Communications
Séance du Grand Conseil du mercredi 30 juin 2021, point 1 de l'ordre du jour
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourIntervention personnelle de M. José Durussel sur des attaques de loups
Conformément à l’article 84, alinéa 3, de la Loi sur le Grand Conseil, un député demande l’introduction dans l’ordre du jour d’une intervention personnelle. Cette demande étant soutenue par au moins 20 députés, la présidente lui donne la parole après le point 18 de l’ordre du jour.
Depuis le début du mois de juin, de nombreuses attaques de loup ont eu lieu, dans la région de l’Hongrin, sur des troupeaux d’ovins et de caprins. Ces réels massacres génèrent de lourdes pertes pour les éleveurs ; ces derniers se sentent abandonnés par le Service de la faune, sachant qu’aujourd’hui il existe un « Plan Loup » et une appli « Proxiloup » mis en place par le Conseil d’Etat. Ce plan est censé apporter une aide rapide et efficace aux éleveurs lors de la présence confirmée ou d’attaques du prédateur. Cette absence de communication du service est regrettable ; les éleveurs concernés vont céder au désespoir et au découragement si nos autorités ne réagissent pas rapidement, alors que la saison d’estivage n’a débuté que depuis quelques semaines. L’avenir de l’estivage et du pastoralisme sur nos alpages vaudois en dépendent. Je remercie le secrétariat général d’afficher une photo – pas très appétissante avant le repas de midi – de ce que peut découvrir un éleveur de notre région au petit matin. Je remercie d’avance la conseillère d’Etat pour sa prompte réactivité.
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Démission – M. Yves Ferrari, député
Je vous donne lecture d’une lettre de démission émanant de notre collègue Yves Ferrari :
« Madame la Présidente du Grand Conseil, Chère Sonya,
Après 19 ans de plaisir, je vous annonce ma démission du Grand Conseil pour le 30 juin 2021 à minuit. Un nouveau défi professionnel, dès le 1er juillet 2021, ne m’offrira plus la possibilité d’être aussi présent comme député.
L’ironie du sort fait que mon nouveau bureau se trouve au Vortex, bâtiment pour lequel j’avais déposé une motion en faveur du bois suisse, motion à laquelle il n’a jamais été répondu … le chef du Département des finances et des relations extérieures ayant indiqué lors d’une séance du Grand Conseil que la motion avait été perdue. Mais le bâtiment dont la structure est uniquement faite avec du béton permet malgré tout de loger des centaines d’étudiants.
Je suis heureux et conscient de la chance que la population lausannoise m’a offerte à quatre reprises et pendant 19 ans pour dialoguer, débattre et construire l’avenir de notre canton. Ces nombreuses années au contact des personnes habitant le canton, du personnel de l’Administration cantonale vaudoise, des membres du Conseil d’Etat ainsi que des collègues du Grand Conseil ont été une expérience si riche qu’elles ne pourront pas être oubliées et resteront incontestablement un atout pour la suite de ma carrière professionnelle, mais également de ma vie privée.
Si j’ai eu la chance de siéger dans cinq lieux différents de notre canton – Rumine, la Cité, le Swiss Tech Convention Center, Yverdon et même Avenches – j’ai également pu, comme membre de la Commission de gestion, visiter une grande partie de notre canton. Je tiens d’ailleurs à remercier mes anciens collègues de la Commission de gestion que sont Valérie Schwaar, Catherine Labouchère, Jean-Luc Chollet et Jérôme Christen qui, parmi d’autres, m’ont supporté pendant des années dans le cadre de cette expérience incroyable permettant de comprendre les rouages de l’Administration cantonale vaudoise.
Si j’ai toujours cherché à dépasser les clivages politiques pour construire des ponts, je dois constater que, comme membre de la minorité du Grand Conseil, cela n’a pas toujours été couronné du succès souhaité. Le flambeau sera sans aucun doute repris par la personne qui va me succéder. Il est très probable que je sois remplacé par une femme et j’en suis très heureux.
Je tiens à remercier toute l’équipe du Secrétariat du Grand Conseil, mon groupe politique pour la confiance qu’il m’a témoignée durant ces 19 années, les huissiers, notre intendant du Grand Conseil, les équipes de sécurité, de la buvette, mais également ma famille qui m’a toujours soutenu dans mon engagement politique, des valeurs que j’ai défendues et qui m’ont vu, depuis 19 ans, être présent mardi après mardi au Grand Conseil.
