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23_RAP_14 - Rapport du Conseil d'Etat au Grand Conseil au Postulat Valérie Induni et consorts au nom Groupe socialiste - Loi sur l’enseignement obligatoire, 10 ans plus tard, où en est-on ? (22_POS_11).

Séance du Grand Conseil du mardi 2 juin 2026, point 17 de l'ordre du jour

Documents

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
Mme Sylvie Pittet Blanchette (SOC) — Rapporteuse

En préambule, je dois vous dire que j’ai une extinction de voix. J’espère que le chat n’est pas parti avec ma langue, mais on va y arriver… La Commission thématique de la formation (COFOR) s’est réunie le 28 mars 2025 pour traiter de ce rapport, en présence de MM. Frédéric Borloz, Cédric Blanc, Christian Henchoz, Pierre-Étienne Gschwind et François Modoux. M. Jérôme Marcel, secrétaire de commission, était présent à la séance et a pris un certain nombre de notes qui ont ensuite été mises en forme par M. Yann Cornu. Je les remercie tous les deux très sincèrement.

Dans sa prise de position, le chef du département rappelle quelques-unes des modifications majeures liées à la Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) : l’âge d’entrée à l’école obligatoire fixé à 4 ans, le passage à deux voies, VP et VG, au lieu de trois au cycle 3, de nouvelles modalités d’évaluation avec les notes dès la 5e année et une orientation en fin de 8e basée sur les résultats de l’élève, y compris les épreuves cantonales de référence (ECR) de 8e, ainsi que l’introduction de l’anglais dès la 5e année et de l’allemand dès la 7e année. Le chef du département qualifie ce rapport de complet, car il dresse un bilan exhaustif intégrant l’ensemble des éléments disponibles. Je rappelle que ce rapport est daté du 11 septembre 2024.

Selon lui, trop de jeunes restent en transition et un grand nombre n’ont pas choisi de voie à la fin de l’école obligatoire. Le anton de Vaud enregistre le pourcentage le plus élevé de jeunes qui n’ont pas opté pour une orientation à l’âge de 15 ans, à la fin de l’école obligatoire, avec de trop nombreux élèves présents dans les gymnases par défaut. Il faut noter que 66 % des élèves poursuivent une formation certifiante à la fin de leur scolarité, alors que la moyenne nationale est de 78 %. Il s’agit véritablement, selon lui, d’une question d’orientation sur laquelle il est nécessaire de travailler, notamment en valorisant davantage la formation professionnelle et en renforçant l’orientation. Selon lui, la prochaine étape concernera donc le développement du projet MAT-EO, soit « maturité et école obligatoire », dont l’analyse se poursuit. À noter qu’à la demande des syndicats, ce bilan sera réalisé par le biais de mandats externes. L’analyse de ces mandats constituera une première phase, avec différentes variantes qui seront élaborées puis mises en consultation. Une présentation de ces variantes est prévue à la COFOR en amont du lancement de la consultation.

Quelques chiffres complémentaires extraits du rapport du Conseil d’État. On constate qu’avec la LEO et la suppression de l’une des voies précédemment existantes, 42 % des élèves à la fin de la 8e année sont désormais orientés vers la voie prégymnasiale, alors qu’auparavant ce chiffre était d’environ 36 %. Par ailleurs, on observe que plus de 90 % des élèves qui terminent en voie prégymnasiale accèdent à l’école de maturité. L’un des enjeux de la LEO était de faciliter les passages entre les différentes voies. La perméabilité entre la voie générale et la voie prégymnasiale a été mise en place. Cette possibilité de changement de voie concerne aujourd’hui, en moyenne, 6 % des élèves chaque année. Les changements de voie se produisent principalement de la voie générale vers la voie prégymnasiale. 

De nombreux jeunes se tournent vers la formation professionnelle, mais souvent comme deuxième choix et non comme une première option. À la fin de l’école obligatoire, environ 8 à 9 % des jeunes ne s’engagent ni dans une formation gymnasiale, ni dans une formation professionnelle, ni dans une mesure de transition. Ces jeunes se retrouvent momentanément sans orientation et peinent à s’intégrer dans un parcours de formation. Ils ont besoin de deux à trois ans pour réussir à s’engager dans une formation. Néanmoins, un tiers de ces jeunes rencontrent des difficultés sociales ou ont connu un parcours scolaire particulièrement difficile. Il s’agit d’un public à risque de décrochage, soulevant des questions essentielles sur les moyens de prévenir ce phénomène. Dans le cadre de MAT-EO, des mesures adaptées pourraient être envisagées pour y répondre, selon le chef du département.

