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Communications

Séance du Grand Conseil du mardi 21 juin 2022, point 1 de l'ordre du jour

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Réponses du Conseil d’Etat aux simples questions, résolutions, déterminations et pétitions

Durant la semaine écoulée, le Conseil d’Etat a transmis au Grand Conseil la réponse suivante :

  • Simple question Rebecca Joly : Lutte contre le bostryche, quelle action du Conseil d’Etat ? (22_QUE_22)
Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Cérémonie de clôture

Nous allons prendre un temps afin d’honorer nos collègues qui terminent leur mandat cette fin de législature et qui quittent ce Parlement, pour certains après plus de 30 ans de députation, ainsi que quatre conseillères et conseillers d’Etat.

La cérémonie de clôture de la législature 2017-2022 se verra agrémentée de chants et de musique, interprétés par le choeur de l’Ecole du Cherrat de St-Prex dirigé par M. Luca Martin. J'en profite pour remercier le directeur de l’établissement primaire et secondaire de St-Prex pour son appui et sa présence aujourd’hui dans notre Parlement. Cela me touche d’autant plus que j’ai moi-même fait mes classes à St-Prex en passant par le collège du Chauchy et par celui du Cherrat.

Une fois la cérémonie terminée, la bannière cantonale sortira du Parlement, suivie des députées et députés. Nous nous retrouverons à la buvette pour entendre discours et autres joyeusetés de la part des représentants des communes qui accueillent sur leurs terres les conseillères et conseillers d’Etat sortants, avant de participer à l’apéritif que nous offrent les communes de Bottens, Puidoux, Sainte-Croix et d’Yverdon-les-Bains. Je remercie ces communes pour le magnifique apéritif qui nous attend en cette fin de journée.

Mesdames et messieurs, nous voici prêts à commencer la cérémonie. Je vous demande de bien vouloir vous lever, afin d’honorer l’entrée de la bannière cantonale suivie de celles des communes. (L’Assemblée se lève.)

Il n’est pas courant de rendre hommage à quatre conseillères et conseillers d’Etat sortants, ainsi qu’à cinquante députées et députés terminant leur mandat. Je vais rendre hommage au travail qu’ils ont accompli tout du long de ces années. Je rendrai hommage à Mme la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, Mme la conseillère d’Etat Béatrice Métraux, M. le conseiller d’Etat Philippe Leuba et à M. le conseiller d’Etat Pascal Broulis, avant de leur passer la parole à chacun leur tour. Ensuite, comme annoncé, je rendrai hommage à nos chers députés et députées.

Prise de congé de Mme la conseillère d'Etat Cesla Amarelle

Madame la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, chère Cesla,

Vous avez un parcours riche et varié : études de droit, conseillère communale à Lausanne et ensuite à Yverdon, députée vaudoise, Présidente du Parti socialiste vaudois, conseillère nationale et conseillère d’Etat depuis 2017.

Durant ces années au Conseil d’Etat, vous avez regardé les sujets difficiles dans les yeux ; vous les avez empoignés pour essayer de les faire avancer. Vous vous êtes toujours engagée pour défendre les valeurs qui vous sont chères, tout en sachant être à l’écoute. Vous l’avez été lorsque nous avons travaillé ensemble avec les divers représentants des Eglises reconnues du canton de Vaud et qu’il a fallu trouver un chemin pour ajouter l’étude des religions dans un planning déjà dense pour les élèves; comme lorsque nous avons travaillé sur le dossier de l’Ecole à la ferme, offrant une opportunité aux élèves les plus jeunes de se rendre dans les exploitations agricoles, ainsi que sur les échanges linguistiques possibles tant au Tessin que dans les cantons germanophones, pour les élèves plus avancés.

Les mandats politiques qui vous ont été confiés viennent avec une exigence morale : l’obtention de résultats sur les thématiques pour lesquelles l’électorat attend des actes. Malheureusement, en politique, l’immédiateté se décompte souvent en années ! Cette exigence d’action passe par beaucoup de travail, de force de conviction, de ténacité parfois. Madame la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, vous n’en manquez pas et vous nous l’avez montré, tant comme conseillère d’Etat que pendant votre parcours académique et comme militante. Vous avez joué un rôle de premier plan dans la crise dite « des 523 ». Vous manifestiez dans les rues lausannoises avec les « 523 » et le soir en rentrant, vous écriviez votre thèse sur le droit des migrations, ainsi que je l’ai entendu de votre bouche. L’exigence, vous la remplissez aussi vous-même !

Dès le début de votre mandat de conseillère d’Etat, vous vous êtes fixé quatre priorités politiques :

  • L’éducation numérique : un projet qui a misé, dès le départ, sur l’humain plutôt que sur le matériel. Un tiers du budget de 30 millions accepté par le Grand Conseil a été utilisé pour la formation des enseignants : 2000 enseignants et enseignantes ont été formés et 20'000 élèves pratiquent maintenant l’éducation numérique.
  • L’école à visée inclusive. Le tournant avait été pris lors de la précédente législature, avec le soutien du Grand Conseil, pour réaliser les objectifs de l’école à visée inclusive. Votre souhait, madame la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, n’était pas d’intégrer plus, mais d’intégrer mieux et de fournir un outil pour faciliter la prise en charge des élèves à besoins particuliers, ainsi que de favoriser un climat d’établissement serein et un climat de classe propice à l’étude.

Afin de soutenir ce projet, pour la première fois en plus de 20 ans – soit en 2021 et 2022 – les budgets du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture ont été en progression plus rapide que le budget général de l’Etat.

  • La valorisation de la formation professionnelle : aujourd’hui, 53 % des jeunes Vaudois sont en formation professionnelle, sensiblement plus que les 39 % qui suivent formation gymnasiale. Toutefois, un trop grand nombre d’entre eux prennent des chemins indirects pour y parvenir.

Consciente qu’il y a encore du travail pour rendre cette filière plus vite attractive, sous votre impulsion, le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture a facilité les conditions de stage et a conclu la première convention de Suisse avec la Fondation LIFT.

Vous avez aussi amélioré l’encadrement des apprentis et fait progresser le taux de réussite de 85 à 90 %. Et signe réjouissant, après une baisse continue, depuis 2017, le nombre de nouveaux contrats signés augmente chaque année pour se hisser à 6'465 en 2020, un chiffre qui n’avait plus été atteint depuis presque dix ans… Même si aujourd’hui, il reste encore à faire !

  • Enfin, la quatrième priorité que vous vous étiez fixée parmi celles attribuées à votre département : le renforcement de la Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO), qui a bientôt dix ans et dont il devenait nécessaire de renforcer les fondamentaux. C’est pourquoi, avec vos collaborateurs et collaboratrices du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, vous avez pris une série de mesures pour renforcer l’enseignement du français, des langues et des mathématiques. Vous avez aussi révisé le cadre général d’évaluation, ce qui a permis tant de rappeler le rôle fondamental des disciplines de base que de revaloriser l’importance des disciplines manuelles et artistiques. Ce renforcement vous a également permis de déployer un plan d’action pour le grec et le latin, dont l’une des mesures – un prix cantonal qui a rassemblé 300 élèves – vient de fêter sa première édition.

A bove maiori discit arare minor : le jeune bœuf apprend à labourer aux côtés de son aîné. Cet adage signifie que les plus jeunes apprennent au contact de personnes d’expérience. Il souligne aussi plus prosaïquement que les exemples peuvent nous permettre de nous en sortir dans la vie quotidienne. Votre exemple et celui de toutes les personnes réunies dans cette salle reste déterminant pour que notre beau canton continue de nourrir des générations de citoyens intéressés par la chose publique.

Désormais, de nouvelles opportunités s’ouvrent à vous, ainsi que de nouveaux défis, que vous saurez relever avec maîtrise, j’en suis sûre. Madame la conseillère d’Etat Cesla Amarelle, un grand merci d’avoir donné de votre temps et de votre énergie à notre canton. Nos vœux vous accompagnent sur la nouvelle route qui s’ouvre à vous. (Applaudissements.)

Mme Cesla Amarelle — Conseiller-ère d’Etat

 Merci du fond du cœur, madame la présidente, pour votre très aimable discours qui me touche beaucoup. J’en profite aussi pour vous remercier pour vos qualités de rassembleuse qui ont été précieuses pour le Grand Conseil et  la vie démocratique en général.

J’aimerais aussi adresser mes vifs remerciements à l’ensemble des députées et députés qui ont fait confiance à l’immense majorité des projets issus de mon département. J’ai aussi eu le privilège de siéger au Grand Conseil, entre 2007 et 2011 ; j’en garde un souvenir ému et reconnaissant. Je remercie le Secrétariat du Grand Conseil et en particulier M. Igor Santucci, et évidemment  le Chancelier du Conseil d’Etat, M. Aurélien Buffat, pour leur souci sincère des institutions, ainsi que les huissières et huissiers, pour leur bienveillance et leur attention sans faille. Enfin, je tiens à remercier très chaleureusement la Présidente du Conseil d’Etat Mme Nuria Gorrite, pour son intelligence politique, son empathie, son enthousiasme et son énergie sans faille avec lesquels elle a veillé au bon fonctionnement de notre collège et de notre canton. Et bien sûr, il y a mes collègues du Conseil d’Etat, ceux d’aujourd’hui et ceux du passé ; je sais combien leur tâche est difficile, mais tellement passionnante !