Après ces près de deux décennies de Grand Conseil, j’ai compris qu’il ne sert à rien d’avoir 10 ans d’avance avec un postulat en faveur de la journée végétarienne. J’ai aussi compris que de renvoyer une motion directement au Conseil d’Etat – même sans aucune opposition – n’est pas un gage de succès. En fait, j’ai compris que ce qu’il faut pour être un bon député, c’est juste un peu de bon sens.
Je souhaite à tous les membres de ce Grand Conseil, à vous toutes chères collègues députées et à vous tous chers collègues députés, de continuer à vous écouter, à dialoguer à débattre et à vous respecter pour poursuivre le développement qualitatif de notre canton et pour faire vivre cette démocratie qui nous est chère.
En vous remerciant de prendre bonne note de ce qui précède, je vous prie de croire, Madame la Présidente du Grand Conseil, Chère Sonya, à l’expression de mes salutations les meilleures. »
La présidente : Monsieur le député, cher Yves, permettez-moi de vous remercier pour votre engagement depuis 2002, date de votre entrée au Grand Conseil à l’occasion des élections cantonales. A cette lointaine époque, le canton comptait encore 21 districts, le Grand Conseil 180 membres et l’arrondissement de Lausanne 37 sièges. La liste des Verts avait décroché neuf sièges et en ne comptant pas le conseiller d’Etat Philippe Biéler, vous aviez décroché le huitième sur neuf. Aux élections de 2007, dans un Grand Conseil réduit à 150 membres et un sous-arrondissement de Lausanne-Ville comptant 27 sièges, vous aviez décroché cette fois le cinquième siège sur six. En 2012, c’est le troisième rang de la liste qui vous attendait ; en 2017 le deuxième, voire même le premier si d’aventure on ne prenait compte que les résidents de l’arrondissement. Il ne vous aura donc manqué qu’une année pour vraisemblablement tirer la liste du sous-arrondissement de Lausanne-Ville et atteindre les deux décennies parmi nous, ce qui fait de vous, à moins de 50 ans, l’un des doyens de fonction du Grand Conseil.
Pendant cette période, vous vous êtes fait l’auteur de 51 interventions parlementaires : 17 interpellations, 12 questions orales, 11 postulats, 9 motions, une simple question et une détermination. Plus fort encore, vous avez siégé dans un nombre impressionnant de commissions ad hoc : 123 ! Vous avez surtout déployé une activité considérable dans les organes permanents du Grand Conseil ; engagé au sein de la Commission thématique de politique familiale, la Commission des finances et, enfin et surtout, à la Commission de gestion pendant de longues années, commission au sein de laquelle vous vous êtes bâti une réputation de véritable expert, en particulier par votre engagement dans le Bureau présidentiel de la commission. Cette compétence, comme toujours dans de tels cas, s’en ira en partie avec vous. Nous perdrons ainsi un député parmi les plus assidus, vous qui n’avez quasiment manqué aucune séance du Grand Conseil en 19 ans.
Dans un registre plus léger, relevons que vous n’êtes pas pour rien dans la magie du magnifique sapin de Noël que nous voyons apparaître dans le Parlement chaque mois de décembre. L’ancienne députée Cesla Amarelle a dit une fois que vous étiez capable de faire bouger le cocotier ; elle s’était juste trompée d’essence. Dans tous les cas, cette belle histoire de notre sapin est un révélateur de votre attachement au bois, mais aussi à la filière de l’apprentissage, puisque cet arbre nous est gracieusement offert par le Centre de formation professionnelle forestière.
Avant de conclure, j’aimerais citer un ancien journaliste du Temps qui a aussi rejoint l’administration cantonale et qui écrivait ceci à votre propos en 2007 : « Il fuit les chapelles, il assume ses positions, indépendantes, parfois imprévisibles. » En référence au bon sens que vous mentionnez dans votre lettre de démission, une telle description vous rapproche de Winston Churchill qui, avec une malice qui vous ressemble, a dit : « Il n’y a aucun mal à changer d’avis, pourvu que ce soit dans le bon sens. »
Cher monsieur Ferrari, cher Yves, au nom de tous nos collègues, je vous remercie pour votre travail, pour les excellentes relations avec le Grand Conseil au cours de ces 19 années et je vous souhaite le meilleur pour la suite. (Applaudissements.)
