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Section de recherche

Communications

Séance du Grand Conseil du mardi 19 mai 2026, point 1 de l'ordre du jour

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Décès de Mme Elisabeth Delay‑Willi, ancienne députée

J’aimerais vous informer du décès de notre ancienne collègue Mme Elisabeth Delay‑Willi, députée d’Yvonand, de 2002 à 2007, radicale, puis revenue comme vient-ensuite en 2011 jusqu’en 2012. Elle fut également membre de la Constituante.

Décès de Mme Jacqueline Maurer-Mayor, ancienne conseillère d’Etat

J’ai le pénible devoir de vous annoncer le décès subit de notre ancienne conseillère d’État, Mme Jacqueline Maurer-Mayor. Élue an Grand Conseil en mars 1978, elle a siégé jusqu’en 1986, puis à nouveau entre 1990 et 1997. Durant ses mandats parlementaires, elle aura participé à 103 commissions, dont la Commission de gestion, et déposé 8 motions ou interpellations. Elle présidera notre Grand Conseil en 1996. Avant même la fin de son année présidentielle, à l’occasion d’une élection complémentaire due à la démission de l’ancien conseiller d’État, Jacques Martin, pour raisons de santé, elle accédera au Conseil d’État en février 1997. Entrée en fonction au Département de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, le 3 mars 1997, elle assurera la présidence du Conseil d’État en 2000 et en 2004. 

Comme le soulignait le premier vice-président de l’époque, un certain Charles-Louis Rochat, lors de la prestation de serment de Jacqueline Maurer-Mayor : « Madame la conseillère d’État, notre Canton, votre parti aussi, vivent en ce jour un événement considérable puisqu’il s’agit dans le pays de Vaud, pas particulièrement militant en matière de causes féminines, reconnaissons-le, de l’accession d’une femme à l’exécutif cantonal. A ce titre, madame Maurer, l’histoire retiendra votre nom. » Avec cette élection historique, c’est donc la première fois qu’une femme vaudoise accède à une fonction aussi élevée en politique vaudoise. Comme l’écrivait 24heures dans un éditorial intitulé « On attend Jacqueline Maurer-Mayor au contour du Conseil d’État », une femme accède aujourd’hui au gouvernement cantonal, soyons justes, elle n’a rien de plus ni de moins à prouver que ses collègues masculins. » C’est pourquoi elle sera réélue à deux autres reprises, ouvrant la voie à ses successeures, normalisant ainsi – et, dirais-je, enfin – leur accession à l’exécutif cantonal. Aujourd’hui, malgré les circonstances, il s’agit pour le Canton de lui en être redevable. ¨

En ces instants douloureux de séparation et de deuil, nous adressons nos pensées les plus cordiales, ainsi que nos condoléances aux membres de sa famille et à son groupe politique. En souvenir de Mme la conseillère d’État, Jacqueline Maurer-Mayor, je vous invite à vous lever et à respecter une minute de silence. 

Réponses du Conseil d’Etat aux simples questions, résolutions, déterminations et pétitions

Durant la semaine écoulée, le Conseil d’Etat a transmis au Grand Conseil les réponses suivantes :

  1. Réponse du Conseil d’Etat au Grand Conseil à la simple question Valérie Zonca et consorts au nom Céline Misiego – Violences domestiques : Donner les moyens de passer un examen médico-légal à toutes et tous (25_QUE_62) (25_REP_169)
  2. Réponse du Conseil d’Etat au Grand Conseil à la simple question Maurice Neyroud – Des nouvelles du moratoire sur la viticulture (26_QUE_7) (26_REP_31)
M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Intervention personnelle de M. Hadrien Buclin sur l’accueil de jour des enfants

Conformément à l’article 84, alinéa 3, de la Loi sur le Grand Conseil, un député demande l’introduction dans l’ordre du jour d’une intervention personnelle. Cette demande étant soutenue par au moins 20 membres, le président lui donne la parole ultérieurement.

