26_INT_86 - Interpellation Virginie Pilault et consorts au nom de Romain Pilloud et du groupe socialiste - Pour une politique humaine et efficace de lutte contre le deal de rue (Développement).
Séance du Grand Conseil du mardi 23 juin 2026, point 10 de l'ordre du jour
Texte déposé
Face aux problèmes liés au deal de rue, il faut renforcer les piliers socio-
sanitaires autant que les piliers sécuritaires, pour une sécurité durable dans l'espace public et une prise en charge des victimes de la drogue. Nous avons besoin d’une stratégie globale commune, portée par le canton, les communes et tous les acteurs. Il est urgent de compléter et moderniser la politique cantonale des quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques, répression).
La présence persistante et visible du deal de rue dans plusieurs communes de notre
canton, notamment à Lausanne, Vevey ou Yverdon-les-Bains, nourrit un sentiment
d'insécurité légitime au sein de la population. Les nuisances dans l'espace public (comme la
présence de seringues, de déchets, l’insalubrité de lieux de passage, des rixes ou des comportements bruyants) sont réelles. Elles altèrent la qualité de vie des habitants.
Face à cette situation, l'émotion est grande et la tentation du "populisme pénal" peut être forte, appelant à une répression toujours plus accrue.
Pourtant, l'expérience et de nombreuses études, y compris celles mandatées par le
Canton lui-même, démontrent l'inefficacité d'une approche exclusivement
répressive. Les forces de l’ordre s’épuisent dans une « chasse aux dealers » aussi vaine que chronophage. A court terme, ces opérations sont payantes : les riverains sont rassurés, les usagers de tel parc ou de tel espace de jeux pour enfants retrouvent propreté et tranquillité.
Mais invisibiliser un problème n’a jamais contribué à le résoudre.
La répression a pour seul effet de déplacer le trafic d'une rue à l'autre, sans jamais
l'éradiquer. Elle a pour vertu, au moins, de déranger le commerce des dealers et de leur signifier qu’ils ne sont pas bienvenus dans l’espace public. Mais il est illusoire d’imaginer qu’elle va mettre fin, à elle seule, au trafic.
A l’autre bout de la chaîne pénale, on condamne. Mais ce n’est pas plus efficace. Comme l'a montré le rapport Brägger, commandité par le Conseiller
d’État Vassilis Venizelos, la politique pénale vaudoise est déjà l'une des plus
répressives de Suisse, entraînant une surpopulation carcérale et des coûts
importants, sans résultats probants sur le long terme. Les dealers interpellés sont rapidement remplacés, souvent sans être jugés faute de statut juridique ou d'attaches dans le pays. On voit donc bien ici les limites de l'action policière et judiciaire actuelle.
Les enquêtes du ministère public contre les réseaux doivent bien évidemment se poursuivre, car la répression ciblée sur ceux-ci, avec des enquêtes approndies, est efficace.
Mais il est crucial de comprendre que le problème d'ordre public ne réside pas tant dans l'activité commerciale des dealers, qui ont intérêt à opérer dans la discrétion donc dans un certain calme, que dans la situation de grande précarité et de marginalisation de leurs clients. Les consommateurs de crack et d'autres drogues dures qui occupent l'espace public sont des personnes vulnérables, souvent désinsérées, pour qui les structures d'aide existantes sont insuffisantes ou inadaptées. Et elles créent du trouble dans la rue.
D’autres consommateurs sont beaucoup moins visibles, beaucoup moins dérangeants pour le calme dans l’espace public. Car parallèlement, le marché de la drogue se déplace vers des moyens modernes comme Telegram, touchant une autre frange de la population. Le deal se passe dans les appartements. On ne le voit plus, mais il existe. Il serait opportun de s’en préoccuper, aussi.
