuis 2020, nous partons toujours en vacances en train. Cet été, nous allons d’ailleurs à Marseille, en profitant du TGV qui relie directement Lausanne à Marseille.
C’est vraiment une question d’habitude et de discussion. Au-delà de savoir si l’on prend ou non l’Interrail une année donnée, recevoir un courrier de l’État de Vaud – sous quelque forme que ce soit – rappelle, de manière proactive, l’existence de la mesure et des facilités offertes. C’est bienvenu pour établir des habitudes de mobilité durable.
Une dernière considération : lorsque je siégeais au Conseil communal de Lausanne, j’avais déposé un postulat pour la gratuité des transports publics pour les moins de 25 ans. Je sais que la gratuité des transports publics est un autre thème, sur lequel nous ne nous étendrons pas, mais qui crispe certaines et certains. On refuse de telles mesures sur la mobilité pendulaire ; dans le canton de Vaud, il y a eu un retrait des projets de lois et de décrets sur les facilités tarifaires. Dans ce contexte, l’accès aux transports publics n’est pas facilité pour les jeunes générations. Il serait donc bon de le faire, en tout cas pour la mobilité de loisirs, qui intervient quelques fois dans l’année et coûte évidemment moins cher à l’État de Vaud. Pour ces différentes raisons, je vous encourage vivement, au nom de la « génération Greta et Mocchi », à voter pour ce postulat.
J’ai été interpellée par mon collègue Mocchi et je maintiens les propos que j’ai tenus à la radio. Cette intervention parlementaire est un geste électoraliste. La question de savoir si les jeunes prennent le train ou les transports publics n’est pas le débat de ce cadeau symbolique pour l’entrée dans la majorité.
D’abord, ce n’est pas une compétence cantonale. Certaines communes ont certaines pratiques : certaines offrent des cadeaux ou des livres ; la Commune de Daillens donne ce passe ; d’autres organisent des fêtes, comme à Lausanne, pour les 18 ans des nouveaux citoyens. Il faut laisser cette compétence aux communes. Le canton n’a pas à s’en mêler ; ce n’est pas à notre Grand Conseil de se prononcer sur cette question. Il faut laisser cette autonomie communale et voir ce qui convient le mieux dans chaque région.
Nous avons beaucoup discuté des questions de capacité financière et d’incitations des jeunes à prendre le train. Toutefois, nous nous trompons de débat. On parle d’un cadeau pour l’entrée dans la majorité ; il devrait être un geste symbolique par lequel on incite les jeunes de 18 ans à comprendre qu’ils arrivent à un âge où ils peuvent devenir des citoyens à part entière, voter, prendre leurs responsabilités, s’inscrire sur les listes électorales. Voilà ce qui est important à 18 ans, plutôt que de se dire que cela aidera ceux qui sont dans le besoin. Ce n’est ni le lieu ni l’objet de ce débat. Il est regrettable de tomber dans un débat sur l’aide aux plus modestes à voyager en Europe. C’est à d’autres moments que l’on devrait le faire, plutôt qu’à l’entrée dans la majorité, qui n’est qu’un geste symbolique.
Pour côtoyer pas mal de jeunes, je peux vous dire qu’ils en ont déjà pris l’habitude. Ce n’est pas une habitude nouvelle : l’Interrail, déjà à ma génération, était un moyen de visiter toute l’Europe à coût relativement réduit, qui était déjà très utilisé par les jeunes. Lorsqu’on a le temps, il est plus facile de prendre le train et de voyager partout en Europe. Mais ce n’est pas dans le cadre d’un coup unique – pour ne pas utiliser un terme anglophone – que nous résoudrons la question des voyages en train pour les jeunes. Je refuserai donc cette motion ; elle ne relève pas de notre compétence et j’invite mes collègues à faire de même.
Tout d’abord, pour répondre à mon collègue Bovay, j’ai fait un apprentissage et eu le temps de voyager durant mes cinq semaines de vacances annuelles. Dans cette thématique, je ne vois pas trop l’intérêt d’opposer les étudiants aux apprentis : ce n’est pas la bonne thématique. Je vous donne volontiers des idées d’itinéraires bas carbone pour une à deux semaines ; les idées ne manquent pas.
Rappelez-vous : en 2023, l’Allemagne avait développé une prestation inédite, le Deutschlandticket. Cet abonnement de train mensuel à prix très compétitif a permis d’augmenter considérablement le nombre de voyageurs, en particulier dans la tranche des fameux 18-25 ans. Cette fréquentation se poursuit aujourd’hui et montre que des initiatives ciblées, faciles à mettre en place et destinées à changer positivement les habitudes fonctionnent. Un simple coup de pouce, comme cela a été dit, peut ainsi changer durablement les habitudes de consommation, notamment en matière de transports.