Accueil de Mme Larissa Reicher, nouvelle secrétaire parlementaire de direction
Suite à la mise au concours d’un poste de secrétaire parlementaire et de direction, le Secrétariat général du Grand Conseil a reçu 120 candidatures. Au terme d’une procédure de sélection, le choix unanime du comité de recrutement s’est porté sur Mme Larissa Reicher, ici présente – à qui j’ai donné l’autorisation d’enlever son masque afin que vous puissiez la reconnaître une fois que les mesures sanitaires seront assouplies. Ce n’est pas de la préférence, il y a une raison derrière ce choix.
Âgée de 50 ans, Mme Reicher a été active comme secrétaire et assistante de projets à la Direction générale de l’enseignement supérieur – nous la volons au Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Outre le secrétariat de la directrice générale et de son adjointe, elle a également assuré l’organisation des Universités d’été et des visites des délégations en Suisse et à l’étranger. Titulaire d’un CFC d’employée de commerce, elle a auparavant travaillé plusieurs années, notamment au secrétariat municipal de la commune de Bussigny et au Service des sports de l’Unil et de l’EPFL. Elle a convaincu le comité de sélection par ses très bonnes connaissances des institutions et de l’administration, son expérience informatique, sa polyvalence et sa capacité de travail, ainsi que son énergie.
Elle rentrera en fonction demain, si bien que vous la rencontrerez régulièrement. Nous nous réjouissons de son arrivée et nous lui souhaitons d’ores et déjà une cordiale bienvenue. (Applaudissements.)
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Hommages à la présidente sortante de charge
Vous connaissez sans doute Monsieur Chatouille ou Madame Tout-Va-Bien ? Hier soir, j’ai lu à ma fille « Les Monsieur Madame font la cuisine ». Dans cet épisode, il est question de concours de cuisine. Je ne vous divulgâcherai pas la chute, mais au début, on découvre Madame Boulot qui, avant même le début du concours, a déjà préparé un nombre impressionnant de gâteaux. Madame Boulot, c’est vous madame la présidente.
Nous n’aurons pas chômé. D’abord, le Bureau, sous votre impulsion, a ajouté des sessions de nuit, trois dates supplémentaires en décembre, puis trois autres en juin. L’ordre du jour version Butera, c’est d’abord quelque chose qui s’épuise. Vous avez entrepris nos travaux avec beaucoup d’entrain. Certains objets sont revenus six, sept, huit fois à l’ordre du jour, peut-être plus. À l’usure, la plupart d’entre eux ont fini par être traités. Nous finissons sur les rotules, mais en regardant en arrière, il y a la satisfaction pour les députés – pour le Conseil d’État aussi sans doute – de constater que les choses avancent. C’est aussi un soulagement.
L’ordre du jour se décante. L’horizon se dégage. Vous remettez à votre successeure, Mme Laurence Cretegny – que je félicite au passage et à qui nous souhaitons plein succès – les clés du Grand Conseil dans de bonnes conditions. Dès la rentrée parlementaire, la révision d’ensemble de la Loi sur l’exercice des droits politiques et bien d’autres sujets nous occupera.
Secrètement, j’espérais que le temps vous donnerait l’occasion d’aller à la rencontre de la population. Les circonstances pandémiques faites de vagues à répétition vous auront largement privée de ces rencontres. En politique où le serrage de mains est aussi instinctif que respirer, en 18 mois de présidence, vous aurez été privée de ce geste essentiel pour créer du lien.
La reconnaissance des députés à leur prima inter pares n’est pas toujours flagrante. Je veux vous dire, madame la présidente, notre reconnaissance, celle du groupe socialiste, pour le souci que vous avez porté, qu’a porté l’ensemble du Bureau du Grand Conseil, à nos institutions dans l’épisode délicat des critères présidant à la désignation des membres de la Commission d’enquête parlementaire. Les règles de récusation n’avaient d’autres buts que d’éviter les risques de conflits d’intérêts et de protéger l’institution. Dans une conversation entre François Mitterrand et Jacques Attali, alors conseiller spécial du Président de la République, ce dernier l’interroge : « Quelle est la qualité principale d’un chef d’État ? » François Mitterrand a cette réponse : « J’aurais aimé vous dire le courage. Je dirais plutôt l’indifférence. » Se fixer une ligne, un objectif, s’y tenir, ne pas céder aux pressions. Assurément, vous avez en la matière fait preuve d’indifférence. Le temps aura donné raison au Bureau : les règles de récusation ont fini par être acceptées par l’ensemble des groupes du Grand Conseil.