M. Hadrien Buclin (EP) —

Lors du budget 2026, le Grand Conseil a voté une coupe de 10 millions de francs dans l’accueil de jour des enfants. En vain, nous avons combattu cette coupe – aux côtés notamment des syndicats de la fonction publique – en argumentant qu’elle allait fragiliser un secteur essentiel. Le Conseil d’Etat et la majorité bourgeoise de ce Grand Conseil nous ont opposé un discours lénifiant, faussement rassurant, en nous expliquant que la Fondation pour l’accueil de jour des enfants (FAJE) disposait de confortables réserves et que cette coupe serait donc indolore.

Aujourd’hui, nous ne pouvons que constater combien ce discours était trompeur. Comme nous l’apprend un article du quotidien 24heures il y a quelques jours, la FAJE souffre d’un manque de trésorerie et a déjà adopté des mesures d’économie qui fragilisent les crèches et garderies, ainsi que le développement de cette politique publique essentielle. Une suppression des aides au démarrage et de l’aide à la pierre a été annoncée, ce qui va entraver la création de nouvelles places, alors même que certaines régions du canton connaissent une grave pénurie qui plonge des parents dans de grandes difficultés.

Une réduction des subventions aux réseaux menace de surcroît les conditions de travail des éducatrices, les conditions d’accueil des enfants, tout en constituant un énième report de charges sur les communes, à nouveau mises devant le fait accompli. De plus, les réseaux envisagent désormais d’augmenter les tarifs pour les parents, alors que les frais de garde pèsent déjà lourdement sur le budget des familles. Voilà l’une des conséquences bien concrètes et déplorables de la politique d’austérité menée par la majorité de droite dans ce canton.

Par cette brève déclaration personnelle, j’aimerais appeler les autorités occupées actuellement à la construction du budget 2027 à prendre conscience que les mesures d’économie dans le secteur de l’accueil de jour entraînent des conséquences immédiates, directes et particulièrement négatives. Je les appelle donc à changer de cap pour le prochain budget, afin de venir en aide à la FAJE et de permettre la poursuite et l’amélioration du réseau, notamment sur le plan des conditions de travail des éducatrices.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Démission – Mme Rebecca Ruiz, conseillère d'Etat

Le 26 novembre dernier, Mme Ruiz a adressé au Grand Conseil sa lettre de démission de son mandat de conseillère d’Etat, pour la veille de l’entrée en fonction de son successeur. Je vous donne lecture de cette lettre, qui expose les motifs de sa démission :

« Monsieur le Président, 

Conformément à l’article 14 de la Loi sur l’organisation du Conseil d’Etat (LOCE), j’ai l’honneur de vous faire part de ma décision de démissionner de ma fonction de conseillère d’Etat et cheffe du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS). Cette démission prendra effet au moment où mon successeur entrera en fonction, conformément à l’article 14 de la LOCE. L’élection complémentaire pourra avoir lieu en mars 2026, en même temps que le scrutin des élections communales, à des dates alors encore à déterminer.

Cette décision a été mûrement réfléchie. Elle s’inscrit dans une période de transition institutionnelle, mais aussi personnelle, après plusieurs années d’un engagement total au service du canton et de sa population. J’ai voulu que cette étape se déroule dans la clarté, la continuité et le respect de l’institution, afin de permettre une transition ordonnée et sereine.

Depuis mon entrée en fonction, j’ai eu l’honneur de servir le canton de Vaud avec conviction et fidélité, consciente de la responsabilité immense que représente la conduite d’un département aussi essentiel que celui de la santé et de l’action sociale. Ces années ont été d’une intensité rare, marquées par des crises, des réformes, des combats collectifs, mais aussi par une profonde solidarité entre les femmes et les hommes qui, chaque jour, œuvrent au sein de nos institutions, de nos hôpitaux, de nos services sociaux et de nos associations.

J’ai appris à mesurer la force de l’Etat lorsque celui-ci agit avec humanité, proximité et courage. J’ai vu la puissance du service public quand il sait se réinventer, écouter et protéger. J’ai vu, dans les moments les plus difficiles, combien la confiance entre les institutions, les partenaires et la population était la clé de toute résilience.