Nous avons la chance de vivre dans un canton à la démocratie vivante et active. En ces temps si extraordinaires marqués par une crise sanitaire sans précédent, par une guerre de grande envergure aux portes de l’Europe, par l’accélération brutale des changements climatiques et par une situation économique et sociale incertaine, pouvoir compter sur des institutions démocratiques solides est extrêmement précieux, car ces temps que nous disons extraordinaires s’inscriront très probablement dans la durée.

« Et qu’en ces lieux règnent à jamais l’amour des lois, la liberté, la paix. » Nous avons chanté cet hymne ensemble et si j’ai voulu placer mon intervention sous son haut patronage, c’est parce qu’il est traversé par une tension créative, entre un appel à la modération et à l’ordre, et une foi réaffirmée dans le progrès et les changements. Il s’ouvre en se réjouissant des succès des droits de l’homme et évoque aussi bien la liberté et le bonheur que la fermeté et la prudence.

Rappelons-nous cet autre vers : « Libres, égaux, mais sans licence ». Cette tension traverse notre histoire politique : notre canton est aussi bien le fils de la révolutionnaire République helvétique de 1798 que de l’Acte de Médiation de 1803, voire de la très conservatrice Diète fédérale de 1814. Nos institutions – que nous pourrions, à tort, croire immuables – ont su évoluer à la recherche constante de l’équilibre entre progrès et stabilité, car nous devons toujours veiller à ce que nos institutions soient capables de répondre aux défis de notre époque et sachent évoluer avec elles quand c’est nécessaire. Frédéric-César de La Harpe ne dit pas autre chose à la fin de son testament, quand il rappelle s’être battu toute sa vie « pour procurer à notre canton des institutions sans lesquelles il ne peut exister ni liberté véritable ni esprit public ». Il continue ainsi : « Puissent les vraies lumières éclairer les hommes de toutes les classes qui ont un droit égal à l’instruction, et faire avancer leur civilisation, les rendre plus sages, plus justes, plus humains. » Il conclut en réitérant sa confiance en l’avenir.

Cette confiance en l’avenir, mesdames et messieurs les députés, vous l’avez exprimée vous aussi en apportant pendant toute la législature un soutien clair et convaincu aux grands projets dans le domaine de la formation, notamment par votre vote de près de 30 exposés des motifs et projets de décret. Comme vous le savez, je n’ai qu’un seul regret : le refus, en fin d’année 2021, du projet de l’Ecole durable, à quelques voix près, ce qui a mis un frein à une dynamique enclenchée dans de nombreux établissements aux quatre coins du canton. J’espère sincèrement qu’un nouveau projet pourra être présenté sans délai, car l’heure est à l’action, dans ce domaine, et qu’on ne peut pas tenir les jeunes à l’écart de cette action, sans quoi nous prenons le grand risque de leur faire perdre confiance dans nos institutions et dans leur capacité à répondre à l’urgence climatique.

En revanche, je suis particulièrement reconnaissante de la confiance que vous avez témoignée à notre projet d’éducation numérique, en acceptant le crédit demandé, de 30 millions, que Mme Cretegny a évoqué. Vous avez également accepté plusieurs projets qui ont permis au Conseil d’Etat de répondre avec conséquence à l’augmentation démographique, en investissant près de 60 millions pour agrandir et construire de nouvelles écoles professionnelles et de nouveaux gymnases. Il y a enfin les investissements consentis en faveur des infrastructures de nos hautes écoles, qui jouent un rôle capital pour la bonne santé de notre canton. Derrière l’arbre magnifique du projet de Centre coordonné de compétences cliniques (C4) et les 165 millions d’investissements que vous avez accepté, la semaine passée, il ne faut pas oublier la forêt à 123 millions investis dans les projets et l’agrandissement de la Haute école pédagogique (HEP) ou de l’Université de Lausanne (UNIL).

Et puisque nous parlons d’avenir, j’espère que nous avons marqué l’avenir culturel vaudois par l’ouverture de Plateforme10, ce week-end. Le Grand Conseil a été un soutien précieux à cet important projet, pour lequel vous avez consenti, pendant cette législature, à de nouveaux investissements de plus de 7 millions. Au-delà des investissements, le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture repose avant tout sur son budget de fonctionnement. Là également, le Grand Conseil a témoigné sa confiance dans les politiques publiques du département en acceptant des budgets dont la progression a régulièrement été rapide.

Un tel effort est unique dans notre histoire récente. Il est et sera une condition nécessaire pour accompagner le déploiement de l’école à visée inclusive que vous avez souhaitée en adoptant la Loi sur la pédagogie spécialisée, en 2015 déjà. Ce pari sur l’avenir, je vous encourage à le perpétuer ces prochaines années. Pour un canton comme le nôtre, qui repose notamment sur des entreprises à haute valeur ajoutée, la formation est tout simplement l’une des clés – si ce n’est la clé principale – de la réussite. Si je souligne le soutien récent du Grand Conseil à des budgets du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, je le fais avec lucidité sur le chemin qu’il pourrait rester à parcourir. En effet, si l’on souhaitait se hisser au même niveau que les autres grands cantons universitaires comme Bâle ou Zurich, il nous faudrait encore augmenter le budget de la formation de près de 500 millions – c’est dit !

Si toute la société a intérêt à investir dans la formation, la nôtre y a un intérêt tout particulier face au nouveau mur que construisent autour de nous les réseaux d’une société numérique, qui est autant une opportunité qu’un vrai risque démocratique. Face au mur que l’Europe construit à ses frontières sud, face au mur de l’autoritarisme et du populisme d’extrême droite, mais surtout face au mur définitif et même existentiel que représentent la crise climatique et ses effets, quel meilleur remède que l’éducation ?

L’école a la mission fondamentale de nous transmettre un socle commun non seulement de savoir, mais aussi de valeurs. Elle est absolument nécessaire pour inculquer les notions d’égalité, de liberté, d’excellence et de travail. Elle est un bien précieux, que nous avons d’ailleurs protégé de toutes nos forces pendant la pandémie, parce que celle-ci a durement éprouvé nos institutions. Face à cette crise, ces institutions ont démontré leur solidité, aussi bien que leur agilité. Elles ont su mettre en place des solutions inédites pour épauler des secteurs tels que celui de la formation. Elles montrent à nouveau les mêmes forces face au défi que représente l’accueil des réfugiés d’Ukraine. C’est en particulier le cas de l’école qui a accueilli près de 1000 élèves supplémentaires depuis ce printemps.

Nos institutions devront désormais démontrer la même solidité et la même capacité à évoluer pour faire face à l’incroyable défi du dérèglement climatique. Et comme vous le savez, il y aura des résistances. Quand on questionnait l’écrivain Gaston Cherpillod sur l’esprit vaudois, celui-ci nous mettait en garde : « Il n’y a pas de possibilité, dans ce canton, de faire passer une idée trop neuve, avant qu’elle n’ait été filtrée, édulcorée, assainie par de multiples examens et un très grand nombre de cribles. » Peut-être aurais-je parfois dû faire preuve d’une plus grande prudence et tenir un peu plus compte de ces filtres ? Mais derrière le vernis de bon sens vaudois « Qui ne peut ne peut », je suis persuadée qu’il existe une audace, dans ce canton. Je l’ai vue à l’œuvre pendant cinq ans, dans les scènes musicales et artistiques, dans les hautes écoles, chez les chercheurs, dans les écoles professionnelles, dans les entreprises innovantes. J’aimerais terminer en vous invitant vous aussi à l’audace. Elle sera nécessaire face aux défis à venir. Gardons confiance et rappelons-nous encore notre hymne : « Et du plus brillant avenir, osons concevoir l’espérance. »

J’aimerais encore adresser – je le fais à titre personnel – un remerciement particulier, puisque c’est la dernière fois que je m’exprime en tant que conseillère d’Etat devant vous. J’aimerais dire toute ma reconnaissance à ce peuple vaudois que j’aime tellement et que j’ai eu le privilège de représenter et de servir pendant cinq ans, au sein de notre gouvernement. C’est l’honneur d’une vie ! Merci beaucoup. (Applaudissements.)

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Prise de congé de Mme la conseillère d'Etat Béatrice Métraux

Madame la conseillère d’Etat Béatrice Métraux, chère Béatrice,

Du bassin d’Arcachon au bassin du Léman ! Ce n’est pas le titre d’un livre, mais ç’aurait pu l’être. Partie de France, vous voici arrivée dans notre beau Pays de Vaud et jusqu’au Conseil d’Etat. Vous avez agi avec force dans le but de répondre aux préoccupations environnementales d’une part de plus en plus grande de la population. Vous y défendez l’urgence climatique et la transition énergétique.