Votre présidence a aussi été marquée par votre attention à l’égalité femmes-hommes. Je pense à la session du 9 mars 2021 où vous nous avez concocté, avec beaucoup d’à-propos, un ordre du jour mettant en avant la cause des femmes.
Madame la présidente, face à des vents contraires, vous avez toujours eu à cœur d’assurer la continuité de l’État, en ayant constamment en tête l’intérêt de la population qui, dans cette période de crise à traverser, ne pouvait pas attendre, avait besoin d’aides et en aura encore besoin.
Il est temps maintenant de penser à vous, loin des aléas du Grand Conseil. C’est un partisan du droit à la déconnexion qui vous le dit. Dans cet été qui débute et où le champ des possibles s’élargit, je vous visualise allongée sur un transat, un verre de chasselas à la main. C’est du moins tout ce que je vous souhaite. Merci, madame la présidente ! (Applaudissements.)
Madame la présidente, le Grand Conseil a eu la chance de bénéficier de vos compétences médicales en cette période si particulière. On pourrait dire que le hasard a bien fait les choses en vous portant à cette place quelques mois avant votre investiture officielle.
Madame la présidente, pour vous, cette année présidentielle a probablement été doublement longue : par sa durée de presque 18 mois, mais surtout parce que vous avez été privée de toutes les festivités qui accompagnent normalement cette fonction. Pas de fête de présidente ni d’apéritif de départ, pas de vernissage, pas d’inauguration. Nous espérons que votre successeure, Mme Cretegny, partagera un peu avec vous les diverses invitations et sorties de l’année à venir. (Rires.)
Vous avez été une présidente efficace, menant d’une main ferme, dans un camp parfois badin, les débats dans notre hémicycle, qui était plutôt une pyramide inversée à Yverdon et un carré au Swiss Tech Convention Center.
En plus des péripéties que nous avons en mémoire, vous nous laisserez les beaux souvenirs de vos discours au contenu riche et personnalisé, plein d’humour et de perspicacité lors des départs en cours de route des députés que vous avez peu ou prou côtoyés. Il restera aux Vert’libéraux le souvenir inoubliable de l’assermentation hors normes de notre collègue Jean-Christophe Birchler qui a sûrement été le seul à prêter serment sur l’Esplanade du Château.
Mme la past présidente, chère Sonya, le groupe vert’libéral salue votre performance et vous remercie d’avoir mené la barque dans cette sacrée tempête qu’a été le coronavirus ; il vous souhaite de bien profiter des beaux mois d’été qui arrivent, avec le sentiment justifié du devoir accompli.
Au nom du groupe des Verts, je tiens aussi à saluer votre action. Votre présidence s’est déployée dans des contextes exceptionnels, qu’il s’agisse de la suppléance de votre prédécesseur démissionnaire, de la crise sanitaire, de la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire – qui n’est pas chose évidente. Ces contextes ont provoqué des situations instables au sens figuré et des situations mouvantes au sens propre, puisque notre Parlement a visité une partie du canton de Vaud, entre Yverdon et Ecublens. Cette crise sanitaire a clairement chamboulé la vie parlementaire et sans votre force et votre intelligence, nous n’aurions sans doute pas traversé cette épreuve de la même façon. Merci pour votre travail et merci pour la façon dont vous avez mené nos débats durant cette année et demie.
En matière de charge de travail, j’apprécie le petit surnom de « Madame Boulot » que mon collègue vous a trouvé. Je tiens aussi à saluer votre capacité à faire en sorte que les dossiers déposés par les différents députés aient été traités. C’est assez remarquable. Certains ont critiqué votre style, parfois de façon excessive, voire totalement déplacée. Personnellement, j’aime bien votre style. Déjà, du style, vous en avez et c’est ce que tout le monde retiendra. Si l’on venait encore à critiquer votre style, n’oubliez pas que ceci : « Le style se juge comme le vin, il suffit d’avoir du goût. » (Applaudissements.)
