Sous-navigation

Votre identité

Espace sécurisé

Gérez facilement vos démarches administratives en ligne pour les particuliers, entreprises, fondations et communes.
Exemples de démarches
  • Remplir et déposer sa déclaration d’impôt
  • Consulter son dossier fiscal
  • Remplacer son permis de conduire (particuliers)
  • S’inscrire à la maturité professionnelle post-CFC (étudiants)
  • Obtenir une première autorisation frontalière (entreprises)
  • Demander un soutien à un projet culturel (associations)
  • Accéder au registre cantonal des personnes (communes)

Portail IAM

Accès aux applications pour les collaborateurs-trices de l’Etat de Vaud et les partenaires.
Exemples d’applications
  • ACTIS (Camac 2010)
  • EasyVista
  • LAGAPEO
  • LA PLACE
  • NEO
  • PAREO
  • Passerelle Employeur - Impôts à la source
  • RCPers - Registre Cantonal des Personnes
  • Réquisition - Désignation Électronique (ReqDes)
  • RDU
  • Themis
  • Votelec - Dépouillement
  • Wiki projets ACV

Section de recherche

23_LEG_129 - EMPL (1er débat) modifiant la loi du 17 septembre 1985 sur l’enseignement secondaire supérieur (LESS).

Séance du Grand Conseil du mardi 10 février 2026, point 15 de l'ordre du jour

Documents

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. John Desmeules (PLR) — Rapporteur

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite exprimer ma reconnaissance pour la participation de M. Frédéric Borloz, chef du Département de l’enseignement et de la formation (DEF), de M. Lionel Eperon, directeur de la Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP), ainsi que de M. Sylvain Chollet, chef de l’Office de l’enseignement gymnasial. Leur présence et leurs interventions ont largement contribué à éclairer nos travaux. Je tiens également à remercier M. Yvan Cornu pour la rédaction précise et complète de nos notes de séance.

Aujourd’hui, nous sommes appelés à nous prononcer sur une modification ciblée de la Loi sur l’enseignement secondaire supérieur (LESS), visant à permettre à certaines écoles privées vaudoises de délivrer des certificats de maturité gymnasiale cantonaux, à l’instar des gymnases publics. Pourquoi cette adaptation ? Il s’agit avant tout d’un acte d’équité. Les écoles privées vaudoises accueillent près de 7  % des élèves du canton et sont solidement implantées, proposant un programme structuré et un encadrement professionnel. Actuellement, elles ne peuvent préparer leurs élèves qu’à l’examen de maturité fédérale, dont les épreuves variables ne s’articulent pas toujours avec un plan d’études défini. Cette situation limite leur capacité à offrir une formation cohérente et prévisible pour leurs élèves.

Contrairement à certaines inquiétudes, ce projet n’ouvre pas la voie à un laisser-faire éducatif. Au contraire, toute école privée souhaitant délivrer la maturité cantonale devra satisfaire à des critères stricts d’accréditation, respecter les exigences de qualité des gymnases vaudois et se soumettre à une surveillance rigoureuse, notamment par la Conférence des directeurs de gymnases. Cette réforme n’entraîne aucun coût pour l’État : les frais liés au traitement, à la reconnaissance et à l’évaluation seront couverts par des émoluments payés par les écoles privées elles-mêmes. Il est important de souligner que cette réforme ne crée aucune obligation.

Les établissements privés qui souhaitent continuer à préparer la maturité fédérale pourront le faire. La coexistence des deux régimes, fédéral et cantonal, existe déjà dans plusieurs cantons, notamment à Genève, sans nuire à la qualité de l’école publique. Elle contribue même à renforcer le système éducatif par la diversité et la complémentarité de l’offre.

Le règlement d’application qui accompagnera cette réforme définira les éléments essentiels : titres requis pour les enseignants, plan d’études, conditions de promotion, structure des examens, etc. Il sera calqué sur celui des gymnases publics afin de garantir une équivalence réelle de traitement. Ce projet de loi ne remet pas en cause notre école publique ; il n’a pas pour objectif d’affaiblir un système, mais de proposer une solution équitable et cohérente aux établissements privés qui font partie de notre tissu éducatif. L’entrée en matière de ce projet de loi a été acceptée par 7 voix contre 5, avec 3 abstentions.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion sur l’entrée en matière est ouverte.