Servir le canton de Vaud a été pour moi un honneur immense et une source constante d’apprentissage. J’ai eu la chance de travailler avec des collaboratrices et collaborateurs remarquables, dont la compétence, la loyauté et le sens du bien commun m’ont profondément inspirée. A travers eux, c’est toute l’administration cantonale que je veux saluer, cette maison solide, discrète et dévouée, sans laquelle aucune politique publique ne pourrait tenir.

Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance au Grand Conseil pour la qualité du dialogue institutionnel qui nous a unis, parfois vif mais toujours respectueux. C’est dans la confrontation des idées et le débat démocratique que se construit la confiance du public envers les institutions. Cette exigence de transparence et de respect mutuel est l’un des plus beaux atouts de notre canton.

Mes remerciements vont également à mes collègues du Conseil d’Etat, avec qui j’ai partagé la responsabilité de conduire ce canton dans un contexte très particulier, fait de crises successives. Les discussions, les doutes, les décisions difficiles, mais aussi les moments de cohésion et de solidarité resteront gravés dans ma mémoire.

Cette étape n’est pas un retrait, elle est la reconnaissance qu’un cycle s’achève et qu’il est juste d’ouvrir la voie à une nouvelle énergie, à une nouvelle vision, dans la continuité du service public. J’aborde cette transition avec sérénité, gratitude à ce qui m’a toujours guidée : la conviction que la politique – au sens noble – est un engagement au service des autres et qu’elle doit être exercée avec intégrité, bienveillance et courage.

Je vous prie d’agréer, M. le Président, l’expression de ma très haute considération. »

Ainsi donc, madame la conseillère d’Etat, vous aurez servi notre canton comme ministre de la santé et de l’action sociale pendant sept années complètes, denses et intenses, puisque votre mandat a débuté le 7 mai 2019 et prendra formellement fin le 25 mai prochain à minuit, à la suite de la prestation de serment de votre successeur au Conseil d’Etat.

Avant cette charge importante, vous aviez déjà servi notre canton comme collègue députée dans ce plénum, de juillet 2012 à 2014. Vous y aviez alors principalement abordé les thèmes liés à la sécurité, à la violence domestique ainsi qu’à l’aide sociale.

Mais avant cela, vous aviez déjà servi vos concitoyennes et concitoyens aux deux autres niveaux institutionnels. Au niveau local d’abord, en tant que conseillère communale et présidente du PS Lausanne, vous avez marqué la politique de la capitale en portant un souffle nouveau pour mieux tenir compte des préoccupations de la population, notamment sur les thèmes liés à la sécurité. En tant que criminologue de formation, vous avez abordé ces questions sous un angle pragmatique, axé sur la prévention, notamment en lien avec la délinquance juvénile.

Puis, sur le plan national, lorsque vous avez rejoint la Chambre du peuple en juin 2014, vous avez siégé près de trois ans à la Commission des affaires juridiques, puis à la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique, thématique qui vous est chère, puisque vous avez par ailleurs présidé le service aux patients de Suisse occidentale et l’association romande et tessinoise des institutions d’action sociale. Membre de nombreux organes de direction d’associations et de fondations actives dans les domaines de la culture, du social, du logement, de la famille et de la protection de l’enfance, vous disposiez en 2019 de tous les atouts pour vous lancer dans une élection complémentaire au Conseil d’Etat qui s’annonçait difficile, cinq candidatures ayant été déposées. Quasi élue au premier tour avec 46,59 % des voix et un écart de près de dix points, vous êtes élue le 19 mars 2019. Vous prenez vos fonctions à la tête du DSAS le 7 mai et, forte d’une excellente réélection au deuxième tour, le 10 avril 2022, avec 55 % des suffrages, vous obtenez ainsi la reconnaissance de la population vaudoise pour l’immense travail accompli durant la fin de la législature, en particulier celui lié au Covid-19. Nous reviendrons sur ce point.