Discours de Mme Sonya Butera, présidente sortante de charge
Il se dit qu’une présidence du Grand Conseil ne ressemble jamais à une autre. Expérience faite, je me permettrai d'ajouter qu’il peut même arriver qu’une présidence ne ressemble en rien à ce qui avait été prévu ou imaginé. À ma sortie de fonction, mes impressions s’avèrent grosso modo toutefois les mêmes que celles de M. Rémy Jaquier, dernier président à avoir partagé ses constats à l’issue de son année présidentielle. L’une des plus belles attributions du Grand Conseil est le débat d’idées et la députation vaudoise a l’énorme privilège de bénéficier d’un temps de parole libre qui, à mes yeux, reste essentiel à l’expression démocratique. Il n’en reste pas moins que beaucoup de temps pourrait être gagné avec des interventions plus concises, en évitant les redites ou encore si tous les rapporteurs de commission évitaient de lire l’intégralité de leur rapport.
Je partage également son opinion concernant la créativité de la députation, particulièrement réactive à l’actualité. Créativité qui, depuis le début de la pandémie, s’est pleinement exprimée dans votre envie de participer à la gestion et à la résolution de la crise sanitaire, en partageant des idées – parfois bonnes, parfois moins bonnes – ou en donnant des conseils plus ou moins avisés tant au Conseil d’État qu’au Bureau du Grand Conseil, enfonçant parfois des portes ouvertes ou interférant – sans le vouloir, très certainement – avec des décisions sur le point d’être prises, voire des négociations en cours.
La députation étant à l’image de la population, vous vous doutez bien que de nombreux collègues, à commencer par les chefs de groupe, se sont également montrés très soutenant, apportant des encouragements très chaleureux et témoignant de leur soutien tant à moi-même qu’au Bureau. Ces encouragements ont été appréciés à leur juste valeur et je saisis l’occasion pour les en remercier.
Tout hyperactive que je sois, il ne m’est pas possible de prétendre à une place dans le tiercé de tête des présidences ayant honoré le plus d’invitations ni à celui des présidences ayant prononcé le plus de discours et encore moins à celui ayant réussi à contenir une prise de poids liée aux apéros dînatoires. Tout au long de ces mois, les invitations aux incontournables grands rendez-vous vaudois, tels que le festival des ballons de Château-d’Oex ou la sortie avec les Pirates d’Ouchy, ont amplement été remplacées par des obligations parfois plurihebdomadaires et bien moins ludiques : les communiqués de presse du Conseil fédéral et les points presse du Conseil d’État vaudois. Les traditionnelles allocutions ou prises de parole lors de ces événements se sont vu remplacer par des rappels des règles sanitaires en vigueur, ponctuées par des rappels à l’ordre, lorsque ce plan de protection n’était pas respecté.
J’ai conscience que cette tâche qui m’incombait en raison d’exigences clairement énoncées dans l’Ordonnance fédérale, ainsi que quelques prises de position tranchées du Bureau m’auront valu des surnoms, dans l’intention n’était pas toujours aussi flatteuse que celui de « Madame Boulot ». Mais c’est de bonne guerre, puisque des surnoms, j’en ai également donné et la tentation de vous en révéler un ou deux est grande. Néanmoins, si je me réfère à mon livre de chevet, la Loi sur le Grand Conseil, certaines choses ne doivent être divulguées qu’en temps et en lieu convenables, autour d’un verre à la buvette du Grand Conseil, par exemple.
En ce qui concerne les discours, j’avoue en avoir perdu l’habitude. Celui-ci est, à peu de choses près, mon premier de l’année. En fait, ces derniers mois, plutôt que de rédiger des discours, je me suis retrouvée à réfléchir à des plans de protection sanitaire visant à assurer la continuité de nos travaux. Et là, je dois souligner le grand avantage de la politique de milice : dès le début de l’année 2020, ma formation professionnelle a été pour moi un atout qui m’a permis de garder la tête claire et de comprendre l’ensemble des enjeux ou la logique derrière certaines décisions du Conseil fédéral ou du Conseil d’État. Ces lunettes bifocales de politicienne et de professionnelle de la santé ont été des plus utiles pour conjuguer impératifs sanitaires et activités politiques. J’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir compter sur mes deux collègues médecins qui partagent avec moi ces mêmes lunettes magiques. Je tiens à les remercier et, au passage, j’en profite pour saluer la bonne collaboration qu’il m’a été possible d’avoir avec l’Office du Médecin cantonal, la confiance que les membres du Bureau m’ont accordée sur toutes les questions sanitaires. Tous ces efforts n’ont pas été vains, puisqu’aucun foyer épidémique n’est apparu au sein de notre assemblée.