Passons un peu en revue votre parcours : vous avez tout d’abord été élue députée au Grand Conseil, le 1er juillet 2007. Vous avez été cheffe de groupe des Verts de 2010 à janvier 2012, avant d’être élue au Conseil d’Etat le 18 décembre 2011 et d’entrer en fonction en janvier 2012. Cheffe du Département de l'intérieur du 10 janvier 2012 au 31 décembre 2013, vous avez ensuite repris le Département des institutions et de la sécurité de janvier 2014 à février 2020, puis le Département de l'environnement et de la sécurité depuis mars 2020 – département que vous quitterez le 30 juin prochain à minuit.

Enumérer les différents départements dont vous avez eu la charge me rappelle une journée de 2015 – le 6 juin pour être précise. Ce n’était pas une commémoration du Débarquement, mais la pose de la première pierre du Projet de développement régional agricole (PDRA) de la Fromagerie gourmande, à Montricher. Les représentants des autorités politiques et les producteurs de lait concernés étaient rassemblés pour la pose symbolique de la première pierre de la Fromagerie gourmande, par une bise qui forçait les vaches des champs voisins à faire le dos rond et les plus de cinquante personnes présentes à rentrer la tête dans les épaules tout en remontant le col de leur veste. Un temps bien différent de celui que nous vivons ces jours avec la canicule. Vous avez bravé les bourrasques, le temps des discours, et vous vous demandiez où j’étais passée ! Vous me l’aviez dit, voilà pourquoi je le sais. Vous m’avez retrouvée au chaud, à la confection et au service du buffet ! Vous avez dégusté mes produits et vos compliments resteront gravés en moi jusqu’à la fin de mes jours. Car oui, lorsqu’un compliment touche, on le garde ; le reste, on l’efface.

Vos liens avec la terre et la campagne, votre ancrage terrien, vous nous les rappelez très souvent, ici ou en séance de commission, en nous disant « Je vous rappelle que mon fils est paysan ! » Je ne peux que dire : « Quel beau métier ! » Vous avez fait vôtres les qualités de ce métier et vous les avez appliquées dans le vôtre depuis janvier 2012 – conseillère d’Etat : l’endurance, la persévérance, la gestion des dossiers difficiles, ainsi que votre forte implication et force de travail.

Vous avez aussi su faire preuve d’une capacité largement éprouvée à vous adapter et à gérer des crises : accident chimique à Daillens, attaques de fourgons, crues, évasions, COVID, loup, ZAD, pour n’en mentionner que quelques-unes. Vous avez su convaincre par la pédagogie et votre humanité, tout en gérant les crises avec collégialité et faisant avancer vos différents services.

Lorsque vous étiez en charge des institutions, vous avez, entre autres :

  • révisé la Loi sur la protection civile (LVLPCi) ;
  • révisé le droit du logement, qui permet désormais de construire des logements à loyers modérés et permet aux collectivités publiques d’acquérir des terrains ;
  • participé à la réforme de la curatelle vaudoise, ce qui a mis fin aux curatelles imposées – une exception vaudoise en Suisse ;
  • mis en œuvre l’adaptation du Code pénal suisse aux peines privatives de liberté ;
  • ou encore mis sous toit le règlement sur la reconnaissance des communautés religieuses.

Ce sont des sujets complexes suscitant de vifs débats, que vous avez réussi à mener à bien avec la recherche tenace de solutions acceptables et consensuelles.

Un autre service vous a tenu à cœur, celui de la sécurité :

  • vous avez travaillé à la Coordination de la chaîne pénale afin de renforcer la cohérence de l’action des acteurs sécuritaires ;
  • participé au lancement du projet d’une école de police romande multisite ;
  • mis sur pied un dispositif de prévention des radicalisations ;
  • cela tout en lançant le chantier de l’Etablissement pénitentiaire des Grands-Marais, en collaboration avec la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP) – qui n’est pas une marque de voiture ;
  • mis en place le projet de justice restaurative ;
  • ou encore l’accompagnement de la politique coordonnée ;
  • finalement, vous avec élaboré avec vos services la stratégie globale de lutte contre le deal de rue, qui prévoit des mesures de prévention et de réduction de risques, ainsi qu’un volet répressif.

Vous avez construit tous ces projets avec la ferme conviction que la sécurité est un élément fondamental pour la qualité de vie de la population.

Je ne peux terminer sans parler d’environnement. En deux ans, vous avez finalisé un grand nombre de projets dans ce service :

  • vous avez augmenté les moyens de la Politique énergétique et Conception cantonale de l’énergie (COCEN) ;
  • vous avez travaillé sur les mesures en faveur de la biodiversité. Votre engagement a vu l’adoption, à l’unanimité de la commission, de la nouvelle Loi sur la protection du patrimoine naturel et paysager (LPrPnp) ainsi que la renaturation de cours d’eau ;
  • vous avez mis en œuvre le Plan Climat et élaboré des mesures pour sa deuxième génération, cela tout en assumant la gestion des pollutions du passé, en accompagnant la mise à jour du cadastre des sites pollués et la gestion de la découverte de dioxine sur une partie du territoire lausannois ;
  • je terminerai par un autre sujet qui vous est cher et que vous n’avez pas laissé en reste, bien au contraire : la politique forestière et la promotion du bois.

Madame la conseillère d’Etat Béatrice Métraux, vous avez donné de votre temps et de votre énergie pour notre canton. Votre sens du devoir et de la collégialité restera dans nos mémoires et nous pouvons vous dire : un grand merci ! Nos vœux vous accompagnent et nous vous souhaitons une belle retraite. (Applaudissements.)

Mme Béatrice Métraux — Conseiller-ère d’Etat

Madame la présidente, que de mots forts ! Vous m’en voyez émue et touchée ; merci infiniment de vos propos. Madame la présidente, j’ai aimé votre présidence. Vous étiez calme, paisible, efficace, humaine ; tout ce qui me convient. Merci infiniment.

Je ne vais pas vous faire la liste des crises que j’ai effectivement dû résoudre, avec l’aide de mes collègues. Je voudrais plutôt vous parler de Laurence Boissier. Cette excellente écrivaine romande, décédée trop tôt, en janvier 2022, a publié un ouvrage intitulé Inventaire des lieux. Modestement, à mon tour et en guise d’adieux, je vais vous égrener mon inventaire personnel et politique des lieux et de ses occupants qui ont compté durant ces dix années et demie passées au Conseil d’Etat.

  • Tout d’abord, le Parlement, votre Grand Conseil : une salle en cinémascope, avec vue. Le lieu idéal pour voir grand, pour s’élever à la connaissance et à la vie spirituelle, s’inspirant des décors de Louis Rivier que certains parmi vous ont fréquentés pendant la délocalisation du Grand Conseil à l’aula du Palais de Rumine. Bref, un lieu idéal pour parlementer, débattre, s’accrocher, batailler, s’indigner et enfin voter à l’électronique : oui, non ou abstention. Avant de demander un vote nominal, parce qu’on ne sait jamais !

Le Parlement où les paroles se font entendre – pour l’écoute, c’est un peu plus compliqué. Le Parlement : une invention miraculeuse, la preuve que de temps en temps, les Humains sont Sapiens. Alors, mesdames et messieurs les députés, continuez à parler. Merci de votre présence, de vos idées, de votre audace. Vous, les députés et vos interrogations, vos coups de gueule et vos délibérations… J’ai admiré votre constance, parfois entêtée, à vouloir faire progresser l’action publique, avec d’innombrables dépôts parlementaires – et mon mouvement n’y est pas étranger. Et vous ne pratiquez pas la langue de bois ; c’est la moindre des choses dans ce bâtiment de chêne, d’épicéa, de sapin blanc et de bouleau, où résonne le chant antique de la démocratie.