Il nous a également parlé des classes de raccordement. La LEO a élargi l’accès aux raccordements (RAC), en particulier au RAC 1, dont les critères d’admission ont été assouplis. Cela résulte de la suppression de la VSO et de l’augmentation du nombre d’élèves en voie générale. Il convient de souligner qu’un tiers seulement des jeunes réussissent cette année supplémentaire, ce qui soulève là aussi des interrogations concernant cette filière.

Concernant les épreuves cantonales de référence, introduites par la LEO, elles jouent un rôle dans les décisions d’orientation. Cependant, il a été observé que, pour la grande majorité des élèves, soit entre 87 et 92 % chaque année, les ECR, qui représentent 30 % de la décision, n’influencent pas l’orientation. Si certains commissaires regrettent, dans nos discussions, le faible taux de jeunes qui entrent en apprentissage et proposent notamment de rendre l’accès au gymnase plus difficile, d’autres déplorent une lecture biaisée des chiffres qui présente de manière négative la hausse du nombre d’élèves s’orientant vers la voie prégymnasiale. Selon eux, le rapport néglige les transformations de notre société, pourtant essentielles pour comprendre les choix d’orientation des jeunes. Il serait également crucial de mieux cerner les causes du décrochage de certains jeunes après l’école obligatoire et de renforcer l’accompagnement dans l’orientation. La voie gymnasiale constitue une option enrichissante qui permet à certains jeunes de mieux définir leur parcours professionnel et de s’y préparer plus efficacement, d’autant que certaines formations exigent un âge minimum.

Nous avons également parlé de la problématique de la maîtrise de classe en voie générale. S’agissant de cette maîtrise de classe, où les élèves restent réunis au sein d’un même groupe, une disparité est observée entre la voie prégymnasiale, qui bénéficie d’une plus grande stabilité, et la voie générale, où l’organisation est davantage éclatée. Cet aspect mérite également, selon le département, une réorganisation du cycle 3. Nous avons aussi abordé la question du regroupement d’élèves dans la voie générale. Lors de l’élaboration de la LEO, le problème de la plurimagistralité pour les élèves en difficulté était déjà connu. Il existe la possibilité de regrouper certains élèves rencontrant davantage de difficultés. Certains établissements le pratiquent, mais pas pour toutes les périodes. En principe, cela permet à ces élèves de retrouver un peu de stabilité.

S’agissant de la détection précoce et de l’encadrement renforcé, le département indique qu’il a été décidé de prioriser l’augmentation de la dotation budgétaire des établissements en fonction de leur taille, avec une enveloppe de 4,3 millions de francs dédiée à cet effet. Cette mesure permet d’allouer une période supplémentaire à toutes les classes de 1P et 2P. Tiens, on en reparle. Cette mesure est globalement appréciée par les enseignants. Là aussi, le chef de département nous indique qu’un bilan sera fait à la fin de l’année scolaire 2024-2025. 

Une autre problématique concerne l’orientation à la fin de la 8e année. Certains jeunes n’auraient probablement pas accédé à la voie prégymnasiale sans la LEO, ce qui constitue, pour une commissaire, un véritable succès. Pour rappel, à l’époque des trois voies, on constatait parfois un chevauchement entre les meilleurs élèves de VSG, qui dépassaient parfois les moins bons élèves de VSB. Depuis le passage à deux voies, certains de ces élèves ont été orientés vers la voie prégymnasiale plutôt que vers la voie générale. Une commissaire considère que cet ajustement constitue un aspect positif de la réforme.

Nous avons également parlé de l’évolution des redoublements. Selon le rapport, avant la LEO, le taux de redoublement était généralement inférieur à 1 %. Il est aujourd’hui de 2,8 %. Concernant le redoublement en 8e année, il peut parfois concerner des élèves qui rencontrent de grandes difficultés. Il ne s’agit en aucun cas d’élèves qui redoubleraient simplement pour accéder ensuite à la voie prégymnasiale. Cela explique en partie ces chiffres.