Mme Sylvie Pittet Blanchette (SOC) —

Monsieur le Président, je peine à comprendre votre conception de l’ordre du jour, et je regrette que ma demande de modification n’ait pas été acceptée.

En effet, la LESS est étroitement liée à la révision de la Loi sur les écoles privées. Or, si nous ignorons encore comment cette loi évoluera, comment pourrions-nous envisager d’ouvrir la possibilité aux écoles privées de délivrer des diplômes ? La LESS propose, en l’occurrence, de reconnaître aux établissements privés la faculté de délivrer des certificats de maturité gymnasiale cantonaux. Au sein de la Commission thématique de la formation (COFOR), que je préside, nous aurions dû établir un rapport de minorité, mais cela n’a pas été fait. C’est pourquoi je précise aujourd’hui qu’il est exclu pour le groupe socialiste de voter positivement sur l’entrée en matière de ce projet. Les risques sont, à nos yeux, trop importants.

Même si la révision de la loi sur l’enseignement privé vise à renforcer les exigences – tant sur le plan pédagogique, avec la formation des enseignants, des critères d’engagement et une référence au Plan d’études romand (PER), que sur celui de l’égalité et de la lutte contre les discriminations – le groupe socialiste estime que les dangers demeurent. Chaque établissement pourrait définir ses examens avec une certaine liberté pédagogique : la tentation d’optimiser les résultats statistiques par une préparation ciblée ou un bachotage serait trop grande. Ce risque pourrait également conduire à réduire les cours dits « annexes », essentiels au développement harmonieux des élèves, au profit d’une focalisation sur les examens. Il existe aussi le danger que le diplôme soit uniformisé au niveau cantonal, à l’image du baccalauréat français.

Enfin, si le marché de l’enseignement se libéralise, il existe un risque de moindre investissement dans l’enseignement public. Mais pour le groupe socialiste, le risque principal et rédhibitoire reste la création d’un enseignement à deux vitesses : certains élèves pourraient bénéficier de classes de 15 élèves, tandis que les écoles privées pourraient sélectionner leurs élèves. Au nom de l’égalité des chances, le groupe socialiste vous invite donc à refuser l’entrée en matière et à préserver ainsi la qualité de l’enseignement secondaire dans notre canton.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Je tiens à rappeler qu’en tout temps, comme nous l’avons observé au début de cette journée, il est possible de déposer une motion d’ordre pour modifier l’ordre du jour, si besoin est. Cela étant, l’ordre du jour a été communiqué depuis jeudi dernier, et ce n’est qu’au début de cette matinée que j’ai entendu évoquer l’éventualité d’un changement. Dont acte.

Mme Aliette Rey-Marion (UDC) —

Le département a été saisi par les écoles privées d’une demande visant à leur permettre d’agir, pour l’examen final de maturité, de la même manière que les gymnases vaudois, c’est-à-dire de délivrer des certificats de maturité gymnasiale cantonaux. L’ouverture de la maturité cantonale aux écoles privées remplissant les conditions fédérales constitue une mesure pragmatique, neutre et sans coût pour l’État. Cette pratique existe déjà dans de nombreux cantons suisses alémaniques ainsi qu’à Genève, avec des retombées positives tant pour les élèves que pour l’État.

Il ne s’agit pas de mettre en concurrence l’école publique et les écoles privées ; au contraire, cette initiative renforce la complémentarité entre le secteur privé et le secteur public. Des ajustements et mises à jour concernant certains émoluments feront partie de cette modification. Il est également important de souligner que les écoles privées sont bien accueillies dans le canton de Vaud. La création d’une maturité cantonale pour ces établissements permettrait d’éviter un recours peu opportun au baccalauréat français ou au baccalauréat international, au détriment de la maturité suisse.

Lors des discussions en commission, plusieurs préjugés ou inquiétudes ont été exprimés, souvent basés sur des observations médiatiques, notamment en ce qui concerne la garantie de la qualité de l’enseignement. D’autres questions ont porté sur les règlements à adapter et sur la surveillance, qui sera assurée en principe par la Conférence des directrices et directeurs des gymnases vaudois. Ces points ont été clarifiés par M. le chef du département.