À présidence exceptionnelle, moments exceptionnels : assermentation de la nouvelle conseillère d’État en petit comité ou encore celle d’un député en plein air, sur l’Esplanade du Château, séances plénières nomades à Yverdon et à Ecublens, sans parler des polémiques autour de la commission dont je tairai le nom. Polémiques qui, j’en suis certaine, ont été exacerbées par la situation sanitaire. En temps normal, ces tensions auraient pu être réglées autour d’un verre de bon chasselas ou d’un jus de pomme.
Pour être totalement honnête avec vous, si au cours des 535 derniers jours, je me suis souvent surprise à rêvasser à une présidence normale – plus usuelle, plus prévisible – je n’en reste pas moins satisfaite d’avoir eu l’occasion de constater la solidité de nos institutions politiques qui, malgré les situations quelque peu surprenantes auxquelles nous avons été confrontés depuis le début de l’année 2020, ont pu continuer à fonctionner avec une efficacité qui doit être saluée. Le Conseil d’État, tout d’abord, épaulé par un État-major cantonal de conduite (EMCC) très réactif, a été des plus adéquats, tant en situation particulière qu’en situation extraordinaire. Le Grand Conseil vaudois, quant à lui, s’avère – avec le législatif zurichois – être l’un des deux législatifs cantonaux à avoir siégé le plus d’heures en 2020, malgré la suspension, puis l’annulation de plusieurs séances. Pour les personnes férues de données chiffrées, sachez que, depuis janvier 2020, nous avons siégé 57 fois, que nous avons traité 1345 objets et que 427 objets, hors questions orales ou simples questions, ont été déposés par la députation.
Parmi mes plus grands regrets, je citerai le fait que ma commune ait dû renoncer à fêter nos institutions et celui de ne pas être allée à la découverte des quatre coins du canton pour en rencontrer les habitants et les habitants. Je suis néanmoins contente que l’assouplissement des mesures sanitaires m’aient permis de recevoir une poignée d’invités à l’issue de nos séances du mois de juin, notamment les anciennes présidentes du Grand Conseil auxquelles vous avez réservé un accueil quelque peu particulier, ou encore six des femmes dont les parents avaient, il y a tout juste quarante ans, remis en question le système d’orientation scolaire en vigueur, ouvrant la porte à plus d’égalité dans l’accès à la formation.
Si la pandémie m’a empêchée d’aller à la rencontre de la population, elle m’a valu de recevoir de nombreux courriers ou courriels de citoyennes et citoyens vaudois inquiets pour leur futur. Leurs préoccupations ont été pour moi une motivation à passer un maximum de crédits d’étude ou d’investissement, afin de permettre au canton d’assumer son rôle de maître d’œuvre favorable à la bonne santé économique des entreprises vaudoises. Tout au long de ma présidence, j’ai visé l’efficacité en vous proposant des ordres du jour établis par thématiques. Il faut dire que la pléthore d’objets en attente de passage en plénum m’a passablement facilité la tâche. J’ai également cherché à optimiser le temps si précieux que l’Ordonnance fédérale nous mettait à disposition. Certaines personnes ne comprenant pas pourquoi il nous était possible de nous réunir à plus de 150, alors que les rassemblements pour des enterrements ou d’autres événements privés étaient limités à une poignée de participants. Pour les personnes qui ont pu râler sur les déplacements d’objets, qu’elles ont pu considérer comme intempestifs, n’oubliez pas que ceci vous avait été dûment proposé avec un accord préalable des protagonistes ou des députés concernés par ces objets. Une démonstration mathématique s’impose : nous avons siégé une soixantaine de journées, en admettant que cette flexibilité nous ait permis chaque fois de ne pas gaspiller cinq minutes, nous avons, bon an mal an, gagné l’équivalent de cinq heures, ce qui a sans doute largement compensé les fréquentes absences de quorum en début de séance, notamment l’après-midi. Tous ces efforts ont été couronnés de succès, puisque la liste des objets en attente de passage devant le Grand Conseil est actuellement d’une petite trentaine. Pour avoir de la matière à traiter à la rentrée, il vous faudra donc rédiger vos rapports de commissions.