Il semble en effet important, pour que toutes et tous puissent prendre la mesure de ce qu’implique d’être conseillère d’Etat et cheffe du département de notre canton, de donner quelques chiffres en lien avec notre Parlement à propos de vos sept années à la tête du DSAS, à savoir : 55 exposés des motifs et projets de loi ou de décret, 222 réponses du Conseil d’Etat au Grand Conseil, 26 rapports du Conseil d’Etat au Grand Conseil, 7 pétitions auxquels s’ajoutent plus de 300 interventions parlementaires attribuées à votre département, avec sans doute un nombre très élevé d’objets concernant les Prestations d’intérêt général (PIG). Ce ne sont pas des cochons roses de Payerne dont il s’agit.

Derrière ces chiffres, il y a des femmes et des hommes, des destins de vie, souvent tragiques, parfois dramatiques.  Je pense notamment à l’incendie de Crans-Montana en ce début d’année, qui a pesé et continuera de peser sur l’existence de tant de personnes pour lesquelles l’action du CHUV, entre autres, a été déterminante. Mais il y a aussi l’espoir, l’espoir d’un monde meilleur, de meilleures conditions de vie, que l’on soit atteint dans sa santé ou en situation de paupérisation, que l’on soit jeune, plein de questionnements sur son identité sexuel et son avenir, ou une personne vieillissante ayant travaillé toute sa vie et aspirant simplement à vivre dignement sa retraite. Vous, madame la conseillère d’Etat, vous avez été à la source de l’espoir de ces gens. Dans les limites de votre champ d’action départemental, des moyens financiers du canton et des divers cadres réglementaires, vous avez tenté d’aider toutes ces personnes, quelles qu’elles soient, sans discrimination de genre, d’origine, de croyance ou d’âge. Et concrètement, cela compte, tant dans notre monde actuel.

Si nous devions tenter de résumer votre action de ces sept dernières années, nous pourrions dire que vous avez mené une politique résolument volontariste, principalement selon quatre axes :

Premier axe, le vieillissement démographique. Vous avez développé la stratégie Vieillir 20-30 pour anticiper le vieillissement démographique, ce qui a impliqué, entre autres, un programme d’investissement prévoyant la création de près de 2000 lits en EMS, le développement de logements adaptés avec accompagnement et des aides financières pour le maintien à domicile, le tout avec l’objectif de repousser l’entrée en institution de près de deux ans en moyenne.

Deuxième axe, la revalorisation des métiers de la santé, en particulier du personnel soignant. Face à la pénurie de main-d’œuvre, votre département a investi massivement plusieurs centaines de millions de francs pour attirer et retenir le personnel, notamment via le programme InvestPro, avec des bourses pour les étudiants en soins infirmiers ou encore une augmentation de la compensation du travail de nuit. Globalement, sous votre impulsion, près de 260 millions ont été investis dans la revalorisation de la Convention collective de travail dans le secteur sanitaire parapublic vaudois (CCT-SAN) durant la période 2019-2026. Concernant la valorisation professionnelle, après avoir établi un poste d’infirmière cantonale, vous avez lancé conjointement avec le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF), en 2023, les Flammes des soins infirmiers, qui permettent de mettre en lumière l’engagement et le leadership du personnel soignant, et pas seulement en période de pandémie.

Troisième axe, le développement de l’action sociale. Vous avez opté pour une approche transversale et pragmatique permettant de soutenir les populations fragiles et de lutter contre les inégalités, notamment par des soutiens financiers ciblés, en particulier l’augmentation des allocations familiales pour les agricultrices et agriculteurs en difficulté, ainsi que la gratuité de l’hébergement d’urgence. L’accès aux prestations a également été au centre de vos préoccupations, notamment avec le programme « Vaud pour vous ». Un autre point fort que vous avez voulu, c’est la protection des femmes victimes de violence, avec notamment la création de la Maison des Lionnes pour les femmes précaires sans enfants, l’établissement de la prise en charge médico-légale des victimes d’agressions sexuelles à l’échelle de tout le canton – hommes et femmes – et tout récemment encore l’annonce de mesures renforcées pour la prise en charge des victimes ainsi que la prochaine ouverture d’un nouveau foyer dans le canton. Citons aussi de nombreuses campagnes de prévention dans le domaine de la santé publique, sur la santé budgétaire ou la santé mentale, l’interdiction des pratiques visant à modifier ou réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, les restrictions sur les produits nicotinés, ainsi que la mise en consultation d’un projet de réforme du système des bourses et de l’aide à la formation pour rendre les dispositifs plus simples et mieux adaptés aux jeunes en formation.