Nous avons parlé des risques de décrochage durable, des épreuves cantonales de référence, ainsi que des tests PISA. Puis nous avons eu une présentation du projet MAT-EO. Je rappelle que nous étions en mars 2025. Parallèlement à ce rapport, la commission a demandé à être régulièrement informée de l’avancement de MAT-EO. Pour rappel, les maturités délivrées à l’issue d’un cursus de trois ans au gymnase ne seront plus reconnues en Suisse à partir de 2038. Le canton de Vaud a choisi de saisir cette opportunité pour repenser plus globalement la fin de la scolarité obligatoire ainsi que les transitions vers les formations post-obligatoires. L’objectif est de mieux fluidifier les parcours, tant vers les hautes écoles que vers les filières de formation professionnelle. L’enjeu est important : garantir la cohérence entre chaque parcours et ses débouchés, tout en répondant aux exigences des hautes écoles. Une révision législative devra donc être menée, notamment une révision de la LEO.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

Madame la Présidente, peut-être pourrions-nous aller un peu plus directement au but ? D'autant plus que vous nous avez indiqué que votre voix était fragile. Afin de vous ménager, nous pouvons volontiers vous laisser passer directement aux conclusions.

Mme Sylvie Pittet Blanchette (SOC) — Rapporteuse

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire cet après-midi, monsieur le Président. Mais j’arrive au bout. Je trouve important de vous indiquer qu’avec le projet MAT-EO, quatre grandes études ont été lancées. La première porte sur le bilan de la LEO, qui sera réalisé par un bureau indépendant. L’axe 2 vise à mieux comprendre les parcours des élèves. L’axe 3 concerne davantage la fin du secondaire II et vise à analyser l’orientation des élèves après l’obtention de leur maturité. Enfin, l’axe 4 comprend deux volets, l’un quantitatif et l’autre qualitatif. Il porte sur l’analyse de l’origine des étudiants à l’université ainsi que sur l’évaluation de leur réussite.

Nous avons également tenté de discuter du modèle 10/11 +4. La réponse qui nous a été apportée est que, puisque ce modèle existe ailleurs, il sera également étudié dans notre canton. La Commission thématique de la formation assurera un suivi attentif et régulier de la mise en œuvre de ce projet. C’est donc à l’unanimité que la Commission thématique de la formation recommande au Grand Conseil d’accepter le rapport du Conseil d’État en réponse au postulat de Mme Valérie Induni.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est ouverte.

M. Pierre Zwahlen (VER) —

Où en est-on avec la LEO ? Ce n’est pas encore le bilan officiel, mais ce qui ressort est alarmant. Le département, devant la commission il y a une année déjà, n’a d’ailleurs pas voilé ses préoccupations. En revanche, il n’a pas encore apporté de réponses ni de solutions. Commençons peut-être par les points positifs. Il est vrai que la LEO assure une perméabilité intéressante entre les voies. Des passerelles utiles existent et quelque 400 à 440 élèves par volée peuvent en bénéficier. C’est une bonne chose. En revanche, seuls 66 % des jeunes poursuivent une formation certifiante, que ce soit au gymnase ou en apprentissage. Comparé à la moyenne nationale, qui est de 78 %, l’écart est manifeste. Vaud, troisième canton du pays en termes de population, est à la traîne.

Concernant la formation professionnelle, seuls 20 % des jeunes entrent directement en apprentissage. Ce n’est que trois ans plus tard que ce taux atteint 44 %. Malgré dix ans d’efforts, combien de fois avons-nous entendu dans cette salle qu’il fallait faire de la formation professionnelle une priorité ? Des campagnes ont été lancées, des dispositifs ont été mis en place, sans grand succès. Ou, en tout cas, avec un décalage de trois ans qui, lui aussi, est alarmant. À la fin de l’école obligatoire, entre 8 et 9 % des jeunes ne s’engagent ni dans une formation gymnasiale ni dans une formation professionnelle. Ces jeunes sont exposés à un risque de décrochage. D’ailleurs, quelques années plus tard, on constate que près de 3 % des jeunes Vaudoises et Vaudois restent sans débouché. Cela signifie qu’ils n’ont entamé aucune formation certifiante dans les trois années qui suivent la fin de l’école obligatoire. Le département considère cette situation comme préoccupante ; nous aussi.

Il faut également parler des épreuves cantonales de référence. Elles comptent pour 30 % dans la moyenne ou dans la décision d’orientation en 8e année. Entre 8 et 13 % des élèves sont orientés vers la voie générale en raison des résultats obtenus aux ECR. Nous savons qu’elles génèrent un stress important chez les écolières et les écoliers. Une proposition a été déposée afin de renoncer à ces ECR. Le rapport du Conseil d’État nous fournit d’ailleurs quelques arguments supplémentaires en ce sens.