Il ne me reste pas grand-chose à vous dire, si ce n’est que je cède ma place à une présidente du Grand Conseil qui mettra le bien de nos institutions avant toute autre considération et qui sera entourée d’une équipe particulièrement soudée, surtout depuis que le terme « Bureau » semble être devenu un vilain mot. Je sais que le Bureau restera d’une loyauté indéfectible envers les institutions et que mes futurs ex-collègues réserveront un excellent accueil à Sébastien Cala, dont je me réjouis de l’entrée au Bureau.
Ces 535 jours m’auraient paru interminables sans la présence de toute l’équipe du Secrétariat général. Je n’ai pas de mots pour les remercier correctement. Mené par Igor Santucci et Sylvain Jaquenoud, le Secrétariat général m’a incroyablement bien accompagnée depuis la journée très particulière du mardi 7 janvier 2020.
Je me réjouis quant à moi de retrouver ma famille et mes proches, de fêter la maturité de mon petit dernier et de pouvoir enfin me concentrer sur la prise en charge de mes patients sans redouter de recevoir un SMS urgent du Secrétariat général concernant la commission que l’on ne peut toujours pas nommer ou une autre surprise du jour. Bien du courage à toi, Laurence, et félicitations ! (Applaudissements.)
Retour à l'ordre du jourDiscours de Mme Laurence Cretegny, nouvelle présidente
Présidente entrante Lorsque l'on me demandait, ces derniers jours « Alors, bientôt à la présidence, qu’est-ce que cela te fait ? », la première fois, ma réponse a fusé : honneur, fierté et grande responsabilité. Et depuis, cela n’a pas changé, mais j’ai mis des définitions à ces mots. Je commencerai par la responsabilité. Oui, la place de la présidente ou du président est honorifique, mais des responsabilités bien précises lui sont attribuées, selon l’article 26 de la Loi sur le Grand Conseil – nous avons le même livre de chevet. La présidente du Grand Conseil doit veiller à l’observation de la Loi sur le Grand Conseil ; diriger les débats et les travaux du Bureau ; représenter le Grand Conseil dans les travaux du Bureau ; représenter le Grand Conseil dans les manifestations, réceptions officielles et protocolaires et préparer elle-même les discours lorsqu’il en faut un ; fixer, après concertation avec le Bureau et le Conseil d’État, la date des séances et la liste des matières qui seront mises en délibération – là, je comprends pourquoi on nous appelle des parlementaires – établir l’ordre du jour après concertation avec le Conseil d’État, afin de savoir quels conseillers d’État seront présents, en fonction de leur agenda — comme pour nous tous, l’agenda évolue très rapidement — une vraie pandémie. La présidente doit aussi assurer l’ordre et la sécurité dans la salle, avec l’appui des huissières, des huissiers et de la Police cantonale. Cela me donne ici l’occasion de remercier ces travailleurs de l’ombre, un peu plus visibles pour certains, car leur uniforme nous est connu. Discrets et aimables toujours, ils veillent sur notre sécurité et sont toujours prêts à nous rendre service. Merci, mesdames et messieurs. Enfin, la présidente doit signer les pièces officielles et trancher en donnant sa voix en cas d’égalité de suffrages pour déterminer la majorité.
