24_POS_45 - Postulat David Vogel et consorts - De l’allemand à petite dose pendant toute la scolarité, un moyen de faire (enfin) aimer l’allemand ?.
Séance du Grand Conseil du mardi 2 juin 2026, point 19 de l'ordre du jour
Texte déposé
En Suisse, chaque canton choisit les langues enseignées dans le cadre du système scolaire – selon le concordat HarmoS qui demande que deux langues étrangères soient enseignées à l’école primaire.
En Suisse romande, les cantons ont choisi de commencer avec l’allemand en 5P, puis l’anglais en 7P. En Suisse alémanique, 14 cantons ont fait le choix de l’anglais comme première langue étrangère apprise à l’école. En Suisse alémanique, la maîtrise du français a donc tendance à diminuer.
Par ailleurs, selon Adecco, les offres d’emploi publiées en Suisse mentionnent des connaissances en allemand à 87%, en français à 23% et 4% en italien. Pour bon nombre d’entreprises actives en Suisse romande, la partie germanophone joue un rôle décisif comme centre de décision.
Dès lors, la maîtrise de l’allemand est souvent indispensable pour qui veut faire une carrière dans une entreprise basée en Suisse, améliorer son parcours professionnel ou avoir une influence sur la politique nationale.
Hélas, même avec le Plan d’Études Romand qui met l’accent sur le développement de l’expression orale, on se doit de constater que l’aisance en allemand du corps enseignant et des élèves recèle une grande marge d’amélioration.
Situation vaudoise
Malgré les discours encourageants et les changements de moyens d’enseignement, l’étude de la principale langue nationale conserve toujours une image négative. Les compétences langagières des élèves au sortir du secondaire 1 et du secondaire 2 sont peu investiguées mais tout porte à penser qu’elles ne correspondent pas aux attentes, notamment en termes de compétences à communiquer.
Il se pourrait fort que les Hautes Ecoles se mettent à l’avenir à effectuer des tests de maîtrise de la langue allemande afin de mettre à niveau les étudiantes et étudiants. En effet, des cours et examens d’allemand ont lieu dans les HEP d’autres cantons romands, comme Fribourg ou le Valais, et on ne voit pas très bien ce qui exempterait les autres Hautes Ecoles vaudoises de devoir mettre en place une mesure similaire.
Alors que la majorité des cantons romands a pris des mesures pour établir des filières bilingues français-allemand dès l’école primaire, à l’instar des projets PRIMA (filière bilingue) et ANIMA (enseignement immersif) du canton de Neuchâtel, le canton de Vaud n’a pas exploré toutes les possibilités, afin de renforcer l’attractivité et la maîtrise de l’allemand à l’école obligatoire. Il en résulte un retard de notre canton dans ce domaine et partant une péjoration des chances des Vaudoises et des Vaudois notamment sur le marché du travail.
Pour mémoire, à Neuchâtel, le projet pilote lancé en début d'année scolaire 2011-2012 (programme d'enseignement de l'allemand par immersion – PRIMA) vise à renforcer l'apprentissage de l'allemand au niveau cantonal et il semble porter ses fruits d’après les premiers retours d’expérience.
Ce projet a obtenu le soutien de l'Office fédéral de la culture qui le subventionne dans le cadre de l'article 10 de l'Ordonnance sur les langues. D’autre part, il a reçu le prix du fédéralisme en 2016 saluant le fait que Neuchâtel était le seul canton monolingue à enseigner à l'école publique une seconde langue nationale par immersion précoce.[1] Il n’y a pas de raisons, nous semble-t-il, que le canton de Vaud ne parvienne pas à égaler ce que le canton de Neuchâtel arrive à mettre en place.
Dès lors, nous avons le plaisir de proposer au Conseil d’Etat d'étudier la possibilité de mettre en place les actions suivantes :
- Prise de contact avec les autorités neuchâteloises afin de comprendre et de s’inspirer de leur politique, puis de prendre appui sur leurs retours d’expérience ainsi que le matériel didactique développé par les écoles de ce canton.
- Recensement des enseignantes et enseignants ayant les compétences langagières en allemand pour mener un enseignement d’une discipline non linguistique en allemand.
