26_POS_5 - Postulat Sébastien Pedroli et consorts - Détection précoce de la violence conjugale : et si les animaux parlaient... (Développement et demande de renvoi à commission avec au moins 20 signatures).
Séance du Grand Conseil du mardi 24 février 2026, point 7 de l'ordre du jour
Texte déposé
De nombreuses recherches internationales démontrent un lien étroit entre la maltraitance envers les animaux domestiques et la violence conjugale. Ce lien est suffisamment documenté pour être qualifié dans la littérature scientifique de “the link”[1].
Psychology Today [2] conclut que la maltraitance animale constitue fréquemment une forme instrumentale de violence utilisée dans les contextes de violence domestique, servant à intimider, contrôler ou punir la victime humaine du foyer .
Une autre revue systématique (Tomlinson et al., 2022[3]) souligne que la violence envers les animaux est non seulement un indicateur de violence intrafamiliale, mais aussi un facteur aggravant qui augmente les risques pour les victimes humaines, notamment les femmes et les enfants.
Enfin, un rapport européen de 2025 rappelle que la protection des animaux de compagnie doit être intégrée aux dispositifs de lutte contre la violence domestique, car leur mise en danger constitue un obstacle majeur au départ des victimes et un signal d’alerte essentiel pour les autorités.
Aujourd’hui, dans notre canton, lorsqu’un cas de maltraitance animale est signalé ou constaté, rien n’oblige actuellement les autorités à vérifier si cette violence s’inscrit dans un contexte plus large de violence conjugale ou familiale. Il faut relever pourtant que :
- La maltraitance animale est souvent un prédicteur précoce de violence envers les partenaires ou les enfants.
- Les victimes humaines hésitent parfois à dénoncer les violences, alors que la maltraitance animale est plus facilement observable par des tiers (voisinage, vétérinaires, services communaux).
- Les forces de l’ordre disposent déjà des compétences pour effectuer ces vérifications, mais aucune procédure systématique n’est prévue.
Il est particulièrement important de détecter le plus rapidement possible des signes de violence potentielle.
Par conséquent, le soussigné demande au Conseil d’État :
1. D’étudier la possibilité d’instaurer un protocole systématique obligeant les forces de police, les vétérinaires ou toutes autres personnes en contact avec les animaux, lors de tout signalement ou constat de maltraitance envers un animal domestique, à faire vérifier par les Services compétents (Police, DGEJ…) l’existence potentielle de violences conjugales ou intrafamiliales dans le foyer concerné.
2. D’évaluer les outils nécessaires (formation, coordination avec les services sociaux, directives internes, partenariats avec vétérinaires et refuges) pour permettre une détection précoce et efficace.
3. De présenter un rapport détaillant :
- les pratiques existantes dans d’autres cantons ou pays,
- les bénéfices attendus en matière de prévention,
- les implications organisationnelles et financières,
- les recommandations pour une mise en œuvre adaptée au contexte local.
[1] https://leb.fbi.gov/articles/featured-articles/the-link-between-animal-cruelty-and-human-violence#:~:text=Seventy%2Dfive%20percent%20of%20abused,10
[2] https://www.psychologytoday.com/us/blog/emotional-origins-of-violence/202512/when-harm-to-animals-becomes-an-early-warning-sign
[3] https://www.mdpi.com/2076-0760/11/11/514
Conclusion
Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Isabelle Freymond | IND |
| Yves Paccaud | SOC |
| Nathalie Jaccard | VER |
| Céline Misiego | EP |
| Cendrine Cachemaille | SOC |
| Sandra Pasquier | SOC |
| Yolanda Müller Chabloz | VER |
| Sergei Aschwanden | PLR |
| Valérie Zonca | VER |
| Jean-Louis Radice | V'L |
| Patricia Spack Isenrich | SOC |
| Claire Attinger Doepper | SOC |
| Felix Stürner | VER |
| Claude Nicole Grin | VER |
| Marc Vuilleumier | EP |
| Joëlle Minacci | EP |
| Thanh-My Tran-Nhu | SOC |
| Laure Jaton | SOC |
| Sébastien Humbert | V'L |
| Séverine Graff | SOC |
| Sébastien Kessler | SOC |
| Cédric Echenard | SOC |
| Romain Pilloud | SOC |
| Stéphane Balet | SOC |
| Alexandre Rydlo | SOC |
| Hadrien Buclin | EP |
| Géraldine Dubuis | VER |
| Virginie Pilault | SOC |
| Julien Eggenberger | SOC |
| Martine Gerber | VER |
| Laurent Balsiger | SOC |
| Circé Fuchs | V'L |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourA ce jour, la Suisse compte cinq féminicides en 2026 et, a priori, 22 en 2025. Chaque fois que l’histoire de ces féminicides se trouve retracée, on constate, hélas, la présence de signes avant-coureurs. Ces signes doivent être lus et compris. Le recours aux baromètres de la violence demeure possible, mais ne suffit manifestement pas. Souvent, la violence conjugale reste cachée ; d’ailleurs, même les voisins ne perçoivent rien dans de nombreux cas.
Aujourd’hui, lors d’une intervention en cas de violence intrafamiliale, la police dénonce la situation à la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) en cas de présence d’enfants. Cela dit, le raisonnement et le but de mon postulat s’articulent comme suit : plus les signes de violence sont découverts tôt, plus une intervention rapide devient possible. Les animaux constituent dès lors des témoins muets et des objets de pression destinés à empêcher une séparation.
Je propose, dans le cadre de ce postulat, d’analyser si l’auteur de violences sur un animal pourrait également être l’auteur de violences familiales, et ainsi de demander aux professionnels de procéder à une dénonciation afin de déterminer ce qui se déroule au sein de la famille. Une analyse devra également porter sur les mesures susceptibles d’être prises pour permettre aux victimes de quitter plus facilement le domicile conjugal, lorsque l’animal de compagnie devient un objet de chantage.
Retour à l'ordre du jourLe postulat, cosigné par au moins 20 membres, est renvoyé à l’examen d’une commission.