  • Il y a les Pas perdus, dans l’arrière-cour du plénum, où pas à pas, on bavarde de tout et de rien. Les Pas perdus ne sont jamais perdus ; il en reste toujours quelque chose : une promesse, une déception, une majorité pour le prochain vote. Dans cet espace à l’écart, le temps se cabre, se replie sur lui-même et quand on en revient, on n’est plus le même, prêt à changer le monde à coup de motion, de postulat, d’interpellation ou résolution.
  • Le couloir secret, qui est secret : on n’en dira pas davantage. C’est par là, par cette antichambre, que nous, magistrats, rejoignons le plénum après une dernière révision de nos arguments et de nos discours.
  • Les commissions parlementaires : les députés d’un côté, mes équipes et moi de l’autre. Orientés solutions, les deux camps ne peuvent faire fi du terrain mouvant des sentiments et des émotions. Du coup, les commissions sont un lieu en chair et en os, où l’on ordonne avec esprit et passion les tensions constructives, avant de passer au plénum les exposés des motifs et projets de loi ou de décret, et ce pour l’éternité.
  • L’esplanade du Château : là, où Parlement et Château se font face, où ils dialoguent comme disent les architectes. L’esplanade à plat, horizontale et minérale, est une invitation au compromis, une étendue à mi-chemin de deux rivages. L’esplanade est pragmatique.
  • La salle du Conseil d’Etat, au Château : une table en fer à cheval, un plafond avec les armoiries des communes vaudoises. Dans ce décor propice à la décision, le Conseil d’Etat gouverne à sept, en collège, fenêtre et portes closes, dans le secret. Un peu World Economic Forum, un peu 12bis. (Rires et remous.) Toujours en suspens – c’est très vaudois – entre la gravité des affaires du monde et la légèreté d’un bon mot.
  • Mes collègues les conseillères et conseillers d’Etat : les compagnons de route que les électeurs m’ont choisis, les collègues avec qui je fais et refais le canton, pour de vrai. Mes pairs, qui sont parfois avec moi et parfois contre moi. Il a fallu s’apprivoiser, se tester, puis collaborer sans se renier. Je sais qu’au-delà des différences, nous avons toujours voulu la même chose : le bien de ce canton et de sa population. Merci chers collègues de ce travail en commun. « Sept à Zéro » dirait mon collègue Pascal Broulis, car nous sommes un collège 7 à 0.
  • Bottens, ma commune, mon village. (Mme la conseillère d’Etat Béatrice Métraux s’interrompt, sous le coup de l’émotion). C’est là que se trouve l’origine de mon désir de m’engager dans l’action publique. J’ai aussi une pensée pour les syndics qui m’ont précédé et succédé à cette fonction, que j’ai occupée avant de venir au Conseil d’Etat. Je suis très attachée à Bottens, et même enracinée. Au cours de ces dix ans, j’ai toujours eu à l’esprit que le canton doit beaucoup à ses communes et réciproquement. En fait, canton et communes sont les deux faces de la même pièce, du même pays.
  • Pour terminer, je voudrais évoquer un dernier lieu : la Terre. C’est LA priorité, mesdames et messieurs, et non l’une parmi d’autres. La canicule de ces jours nous le rappelle : il s’agit ni plus ni moins de préserver la vie sur la Planète. L’exploitation à outrance des sols, des eaux, des forêts, des matières premières, la consommation croissante d’énergie, les émissions colossales de CO: tout cela n’est plus viable. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de nous « verdir » quelque peu. Nous ne pouvons pas nous en remettre uniquement au développement technologique. Non, il faut un changement plus profond.

Le Plan climat, que le Conseil d’Etat in corpore a lancé en 2020, est un premier jalon de la grande transformation qui nous attend. Vous, mesdames et messieurs les députés, vous y avez contribué aussi en adoptant 90 % des mesures prévues. Un immense Merci à vous. Près de 170 millions ! Il faut pourtant aller plus loin et je crois que nous sommes capables, ensemble, d’imaginer des solutions efficaces, acceptables, équitables, face à l’immense défi que nous sommes appelés à affronter.

Je suis convaincue que ce travail sera enthousiasmant, stimulant, ouvert vers des horizons insoupçonnés. Nous le devons à nous-mêmes et aux générations futures. Merci à vous, toutes et tous, pour votre engagement ; il est primordial.

Merci aussi au Secrétaire général du Grand Conseil, aux secrétaires parlementaires, et à toutes celles et à et tous ceux qui œuvrent pour la vie démocratique de ce canton. Merci aux huissiers qui, semaine après semaine, veillent sur notre bien-être parlementaire. Merci à toutes et tous.

Je vous souhaite une législature à venir passionnante, animée, respectueuse des institutions et porteuse de solutions. Comme l’a dit Mme Sabine Glauser précédemment : « L’au-delà politique ». Merci de votre attention. (Applaudissements.)

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Prise de congé de M. le conseiller d'Etat Philippe Leuba

Monsieur le conseiller d’Etat Philippe Leuba, cher Philippe,

Le 1er juillet 2007, vous preniez vos fonctions de conseiller d’Etat en charge du Département de l’intérieur. Plus institutionnel que celui-ci, cela ne se trouvait pas ! Ce département rassemblait le Service de la population, les Archives cantonales, le Service pénitentiaire, l’Autorité de surveillance des fondations, le Service des communes et des institutions, ainsi que le Service de justice et de législation. Tout au long de ces 15 années, vous avez affronté de multiples réformes et des événements marquants et tragiques. On se souvient de CODEX – la réforme judiciaire liée à l’harmonisation des pratiques au niveau suisse – ou de l’affaire tragique du décès d’un prisonnier, qui a marqué les années 2010-2013 et entraînera de nombreuses réformes, que vous avez initiées, au sein du Service pénitentiaire. Plus joyeusement, on peut se souvenir de l’élan incroyable donné aux fusions de communes : inlassablement sur le terrain, monsieur le conseiller d’Etat Philippe Leuba, vous avez initié un mouvement fort sur un sujet hautement sensible. Aujourd’hui, près de 10 ans plus tard, les villages ont gardé leur nom, sous lequel figure, sur les panneaux d’entrées des localités, le nom de la commune dont ils font désormais partie, comme Bourg-en-Lavaux par chez vous ou Hautemorges par chez moi.

D’ailleurs, c’est lors de la fête des 50 ans de la fusion de Bussy et de Chardonney – le 1er avril 2011 – que nous avons partagé le micro pour la première fois, lors d’une partie officielle. J’étais là en tant que syndique de ladite commune, et vous en tant qu’invité prestigieux, dans votre habit de conseiller d’Etat. Je ne pensais pas, à ce moment-là, que 10 ans plus tard, nous partagerions régulièrement un micro pendant toute une année – vous toujours comme conseiller d’Etat et moi en tant que Présidente du Grand Conseil. Je dois vous avouer que j’ai goûté de ces échanges. Nous avons régulièrement croisé le fer, à travers des piques sympathiques, tout au long de cette année. Je me suis demandé si ce n’était pas dû à ce que je vous avais imposé alors, ce jour du 1er avril 2011 : un temps de parole de 3 minutes avant de couper le micro ! Dans tous les cas, vous vous êtes bien rattrapé, et une fois encore, jeudi dernier, dans mon village d’enfance de Denens.

Revenons à votre engagement. Si je continue avec l’année 2011, en septembre, vous repreniez provisoirement la tête du Département de l’économie et, comme tout bon sportif, vous avez tenu la distance en partageant votre temps entre le Château et la rue Caroline. Nonobstant, il semble que les parcours en direction du Château devenaient moins fréquents et que vous y étiez de moins en moins présent et de plus en plus à la Caroline. Vous vous étiez découvert une réelle passion pour l’économie. Après l’élection complémentaire de décembre 2011, à la suite du décès du conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud en septembre, vous deveniez ministre de l’Economie.

Dès janvier 2012, vous héritez du sport et en ferez mention dans le nom de votre département, en 2017. En effet, fervent défenseur du mouvement olympique et du sport international, sans oublier vos attaches avec le sport local et le football, naturellement. Permettez que je mentionne deux des plus grands succès dont vous avez été un acteur majeur. Tout d’abord, le sauvetage du site de Novartis à Prangins et les 330 emplois qui y sont liés, entre novembre 2011 et janvier 2012. Au nom du Conseil d’Etat, vous avez joué un rôle primordial dans l’opération de sauvetage, n’hésitant pas à mettre en relation le conseiller fédéral Schneider Ammann et le président de Novartis, Daniel Vasella. Fort de ce succès, vous endossez régulièrement par la suite un rôle d’arbitre, non sur les terrains de gazon, mais bien dans plusieurs conflits sociaux. Vous parvenez ainsi à éviter de nombreuses coupes sombres au sein d’entreprises en difficulté. Vous êtes apprécié et respecté des partenaires sociaux pour votre engagement et votre franc-parler. Vous développez une vision prospective de l’économie qui vous amène à vous pencher aussi bien sur le revenu des paysans et des métiers de la terre que sur le développement de projets d’infrastructures touristiques, le soutien à l’industrie et à l’innovation technologique, en collaboration avec l’EPFL et les multinationales présentes sur le territoire vaudois.

L’autre événement marquant est la victoire obtenue, en 2015, à Kuala Lumpur, avec le droit d’organiser les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), dans le canton, en janvier 2020. Ces derniers connaîtront un immense succès populaire, tout en permettant la création de la nouvelle patinoire de Malley, d’un nouveau téléphérique aux Diablerets, et surtout la construction du Vortex. Ce bâtiment qui sert désormais de village pour étudiants, sur le campus de Dorigny, avait tout d’abord accueilli les athlètes des JOJ, tous jeux confondus dans un seul bâtiment, pour la première fois de l’histoire olympique.