Seul un cinquième des jeunes accède directement à la formation professionnelle. Par ailleurs, Vaud est l’un des derniers cantons à maintenir un examen pour l’obtention du certificat d’études secondaires à la fin de l’école obligatoire. Là aussi, il convient de s’interroger sur les modalités de sélection et d’orientation de notre système scolaire.

Le rapport ne propose aucune orientation précise. En revanche, il constate, chiffres à l’appui, que les familles aux revenus modestes présentent des taux de certification plus faibles. L’égalité des chances demeure un échec dans l’école vaudoise. En voie générale, l’organisation est plus éclatée ; le département lui-même le reconnaît. Cette organisation peut convenir à des élèves disposant de facilités, mais elle est beaucoup moins adaptée à ceux qui rencontrent davantage de difficultés. On envisage des solutions permettant de regrouper certains de ces élèves, heureusement pas pour toutes les périodes, afin qu’ils puissent retrouver un peu de stabilité.

Enfin, je terminerai par le taux de redoublement, qui nous inquiète lui aussi. Aujourd’hui, près de 3 % des élèves de l’école obligatoire échouent et doivent redoubler. Là encore, ce taux est supérieur à celui observé dans de nombreux autres cantons. Nous n’avons donc pas un système optimal. Il mérite d’être corrigé, ajusté et optimisé. Nous attendons avec impatience le bilan que l’on qualifiera d’officiel et, surtout, les propositions de solutions qui permettront de remédier à ces difficultés.

Mme Aliette Rey-Marion (UDC) —

Je vais me concentrer sur la formation duale. À la suite d’un premier bilan réalisé en 2019 au sein de la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) concernant la LEO, des corrections ont été mises en œuvre sur le plan réglementaire. Suite à l’introduction des deux voies, VP et VG, le taux de jeunes accédant au gymnase est passé de 36 à plus de 40 %. Dans le même temps, le nombre de jeunes qui rejoignent le gymnase après un apprentissage a également augmenté. Ces statistiques sont en effet préoccupantes.

On peut se demander si plusieurs stages ne devraient pas être rendus obligatoires durant les 10e et 11e années scolaires. Sauf erreur, cela existe déjà aujourd’hui, mais je ne sais pas s’il y a un ou plusieurs stages obligatoires. Ce serait l’occasion pour les élèves de découvrir différents métiers et peut-être de s’ouvrir à d’autres voies de formation, souvent méconnues.

Certes, il faut également convaincre les entreprises d’accueillir ces jeunes stagiaires pendant quelques jours et, surtout, convaincre les parents que l’apprentissage permet de se former par une autre voie tout aussi valable et qu’il offre également la possibilité d’accéder ensuite à une école supérieure. Le fait de pouvoir entrer au gymnase sans devoir passer un examen d’entrée pose le problème relevé dans ce rapport : un certain nombre d’élèves se retrouvent au gymnase par défaut. C’est un problème bien connu.

Par ailleurs, certains élèves sont très certainement influencés par leurs parents, qui connaissent parfois moins bien la formation duale que la voie gymnasiale. Un important travail doit être poursuivi dans ce domaine. Je sais que M. le chef du département, Frédéric Borloz, s’y attelle avec conviction et je l’en remercie. Je vous invite à accepter ce rapport, comme l’a fait la commission à l’unanimité.

Mme Séverine Graff (SOC) —

Je commence par déclarer mes intérêts dans ce débat : je suis enseignante au secondaire II. Hier soir, dans l’émission Forum, M. le chef du département a annoncé qu’il ferait, une fois par année, un point sur l’école obligatoire. Je m’en réjouis. ; nous étions dans une granularité moins régulière, lors de la publication du bilan de la LEO, entrée en vigueur à la rentrée 2013. Ce bilan, que nous allons sans doute adopter aujourd’hui, nous est présenté en 2026. Je pense avant tout qu’un monitorage des systèmes de formation est extrêmement important. Il a d’ailleurs été demandé à plusieurs reprises, notamment par des collègues du parti socialiste et des Verts, ainsi que par les syndicats. Cette démarche a débouché sur le rapport que nous discutons aujourd’hui, mais aussi sur trois études publiées en 2025. Alors, quel bilan tirer de la LEO ?