Quatrième axe, la gestion des crises, sanitaires en particulier. La première qui doit être citée est bien entendu celle du Covid-19. A peine huit mois après votre entrée en fonction, cette épidémie débarque sans crier gare, avec tout ce que cela implique, les gigantesques points d’interrogation du début à la suite du drame vécu par nos voisins italiens, l’enchevêtrement des compétences fédérales, cantonales et communales, un secteur sanitaire dont le personnel n’a jamais été autant reconnu, même s’il le mériterait toute l’année. Pour votre département, cela impliquait notamment la protection des personnes vulnérables avec des protocoles renforcés en EMS, le dépistage et le matériel de protection, le maintien des prestations sociales malgré les confinements avec le suivi des personnes isolées, une coordination hospitalière renforcée pour augmenter les capacités en soins intensifs, la communication régulière auprès du public, des communes et des partenaires institutionnels, une mobilisation transversale pour tous ce qui touchent à la santé mentale, à l’aide sociale, aux soins à domicile et à la logistique sanitaire, sans oublier les campagnes de vaccination dans les EMS et les institutions médico-sociales, y compris via des équipes mobiles pour atteindre les populations vulnérables. Ces efforts ont porté leurs fruits puisqu’à fin 2021, 83 % de la population vaudoise de plus de 12 ans était complètement vaccinée, dont plus de 92 % des seniors.

Vous avez également dû faire face à d’autres crises ou dossiers délicats, comme une commission d’enquête parlementaire (CEP) à propos de l’’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) et la gouvernance de cet hôpital intercantonal, celle de l’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB), les problèmes survenus à la Caisse cantonale de compensation AVS ou au CHUV, dont les multiples enjeux sont presque inévitables. Vous avez toujours su aborder ces situations avec le plus grand professionnalisme, en analysant la situation de manière systémique, en procédant à un examen précis et en développant les diverses hypothèses de manière rationnelle et organisée. Je pourrais même dire un peu comme on le ferait sur une scène de crime.

Le sérieux de votre travail, ce côté « première de classe », se retrouve aussi, ou plutôt fait qu’il ne se retrouve pas dans les perles de la fameuse revue du Grand Conseil. Une analyse fine, minutieuse et complète n’en relève en effet qu’une seule, en 2023. Je cite : « Rebecca Ruiz s’est-elle fait souffler sa réponse par le département des finances lorsqu’elle affirme "On a besoin de l’argent que nous rapportent les casinos pour pouvoir financer la prévention du jeu pathologique" ? »

Toujours soucieuse du respect des institutions, vous avez eu à cœur de soigner les relations avec notre Parlement, même dans les moments compliqués, avec patience, y compris lorsque les mêmes questions revenaient de manière systématique.

Mme la conseillère d’Etat, au nom des députées et députés qui ont eu l’honneur de travailler avec vous durant ces sept années, c’est par l’intermédiaire de ce Grand Conseil, de vos bientôt ex-collègues, que le canton de Vaud prend congé de vous. En tant que premier citoyen de notre canton, c’est avec émotion que je vous adresse nos remerciements très chaleureux et notre profonde gratitude pour les multiples politiques publiques et sanitaires que vous avez menées en faveur du bien-être de la population vaudoise, toutes générations confondues.

Vous aurez tenu bon jusqu’au bout, fidèle à votre réputation de travailleuse hors normes et à votre engagement total au service de notre canton et de sa population. Nous vous remercions pour le respect, la franchise, la courtoisie et l’amitié dont vous avez toujours fait preuve dans vos relations avec le pouvoir législatif. Nous vous souhaitons de tout cœur de pouvoir trouver de nouveaux engagements professionnels qui vous permettront de vous épanouir sans mettre en danger votre santé. Nous sommes convaincus que l’immense expérience acquise dans votre mandat de conseillère d’Etat vaudoise vous sera très précieuse dans les nouveaux défis qui vous attendent.