Je continue avec la fierté. Oui, je l’avoue, je suis fière d’être à cette place, mais pas pour moi. Je suis fière en tant que paysanne professionnelle et paysanne vaudoise. Je suis fière en tant que directrice agritouristique de représenter toutes celles et tous ceux qui se sont lancés, il y a des années, pour créer des ponts entre la campagne et la ville. Je suis fière de représenter les métiers de la terre. Oui, je suis fière de représenter le parti PLR. Ses valeurs me sont chères : liberté et responsabilité. Oui, la liberté des uns s’arrête ou celle des autres commence. C’est pourquoi nous devons être responsables. Dernièrement, un collègue syndic citait les célèbres mots d’Anatole France : « Quand les lois seront justes, les hommes seront justes. » Pour moi, quand les êtres humains seront justes et responsables, il n’y aura plus besoin de loi. C’est donc avec honneur que je représenterai l’ensemble des habitantes et des habitants de notre beau canton en tant que première citoyenne de notre Pays de Vaud. Et pour cela, je ferai mienne l’une des phrases du chant de ralliement des paysannes vaudoises, qui a été écrit en 1956 : « Mot d’ordre est donné : solidarité, collaboration, campagne et ville, toujours s’entre-aider, s’unir et nouer des forts liens d’amitié. » Chères et chers collègues, merci de votre confiance et de m’avoir portée à cette fonction. Je ferai mon possible pour en assumer la tâche avec diligence et respect.
Nous voici aux portes des vacances parlementaires. Laissons nos soucis, nos labeurs et savourons le bonheur d’être ensemble. Si nous différons, nous avons des goûts et des travaux qui se ressemblent, un même idéal, une même foi pour aimer notre pays vaudois. Nous venons de tout le canton, nous sommes bien vaudois et il y a une tradition que nous pouvons enfin reprendre, celle de partager un verre de chasselas. En sortant, mon comité ainsi que les vigneronnes et vignerons de Denens vous offriront un paquet apéritif rempli de produits de la région morgienne que vous pourrez emporter chez vous. Merci à eux pour leur soutien. Une fois que j’aurais remercié la présidente sortante de charges – et pas avant – au nom du Bureau, je vous inviterai à rejoindre la buvette du Grand Conseil pour le verre de l’amitié qui vous sera servi comme avant.
Madame la présidente sortante de charges, chère Sonya – oui des liens d’amitié se créent – c’est donc en toute amitié que vous me permettrez d’ajouter « chère maîtresse ». Une classe turbulente n’est jamais facile à tenir. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où vous avez dû demander le silence, mais vous n’étiez pas la seule, vos prédécesseurs s’époumonaient déjà. J’en ai d’ailleurs eu la preuve en visionnant certains débats et je crains de devoir le faire aussi de temps à autre. Après cette année compliquée en tant que présidente, les représentations que vous auriez dû assumer ont fondu comme neige au soleil, vous l’avez dit. Cependant, il y a eu un invité principal : il a accaparé vos journées, vos soirées et vos nuits, sans parler du week-end. Lui, vous vous en seriez bien passée. Je ne le nommerai pas, nous avons déjà trop de fois prononcé son nom, sous diverses formes. Vous avez été la présidente du Grand Conseil qui aura présidé dans trois Parlements différents le temps de votre mandat. Vous avez su maintenir fermement la barre des institutions et faire en sorte que le premier pouvoir puisse siéger, avec comme nouveaux outils de travail, nos masques et notre bouteille de désinfectant. Pour ce faire, vous nous avez fait visiter d’autres villes de notre canton. Nous avons quitté le lac Léman pour les rives de celui qui borde la ville d’Yverdon. Nous sommes revenus plus près de notre capitale vaudoise, à Ecublens, sur le site de l’EPFL. Et pour finir, au début de ce mois de juin, nous avons pu revenir chez nous, au Parlement vaudois. Ah, comme les personnes qui ne peuvent rejoindre le Parlement en utilisant un véhicule privé regrettent les places de parc des lieux précédents… mais là, vous n’y pouvez rien.
Vos souvenirs d’enfance ont bien failli nous faire déménager à Genève, partir à l’assaut des remparts de la ville. Je me suis dit, si la Fête de l’Escalade commémore la victoire de Genève entre humour et tradition, c’est de là que vient votre rire communicatif qui nous a accompagnés durant les six premiers mois de votre mandat et qui fut, hélas, caché derrière le bleu du masque par la suite. Oui, madame la présidente sortante de charge, une année compliquée, mais vous avez su garder la ligne et la ligne. Pour accompagner votre temps libre à venir, pour éviter l’ennui et pour vous faire perdre un peu la ligne, vous sachant gourmande, voici de quoi vous régaler, tout en pouvant continuer à faire fleurir en complémentarité vos souvenirs d’enfance ainsi que vos souvenirs de présidente du Grand Conseil. En mon nom et au nom du groupe PLR, merci, madame la présidente Sonya Butera. (Applaudissements.)