À la lecture de ce rapport, je porte peut-être un regard de nouvelle députée. Mais ce bilan, très riche en données chiffrées sur notre école, me questionne, car il contient finalement assez peu de réponses et de solutions véritablement politiques. Aux yeux du parti socialiste, deux éléments appellent une attention particulière, notamment dans la perspective de la révision prochaine de la LEO. Le premier point d’attention concerne l’augmentation du nombre d’élèves orientés vers la voie prégymnasiale à la fin de la 8e année. Corollaire de cette évolution : comme très peu d’élèves de VP choisissent ensuite l’apprentissage, la population gymnasiale augmente. Pour ma part, je ne considère pas qu’il s’agisse d’une conséquence négative de la LEO. Cela signifie aussi que le socle de connaissances et de compétences des futurs citoyens s’élève globalement.

Le deuxième point d’attention concerne les chiffres, effectivement préoccupants, relatifs à la voie générale. Cette voie cumule plusieurs difficultés : le choix des options de compétences orientées métiers, celui des niveaux 1 ou 2, ainsi que les possibilités de modification du cursus tous les six mois. Bref, la voie générale est une voie complexe à mettre en œuvre. Elle a également fortement fragilisé ce que l’on appelle le groupe-classe. Les élèves de la voie générale suivent souvent des parcours très individualisés. Pour le dire plus simplement, ils et elles se retrouvent fréquemment seuls dans un parcours scolaire particulièrement éclaté.

Ce qui me frappe à la lecture de ce rapport, c’est à quel point ce que l’on appelle l’école de l’égalité des chances demeure un concept somme toute assez théorique. Les inégalités restent très fortes. Les écarts entre les élèves, selon leur genre, leur nationalité ou encore le niveau socio-économique de leur famille, persistent et se creusent à plusieurs étapes du parcours scolaire. À la fin de l’école obligatoire, cela a déjà été dit, mais je tiens à rappeler ces chiffres : entre 8 et 9 % des jeunes ne s’engagent ni dans une formation gymnasiale, ni dans une formation professionnelle, ni dans une mesure de transition. Nous parlons ici de 500 à 700 jeunes qui ont beaucoup à apporter à notre société et qui restent pourtant sur le carreau. J’appelle donc de mes vœux une révision de la LEO qui accorde une attention particulière à ce pourcentage préoccupant. Je remercie le Conseil d’État pour ce rapport.

M. Marc-Olivier Buffat (PLR) —

Evidemment, c’est un vaste rapport, une vaste étude, un vaste bilan, dans lesquels on peut toujours trouver quelque chose qui ne va pas, voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. J’aimerais quand même rappeler une chose assez fondamentale qu’a apportée la LEO, et que personne n’a soulignée jusqu’à présent : c’est la paix scolaire. Au moment de l’adoption de la LEO, il y avait une initiative et nous sortions d’une vingtaine d’années de débats sur l’école. Faut-il rappeler les errements d’« École vaudoise en mutation », qui avaient d’ailleurs coûté leur poste à deux conseillers d’État successifs, empêtrés dans ces réformes particulièrement difficiles à mener ? Et c’est finalement un vote populaire qui a adopté la LEO, non sans difficulté.

Je crois que les questions que nous discutons aujourd’hui figuraient déjà dans l’exposé des motifs de la LEO. Si vous le relisez, vous y retrouverez les mêmes préoccupations, les mêmes problèmes de décrochage scolaire. Je pense que les différentes filières mises en place ainsi que les nombreuses possibilités de réorientation en cours de parcours ont été salutaires. Et sur ce point, le rapport le démontre.

S’agissant de l’orientation professionnelle, le défi reste entier. Aujourd’hui, lorsqu’un jeune se projette davantage comme entraîneur de football ou influenceur que comme charpentier, il devient évidemment plus difficile de lui faire envisager une formation duale. Le problème est là. Depuis de nombreuses années, le canton consent des efforts considérables pour promouvoir cette voie. Pourtant, cela demeure compliqué dans l’esprit de certains jeunes et, peut-être plus encore, dans celui de leurs parents. Les professions d’avocat ou de médecin continuent souvent à représenter l’idéal de réussite auquel on aspire spontanément.