Tous nos vœux de bonheur, de santé et de prospérité vous accompagnent, puissent-ils éclairer la suite de votre chemin avec bienveillance. Bonne route, madame la conseillère d’Etat. (Applaudissements.)

Mme Rebecca Ruiz — Conseillère d’Etat

Cher Stéphane, merci pour tes mots qui me vont droit au cœur.

En entrant au Conseil d’Etat en mai 2019, je savais que je rejoignais une institution exigeante, mais – soyons honnêtes – je ne réalisais pas à quel point ces années allaient être intenses. Ces sept années passées au sein du gouvernement vaudois auront été marquées par des crises majeures, des débats difficiles, des réformes structurelles importantes, des périodes de doute parfois, mais aussi par des moments de solidarité, de courage collectif et d’engagement profondément inspirants. 

Je quitterai mes fonctions avec une conviction renforcée. Dans les périodes de fragilité, la force d’un canton se mesure à sa capacité à protéger les plus vulnérables, à maintenir la confiance entre les institutions et la population et à préserver ce qui nous relie les uns aux autres. Car la cohésion sociale a été, au fond, le fil rouge de mon action politique. Une cohésion que nous avons parfois tendance à considérer comme acquise, alors qu’elle est fragile. Une cohésion qui se construit chaque jour dans les décisions politiques, dans la qualité du débat démocratique, dans la capacité à écouter avant de juger, à chercher des compromis plutôt qu’à organiser des affrontements permanents.

Or, cette cohésion est aujourd’hui mise sous pression. Elle l’est par une polarisation croissante du débat public, par des logiques d’opposition qui rendent parfois le dialogue plus difficile, par l’influence des réseaux sociaux qui favorisent trop souvent l’émotion immédiate au détriment de la nuance et qui enferment parfois chacun dans ses certitudes plutôt que de construire du commun. Elle l’est aussi par les tensions internationales qui traversent nos sociétés, alimentent les peurs, les replis, les inquiétudes sur l’avenir. Elle l’est surtout lorsque des personnes ont le sentiment de ne plus trouver leur place dans la société, de ne plus être vues, écoutées ou considérées.

Au DSAS, j’ai été quotidiennement confrontée à ces fragilités humaines qui attendent des réponses et qui se tournent vers l’Etat, souvent en ultime recours. J’ai vu les conséquences de la maladie, de la précarité, de l’isolement, du vieillissement dans la solitude, de la souffrance psychique et des violences. J’ai vu aussi, au cours de ces années, une réalité qui m’inquiète profondément, la dégradation de la santé mentale de la population et, en particulier, celle d’une partie de notre jeunesse. Je ne crois pas que nous puissions considérer cela comme une fatalité générationnelle. Ce serait une erreur, parce que derrière les chiffres, il y a des jeunes qui grandissent avec un sentiment d’incertitude permanent, une pression immense, parfois une solitude profonde. Si rien n’est fait durablement, cette vulnérabilité deviendra une véritable bombe à retardement sociale, humaine et démocratique. Prendre soin de la santé des jeunes n’est pas un sujet secondaire, c’est un enjeu de stabilité collective et d’avenir pour notre canton. De même, prendre soin de la santé de notre population dans son ensemble est l’une des responsabilités fondamentales de notre collectivité.

Derrière les politiques publiques, il y a des femmes et des hommes qui, chaque jour, accompagnent cette vulnérabilité humaine avec compétence, patience et humanité, dans les soins à domicile, dans les EMS, dans les hôpitaux, dans les institutions sociales, mais aussi en dehors de ces structures, au plus près des personnes lorsque la maladie, la détresse, le handicap ou la solitude fragilisent une existence. Ces professionnels ne soignent pas uniquement des pathologies, ils permettent à des personnes de préserver leur dignité, leur autonomie, parfois simplement leur capacité à avancer et à se projeter.

