26_INT_2 - Interpellation Martine Gerber et consorts au nom Les Vert.e.s - Avant qu’il ne reste que deux saisons, prenons soin des quatre saisons (Développement).
Séance du Grand Conseil du mardi 20 janvier 2026, point 5 de l'ordre du jour
Texte déposé
Il aura fallu quatorze mois à l’entreprise Télé Leysin–Les Mosses–La Lécherette SA (TLML) pour déposer un « nouveau » projet d’enneigement artificiel pour les stations de Leysin et des Mosses. [1] Or, sur le fond, rien n’a réellement changé depuis le retrait du projet fin 2024, consécutif aux nombreuses oppositions et aux non-conformités relevées par les services cantonaux.
Si certaines zones de protection ont été évitées (zone de protection S1), le projet prévoit toujours le creusement de 22 km de tranchées (dont plus de 3 km en zones de protection S2 et S3), l’installation de près de 300 canons à neige, ainsi que l’épandage de plus de 230’000 m³ d’eau chargée de micropolluants sur les alpages. Le tout s’inscrit dans l’enveloppe des 50 millions de francs votée par notre parlement en 2023 pour soutenir un tourisme durable et quatre saisons.
Présenté une nouvelle fois comme la solution au développement économique régional, ce projet mobilise pourtant des dizaines de millions de francs publics pour pomper l’eau du Léman via l’Hongrin et la transporter sur 22 km de conduites, afin d’alimenter 177 nouveaux canons à neige et des installations supplémentaires.
À cette consommation d’eau et d’énergie s’ajoute celle des remontées mécaniques, dans un contexte de pénurie énergétique annoncée, de réchauffement climatique accéléré et d’effondrement de la biodiversité, sans même aborder les nuisances liées à la mobilité.
Il devient urgent de reconnaître que la course à l’extension des infrastructures touristiques constitue un piège économique, dont les retombées financières – lorsqu’elles existent encore – sont peu équitables et rarement locales. La récente période de vacances, marquée par un déficit d’enneigement, a montré que les visiteurs sont venus en nombre, appréciant le soleil, la nature et la simplicité, au bénéfice tant des touristes que des aubergistes.
Plutôt que de s’acharner à satisfaire un imaginaire dépassé du tourisme hivernal tout au ski, il est urgent de mettre en œuvre une véritable politique publique de tourisme quatre saisons, sobre, respectueuse des écosystèmes et créatrice d’emplois durables. Préserver la nature n’est pas un frein au développement : c’est la condition même de son avenir.
Ce projet n’a-t-il pas pour seul objectif de prolonger artificiellement un modèle à bout de souffle ? 2050, c’est demain. Les prévisions climatiques sont sans équivoque : à cette altitude, la neige naturelle ne sera plus garantie, et les canons à neige n’y changeront rien.
Mes deux interpellations déposées les 14 décembre 2023 et 19 mars 2024 sont restées sans réponses:
1. « Canons à neige : quelle viabilité économique pour ce projet ? » (23_INT_135)
2. « Les 177 canons à neige, l’entreprise TLML et ses sept affirmations douteuses » (24_INT_62)
Aussi, j’ai l’honneur de reposer aujourd’hui au Conseil d’État – que je remercie par avance pour ses réponses – presque les mêmes questions pour un projet presque identique :
1. Le Conseil d’État peut-il admettre que ce projet s’inscrive encore dans la stratégie cantonale de développement des Alpes vaudoises, alors qu’il repose sur une vision dépassée et contrevient aux principes élémentaires de la politique climatique acceptés par le peuple en 2023 dans le cadre de l’initiative populaire « pour la protection du climat [2]» ?
2. Dans un contexte d’accélération du réchauffement climatique, particulièrement marquée dans les Alpes, et de hausse de la limite d’enneigement compromettant le fonctionnement même des canons à neige, comment le Conseil d’État entend-il garantir et contrôler la viabilité économique de ce projet, conformément aux articles 4 et 6 du Règlement d’application de la LADEPE (RLADEPE) ?