Concernant les élèves en difficulté, M. le conseiller d’État Borloz a encore présenté récemment des mesures visant à renforcer leur accompagnement. Là encore, il ne s’agit pas d’une problématique nouvelle. Les travaux préparatoires de la LEO évoquaient déjà la situation des élèves en décrochage et la nécessité de mieux les soutenir. Mais j’aimerais également rappeler une chose : nous avons beaucoup fait, nous faisons beaucoup et nous continuerons à faire beaucoup pour les élèves en difficulté. Ce qui me préoccupe également, ce sont les élèves qui vont bien.

Et ces élèves qui vont bien, aujourd’hui, rencontrent eux aussi des difficultés dans leurs apprentissages. Parce que, précisément, il y a des problèmes de discipline à l’école, mais aussi des difficultés d’apprentissage qui pèsent sur le fonctionnement général des classes. Et parmi ces élèves qui vont bien, là aussi, lorsqu’on compare les résultats avec ceux des autres cantons, nous n’occupons pas forcément les meilleures positions. Je rappelle qu’un des buts de la LEO, sauf erreur de ma part à l’article 3 ou 5, était aussi de viser une forme d’excellence et de maintenir un certain niveau d’exigence.

Depuis la nuit des temps, lorsqu’on parle des épreuves cantonales de référence, on entend les mêmes critiques : personne n’aime les examens. Oui, c’est stressant. Mais la vie est stressante. Tous les jours, nous passons des examens. Tous les jours, nous sommes évalués d’une manière ou d’une autre. Et cela fait aussi partie de l’apprentissage, au sens large du terme, que d’apprendre à faire face à ces épreuves. Effectivement, il y a des notes. Cela se passe plus ou moins bien et ces résultats entrent en considération dans l’appréciation générale. Mais cela représente tout de même une évolution importante par rapport à ce qu’ont connu certaines et certains membres de cet hémicycle avec les anciens examens d’entrée au collège.

Au final, j’aimerais remercier le Conseil d’État pour son rapport. Les problèmes évoqués dans ce rapport et relevés en commission sont des problèmes que je qualifierais de presque inévitables. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas les corriger ni qu’il ne faille pas y travailler. Mais de là à jeter le bébé avec l’eau du bain, il y a un pas que je ne franchirai pas. Je pense que la LEO a démontré – et le rapport l’indique de façon assez claire, me semble-t-il – qu’il s’agit d’une loi complexe qui a fait ses preuves. On peut certes l’améliorer, mais de là à vouloir la réformer de fond en comble, je crois qu’il faut aussi savoir préserver les acquis qu’elle a permis de construire.

M. Frédéric Borloz (C-DEF) — Conseiller d’Etat

Je vous remercie pour les nombreux commentaires intéressants formulés sur ce rapport intermédiaire consacré à la LEO. Je remercie en particulier Mme la présidente de la commission. Généralement, on remercie toujours son ou sa présidente de commission. Mais là, il faut le dire : le rapport est fouillé, complet et intéressant. Il porte un regard critique et constructif sur le rapport intermédiaire du Conseil d’État. Je vous invite, mesdames et messieurs, à vous y référer.

Je dirais que la plupart des interventions ont convergé vers les constats formulés par la commission, avec parfois quelques interprétations personnelles de certains chiffres. Je laisse chacun responsable de ses interprétations. Cela étant dit, vous avez toutes et tous apporté des éléments intéressants. Je ne vais pas les reprendre un à un, parce que, dans le fond, nous sommes aujourd’hui à une étape intermédiaire. Le rapport complémentaire à celui dont nous discutons a été demandé par la plateforme MAT-EO, et en particulier par les syndicats, avec l’exigence qu’il soit établi par des acteurs externes au système scolaire.

C’est ce que nous avons annoncé à la fin du mois de janvier et que nous avons immédiatement mis à disposition sur internet. Ce travail est le résultat de nombreuses enquêtes menées auprès des parents, des élèves, des enseignantes et enseignants, ainsi que des directions d’établissement. Il comprend également des analyses plus spécifiques réalisées notamment par l’Université de Lausanne et le bureau Interface. L’ensemble permet aujourd’hui de disposer d’une vision globale des résultats de la LEO.

Et bien sûr, Mesdames et Messieurs, tout n’est pas à jeter dans la LEO, bien au contraire. Beaucoup d’éléments contribuent à un système d’enseignement moderne, sur lequel nous pouvons nous appuyer et dont les résultats sont loin d’être mauvais. La démonstration en est faite par les derniers tests COFO qui ont été publiés. Ils sont bons. Et vous pouvez être fiers de l’école vaudoise. Moi, je n’y suis pour rien et je ne me vante de rien du tout. Les premiers artisans de ces résultats sont les enseignantes et les enseignants, ainsi que le cadre administratif qui œuvrent quotidiennement sur le terrain. Ils sont soutenus par un cadre légal, en l’occurrence la LEO, et cela fonctionne. Les résultats ne sont pas mauvais du tout.