Enfin, il convient de rappeler que, dès 2007 et jusqu’à la fin de votre mandat, le 30 juin prochain à minuit, vous vous êtes occupé de la politique d’asile et de la migration. Votre ligne était définie dès le début et n’a jamais changé : fermeté envers les étrangers délinquants et régularisations humanitaires. Oui, monsieur le conseiller d’Etat Philippe Leuba : humain, vous l’êtes, en plus d’être sensible et de faire ce que votre cœur vous dicte. Permettez que je donne cet exemple, qui s’est passé il y a à peine 6 mois : plusieurs cyclistes afghanes menacées de mort dans leur pays par les Talibans ont pu trouver refuge en Suisse. Je vous cite : « Si j'avais réfléchi au départ, je pense que nous avions 99 % de chances d'échouer, parce que c'est complètement hors-norme, ce que nous avons fait. Mais lorsque vous recevez un téléphone en catastrophe du président de l'Union cycliste internationale (UCI) qui vous dit qu'il faut les sortir, sinon elles vont mourir, vous essayez d'assumer vos responsabilités : vous vous démenez comme un diplomate purement amateur, en remuant ciel et terre ». Monsieur le conseiller d’Etat Philippe Leuba, « hors norme », vous l’êtes, mais « diplomate amateur » certainement pas. Vous êtes toujours à l’écoute, même si nous ne sommes pas Directeur ou Directrice…

Enfin, il convient naturellement de mentionner la gestion de crise mise en place début mars 2022, par le Conseil d’Etat, avec l’arrivée massive de réfugiés ukrainiens, cela sans avoir le temps de se reposer de la crise COVID qui s’est installée dans le monde et en Suisse. Votre Département de l’économie, de l’innovation et du sport, ainsi que le Département de la santé et de l’action sociale ont été particulièrement impactés par cette crise sans précédent. Il a fallu tout créer, soutenir, innover, trouver des réponses, soigner, apporter des aides, mais aussi aller dans le sens des décisions fédérales – ou pas, lorsqu’une marge de manœuvre était laissée aux cantons.

Monsieur le conseiller d’Etat Philippe Leuba, oui, nonobstant tout cela, je ne peux terminer sans vous remercier, au nom de tous les agriculteurs, agricultrices, viticulteurs, viticultrices et de tous ceux qui vivent des métiers de la terre dans notre canton. Je vous remercie pour votre immense attachement à nos métiers et nous savons que vous n’avez jamais cessé de chercher des solutions aux problèmes de production, de maîtrise des coûts et de surveillance des marchés. Merci ! Je terminerai en vous remerciant, encore, pour le temps que vous avez donné, pour l’énergie que vous avez mise à disposition de notre canton. Votre sens du devoir et votre humanité resteront dans nos mémoires et dans celles de nos concitoyens et concitoyennes. Nos vœux vous accompagnent, sur un terrain de gazon, sur une piste ou dans tout autre endroit que vous foulerez et qui vous attend. Au nom du Pays de Vaud, encore une fois, un grand merci pour ces 15 années passées au Conseil d’Etat.

M. Philippe Leuba — Conseiller-ère d’Etat

Madame la présidente, merci pour votre oraison funèbre… (Rires dans l’assemblée). Que tous ceux qui ont aimé Philippe Leuba s’avancent par l’allée centrale et s’en retournent par les bas-côtés. Madame la présidente, je dois vous avouer qu’il est un peu curieux d’assister, de son vivant, à son propre enterrement ! Cela doit nous ramener à la modestie de la tâche et de l’existence humaine ; cela doit nous mener à une immense modestie. Vous avez été beaucoup trop élogieuse, en gommant les erreurs commises, les projets non aboutis, les insatisfactions générées par les décisions que le Conseil d’Etat ou moi-même avons prises dans les secteurs relevant de mon autorité et qui ont déçu nos concitoyens.

Même s’il s’agit presque de mon enterrement, je ne souhaite pas dresser mon testament politique. En effet, j’estime que l’exercice est quelque peu vain et j’imagine que ce Parlement n’en a cure. Je souhaite toutefois dresser la liste de quelques éléments qui devraient, à mon sens, rester dans les mémoires.

Le premier est l’extraordinaire richesse de ce canton. Le nombre de talents qui existent, le nombre d’ambitions qui animent nos concitoyens, le nombre de projets qui sont portés par les uns et les autres pour améliorer l’existence humaine, donner des perspectives à la jeunesse – en un mot : façonner l’avenir. Ce sont ces projets qui portent le succès de ce canton. Alors, si la prospérité économique et la compétitivité économique ne font certes pas tout, sans elles, le reste n’est plus grand-chose. Sans elles, il n’y a pas de politiques sociale ou environnementale ni de solidarité ni d’avenir ni de places d’apprentissage pour la jeune génération. Encore une fois, ce n’est pas tout ; la compétitivité économique ne fait pas tout. Toutefois, regardez les pays qui en sont dépourvus et les problèmes humains qui en résultent. Avec l’aide du Conseil d’Etat et souvent la vôtre, j’ai tenté de permettre à l’ensemble de nos concitoyens de se projeter en direction de l’avenir, de façonner l’avenir afin que leurs qualités propres s’épanouissent ici, dans ce canton. Nous avons un canton qui fonctionne bien et qui est prêt à affronter l’avenir. Il est doté d’un système d’éducation de très grande qualité, d’un partenariat entre le public et le privé qui porte ses fruits et d’un esprit d’entreprise jamais démenti. Ce sont là les principaux atouts de notre canton et ils permettront à notre jeunesse de se réaliser. C’est l’ambition que doivent avoir les responsables politiques : permettre à la jeune génération de se réaliser.

Madame la présidente, vous avez évoqué les multiples projets qui ont jalonné ma carrière, pendant 15 ans. Porté par ce Conseil d’Etat et ses institutions, au premier rang de ces projets, il y a bien évidemment le Parlement, c’est-à-dire vous Mesdames et Messieurs, le premier pouvoir de ce canton. Vous dotez notre communauté de son cadre légal. Devant vous, j’ai toujours eu le plaisir sans limites de défendre les projets du Conseil d’Etat, de répondre à vos questions et à vos innombrables postulats, comme l’a rappelé Mme Métraux.

Et puis, il y a le Conseil d’Etat, qui siège en tant que collège. Je vous demande d’avoir la reconnaissance nécessaire pour admettre que, pendant 15 ans, il a admirablement fonctionné. Certes, ce n’est pas grâce à moi, mais bien parce que nous avons des institutions fortes et que le système de collège gouvernemental est le seul à permettre à ce canton d’avancer sans contrecoups, sans effet de balancier ou encore sans excès. Notre collège gouvernemental et la collégialité, cette institution gouvernementale est essentielle dans ce canton, non pas en tant que projet de droit institutionnel, mais bien parce qu’il est le seul garant de la conduite et de la pérennité des affaires publiques. La séparation des pouvoirs est un élément souvent occulté, oublié ou simplement méconnu de nos institutions. La séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice sont le premier garant des libertés publiques, qui sont réclamées par chacun et chacune. Sans séparation des pouvoirs et sans indépendance de la justice, il n’y a pas de liberté individuelle. Les plus démunis souffriront toujours les premiers d’une justice qui n’est pas indépendante.

Après toutes ces réformes, vous avez évoqué celles portées par les deux départements de l’intérieur et de l’économie, par le Conseil d’Etat et souvent, comme je l’ai dit, par ce Parlement. A ce titre, je vous sais gré des majorités que vous avez toujours su donner aux projets que j’avais l’honneur de défendre. Je suis convaincu que ces projets sont la base qui va permettre à ce canton et à sa population de continuer à connaître et à construire son avenir.

Sur l’ensemble de ces 15 ans, s’il ne doit rester qu’une action ou qu’un fait, alors que demeure seul le visage de Farci Ben Arfa, qui est ici à cette tribune, une jeune membre de la Fédération afghane de cyclisme. C’est à elle que les applaudissements que vous allez probablement me réserver doivent être destinés. C’est elle qui est partie d’Afghanistan, avec son mari, pour connaître la sécurité, la liberté et le droit de décider de son avenir. Vous le Grand Conseil, vous le Conseil d’Etat et vous l’Ordre judiciaire, vous donnez aujourd’hui à Farci la possibilité de vivre en sécurité, de vivre libre et de décider de son avenir. Et c’est peut-être l’élément le plus important que l’on peut déceler de notre ordre juridique. C’est vrai pour elle, mais c’est aussi vrai pour son jeune fils de quelques mois, User, qui est né ici après la fuite d’Afghanistan. Deux destins parmi d’autres qui sont définitivement modifiés parce que notre ordre juridique, notre pays, notre canton et vous, Mesdames et Messieurs les responsables politiques, avez permis que ce canton lui donne la sécurité, la liberté et le droit de bâtir son avenir. Je vous en remercie. (Applaudissements)

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Prise de congé de M. le conseiller d'Etat Pascal Broulis

Monsieur le conseiller d’Etat Pascal Broulis, cher Pascal,

Ce prochain 30 juin 2022, vous allez terminer une activité gouvernementale d’une ampleur remarquable, qui a duré plus de deux décennies, soit un total de 242 mois ! Avant de rejoindre le gouvernement, vous avez siégé douze ans durant dans ce Parlement, dont vous étiez le plus jeune membre, à 25 ans, lors de votre première élection, en 1990. Vous y avez notamment présidé la Commission des finances. Douze ans plus tard, vous avez pris votre fonction de conseiller d’Etat, le 23 avril 2002, et vous vous êtes vu confier la responsabilité du Département des finances et des relations extérieures, mandat qui est encore le vôtre aujourd’hui.