Il convient de rappeler que ce projet de loi impose les mêmes qualifications professionnelles pour le corps enseignant, conformément à l’ordonnance fédérale sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale et au règlement de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). Quant aux salaires, la décision restera de la responsabilité des employeurs. Tout ce qui sera inscrit dans la loi fera l’objet d’un examen strict et impliquera un certain coût.

En soutenant cette demande croissante, le Canton de Vaud se distinguera par son ouverture, son exigence et son esprit d’innovation. Vous l’aurez compris, je vous invite, au nom de la grande majorité du groupe UDC, à soutenir ce projet de loi et à entrer en matière.

Mme Claude Nicole Grin (VER) —

Je vais vous présenter la position des Verts, qui demeure très partagée. Je ne reprendrai que quelques éléments, puisque beaucoup de choses ont déjà été dites, et me bornerai à en repréciser les contours. Le département a été saisi d’une demande émanant des écoles privées, plus précisément de l’Association vaudoise des écoles privées (AVDEP), afin de pouvoir délivrer le même titre que les gymnases vaudois s’agissant de l’examen de fin de maturité.

Pour rappel, les écoles privées disposent actuellement de leur propre programme d’études et de leur propre réglementation, et leurs élèves se présentent à l’examen fédéral de maturité. Le Conseil d’État a décidé d’accepter cette demande, sachant que d’autres cantons y ont également donné suite, notamment le canton de Genève ainsi que plusieurs cantons de Suisse alémanique. Pour que les écoles privées puissent délivrer ce même titre, elles devront proposer un enseignement similaire à celui des gymnases publics. Une différence importante concerne la prise en compte des notes d’expérience tout au long de l’année, ce qui n’est pas le cas dans le cadre de l’examen fédéral de maturité. Une autre différence porte sur la reconnaissance académique et pédagogique du corps enseignant des écoles privées, ainsi que sur sa rémunération. Très clairement, la mise en œuvre de ce projet de loi exige que le corps enseignant des établissements privés dispose des mêmes qualifications professionnelles que celui du secteur public, conformément à l’ordonnance fédérale sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale et au règlement de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) relatif à la reconnaissance des diplômes d’enseignement.

Il convient également de relever qu’une réforme majeure est en cours dans le canton de Vaud, à savoir le passage du gymnase à quatre ans, afin d’harmoniser la maturité gymnasiale au niveau suisse. Ainsi, en ce qui concerne la recommandation d’entrer en matière sur ce projet de loi, le groupe des Verts et des Vertes demeure partagé.

Mme Elodie Golaz Grilli (PLR) —

Dans un souci d’égalité et afin de répondre à des besoins concrets, le groupe PLR vous invite à entrer en matière.

M. Vincent Keller (EP) —

Je serai un peu plus long que ma préopinante. Tout d’abord, nous abondons dans le sens de la présidente de la COFOR, Mme Sylvie Pittet Blanchette, ainsi que du groupe socialiste. J’aimerais toutefois y ajouter quelques éléments, en déclarant d’emblée mes intérêts : je suis enseignant au gymnase public de Beaulieu.

Le projet de loi qui nous est soumis émane d’une demande des écoles privées, ou plus précisément de certaines d’entre elles. À nos yeux, ces écoles ont parfaitement le droit d’exister. En revanche, elles ne devraient pas être habilitées à délivrer les mêmes diplômes que l’école publique. Il est ici question des maturités dites cantonales, actuellement délivrées exclusivement par les seize gymnases vaudois, Gymnase pour adultes (GypAd) compris. Le marché de l’éducation est déjà largement libéralisé dans ce canton – trop largement, à notre sens. Inscrire son enfant dans une école privée est un droit légal des parents, mais cela suppose des ressources importantes. Cela implique également une sélection opérée par l’école privée elle-même. La preuve en est que ces établissements s’intéressent principalement à la voie maturité, et beaucoup moins aux filières de culture générale ou à l’école de commerce. On choisit les élèves les plus prometteurs et on laisse le reste à l’école publique, un peu à l’image du système de santé : lorsqu’il y a des cas rentables, les cliniques privées s’en saisissent ; lorsque la situation se complique, on se tourne vers le CHUV.