De plus, les lignes de train se développent et se peaufinent, en particulier les lignes de train de nuit. Nous sommes idéalement situés en plein cœur de l’Europe, comme cela a été dit, avec de nombreuses idées d’itinéraires possibles. Soutenir cette proposition est aussi contribuer, à notre échelle, au développement du rail. Il s’agit d’une proposition ciblée, modérée, qui laisse une marge de manœuvre au canton. Je vous invite à accepter ce postulat.
Je ne sais pas comment l’on peut arriver à opposer les apprentis aux étudiants, dans ce débat. Comme Mme Zonca, j’ai aussi été apprenti. Paradoxalement, parmi les apprentis, un peu moins de la moitié ont moins de 18 ans : la comparaison n’a donc pas de sens dans le cadre de ce débat. En outre, certains apprentis iront étudier en HES, soit à plein temps, soit à temps partiel avec un emploi à côté. Lorsqu’on a un emploi à côté et des études à temps partiel, on a des moyens extrêmement limités, voire une très grande difficulté à être autonome. En réalité, nous avons ici une proposition qui conviendrait à une large majorité des jeunes, sans distinction de formations.
Quand j’étais apprenti, je n’avais pas les moyens de voyager – ce n’était pas une question de temps. Quand j’étais étudiant, je n’avais pas non plus les moyens de voyager très loin. Ainsi, je ne suis pas sorti de Suisse avant mes 18 ans. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’Europe par la suite, mais cela n’aurait pas été facile s’il avait fallu chaque fois prendre le train. La fameuse « génération Greta » que vous évoquez doit faire face aux mêmes difficultés que le reste de la population : pour faire un choix de vacances, si l’on a un billet EasyJet aller-retour à 60 francs et un trajet en train cinq ou dix fois plus cher, les choix rationnels et économiques s’imposent. C’est donc bien une question de pouvoir d’achat. Aussi écologiques – ou aussi peu écologiques – que soient les jeunes ou les moins jeunes, s’ils n’ont pas de moyens, ils ne vont pas faire les mêmes choix que les personnes qui disposent de moyens et qui peuvent faire le choix conscient de prendre le train. Tout le monde n’a pas cette liberté. C’est bien de cette liberté que nous parlons aujourd’hui.
Madame la conseillère d’État, je me permets de rebondir sur les propos de mon préopinant. Que vont changer ces 200 francs ? Si certaines personnes n’ont pas de moyens, que vont changer ces 200 francs ? Je ne comprends vraiment pas. Si elles n’ont pas les moyens d’un voyage en train ou en avion – des gens ne peuvent même pas partir – elles ne partiront pas. C’est un peu triste, mais c’est ainsi, et beaucoup de gens sont dans ce cas. Ce ne sont pas les 200 francs, monsieur Pilloud, qui changeront quelque chose pour ces personnes.
Au contraire, j’invite la population et nos jeunes à voyager, à découvrir notre canton et notre pays. Nous avons aussi de magnifiques choses : nul besoin d’aller à l’autre bout de l’Europe – aussi magnifique soit-elle, surtout en train. Je vous remercie de votre attention.
Je voulais rejoindre mes collègues sur la question du pouvoir d’achat. Je n’ai pas trouvé les chiffres pour la Suisse, mais en France, 40 % des Français n’ont pas les moyens de prendre l’avion : ce sont vraiment les plus aisés de la société qui ont les moyens de prendre l’avion. À l’échelle internationale, je crois que 4 % de la population mondiale a déjà pris l’avion. C’est donc un privilège assez important.
Cette proposition de M. Mocchi constitue non seulement un cadeau pour la jeunesse, mais aussi un cadeau pour l’ensemble de la société. Il s’agit d’encourager le développement du rail et aussi de relever que, selon une étude récente, cet été, de nombreux avions ne pourront probablement pas décoller à cause des pénuries de kérosène prévues en raison de la situation géopolitique au détroit d’Ormuz. Les prix des billets d’avion sont en train de flamber. Il resterait six semaines de kérosène à l’Union européenne. Cette situation va croître dans le futur, avec les nombreuses guerres qui se préparent, à notre grand désespoir.