A l’exécutif, vous vous êtes d’emblée affirmé comme la cheville ouvrière du redressement des finances, une opération menée dans la concertation, « à petits pas » comme vous aimez le dire, sans hausse d’impôt, dans le respect total d’une collégialité gouvernementale à laquelle vous êtes très attaché, mais également avec toute l’opiniâtreté et la pugnacité dont on vous sait capable. Lors de votre entrée en fonction, le canton souffrait de déficits récurrents et d’une dette qui approchait 9 milliards de francs. Votre ténacité a permis au canton de Vaud de sortir des chiffres rouges, dès 2005, pour ne plus y retomber ! La dette vaudoise est parfaitement maitrisée et la note financière du canton est passée de A en 2003 à AAA depuis 2013, soit le niveau le plus élevé qu’il soit.

Réélu au 1er tour, en 2007 comme en 2012 et en 2017, vous avez présidé la première législature de cinq ans, instituée par la nouvelle Constitution vaudoise. Dans ce rôle, vous vous êtes particulièrement investi pour le rayonnement du canton, développant de multiples collaborations avec tous nos voisins et initiant la Métropole lémanique, notamment avec Genève. Fédéraliste convaincu, vous avez présidé, de 2010 à 2013, la Conférence des 26 gouvernements cantonaux. Et je n’oublie pas « Decfo-Sysrem », la réforme du statut de la fonction publique, dont on ne dira pas qu’elle fut facile, mais qui a été réussie.

C’est également durant cette législature que votre vocation de bâtisseur s’est manifestée. A la suite de l’échec de Bellerive, en 2008, vous avez contribué à relancer le projet de nouveau Musée Cantonal des Beaux-Arts (MCBA), qui a abouti à la création du site Plateforme 10, inaugurée ce dernier week-end et accueillant aussi, à côté de la Gare de Lausanne, les Musées de la Photographie et des Arts décoratifs.

A la tête des bâtiments de l’Etat depuis 2012, vous y avez mené de très nombreux chantiers :

  • reconstruction du magnifique Parlement cantonal, en surmontant même l’obstacle d’un référendum ;
  • réhabilitation complète du Château-St-Maire, siège du gouvernement ;
  • mise en route de l’extension du Tribunal cantonal ;
  • rénovation du portail de la Cathédrale ;
  • réalisation de nombreux bâtiments scolaires ;
  • c’est également sous votre direction que l’étonnant bâtiment circulaire Vortex a été planifié ;
  • et je relève aussi votre implication en faveur du patrimoine, dont vous avez modernisé les lois de protection.

Les quinze séances de commission consacrées à la Loi sur la protection du patrimoine culturel immobilier vous ont donné bien du fil à retordre, mais ont permis d’arriver à un consensus bien vaudois, dont vous êtes le chantre. Lors de ces séances, vous nous avez même fait l’honneur d’une confidence : si vous n’aviez pas été conseiller d’Etat, nous aurions pu vous croiser sur les bords de fouilles en tant qu’archéologue ou encore à la défense du patrimoine bâti.

Témoin, dans le Sainte-Croix de votre jeunesse, d’une décroissance qui vous horripile, vous avez été particulièrement attentif au dynamisme économique d’un canton en expansion, ayant passé de 600'000 à 800'000 habitants, ces vingt dernières années. Praticien des finances publiques, très attaché à l’équilibre des dépenses, des prélèvements et des conditions-cadres, vous étiez en pointe sur la délicate Réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et, avec votre ancien collègue Pierre-Yves Maillard, l’artisan du consensus politique qui a permis au canton de l’adopter, à 87,12 % des voix – trois ans avant le reste du pays. C’est au point que le compromis dynamique est devenu la signature vaudoise d’un duo rebaptisé « Brouillard et Malice ».

Outre toutes ces réalisations, le souvenir que vous laisserez à ce Parlement est celui d’un homme à l’enthousiasme communicatif, d’un passionné de la politique d’une énergie apparemment inépuisable et doté d’un pouvoir de conviction qui n’a d’égal que sa détermination à l’exercer. Vous affirmez qu’« Un ministre des finances doit toujours dire non… et ensuite, on négocie ». D’ailleurs, s’agissant de vos projets de dossiers, le refus du législatif n’a jamais été considéré comme une réelle option ! La négociation commençait certainement avant même le premier brouillon d’exposé des motifs et projet de décret rédigé. Le numéro de votre portable est sans doute le plus connu du canton, et je me dis que les statistiques d’appels de votre opérateur téléphonique vont souffrir de votre départ.

Quel député n’a jamais reçu, souvent à « point d’heure », un coup de fil de votre part avec une idée, un projet, un accord potentiel ? Ou un appel à la présidence du Grand Conseil pour faire passer l’un de vos objets en priorité ! Roi des séances de l’aube et des conciliabules du soir – je l’ai dit, mais il est bon de le répéter tant cela vous représente : vous n’aimez rien tant que le compromis finalement trouvé ! Vous avez toujours voulu bâtir des majorités, trouver des alliances capables de faire gagner des projets. La réalisation, elle, a intérêt à tenir les budgets et les délais.

Vous détestez les retards et les textes qui traînent. On murmure que vous arriveriez à répondre à une interpellation avant qu’elle ne soit déposée. A cette tribune, nous vous connaissons orateur et même un peu prestidigitateur : la main des impôts rejoint si bien celle des prestations que malheur au député qui voulait augmenter l’une ou réduire l’autre ! « Le budget, tout le budget, rien que le budget » fut notre ritournelle de décembre, une ritournelle qu’on avait presque fini par entendre avec tendresse.

Rare coming-out parmi les ministres des Finances, vous avez même déclaré publiquement votre flamme à l’impôt, « Cet inséparable compagnon de la démocratie ». Un livre d’anecdotes plus tard et voici que L’impôt heureux n’est plus l’impossible juxtaposition de deux mots incompatibles, mais une des expressions les plus utilisées – pas toujours sans ironie – dans les titres des interventions parlementaires. Pour autant, vous n’avez jamais considéré les caisses pleines – même à ras bord – comme un but, mais toujours comme un moyen.

Monsieur le conseiller d’Etat Pascal Broulis, nous vous avons vu vous engager, toujours à fond, avec le souci constant du bien-être de la population, ainsi que de la prospérité, du développement et du renom du Canton. Vous partez mystérieux, sans préciser pour quelles « nouvelles aventures » alors même que les journalistes ont l’air de le savoir avant vous – et même encore ce dernier lundi matin, sur les ondes d’une radio ! Je gage que vous trouverez vite à employer votre énorme capacité de travail. Ici, vous avez fini par incarner les finances publiques vaudoises. Avouons-le : cela semblera bizarre, durant quelques temps, d’entamer un débat sur le sujet, sans vous !

Monsieur le conseiller d’Etat Pascal Broulis, merci pour ces 20 années passées au gouvernement de notre beau Pays de Vaud. Merci d’avoir mis votre énergie, votre ardeur, votre sens du devoir à disposition de notre canton. Vous resterez dans nos mémoires, avant de rejoindre les livres d’histoire. Nos vœux vous accompagnent pour la suite de votre parcours de vie. Au nom du Pays de Vaud, encore une fois, un immense merci pour ces 20 années passées au gouvernement vaudois.

M. Pascal Broulis — Conseiller-ère d’Etat

Je salue les représentations des communes ici présentes, qui m’honorent de leur présence dans cette relation particulière entre le territoire vaudois et son maillage. Bienvenue également à ma commune de Sainte-Croix dans ces lieux… (M. Broulis s’interrompt. Après un long silence, le public applaudit, n.d.l.r.). Vous me connaissez plus loquace… 20 ans, cela génère forcément de l’émotion… Ces lieux de la joute oratoire et de l’échange, dans ce Parlement reconstruit. Je suis navré.