La question du deal de rue est donc indissociable d'une problématique socio-sanitaire. C'est en agissant aussi sur les causes de la consommation et de la précarité que nous parviendrons à pacifier durablement l'espace public. Il est temps de compléter et moderniser la politique cantonale des quatre piliers (prévention, thérapie, réduction des risques, répression), en plaçant l'accompagnement personnalisé au cœur de l'action, en assurant une coordination effective entre les acteurs sociaux, médicaux et policiers, entre les villes et le canton, mais aussi en améliorant la coordination entre les dispositifs socio-sanitaires eux-mêmes , depuis les dispositifs qu’on appelle « bas seuil » c’est-à-dire facile d’accès, souvent communaux, jusqu’à la prise en charge médicale, qui est du ressort du Canton. Ce développement de la coordination et de la prise en charge doit se faire dans tout le canton, afin que ce ne soit pas seulement quelques communes qui portent, seules, l’effort.
Dans ce contexte, nous posons les questions suivantes au Conseil d’État vaudois :
- Le Conseil d’État envisage-t-il la tenue d’assises autour de ce thème de la consommation de drogue et de son commerce dans le canton, réunissant les divers acteurs de ce dossier, avec des représentant-e-s des villes et du canton, comme cela a été demandé récemment par plusieurs grandes villes vaudoises ?
- Quelles mesures concrètes le Conseil d’État entend-il prendre pour renforcer la collaboration et décloisonner l'action des services de police, des services sociaux, des hôpitaux et des associations sur le terrain, afin d'assurer une prise en charge globale des personnes concernées ?
- Comment le Canton s'adapte-t-il à la nouvelle donne du trafic de drogue qui utilise de plus en plus les réseaux sociaux et la livraison à domicile, rendant invisible un problème pourtant tout aussi dramatique que dans les scènes ouvertes ?
- Les structures d'accueil et d'aide aux toxicodépendants sont aujourd'hui surchargées et insuffisantes. Quelles initiatives le Conseil d’État prévoit-il pour augmenter les capacités d'accueil, multiplier les lieux d'aide et développer la "médecine de rue" sur l'ensemble du territoire cantonal (Lausanne, Vevey, Yverdon, etc.) pour faire face, notamment, à l’explosion de la consommation de crack ?
- Le Canton envisage-t-il de développer la prescription médicalisée d'autres substances que la méthadone, sur le modèle de l'héroïne médicalisée déjà pratiqué avec succès pour les cas les plus sévères, afin de mieux prendre en charge les consommateurs les plus précaires et de les sortir de la rue ?
- Sachant que la volonté communale d'imposer à la fondation ABS de n'accueillir que des Vaudois-e-s dans son espace de consommation (ECS) de la Riponne à Lausanne pourrait refouler des personnes vulnérables dans l'espace public d’autres villes, quelles initiatives le Conseil d'Etat a-t-il prises ou pense-t-il prendre pour encourager les cantons voisins à développer eux-aussi des structures bas-seuil permettant de répondre aux besoins de leur population toxicomane, ou toute autre mesure ?
- Une "task force" cantonale a été créée sur le sujet. Le gouvernement peut-il préciser quel est son mandat précis, son calendrier et quand le Grand Conseil et la population peuvent s'attendre à des propositions concrètes et à de nouvelles orientations politiques claires de la part du Conseil d’État en la matière ?
D’avance, nous remercions le Conseil d’Etat pour ses réponses.
Conclusion
Souhaite développer
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Stéphane Balet | SOC |
| Sébastien Kessler | SOC |
| Eliane Desarzens | SOC |
| Sandra Pasquier | SOC |
| Romain Pilloud | SOC |
| Denis Corboz | SOC |
| Isabelle Freymond | IND |
| Vincent Jaques | SOC |
| Amélie Cherbuin | SOC |
| Martine Gerber | VER |
| Cendrine Cachemaille | SOC |
| Claude Nicole Grin | VER |
| Cédric Echenard | SOC |
| Chloé Besse | SOC |
| Muriel Thalmann | SOC |
| Patricia Spack Isenrich | SOC |
| Valérie Zonca | VER |
| Pierre Zwahlen | VER |
| Sébastien Cala | SOC |
| Laure Jaton | SOC |
| Alberto Mocchi | VER |
| Marc Vuilleumier | EP |
| Oleg Gafner | VER |
| Laurent Balsiger | SOC |
| Yves Paccaud | SOC |
| Claire Attinger Doepper | SOC |