Le fait que les billets d’avion aient été si peu chers pendant des décennies et que le monde ait été si accessible constitue une situation complètement artificielle, due à des ressources très accessibles et non taxées. De même, le train a été si peu accessible et si cher, en raison des freins à son développement et de l’absence de son développement. Aujourd’hui, de plus en plus, la société et les jeunes devront renoncer tout simplement à découvrir le monde et à voyager, parce que cette situation artificielle du coût bas de l’aviation va finalement s’arrêter. Nous nous rendrons compte du coût de ces ressources, notamment en raison des guerres qui précarisent nos ressources. Il s’agit donc non seulement d’une proposition favorable à la jeunesse, à son développement et au développement du rail, mais aussi d’une proposition pour le futur, dans une situation où voyager sera de plus en plus inaccessible à une majorité de la population, au profit d’une toute petite minorité, comme c’est déjà le cas.
Je déclare mes intérêts : je suis encore dans la vingtaine ; certes, le wagon de la trentaine approche à grands pas, mais, pour l’instant, je suis toujours à bord. Blague à part, comme en commission, je souhaite souligner quelques points importants et répondre à mon collègue député Bovay.
Le rôle de cette mesure se situe avant tout dans la sensibilisation et l’éducation. Tous les jeunes n’ont pas eu la chance de voyager ailleurs et de découvrir les voyages en train en Europe. Il s’agit donc de changer les habitudes. On constate un boom des trains de nuit. Il faut aussi trouver des incitations pour les jeunes. Vous le constaterez peut-être dans vos communes : de moins en moins de jeunes participent, par exemple, au repas qui leur est offert. Par le voyage et quelque chose de positif, il s’agit de s’ouvrir à l’Europe et de découvrir d’autres choses.
Pour vous donner un autre exemple : quand j’ai passé mon permis de conduire – oui, je l’ai quand même passé – j’ai reçu un bon Mobility. C’est assez marquant parce que cela montre une alternative. De moins en moins de jeunes possèdent une voiture. Ils adoptent d’autres formes de mobilité plus durable. C’est précisément le rôle de cette mesure : montrer une alternative qui ne coûte pas grand-chose. Je rappelle qu’il s’agit d’un postulat pour étudier une idée. Osons nous poser la question ; nous étudierons les modalités de mise en œuvre. Je vous invite donc à accepter ce postulat.
Je regrette que M. Bovay oppose des populations. Opposer les apprentis et les étudiants n’est vraiment pas heureux. De manière générale, il n’est jamais sain d’opposer les jeunes et les vieux, les étudiants et les apprentis, ceux qui se lèvent tôt et ceux qui se couchent tard ; mieux vaut chercher une unité globale. Il y aura évidemment, dans chaque action, des effets de bord. Peut-être que l’effet de bord dont vous parlez, monsieur Bovay, en estimant que les apprentis en bénéficieraient moins, se réalisera. Mais nous n’en savons rien. Nous avons des exemples, ceux de M. Pilloud ou de Mme Zonca, qui ont été apprentis et ont pu bénéficier de l’offre Interrail.
Faire société signifie, par exemple, qu’un habitant de Château-d’Œx finance l’aide sociale proposée à Yverdon, à Nyon, à Rolle ou à Lausanne ; que moi, avec mes impôts cantonaux, je finance également le bus qui passe à Fenalet, alors que je n’y habite pas et que je n’habite pas le Chablais. L’on peut tenir ces raisonnements pour toutes les activités régaliennes : activités de sécurité, liées à la vie culturelle ou encore à la santé. Un habitant m’avait dit quelque chose qui caractérisait la tournure que prend ce débat : il était dans un couple sans enfant qui ne comprenait pas pourquoi il devait financer l’école, n’étant lui-même ni enseignant ni concerné directement par le domaine de l’enfance. C’est évidemment une vision court-termiste. Je vous encourage à quitter cette vision et à penser à long terme.
Dernier petit point : peut-être, monsieur Bovay, votre idée était-elle de dire que les apprentis n’ont pas le temps de prendre le train, parce que c’est trop long. En ce qui concerne l’Europe, c’est une vision erronée. Se rendre à Berlin, porte à porte, dure 11 heures. Je l’ai fait de nombreuses fois. En avion, c’est 7 heures, voire 8 heures en général, parce que les avions ont pratiquement toujours du retard. Idem pour Naples, dont je reviens de mes vacances : Naples-Lausanne, c’est 8 heures de train. Ne nous faites pas croire que le temps passé dans le train est irrémédiablement perdu et qu’on ne peut pas en profiter. On peut lire, se lever, observer le paysage et faire plein d’activités qu’on ne peut pas faire dans un avion.