Plus on prive l’école publique des élèves issus des milieux les plus favorisés, moins on investit dans cette même école publique. C’est un fait, même si le Conseil d’État actuel ne semble pas pleinement en être convaincu. D’ailleurs, il le reconnaît lui-même partiellement dans son exposé des motifs, où il est écrit : « Enfin, on relèvera que dans un contexte de pénurie de places de formation dans les gymnases vaudois, la complémentarité des offres publiques et privées pourrait apporter une certaine détente. » Pour le groupe Ensemble à Gauche et POP, il serait préférable que le Conseil d’État investisse davantage dans la formation post-obligatoire publique, notamment par la construction de nouveaux bâtiments.

Par ailleurs, lorsque la commission a interrogé les écoles privées sur leur volonté éventuelle d’aligner la rémunération de leurs enseignants sur celle du public, par exemple au moyen de conventions collectives de travail, ces questions sont restées sans réponse. Le système actuel, qui permet aux élèves des écoles privées de se présenter aux examens de maturité fédérale, a fait ses preuves. Il permet de démontrer, le cas échéant, la qualité de l’enseignement dispensé dans ces établissements. Cela étant, il a été documenté que les élèves issus des écoles privées connaissent davantage d’abandons dans les études supérieures que ceux issus de l’école publique.

Une maturité cantonale doit, selon nous, rester de la compétence de l’école publique cantonale. Celle-ci est soumise à un contrôle démocratique et politique, ce qui n’est pas le cas des écoles privées. C’est à cette condition que la qualité de l’enseignement et la confiance dans les diplômes délivrés pourront être garanties – et cela malgré l’assurance donnée par le département qu’il vérifiera les qualifications académiques et pédagogiques des enseignants des écoles privées. En conséquence, le groupe Ensemble à Gauche et POP n’entrera pas en matière sur cet exposé des motifs et projet de loi, refusera ses conclusions si le plénum décidait malgré tout d’y entrer, et vous invite à en faire de même.

M. Jacques-André Haury (V'L) —

Je me réjouis assez de ce débat, car, au fond, les positions ont le mérite d’être claires. Mme Pittet Blanchette comme M. Keller expriment une réticence idéologique, constante, de la gauche à l’égard de tout ce qui relève du secteur privé. À gauche, on n’apprécie pas les écoles privées ; on n’apprécie pas non plus les cliniques privées – M. Keller l’a rappelé – et plus largement tout ce qui procède de l’initiative privée. À droite, en revanche, nous considérons que le privé présente de nombreuses qualités, en particulier celle de constituer un complément au secteur public. Dès lors, je ne suis nullement surpris que l’opposition à l’entrée en matière provienne de la gauche. Pour ma part, je soutiens l’entrée en matière sur ce projet de modification de loi, comme je l’ai fait en COFOR. Finalement, il est plutôt réjouissant de constater que les positions sont assumées : les gens de gauche défendent des positions de gauche, ceux de droite des positions de droite. (Rires.)

Mme Aude Billard (SOC) —

Je vais sans doute m’inscrire dans une perspective plutôt à gauche. Permettez-moi toutefois, au préalable, de déclarer mes intérêts : je suis professeure à l’EPFL. À ce titre, je vois arriver les étudiantes et étudiants issus de notre école publique, avec une formation dont nous nous assurons qu’elle soit suffisamment solide pour leur permettre de réussir dans notre institution.

Pour ma part, je suis inquiète et je vous invite à ne pas entrer en matière sur cette modification de loi, en tout cas pas sans avoir examiné en profondeur ses conséquences sur les écoles privées, et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, ce changement bouleversera profondément le paysage éducatif de notre canton – j’en suis convaincue. En instaurant deux voies distinctes d’accès à la maturité, l’une payante et l’autre gratuite, il accentuera inévitablement les inégalités entre les élèves. L’accès à ce diplôme dépendra davantage des moyens financiers des parents que des mérites ou des aspirations des jeunes. Certes, les écoles privées existent déjà, mais le fait qu’elles ne puissent pas aujourd’hui délivrer une maturité équivalente à celle des gymnases publics limite leur attractivité et, surtout, leur impact en termes de fragmentation sociale.