Cette dignité ne dépend pas uniquement de l’accès aux soins, elle dépend aussi de notre capacité collective à maintenir un filet social solide et accessible. Parce qu’une société se fragilise lorsque des personnes qui travaillent ne parviennent plus à joindre les deux bouts, lorsqu’après une vie entière de labeur, des retraités doivent renoncer à des besoins essentiels ou à des moments simples de participation sociale, lorsqu’une perte d’emploi durable conduit progressivement à l’isolement, au découragement ou à la maladie, lorsqu’une famille doit renoncer à des activités pour ses enfants ou à des moments de partage, parce que le coût de la vie devient trop lourd. La cohésion sociale se joue aussi là, dans ces réalités du quotidien souvent silencieuses. Elle se mesure à notre capacité à faire en sorte que chacune et chacun puisse vivre dignement, participer à la vie collective et envisager l’avenir avec un minimum de sécurité et de confiance.

Je crois profondément que le rôle de l’Etat est là. Non pas un Etat qui prétend tout résoudre, mais un Etat capable de garantir des repères, de pallier certaines inégalités, de protéger quand cela est nécessaire et de maintenir des services publics solides. Lorsque les ressources publiques diminuent durablement, lorsque les prestations deviennent plus difficiles d’accès, ce sont toujours les plus fragiles qui payent le prix fort et, progressivement, c’est le lien collectif lui-même qui se fissure.

Durant ces sept années, j’ai essayé chaque jour d’agir avec cette responsabilité en tête, en anticipant les conséquences démographiques et en développant le maintien à domicile, les logements adaptés, le lien social et l’approche aidante, en investissant dans les métiers du soin et du social avec le programme InvestPro, parce qu’il n’y a pas de système de santé solide sans professionnels reconnus, correctement rémunérés et soutenus, en cherchant à renforcer l’accès aux prestations sociales et à améliorer la détection des situations de fragilité avec « Vaud pour vous » et avec la réforme de la gouvernance de l’action sociale, en améliorant encore la prise en charge des victimes de violences sexuelles et domestiques, parce qu’une société digne se mesure aussi à sa capacité à soutenir celles et ceux qui ont subi l’inacceptable.

Bien sûr, nous avons toutes et tous traversé la pandémie de Covid-19, cela a été rappelé. Cette crise a profondément marqué nos institutions, nos équipes, la population entière. Elle a parfois révélé nos fragilités, mais elle a aussi montré quelque chose d’essentiel, la capacité extraordinaire de notre canton à faire preuve de résilience, de solidarité et de responsabilité collective. Je n’oublierai jamais l’engagement du personnel soignant, des travailleuses et travailleurs sociaux, des communes, des associations et des entreprises, des services de l’Etat, des bénévoles. Dans des circonstances si difficiles, des milliers de personnes ont tenu ce canton debout. A toutes ces femmes et à tous ces hommes, je veux adresser encore aujourd’hui ma reconnaissance profonde.

Je veux également remercier très sincèrement les très nombreux partenaires du DSAS, ces collaboratrices et collaborateurs remarquables, ainsi que les nombreux services des autres départements avec lesquels j’ai eu la chance de travailler étroitement. Je dis la chance, car je mesure tout ce que j’ai appris en étant entourée de personnes d’une compétence rare, profondément engagées au service du bien commun. J’exprime aussi ma sincère reconnaissance à la chancellerie, aux huissiers et à l’ensemble du personnel de l’Etat, souvent discret, mais indispensable au fonctionnement de nos institutions.

Je remercie mes collègues du Conseil d’Etat, les présents, mais aussi celles et ceux qui ont quitté leurs fonctions. Les institutions ne tiennent pas uniquement par les règles, elles tiennent aussi par les relations humaines, par la confiance, par la capacité à dépasser les tensions quand l’intérêt collectif l’exige. Chers collègues, je vous souhaite sincèrement de trouver toujours les ressources nécessaires pour préserver cette concorde institutionnelle sans laquelle aucun gouvernement ne peut durablement servir pleinement sa population.

