Communications
Séance du Grand Conseil du mardi 28 septembre 2021, point 1 de l'ordre du jour
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourDécès de M. Hugues Gander, ancien député
C’est avec émotion que je rends hommage à M. Hugues Gander, décédé jeudi 23 septembre, entouré de ses proches — son épouse et ses filles. Atteint dans sa santé, sa lettre de démission nous était parvenue il y a presque une année, le 6 octobre 2020, alors qu’il présidait la Commission de gestion avec brio après huit ans de députation. M. Hugues Gander a été admirable de courage face à la maladie. C’est une très belle personne qui nous a quittés. Le 22 décembre dernier, notre collègue se confiait dans le journal La Région sur son engagement dans la vie politique et associative, alors qu’il prenait sa retraite. Ses mots devraient être les nôtres, non seulement dans ce Parlement, mais aussi dans la vie quotidienne. Je me permets de les citer : « On est parfois obtus. Il faut avoir l’esprit ouvert et être conscient que les parties adverses peuvent aussi avoir de bonnes idées. » Je nous souhaite de penser très souvent à lui et de garder l’esprit ouvert à l’autre.
Son ensevelissement se déroulera dans l’intimité, selon la volonté de sa famille. Toutefois, selon son souhait, les personnes qui le souhaitent peuvent faire un don au Réseau Santé Balcon du Jura. Au nom du Grand Conseil, j’adresse à sa famille et à ses proches toutes nos condoléances. Je vous prie de bien vouloir vous lever pour quelques instants de silence, afin d’honorer la mémoire de notre ancien collègue.
Retour à l'ordre du jourDépart à la retraite de M. Vincent Grandjean, Chancelier
L’intervention suivante ne figure pas noir sur blanc dans notre ordre du jour, mais une personne qui a marqué de son empreinte nos institutions va prendre congé de celles-ci. Et c’est avec toute votre attention que je souhaite, en votre nom, lui dire merci. Une telle carrière ne se remercie pas en deux mots. Vous l’aurez compris, nous allons prendre congé de M. Vincent Grandjean, treizième Chancelier d’Etat, qui s’apprête, par une troublante coïncidence, à prendre une retraite bien méritée d’ici la fin de la semaine, au moment exact où l’Allemagne s’apprête elle aussi à changer de chancelier.
Monsieur le Chancelier, permettez-moi tout d’abord de vous exprimer toute notre reconnaissance et notre considération pour le travail accompli au service du Conseil d’Etat, mais aussi du Grand Conseil et du Pays de Vaud en général, et ce, depuis plus de 24 ans. Avant d’occuper le poste de Chancelier, vous avez assumé deux autres postes passionnants au service de l’Etat, à savoir : délégué aux affaires européennes, puis secrétaire général de l’ancien Département de la justice, de la police et des affaires militaires. Concernant le Parlement, il est utile de se souvenir que vous avez eu, sous votre responsabilité, également le secrétariat du Grand Conseil ; de nos jours, seuls deux ou trois cantons n’ont pas fait le pas de cette nécessaire séparation, faisant du canton de Vaud un précurseur. Dans un esprit visionnaire, Vous avez ainsi contribué à l’autonomisation du Parlement et de ses services, aujourd’hui reconnue dans notre Constitution, permettant d’affirmer les rôles différents et complémentaires de l’Exécutif et du Législatif.
Grâce à votre carrière – le mot n’est pas galvaudé – l’Etat n’a plus de secrets pour vous ! A travers cette longue expérience, vous avez pu faire face à la complexité grandissante des dossiers, dossiers qui nécessitent de plus en plus une coordination accrue entre services et départements. Vous avez aussi su vous adapter au rythme de travail de plus en plus intense qui caractérise la fonction depuis plusieurs années et à la nécessité de communiquer de manière professionnelle, afin d’expliquer les politiques publiques, toujours plus complexes et imbriquées. Peu de personnes imaginent que la conduite de la Chancellerie – secrétariat du Conseil d’Etat – implique par exemple de garantir l’exactitude de 1400 à 1600 décisions par année. Des décisions qui ont un impact sur la vie de nos concitoyennes et concitoyens, ce qui n’est pas sans péril, et permettez-moi de citer le titre suivant : « Qui s’occupe des affaires d’autrui s’expose à de graves ennuis ». Et, de votre mémoire, j’ai pu moi-même en bénéficier : « Un vrai japonais sait toujours tout, Monsieur ! »
Sans fausse modestie, on peut aussi relever que vous avez contribué à soutenir la création de la Conférence des gouvernements cantonaux, permettant ainsi aux cantons, dont le nôtre, de peser plus sur la politique nationale et étrangère. Partisan du dialogue, vous avez aussi, dans moult dossiers, fait bénéficier l’administration de votre science de l’équilibre. « Quand intelligence et sensibilité sont en parfait équilibre, on a le merveilleux Chancelier », aurait pu dire de vous Charlie Chaplin. On le voit, tout au long de votre engagement, et permettez que je vous cite : « le Canton a repris du poil de la bête », gagnant le respect de nos autres partenaires fédéraux. Et vous n’y êtes pas étranger.
Vous avez su à chaque fois brillamment vous adapter à des circonstances fluctuantes, pour ne pas dire inédites, comme celle que nous vivons depuis une année et demie, et en même temps incarner la stabilité de nos institutions, avec naturel et conviction. Il m’appartient aussi de vous remercier pour toutes ces années où vous avez fait preuve d’un professionnalisme hors du commun, de loyauté et d’un dévouement exemplaire pour le bien de notre Canton ; sans oublier vos pointes d’humour, tellement appréciées. Incontestablement, la barre sera placée très haut pour votre successeur ou successeuse, dont le secret qui entoure le nom, digne du code nucléaire, témoigne du prestige et de la sensibilité de la fonction.
Dans un registre un peu moins sérieux, peu de personnes présentes ici savent que vous avez été un des piliers du FC Grand Conseil, du temps des Kaelin, Gilliéron et Martinet, allant jusqu’à vous ouvrir une arcade lors d’un match contre les détenus de Bochuz. Au même titre que les vétérans, vous en avez conservé un souvenir sous forme de cicatrice. Un autre épisode est resté peu connu : avant sa rénovation, « vous êtes rentré au chapeau avec une balle dans votre château, heu… enfin le contraire… », mais L’Affaire Tournesol n’est certainement pas étrangère à mon lapsus ; le Château connaissait certains problèmes d’humidité, conduisant la moquette de votre bureau à se transformer en prairie de champignons. Quels ne furent vos efforts pour démentir une consommation personnelle ! Oui, oui, je l’ai eu vu de mes propres yeux, lorsqu’un autre grand serviteur de notre Etat, avant sa retraite, m’avait fait visiter le Château pour me convaincre, si cela se devait, qu’il avait besoin d’être rénové.
M. le Chancelier d’Etat, je vous remercie au nom de tous les membres du Grand Conseil pour votre travail au service de nos institutions, votre dévouement et les relations empreintes de professionnalisme et de respect pendant ces 24 années passées au service du Conseil d’Etat et du Grand Conseil ; je vous adresse, au nom du Grand Conseil, de toutes celles et ceux qui le font fonctionner et vivre, nos vœux les plus chaleureux pour une magnifique retraite, en santé, afin de vous consacrer à vos passions et d’atteindre la sagesse. Comme le disait une mère congolaise à son enfant : « Si toi pas sage, toi y’en seras jamais comme Tintin ! »
Vive le Pays de Vaud, vive ses institutions, vive ses serviteurs et surtout vive vous ! (Applaudissements.)