Deuxièmement, cette réforme pourrait engendrer une concurrence malsaine pour attirer les meilleurs enseignants. Il sera toujours possible d’user de l’argument salarial pour recruter. Les établissements privés, disposant de ressources plus importantes, pourraient attirer des enseignants au détriment des gymnases publics, déjà confrontés à des pénuries, notamment dans les branches techniques – des domaines qui me tiennent particulièrement à cœur pour la formation des jeunes et pour l’équité lorsqu’ils arrivent à l’EPFL. J’y vois le risque d’une détérioration de la qualité de l’enseignement public, au détriment des élèves les plus vulnérables sur le plan social.

J’estime également que le Grand Conseil se tirerait une balle dans le pied en validant cette réforme. D’un côté, il consent des investissements considérables pour moderniser les infrastructures scolaires et adapter les cursus en collaboration étroite avec les universités, dans un effort de longue haleine visant à garantir qualité et cohérence. De l’autre, il fragmenterait ce système en multipliant les acteurs. Comment les universités – l’EPFL, l’UNIL et d’autres – pourraient-elles assurer un alignement pédagogique optimal avec une multitude d’établissements privés en plus du réseau public ? Ce choix me paraît porteur de conséquences difficilement justifiables.

Je rappelle également qu’à partir de 2027, alors même que le canton devra encore resserrer ses finances, cette réforme accentuera les contradictions. Elle s’apparente à une redistribution à l’envers : des ressources publiques seraient, de fait, orientées vers les plus favorisés, au détriment de l’égalité des chances. Elle risque aussi de démotiver les enseignants, dont les salaires, déjà sous pression, pourraient être affectés par la mise en place de ce double système, alors que la pénurie de personnel qualifié est déjà bien réelle. En somme, cette décision affaiblirait l’école publique tout en instaurant un système à deux vitesses. Elle va, selon moi, à l’encontre des objectifs mêmes que notre école affiche.

Mme Florence Bettschart-Narbel (PLR) —

Je crois que notre collègue Haury a bien exprimé ce que je souhaitais également souligner, à savoir qu’il existe une divergence fondamentale entre la gauche et la droite quant à la conception des partenariats public-privé et à la place que le secteur privé peut occuper dans notre canton. J’entends aujourd’hui plusieurs arguments affirmant qu’il ne serait pas acceptable que des écoles privées puissent délivrer des maturités cantonales. Je trouve cette position relativement rétrograde. Nous avons en effet des élèves qui effectuent l’ensemble de leur scolarité dans des établissements privés, pour des raisons diverses : parce que ces écoles proposent, par exemple, une journée continue dès le plus jeune âge, ou encore parce qu’elles offrent un enseignement des langues qui va parfois au-delà de ce qui est proposé dans le public. Or, aujourd’hui, ces élèves ne peuvent pas obtenir, au terme de leur parcours, le même diplôme que les autres élèves vaudois.

Il existe certes d’autres diplômes – le baccalauréat international ou la maturité suisse fédérale – mais il s’agit de systèmes différents. Par ailleurs, comme l’a indiqué l’AVDEP, toutes les écoles privées ne solliciteront pas cette reconnaissance. Dans notre canton, il s’agirait sans doute de deux ou trois établissements bien établis depuis de nombreuses années.

Quant à l’argument d’une prétendue concurrence salariale, je ne suis pas convaincue qu’il repose sur un risque avéré. Les salaires du privé n’ont, en réalité, rien d’évidemment supérieur à ceux du public. Les écoles privées ne rémunèrent pas nécessairement mieux leurs enseignants que les établissements publics, et je ne crois donc pas que ce risque soit avéré. Pour ces raisons, je pense qu’il faut aussi reconnaître que les écoles privées font partie du paysage cantonal. C’est un secteur qui fonctionne, pour lequel certains parents optent en connaissance de cause et qu’ils financent eux-mêmes. Ce choix mérite d’être respecté. Vouloir faire du tout-public l’unique réponse possible à notre système éducatif me paraît, là aussi, relever d’une vision quelque peu dépassée. Je vous invite donc à entrer en matière et à accepter ce projet de loi.