Je remercie également le Grand Conseil, son secrétariat, ses secrétaires parlementaires et l’ensemble de son équipe pour leur travail formidable. A vous, Mmes et MM. les députés, nos débats ont parfois été vifs, ils devaient l’être. C’est la nature même de la démocratie. Mais je veux saluer ici la qualité du dialogue institutionnel vaudois, le respect des rôles de chacune et de chacun et cette capacité, malgré les divergences, à travailler ensemble. J’aimerais aussi adresser quelques mots particuliers aux deux commissions de surveillance, la Commission des finances (COFIN) et la Commission de gestion (COGES), ainsi qu’aux deux sous-commissions de la COGES et de la COFIN, à la Commission interparlementaire de contrôle de l’Hôpital Riviera-Chablais, Vaud-Valais (CICHRC) et à la Commission interparlementaire de contrôle de l’Hôpital intercantonal de la Broye (CICHIB), avec lesquelles j’ai toujours pu travailler dans un excellent rapport de confiance et de transparence, et dont je souligne la qualité du travail. De manière générale, j’ai également toujours eu plaisir à répondre, au mieux de mes capacités, aux nombreuses et souvent pertinentes questions de vous toutes et tous. Dans le monde actuel, cette culture démocratique est précieuse, elle ne doit jamais être tenue pour acquise.

Je remercie enfin mon parti, ainsi que toutes les personnes avec lesquelles j’ai milité depuis mes débuts sur le plan communal à Lausanne, ici au Grand Conseil, puis au Conseil national.

Permettez-moi maintenant une pensée un peu plus personnelle. Je suis la fille d’immigrés espagnols et la petite-fille de militants antifranquistes qui ont payé cher leur engagement. Ma grand-mère a connu la prison pendant cinq ans. Cette mémoire familiale m’a transmis très tôt le respect des libertés et de l’Etat de droit. Elle m’a aussi appris que les institutions comptent, qu’elles protègent et qu’elles doivent être défendues avec vigilance. Au moment où je quitte cette fonction, je mesure avec humilité le chemin parcouru, parce que rien ne me prédestinait à devenir un jour conseillère d’Etat. Si cela a été possible, c’est parce que notre démocratie permet encore l’ascension par l’école publique, par la participation citoyenne, par l’engagement et par la confiance accordée à celles et ceux qui souhaitent servir. C’est aussi pour cela que je reste profondément attachée à nos institutions. Elles ne sont pas parfaites, elles doivent toujours évoluer, elles doivent parfois se remettre en question, mais elles demeurent l’un des derniers espaces où l’on tente encore de construire du collectif dans une époque dominée par l’individualisme, l’immédiateté et parfois la défiance. La politique est souvent critiquée, parfois à juste titre, mais je continue de croire qu’elle peut être noble lorsqu’elle est exercée avec intégrité, avec bienveillance et avec le souci sincère de l’intérêt général.

Au moment de quitter cette fonction, j’éprouve de la gratitude, gratitude envers ce canton et sa population qui m’a fait confiance. J’en ai été très honorée et j’espère avoir servi au mieux. Gratitude envers toutes celles et ceux qui m’ont soutenue, en particulier dans les moments plus difficiles. Gratitude envers mes enfants, qui ont accepté les contraintes et les sacrifices qu’impose une telle fonction, envers leur père et mes parents, qui ont pallié mes absences.

Je quitte le Conseil d’Etat convaincue d’une chose essentielle, notre avenir collectif dépendra moins de notre capacité à gagner des confrontations que de notre capacité à préserver ce qui nous unit. Dans les années qui viennent, nous aurons besoin de débats exigeants, nous aurons besoin de réformes, nous aurons besoin de courage politique, mais nous aurons surtout besoin de préserver la confiance, le respect démocratique et le sentiment d’appartenir à une même communauté de destin.

La cohésion sociale n’est pas une idée abstraite. C’est ce qui permet encore à une société de faire face ensemble quand tout pousse au repli, à la peur ou à la division. Et c’est sans doute l’un des biens les plus précieux que nous ayons à préserver. (Applaudissements.)

 

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