3. Le délai d’obtention des crédits-cadres LADE, votés en 2019 par le Grand Conseil, est-il fixé à fin 2026 ?
4. Ce délai (crédits-cadres notamment LADE ) court -il jusqu’à la délivrance des autorisations cantonales ou jusqu’au « premier coup de pioche » ?
5. En cas de non-réalisation du projet (renonciation, échec...), le Conseil d’État envisage-t-il une restitution des dépenses engagées par le promoteur ?
[1] FAO du 09 01 2026
[2] Initiative pour la protection du climat (contre-projet à l’initiative pour les glaciers), adoptée par le peuple le 18 juin 2023.
Conclusion
Souhaite développer
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Kilian Duggan | VER |
| Alberto Mocchi | VER |
| Yannick Maury | VER |
| Géraldine Dubuis | VER |
| Felix Stürner | VER |
| Jean-Claude Favre | V'L |
| Anna Perret | VER |
| Didier Lohri | VER |
| Claude Nicole Grin | VER |
| Hadrien Buclin | EP |
| Oleg Gafner | VER |
| Vincent Bonvin | VER |
| Sylvie Podio | VER |
| Nathalie Vez | VER |
| Claire Attinger Doepper | SOC |
| Vincent Keller | EP |
| Théophile Schenker | VER |
| Mathilde Marendaz | EP |
| Céline Misiego | EP |
| Sébastien Humbert | V'L |
| Nathalie Jaccard | VER |
| Marc Vuilleumier | EP |
| Rebecca Joly | VER |
| Elodie Lopez | EP |
| Yolanda Müller Chabloz | VER |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourUn peu plus d’une année après avoir retiré son projet, l’entreprise Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette SA (TLML) revient avec un nouveau projet d’enneigement artificiel mis à l’enquête actuellement. Dans le seul but de prolonger artificiellement un modèle de ski et de tourisme obsolètes, l’entreprise TLML prévoit toujours de creuser 22 km de tranchées dans la montagne, d’ajouter près de 170 canons à neige et d’épandre plus de 230’000 m3 d’eau sur les alpages, alors que ces moyens devaient être alloués à un tourisme durable et 4 saisons, ainsi que l’a voté notre Parlement : une aberration, un anachronisme.
En effet, dans un contexte de pénurie énergétique annoncée, ce projet reste extrêmement gourmand en eau et en énergie. Par son caractère invasif, ce projet contribue à l’effondrement de la biodiversité, risque de contaminer par des microplastiques et diverses substances chimiques des pâturages de montagne et des zones de protection des eaux souterraines. Avec ce projet, l’entreprise TLML intervient sur des terres agricoles sans prise en compte de l’impact pour les agriculteurs et les agricultrices. Le prétendu apport en eau pour les alpages ne prend pas en considération les réels besoins des paysans et des paysannes, qui n’ont d’ailleurs pas été sollicités. Il ne s’appuie sur aucune expertise. Par ailleurs, ce point ne figure pas dans le dossier de l’enquête. Ce projet ne se préoccupe pas de la mobilité de loisir et ne prend pas la responsabilité de ses effets nocifs collatéraux.
Les promoteurs eux-mêmes semblent douter du projet et de sa viabilité économique. En 2023 déjà, Mme la conseillère d’Etat admettait que ce type de projets n’obtiendrait plus, à l’heure actuelle, de financement et que la durabilité constituait une priorité de la législature. Il est donc grand temps de répondre aux inquiétudes légitimes de la population. Plutôt que de s’acharner à satisfaire un imaginaire dépassé du tourisme hivernal, il est urgent de mettre en œuvre une véritable politique publique de tourisme respectueuse des écosystèmes et créatrice d’emplois durables. S’acharner serait un désastre, renoncer serait courageux.
Ainsi, comment un tel projet peut-il encore être considéré comme compatible avec la stratégie cantonale en matière de durabilité ? Avec la Loi sur l’appui au développement économique (LADE) ? Avec l’orientation d’un tourisme durable quatre saisons dans un contexte de volonté populaire exprimé en 2023 en faveur de la protection du climat ?
Retour à l'ordre du jourL’interpellation est renvoyée au Conseil d’Etat qui y répondra dans un délai de trois mois.