M. Philippe Jobin (UDC) —

Mesdames et messieurs de la gauche, la société évolue. Peut-être pas dans le sens que vous souhaiteriez aujourd’hui, mais elle évolue. Pourquoi ? Parce que les écoles privées proposent désormais une diversité de pédagogies et de parcours qui viennent utilement compléter l’école publique. De nombreuses familles les choisissent non pour des raisons de statut social, mais pour une approche éducative différente, un encadrement spécifique et une solution adaptée aux besoins propres de leurs enfants.

À mes yeux, et au regard de l’exposé des motifs et du projet de loi, la qualité sera garantie et strictement contrôlée. Le Conseil d’État l’affirme : aucun compromis ne sera fait. Tout est prévu pour que les écoles privées accréditées soient soumises aux mêmes exigences que les gymnases publics. Cela concerne l’accréditation, le respect des plans d’études, la gouvernance, l’assurance qualité et, surtout, les qualifications du corps enseignant. Autrement dit, il y aura un examen rigoureux des compétences de celles et ceux qui dispenseront ces cours. On aboutira ainsi à un dispositif certes différent de celui du public, mais qui pourra être bénéfique pour la société dans son ensemble.

Je suis convaincu que nous devons, au niveau sociétal, préserver la liberté de choix – et cette question en fait partie. Que vous le vouliez ou non, mesdames et messieurs de la gauche, il me paraît nécessaire d’entrer en matière sur ce projet de loi, de le voter, afin que ces choix puissent s’exprimer librement, selon les convictions et les projets éducatifs que chacune et chacun souhaite pour ses enfants.

Mme Josephine Byrne Garelli (PLR) —

Je déclare d’abord mes intérêts : mon unique enfant a fréquenté une école privée. J’aimerais rassurer tout le monde sur un point : les écoles privées ne sélectionnent pas les « meilleurs » élèves. Ce sont les parents qui choisissent ce qu’ils estiment être un établissement plus adapté à leur enfant. Ce n’est pas la même chose. Par ailleurs, ces parents paient l’école à double titre : ils financent l’école publique par leurs impôts et, en plus, assument les frais d’une école privée afin d’offrir à leur fils ou à leur fille les meilleures chances possibles.

Dans le cas de mon fils, il a effectué une maturité fédérale. Or, ce système s’est révélé, à mes yeux, pénalisant. Il ne passait pas ses examens au mois de juin comme les élèves des gymnases vaudois, mais plus tard, en août. Les résultats étant publiés très tardivement, la plupart des universités internationales avaient déjà clos leurs admissions. Les options restantes se limitaient notamment à l’Université de Lausanne, à l’EPFL ou à Zurich – qui sont évidemment d’excellents choix, je ne le conteste pas. Mais ces étudiants y entraient sans avoir pu bénéficier d’un véritable été de repos avant le début de leurs études universitaires. Je considère que cela constitue un désavantage réel. Lorsque vous parlez d’un système à deux vitesses, je ne partage donc pas cette analyse. À mes yeux, il s’agirait plutôt d’un dispositif complémentaire, qui irait dans l’intérêt de l’ensemble des élèves du canton de Vaud.

M. Romain Pilloud (SOC) —

Ce que j’entends ici me paraît totalement déconnecté des réalités. À quel moment peut-on affirmer que les écoles privées ne sélectionnent pas leurs élèves ? Dans mon entourage, jamais nous n’aurions eu les moyens de payer 10’000, 20’000, 50’000 francs – voire davantage, pour les établissements les plus sélects – afin d’y inscrire un enfant. La première sélection s’opère donc dès l’entrée, sur des critères financiers. Et certaines écoles ajoutent encore des conditions d’admission supplémentaires. Les écoles privées vivent très bien leur existence, et personne ne le conteste. Mais oui, elles pratiquent une forme de sélection. Et pour beaucoup de familles, il n’existe tout simplement pas de choix : elles n’ont pas les moyens financiers d’opter pour le privé. C’est une réalité sociale.

Si cette reconnaissance devait être accordée, elle aurait des conséquences. Et je suis désolé s’il faut être catalogué « à gauche » pour défendre la mixité sociale, mais l’impact serait négatif sur ce plan. Seuls les élèves issus des familles les plus aisées – souvent aussi ceux qui bénéficient déjà d’un encadrement et de soutiens renforcés en dehors de l’école – quitteraient l’école publique. Ils ne seraient ni en VP ni en VG dans le public : ils iraient dans le privé. Cela affaiblirait inévitablement la mixité sociale au sein de l’école publique.