Je suis navré ; c’est la dernière fois que je prendrai la parole. Monsieur Corboz, vous m’avez mal compris : ce n’est pas uniquement et avant tout une question de temps, c’est aussi une question d’argent. Les apprentis n’ont manifestement pas suffisamment les moyens de pouvoir partir une semaine, etc., loin de la maison.
Je trouve curieux que ce postulat demande que l’État sponsorise nos jeunes de 18 ans à hauteur de 200 francs, alors que l’on n'a de cesse de dire qu’il faut consommer local et mettre en avant les circuits courts, etc. Nous serions prêts à sponsoriser des jeunes pour aller au-delà de nos frontières. C’est curieux, puisqu’il existe maintes activités et maintes destinations à l’intérieur de notre canton et de notre pays. Je vous remercie de votre attention.
Très brièvement, tout d’abord, monsieur Corboz, vous n’avez pas pris le bon train : on peut même mettre moins de 10 heures pour aller à Berlin, à savoir 9 h 37 au départ de Lausanne. Si vous partez à 13 h 17, vous aurez encore le temps.
Plus sérieusement, pour répondre à M. Bovay, je ne pense pas qu’il s’agisse uniquement d’une question de montant financier. Ce n’est pas qu’avec ces 200 francs, tout d’un coup, on permettra aux uns et aux autres de voyager alors qu’ils n’en auraient pas la possibilité. C’est comme l’œuf de Colomb : il suffisait d’y penser. L’idée est de se dire « tiens, plutôt que de prendre l’avion, on me donne l’occasion, avec ce bon, de tester un autre moyen de transport, parce que peut-être que je ne le connais pas encore. ».
En effet, il est important d’axer nos trajets et nos loisirs sur le canton de Vaud. Néanmoins, je connais peu de gens qui se rendent en avion aux Diablerets ou dans le Parc du Jura vaudois ; ils s’y rendent plutôt en voiture ou en transports en commun. Si l’idée est de réduire les émissions liées à l’aviation, parler de voyages internationaux devient intéressant. Vraiment, j’insiste : l’idée n’est pas de faire économiser de l’argent aux uns et aux autres, mais de proposer un mode de transport alternatif et de le faire découvrir – non seulement pour se déplacer de chez soi au gymnase ou à son lieu d’apprentissage, mais aussi pour aller un peu plus loin en Europe.
Je voulais ajouter deux points. L’intention du postulat n’est pas d’opposer le local à l’international. Il s’agit plutôt de partir du fait qu’actuellement – si je me rappelle bien – 18 % des émissions de CO2 sont liées aux voyages. C’est une question très difficile à résoudre. Cela apparaît dans les plans climat des communes, qui examinent les pratiques de leurs citoyens et citoyennes en matière de déplacements à l’international. C’est un problème pour lequel il existe encore peu de solutions concrètes, à l’exception de quelques compensations ponctuelles ou de la possibilité de fuel de substitution. Ce postulat pose donc la question de savoir comment adresser la problématique de manière constructive et incitative, sans interdiction. Cela ne s’oppose évidemment pas à l’encouragement du voyage local.
Le deuxième point que je voulais ajouter porte sur le retour sur investissement, dont nous avons moins parlé. L’on parle de 1 à 1,8 million au maximum. Indépendamment du montant, il convient de se demander si cet investissement est efficace. Tout à fait par hasard, j’avais, à l’époque, étudié les exemples de Berlin et de Naples : on arrive à environ 200 francs la tonne de CO2 économisés si l’on remplace les trajets en avion par des trajets en train. L’intention du postulat, telle que je la comprends, consiste à montrer sociologiquement qu’une fois que l’on prend une habitude, il y a plus de chances de la conserver : par définition, faire quelque chose aide à prendre une habitude qui fait penser plus facilement au train qu’à l’avion à l’avenir. Avec un petit effet multiplicatif de deux, le retour sur investissement se monterait à 100 francs la tonne de CO2 pour l’une des sources d’émissions les plus difficiles à réduire. J’interprète cela comme un bon investissement.
La discussion est close.
Le Grand Conseil prend le postulat en considération partiellement par 70 voix contre 67.
Je demande un vote nominal.
Retour à l'ordre du jourCette demande est appuyée par au moins 20 membres.
Celles et ceux qui acceptent le postulat votent oui ; celles et ceux qui le refusent votent non ; les abstentions sont possibles.
Au vote nominal, le Grand Conseil prend le postulat en considération partiellement par 70 voix contre 69.
*insérer vote nominal