26_INT_48 - Interpellation Joëlle Minacci et consorts au nom d'Ensemble à gauche et POP - Pourquoi fragiliser la politique sanitaire de réduction des risques ? (Développement).
Séance du Grand Conseil du mardi 28 avril 2026, point 10 de l'ordre du jour
Texte déposé
Le collectif syndical Bas-Seuil, mené par le Syndicat des services publics (SSP) et regroupant une centaine de professionnels de terrain, a interpellé le médecin cantonal le 26 mars dernier. En effet, le Canton a décidé récemment d’abolir la distribution et l’échange gratuit de matériel d’inhalation (pipes à crack) au sein des structures du dispositif bas-seuil, sans concertation avec le terrain.
Cette décision est unanimement incomprise par les professionnel.le.s concerné.e.s car elle va à l'encontre des principes de la réduction des risques. Les terrains observent d’ores et déjà des effets délétères comme la réutilisation de matériel usagé dans des conditions non sanitaires, entraînant des risques accrus de blessures et d’infections ; le partage du matériel, avec une augmentation des risques de transmission de maladies (hépatites, VIH et autres infections) ; la circulation informelle du matériel (revente, vol), générant tensions et violences ; l’abandon accru de matériel dans l’espace public, en l’absence de mécanisme d’échange incitant au retour, avec des conséquences en termes de salubrité, de sécurité et de coûts pour les services publics.
De plus, ce sont les missions mêmes du dispositif bas-seuil qui sont mises en difficulté avec une baisse de fréquentation constatée dans les structures. En effet, la mise à disposition et l’échange gratuit de matériel constitue une porte d’entrée vers un accompagnement des personnes. L’abolition de cette mesure entraîne ainsi une plus grande difficulté à entrer en contact avec des personnes très précarisées, certaines ayant disparu alors que des démarches de suivi étaient parfois entamées. Dès lors, ce sont les objectifs de santé publique que le Canton a pour mission de garantir qui sont compromis. En supprimant un outil central de la réduction des risques, cette décision contribue à accroître les pratiques à risque, à détériorer les conditions sanitaires et à déplacer les problématiques dans l’espace public. Elle engage ainsi la responsabilité du Canton en matière de prévention, de protection de la santé et de gestion des risques sanitaires.
Le collectif bas-seuil relève en outre que les directions des structures concernées observent une relation fragile avec les services financeurs et un manque de dialogue et de négociation réels, dans un contexte marqué par la crainte d’une atteinte aux financements voire à l’existence même des prestations. Elles relèvent finalement que que les fondements de la politique sanitaire en matière de réduction des risques sont passablement en retard et en décalage avec les évolutions des usages et des publics, et qu’un travail impliquant les terrains autour d’une vision stratégique serait bénéfique pour ajuster les missions de santé publique.
Les enjeux en présence dépassent largement les seules populations directement concernées. Ils touchent à la capacité de la collectivité dans son ensemble à faire face, de manière pragmatique et responsable, aux réalités de l’addiction, de la marginalisation et de sans-abrisme.
Nous avons dès lors l’honneur de poser au Conseil d’Etat les questions suivantes :
- Pour quelles raisons le Conseil d’Etat a-t-il décidé d’abolir le financement de la distribution et l’échange gratuit de matériel d’inhalation (pipes à crack) au sein des structures du dispositif bas-seuil ?
- Quelles concertations le Conseil d’Etat a-t-il mené avec les terrains concernés avant de prendre une telle décision ?
- Quels sont les impacts observés dans les structures et remontés au Conseil d’Etat ?
- Au regard des impacts négatifs déjà observés sur le terrain, le Conseil d’Etat entend-il revenir sur la décision de ne plus financer cette mesure de réduction des risques ?
- De manière plus générale, comment le Conseil d’Etat envisage-t-il de faire évoluer la stratégie de politique sanitaire de réduction des risques afin de répondre au mieux aux réalités des personnes concernées dans le domaine des addictions ?
- Les situations de grande précarité dans l’espace public font régulièrement l’objet d’interventions politiques sur des enjeux tels que la pacification de l’espace public. Le Conseil d’Etat ne pense-t-il pas qu’un renforcement et une plus grande adaptation des mesures d’accompagnement des personnes en grande précarité et en situation d’addiction permettrait justement de renforcer la cohésion sociale ?
Conclusion
Souhaite développer
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Claire Attinger Doepper | SOC |
| Laure Jaton | SOC |
| Géraldine Dubuis | VER |
| Chloé Besse | SOC |
| Yves Paccaud | SOC |
| Felix Stürner | VER |
| Pierre Zwahlen | VER |
| Pierre Fonjallaz | VER |
| Blaise Vionnet | V'L |
| Céline Misiego | EP |
| Marc Vuilleumier | EP |
| Isabelle Freymond | IND |
| Sébastien Humbert | V'L |
| Muriel Thalmann | SOC |
| Oscar Cherbuin | V'L |
| Sandra Pasquier | SOC |
| Denis Corboz | SOC |
| Sébastien Kessler | SOC |
| Claude Nicole Grin | VER |
| Martine Gerber | VER |
| Hadrien Buclin | EP |
| Nathalie Jaccard | VER |
| Yannick Maury | VER |
| Vincent Bonvin | VER |
| Cendrine Cachemaille | SOC |