Il me semble pourtant que cette question avait été largement débattue à l’époque de l’initiative École 2010, une initiative rétrograde qui proposait de continuer à séparer les élèves selon leurs résultats – et, souvent aussi, selon leur origine sociale – en ne les réunissant même pas dans les mêmes bâtiments. Or, avec une telle proposition, vous revenez en arrière. Elle me paraît en décalage complet avec la réalité des familles vaudoises.

M. Nicolas Suter (PLR) —

Il est vrai que, selon M. Haury, il serait rassurant de voir la gauche à gauche et la droite à droite. Pour ma part, je tiens à dire que je suis choqué par les propos de M. Keller, qui qualifie les écoles privées de « machine à fric ». Je pense que les milliers de personnes travaillant dans le secteur privé, qu’il s’agisse de l’éducation ou de la santé, apprécieront peu cette caricature. C’est une vision tellement caricaturale que je la trouve profondément regrettable.

Mme Céline Baux (UDC) —

Je suis également un peu désolée de certaines prises de position entendues aujourd’hui, qui semblent dresser l’école privée contre l’école publique. Toutes les écoles privées ne sont pas fréquentées par des familles extrêmement aisées : certaines ne coûtent pas 100’000 francs par an. Je connais personnellement des parents qui ont fait d’énormes sacrifices pour que leurs enfants puissent bénéficier d’une école privée, parce qu’ils ne s’adaptaient pas bien à l’école publique. Ces familles ne roulent pas en Maserati : elles ont simplement renoncé à certaines vacances pour offrir cette opportunité à leurs enfants. Je trouve donc regrettables les débats actuels qui cherchent à creuser un fossé entre ces deux types d’établissements, alors qu’ils devraient pouvoir travailler de concert. Pour ma part, je fais pleinement confiance au canton pour exiger un niveau d’excellence des écoles privées qui solliciteront cette reconnaissance.

M. David Vogel (V'L) —

Je déclare mes intérêts : j’enseigne dans le secteur public, au gymnase de Nyon. Je souhaite réagir à deux ou trois affirmations entendues aujourd’hui. Premièrement, l’idée que « les meilleurs élèves iront dans le privé » est factuellement fausse. En réalité, ce sont souvent des élèves qui rencontrent des difficultés dans le public qui se dirigent vers le privé. Dire le contraire revient à proférer une inexactitude que je constate quotidiennement dans mon métier.

Il est vrai qu’il peut y avoir, dans certaines écoles privées, un suivi plus intensif des élèves ou davantage de bachotage. Les parents financent ce type d’offre, parfois avec des options spécifiques, comme l’école bilingue. Mais affirmer que tous les meilleurs élèves se dirigent vers le privé est incorrect. Ensuite, monsieur Pilloud, vous vous inquiétez parce que certaines familles investissent beaucoup pour scolariser leurs enfants dans des écoles coûteuses. Mais, en réalité, quel problème cela pose-t-il ? Or, que des parents disposent de moyens et souhaitent offrir cette opportunité à leurs enfants n’a rien de condamnable.

Enfin, j’aimerais rassurer Mme Billard et évoquer mon propre cas. Vous évoquiez le risque que les meilleurs enseignants soient siphonnés par le privé. Pour ma part, j’attends impatiemment le Mercato, une offre de Roset et un pont en or… Les écoles privées ne m’ont pas débauché, ce n’est peut-être pas rien…. Et pour être un peu léger, je pourrais passer tout mon hiver à Gstaad si jamais on me faisait une offre. Aux directeurs d’école privée, si vous m’avez entendu, n’hésitez pas… Toutefois, pour ma part, vu les conditions et les salaires proposés, il n’y a aucun intérêt à quitter le public. Au-delà de l’anecdote, je pose une question plus fondamentale à la gauche : comment peut-on savoir qui sont les meilleurs enseignants si l’on refuse constamment de les évaluer ? (Applaudissements.)

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Le débat est interrompu.

Retour à l'ordre du jour

Partager la page