Nous nous réjouissons d’ailleurs de pouvoir mesurer à nouveau ces résultats dans quatre ans afin d’observer comment ces cohortes évoluent et comment les suivantes se comportent dans le même système. Une loi ne fait pas tout. Si vous pensez que c’est la loi qui fait la qualité de l’enseignement, alors vous vous trompez. Et si je le pensais, je me tromperais également. Ce sont d’abord le travail sur le terrain, la compréhension et l’interprétation des règles qui déterminent la qualité de l’enseignement.

Les points faibles, vous les avez tous relevés : les questions d’orientation, cette égalité des chances après laquelle nous courons en permanence. Peut-être est-ce un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche, je n’en sais rien. Mais cela reste l’une des priorités de l’école vaudoise et nous travaillons constamment à l’améliorer. Depuis la publication des études en janvier, présentées à la fois lors d’une conférence de presse et à l’ensemble du corps enseignant par visioconférence, nous travaillons à l’élaboration du projet qui en découlera. Ce projet est actuellement en phase de finalisation et d’analyse. Une décision sera prise cet été, après discussion au Conseil d’État, pour déterminer s’il est prêt à être mis en consultation. Il comprendra vraisemblablement plusieurs variantes, car il n’y a pas de baguette magique ou de solution absolue qui permette de réussir et de résoudre tous les problèmes. Ce qui fera la différence, au final, c’est ce que nous voudrons collectivement faire de ce système et la manière dont il sera mis en œuvre sur le terrain.

Quelqu’un a relevé tout à l’heure que ce rapport intermédiaire contenait peu de solutions politiques. Mais c’est précisément parce que je ne crois pas aux solutions politiques dans ce domaine. Je crois à des solutions professionnelles, pragmatiques, solides, raisonnables et réfléchies. Nous essaierons de prendre les décisions les plus intelligentes possible. Puis, dans cinq ou dix ans, nous referons un bilan. Peut-être constaterons-nous que nous nous sommes trompés sur certains points et nous corrigerons alors ce qui devra l’être. Mais tout cela repose sur une base qui a été décidée il y a plus de dix ans et qui, encore une fois, n’est pas une mauvaise base. C’est une base solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Lorsque la consultation sera lancée, il y aura probablement plusieurs variantes sur certains choix. Une, deux, peut-être trois, je ne le sais pas encore. Chacun pourra alors faire part de ses remarques.

Et dans le fond, cette consultation constituera aussi un apport supplémentaire. Elle viendra compléter non seulement ce rapport et les analyses des experts, mais aussi la parole des acteurs du terrain. Nous les avons déjà largement sollicités et nous disposons aujourd’hui d’informations extrêmement solides. Mais je pense qu’une consultation officielle permettra encore d’enrichir cette réflexion. À la fin du processus, le projet qui sera présenté au Grand Conseil devra, autant que possible, synthétiser l’ensemble de ces avis, dans la volonté de faire mieux et de corriger les points faibles que vous avez, à plusieurs reprises, relevés.

J’aimerais aussi rappeler, et c’est ce que nous avons encore fait hier avec le projet présenté, que l’école ne vit pas en dehors de la société. Elle fait partie intégrante de la vie des enfants qui la fréquentent et des adolescents qui la traversent. L’école est une maison forte, c’est une référence. Elle doit être reconnue comme telle. Cela implique de fixer un cadre clair, partagé avec les parents, les enseignants et les élèves eux-mêmes : des règles de discipline et de fonctionnement. Dans une société qui évolue très rapidement et où tout est plus facilement remis en question, l’école n’échappe pas à cette réalité. Elle est parfois l’une des premières institutions à être contestée. Cela peut engendrer des difficultés très concrètes dans les classes. C’est aussi pour cette raison que nous devons garder à l’esprit la nécessité de donner aux établissements et aux enseignants les outils indispensables pour faire face à ces situations et les maîtriser. Mesdames et messieurs, je vous invite à prendre acte de ce rapport et à l’accepter. Le prochain rendez-vous sera celui de la consultation publique.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est close.

Le rapport du Conseil d’Etat est approuvé avec quelques abstentions.

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