Vingt ans, et je n’ai pas vu le temps passer ; ni comme député, lorsque comme le veut notre système de milice, je conciliais mon engagement politique et mon activité professionnelle ; ni a fortiori en tant que conseiller d’Etat, lorsque j’ai pu consacrer l’entier de mon temps à cette belle et exigeante fonction. Ce furent deux décennies de plein plaisir, qu’il s’agisse de la richesse des relations humaines nouées par les variétés de problématiques empoignées et par la diversité des milieux rencontrés – ou et surtout de la capacité d’agir. Je ne me suis jamais levé avec l’ennui de la journée à venir, non jamais. Et c’était d’autant plus vrai lorsqu’il s’agissait de participer à une séance du Conseil d’Etat, de rencontrer une de vos commissions ou d’intervenir devant votre plénum. Peut-être tendu d’avoir mal évalué une majorité, ou encore de m’exposer à un refus ; inquiet, naturellement, de risquer une dépense inconsidérée – heureusement, cela n’est jamais arrivé ; mais toujours enthousiaste, car dans beaucoup de ces rencontres, il s’agit d’expliquer, de convaincre. Il s’agit de faire jouer nos mécanismes démocratiques dans ce qu’ils ont de plus vivant et de plus nécessaire, chacun dans notre rôle. Le Parlement, le gouvernement, les partis, nous apportons tous notre pierre à la construction de la collectivité vaudoise, avec des divergences, bien sûr, des affrontements, et l’envie de placer une pierre plus grosse que celle de l’autre, mais aussi avec des accords et ces moments charnières où l’on construit. Ces moments sont décisifs, car c’est ainsi que l’on avance ; c’est l’essentiel même de nos institutions.

Et nous avons progressé, en 20 ans. Je vous remercie, madame la présidente, de l’avoir si élogieusement souligné tout à l’heure. Pour ma part, je me contenterai d’évoquer deux images. Je me rappelle un canton de Vaud piétinant, « en manque d’assurance » disait-on à l’époque, et que le reste de la Suisse regardait comme un homme malade. Je vois aujourd’hui un canton dynamique, capable d’encaisser le COVID sans même tousser ; un canton jouant pleinement son rôle de locomotive économique. Je vous remercie tous d’avoir contribué à cette évolution, de continuer de vous investir dans notre canton, et surtout, de garder la santé. Merci en particulier à tous celles et ceux qui font fonctionner ce Parlement, et notamment son Bureau ; merci à toute l’administration cantonale qui donne son efficacité à nos décisions ; merci tout particulièrement aux collaborateurs de mon Département des finances, à commencer par ses cadres et son état-major. Tout le monde sait je n’ai rien contre les séances à l’aube ou durant la nuit et je leur sais donc particulièrement gré d’avoir compris et participé à cette flexibilité.

Je vous parlais d’équilibre. Je crois profondément que si notre collectivité est à la fois prospère et attentive à chacun de ses habitants – car c’est à cela que la prospérité doit servir – c’est grâce à ces institutions, qui jouent leurs rôles et sont bien utilisées. Je vais rompre une lance en leur faveur, et d’abord pour la collégialité. Durant ces 20 années, j’ai eu la chance de collaborer avec quinze autres conseillers et conseillères d’Etat, et ce n’était pas toujours acquis. Lorsqu’on fait partie d’un collège, on débat, on peut même parfois s’invectiver, mais cela reste dans la salle du Conseil d’Etat. Toutefois, lorsqu’une solution est trouvée et adoptée – le moins souvent possible après un vote – nous l’assumons ensuite ensemble : cela s’appelle la collégialité. Chères et chers collègues, continuez à la chérir, car elle constitue la clé de voûte de la confiance que la population nous porte.

Il s’agit de parler de vous maintenant, mesdames et messieurs les députés. Je n’ai pas compté, mais j’ai collaboré et discuté avec plusieurs centaines d’entre vous, dans le respect qui implique ne pas exclure des débats vifs, mais bien de confronter nos idées, pour finalement trouver des solutions. Ces échanges entre le Parlement et le gouvernement, mais aussi entre députés et groupes parlementaires sont primordiaux. En effet, c’est là que des majorités se bâtissent ; c’est aussi dans les procédures démocratiques élaborées dans les débats entre élus du peuple, que s’incarne la politique ; c’est là qu’elle s’expose et se fait comprendre. C’est aussi la raison pour laquelle les médias sont présents, pour nos interviewer devant les caméras, pour que nous puissions anticiper les débats et enfin pour publier nos résultats.

Si je vois un danger aujourd’hui, il vient du fait d’un contournement de nos relations. Des tentations se font jour et on entend même des appels dans ce sens. Or, il n’y a pas d’agora de rechange, ou de société civile à découvrir au détour d’une manifestation ou d’un tirage au sort. Et il est trompeur, voire dangereux, de le faire croire. De plus, de tels appels délégitiment le fonctionnement démocratique. C’est aussi une question de confiance de la part de la population : que cette confiance se perde et alors les dérives peuvent devenir inimaginables. Evitons cela ! Pour le dire directement et sans périphrase, ne bousculons pas nos institutions à la six-quatre-deux ; le bipède citoyen n’est pas un argonaute ! Merci pour ces 20 ans. (Applaudissements)

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e

Hommage aux députées et députés sortants

Madame la députée sortante, monsieur le député sortant, mesdames et messieurs les députés terminant votre mandat, à votre tour d’être remerciés pour votre engagement, pour toutes ces années durant lesquelles vous avez contribué à la bonne marche de notre canton. Voyons voir… Dois-je écrire « canton » avec une majuscule ou minuscule ? Je vous laisserai en débattre ! Par contre, ce dont je suis sûre, c’est que j’écris « Députés et Députées » avec une majuscule. J’ai envie de vous dire merci, un merci en lettres capitales. Merci pour votre engagement et la richesse que vous avez apportée dans ce Parlement vaudois. Que vous veniez des montagnes, de la plaine ou des villes, que vous habitiez au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, vous avez travaillé à défendre les intérêts de nos concitoyennes et concitoyens qui partagent les mêmes valeurs que vous. Que vous soyez de gauche, de droite, PLR, socialiste, UDC, Vert, Vert’libéral, d’Ensemble à Gauche et POP ou Libres, vous avez délibéré dans ce Parlement avec ferveur et, dans le 95% des cas, avec respect et souvent bon sens. D’ailleurs, le postulat de notre collègue Nicolas Croci Torti – corédigé il y a une année avec notre ancien collègue Yves Ferrari à l’occasion d’un poisson d’avril – devrait, à l’avenir, nous faire appliquer le bon sens à 100%.

Cela nous fera un peu bizarre de ne pas retrouver certains de nos collègues à la rentrée. Nous les chercherons certainement des yeux lors d’interventions, nous attendant à ce qu’ils ou elles prennent la parole. Permettez-moi d’en citer quelques-uns : Mme la députée Anne Baehler Bech, M. le député Olivier Epars, Mme la députée Catherine Labouchère, M. le député Nicolas Mattenberger, M. le député Jean-Luc Chollet, M. le député Jérôme Christen ou encore le député Serge Melly et le député M. Philippe Cornamusaz, tout comme M. le député Philippe Vuillemin. Cependant, ce sont avec des remerciements en image que nous allons rendre hommage aux 50 députées et députés qui terminent leur mandat. En image et en musique, en faisant défiler un diaporama réalisé par l’apprenti du Secrétariat général du Grand Conseil, M. Fabio Fernandes, que je remercie pour son travail.

*insérer diaporama

(Applaudissements.)

Mme Séverine Evéquoz (VER) — Président-e entrante

Discours de la présidente entrante

Madame la présidente du Grand Conseil, chère Laurence,

Au nom du Grand Conseil, je tiens à te remercier pour ton année présidentielle. Sous ta direction, chère Laurence, nous avons pu débattre et voter de nombreux dossiers avec diligence. Nous avons également eu du plaisir à siéger dans un cadre toujours calme, pragmatique et organisé. Une dernière année de législature est toujours un défi. En même temps qu’il faut veiller à mener des dossiers courants, le Parlement est en effervescence en vue des élections. Pour les députées et députés, c’est à la fois un moment de rencontre sur les stands le samedi matin mais, parfois aussi, un véritable bras de fer au sein du plénum. Dans cette situation, tu as géré nos multiples sensibilités et donné de l’écoute à la résolution des différends, et c’est dire s’il y en a eu. Sois-en remerciée.

Malgré ce contexte et tout en devant gérer les aspects sanitaires liés au coronavirus, notre Grand Conseil a mené des travaux importants sous ta direction. Je pense en particulier à la révision de la Loi sur l’exercice des droits politiques, révision qui a pu être terminée dans les temps, pour son entrée en vigueur avant les élections. Je pense aussi à la Commission d’enquête parlementaire sur l’Hôpital Riviera-Chablais qui a occupé ton mandat de présidente et qui a pu être menée à bien par ta diligence et diplomatie, tout comme par le concours de nombreux députées et députés. Le Conseil de magistrature a sollicité ton intention. L’agencement des débats a été préparé avec soin et ta diligence, à nouveau, a été essentielle tant dans les délais que dans les contraintes dont je ne dresserai pas la liste ici.

Une fin de législature implique aussi de préparer la suivante et je note ici les travaux relatifs au décret sur les indemnités, aux commissions thématiques ou encore le préavis du Bureau pour l’élection du Secrétaire général pour la prochaine législature. Tu as su mener notre Grand Conseil dans cette transition et, dans ta démarche, tu as aussi pris le soin d’intégrer ta vice-présidente dans la préparation progressive des séances du Grand Conseil et ainsi partager ta façon de travailler. Je relève ici ton engagement et ton professionnalisme et te remercie tout personnellement.

Laurence Cretegny, dixième femme à présider notre institution et, fait suffisamment rare pour être relevé, première femme paysanne. Tu as représenté notre institution durant une année, au travers du canton, en mettant en avant et en partageant tes valeurs terriennes. Ces valeurs résonnent dans notre canton terrien. Pour te connaître, je sais que tu as amené la proximité de la chose politique auprès de celles et ceux que tu as rencontrés et cela a été apprécié. Pour cela aussi, nous te sommes reconnaissants.

Laurence Cretegny, tu as aussi su faire face à des tempêtes, je le sais. En plus de devoir affronter l’adversité politique en début de mandat – adversité à laquelle tu as résisté avec une force incroyable et une humilité exemplaire – tu as également dû affronter ceux de tes proches les plus chers, proches pour lesquels tu es restée un pilier dans les moments les plus durs. En véritable proche-aidante, tu as mené de front ton mandat politique et tes engagements privés. Cette capacité mérite d’être relevée et je le fais sans te demander la permission, mais il fallait le faire. Nos travaux n’ont jamais été impactés, tu as géré cela de telle manière que rien ne s’est remarqué. Laurence, tu es une femme remarquable et exemplaire pour savoir aussi te mettre au service de ta fonction.

Aujourd’hui, au moment de prendre congé de toi, chère Laurence, j’émets le vœu que cette année de consécration pour notre canton t’encourage et te porte à poursuivre ton engagement politique avec ferveur, pour y représenter tes sensibilités politiques, tes compétences de femme politique et de femme paysanne, ainsi que tes compétences humaines et ta personne solaire. Merci, chère Laurence, et bonne suite à toi. (Applaudissements.)

Mme Laurence Cretegny (PLR) — Président-e sortante

Discours de la présidente sortante

Merci, madame la première vice-présidente, merci chère Séverine. Voici une année de passée – ou presque – depuis mon élection à cette fonction, le 30 juin 2021. Je suis la dixième femme et la première femme paysanne à occuper cette fonction dans le canton de Vaud et j’avoue en être fière ! Une année riche va prendre fin le 30 juin prochain, à minuit. Mais ce n’est qu’un chapitre dans le livre de la vie, de ma vie. Une année de présidence du Grand Conseil, c’est un peu « des amours, des emmerdes » ! J’ai travaillé des mois, sans répit, souvent jour et nuit, pour réussir à terminer de préparer les dossiers, les ordres du jour, les fils rouges et représenter « notre » Pays de Vaud. En oubliant, souvent, dans ma course contre le temps, mes amis, mes amours, mais aussi mes emmerdes. Pour être fière, je suis fière – et entre nous, je l’avoue – d’avoir mené ce Parlement à bon port !

Cette année a été faite de représentations, de kilomètres, de réflexions, de chasselas, de chocolats, de rencontres, d’heures et de fleurs, de dossiers, d’exposés des motifs et projets de décrets et de lois ! Mais aussi de débats que j’ai présidés depuis cette place ! Débat sur la révision totale de la Loi sur l’exercice des droits politiques, ceux sur l’institution d’un Conseil de la magistrature, des débats sur la nouvelle Loi sur la protection du patrimoine culturel immobilier et la révision de la Loi sur la protection de la nature, des monuments et des sites – je peux vous garantir à ce sujet que M. le conseiller d’Etat Broulis était heureux que je sois à ma place de présidente et non dans cette salle – les débats sur le rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’Hôpital Riviera-Chablais ainsi que divers débats sur les décrets liés au changement de législature.

Pendant cette année à traverser notre Pays de Vaud, j’ai rencontré des personnes magnifiques, des personnes qui s’engagent souvent bénévolement pour leur société, leur association ou à travers des mandats qui leur sont confiés. Tout ce qui fait ce Parlement et qui représente mon année de présidence, je le sais, je ne l’oublierai jamais ! Grâce à vous, chères et chers collègues, ce chapitre s’est écrit, car vous m’avez élue à cette fonction de présidente. Elle se termine bientôt, comme cette cérémonie et je suis consciente que lorsque nous prenons cette fonction, nous passons très vite de l’ombre à la lumière, mais aussi de la lumière à l’ombre.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui font fonctionner ce Parlement, des gens de l’ombre sans qui rien ne serait possible. J’ai travaillé avec certains directement ; avec d’autres, nous ne nous sommes que croisés, mais je sais que leur travail est tout aussi important pour notre Parlement et donc pour nous, mesdames et messieurs les députées et députés. Au nom des membres du Grand Conseil, je tiens à toutes et tous les remercier : les collaborateurs et collaboratrices du Secrétariat du Grand Conseil, de son juste nom le Secrétariat parlementaire et même si ce n’est pas juste, permettez que j’y inclue le Secrétaire général et Secrétaire général adjoint ; un grand merci aussi aux collaborateurs et collaboratrices du Bulletin du Grand Conseil, aux secrétaires de commissions parlementaires, à notre intendant ; merci à notre apprenti Fabio Fernandes – c’est chouette, les barres de chocolat toutes bleues – les huissiers et huissières, les agents de sécurité et de la Police cantonale, ainsi que les personnes de la technique. Egalement, un grand merci aux personnes qui œuvrent à la Buvette du Grand Conseil ainsi qu’à la cuisine et encore merci, à toutes les personnes qui entretiennent ce Parlement, qui l’ont désinfecté pendant de longs mois et à qui nous devons, aussi, de ne pas avoir eu de foyer de contagion dans le Grand Conseil ! Permettez que je remercie particulièrement le Secrétaire général « adjoint », Sylvain Jaquenoud, ainsi que Céline Pesquet Saffore, Laurence Hautle, Larissa Recher et Thierry Bron du Secrétariat général, avec qui j’ai travaillé directement. Merci pour votre accompagnement pendant cette année, merci pour votre disponibilité, vos sourires et votre empathie.

Je crois avoir remercié tout le monde, il est vrai que nous oublions toujours quelqu’un ! Généralement nous oublions de remercier ceux qui sont les plus proches de nous. Avec qui nous travaillons de longues heures, avec qui nous échangeons jusque tard dans la nuit ou tôt le matin ! Mais oui, j’oublie le Bureau du Grand Conseil. Merci à vous chères et chers membres du Bureau – première et deuxième vice-président – de m’avoir suivie, appuyée sur les dossiers, pour le moins compliqués, que nous avons eu à gérer.

Bien, cette fois je pense avoir remercié tout le monde ! Car oui, vous l’aurez compris, j’aime dire merci ! Mais non… je ne l’ai pas oublié, comment le peut-on d’ailleurs, mais dulcis in fundo, soit le meilleur est pour la fin. Il est toujours là, il vous conseille, il est l’oreille attentive, il vous écoute, mais… il parle beaucoup, si on lui laisse la parole. Il est le pilier du Grand Conseil, il en est la mémoire aussi ! Il s’investit pour le Parlement, pour notre Parlement, sans compter ses heures. Il le défend bec et ongles… et j’ai passé une année de belle collaboration avec lui ! Merci, monsieur le Secrétaire général, Igor Santucci, merci cher Igor, merci pour tout !

Dans neuf jours, je remettrai ma fonction, les dossiers qui ne sont pas terminés – mes emmerdes – et je reprendrai ma liberté de penser, de déposer avec modération, et même ma liberté de parler pendant les séances !

Pour terminer, je tiens encore à remercier la population qui m’a fait confiance et qui m’a réélue à ma fonction de députée ! Et c’est sous le regard de quelques-uns d’entre eux et d’entre-elles, qui nous regardent à travers les quatre écrans disposés dans notre Parlement, que si je venais à oublier pourquoi je suis ici, cela me le rappellerait de suite ! Soit, non pour moi, mais pour eux et elles. Un dernier merci pour mes amis, un énorme et immense merci à Etienne, Carole et Alain, à ma famille, à mes enfants, qui m’ont accompagnée pendant cette année remplie de larmes et de rires. Nous devons toujours nous rappeler d’où nous venons et en être fiers et je le suis ! Je suis fière de représenter ceux et celles qui cultivent la terre, tout comme je suis fière de la terre qui colle à mes souliers ! Il est temps de laisser nos soucis et nos labeurs, de savourer le bonheur d’être ensemble, de chanter avec ferveur et d’un même cœur ce beau jour qui nous rassemble. Si nous différons, nous avons pourtant des goûts et des travaux qui se ressemblent, un même idéal, une même foi pour aimer notre Pays vaudois. Vive le Canton de Vaud ! (Applaudissements.)

Pour terminer cette cérémonie, nous accueillons le chœur du collège du Cherrat, dirigé par M. Luca Martin, qui va jouer une aubade. Bienvenue mesdames et messieurs.

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