- Mise en place d'un enseignement immersif pour un total de 20% à 30% de la grille horaire, dans les établissements volontaires, du cycle 1 au cycle 3.
- Autorisation données aux Directions qui le souhaiteraient de mettre en place une filière bilingue au sein de leur établissement.
- Développement d'une formation continue (langagière et/ou didactique) à destination des enseignantes et enseignants qui souhaiteraient intervenir dans les enseignements immersifs et/ou les filières bilingues.
- Proposition, dans le cadre des formations à la HEP-VD, de cursus bilingues pour les étudiantes et étudiants du primaire et du secondaire.
[1] https://www.ne.ch/autorites/DFDS/SEEO/projets/Pages/Projet-PRIMA.aspx
Conclusion
Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures
Liste exhaustive des cosignataires
| Signataire | Parti |
|---|---|
| Blaise Vionnet | V'L |
| Vincent Keller | EP |
| Cédric Weissert | UDC |
| Laurent Miéville | V'L |
| Pierre-François Mottier | PLR |
| Sergei Aschwanden | PLR |
| Pierre Wahlen | VER |
| Jacques-André Haury | V'L |
| Circé Fuchs | V'L |
| Loïc Bardet | PLR |
| Pierre-André Romanens | PLR |
| Aurélien Demaurex | V'L |
| Felix Stürner | VER |
| Oscar Cherbuin | V'L |
| Alexandre Berthoud | PLR |
| Sébastien Humbert | V'L |
| Pierre Zwahlen | VER |
| Regula Zellweger | PLR |
| Jerome De Benedictis | V'L |
| Graziella Schaller | V'L |
| Nicolas Suter | PLR |
Documents
Transcriptions
Visionner le débat de ce point à l'ordre du jourSi c’est de l’allemand à petite dose, c’est du Blanchette à haute dose… La commission s’est réunie le 19 septembre 2025 en présence de MM. Frédéric Borloz, Cédric Blanc et Raphaël Gerber ; c’est à nouveau Mme Sylvie Chassot, que nous remercions sincèrement, qui a pris les notes. Le postulant explique que l’idée de son objet s’inspire de l’expérience menée dans le canton de Neuchâtel. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’amélioration des cours d’allemand, il s’agit d’enseigner certaines branches, comme la gymnastique, les mathématiques, le dessin ou d’autres disciplines, directement en allemand. À Neuchâtel, cette approche a été introduite à titre exceptionnel. Les élèves ayant suivi l’ensemble du cursus sont aujourd’hui arrivés au terme de celui-ci, et les résultats sont jugés très positifs. Contre toute attente, ces élèves déclarent aimer l’allemand, ce qui constitue un changement notable par rapport aux difficultés généralement relevées dans l’enseignement de cette langue. Il insiste sur le fait que l’expérimentation devrait reposer sur le volontariat. Imposer une telle mesure ne fonctionnerait pas. Il conviendrait donc, selon le postulant, d’identifier les directions et les enseignants prêts à se lancer dans le projet afin de tester cette approche sur plusieurs années et d’en évaluer les résultats.
Le chef du département indique que le Conseil d’État est favorable au renvoi du postulat. Il relève que le débat actuel sur l’enseignement du français en Suisse alémanique est révélateur. Confrontés à de mauvais résultats, certains cantons envisagent de supprimer le français, ce qu’il juge absurde. Il invite donc la commission à renvoyer le postulat, estimant qu’il s’agit d’une bonne occasion de faire un état des lieux des mesures déjà entreprises et d’apporter une appréciation sur les propositions formulées. Il indique également qu’il conviendrait de ne pas demander un recensement trop détaillé des enseignants et enseignantes. Il rappelle qu’il existe actuellement une pénurie marquée d’enseignants d’allemand, notamment parce que nombre de Suisses alémaniques qui enseignaient autrefois en Suisse romande préfèrent désormais rester de l’autre côté de la Sarine, où la demande est également très forte.
Dans la discussion générale, le postulant reconnaît que certaines des questions posées dans son texte étaient sans doute trop précises. Il précise que l’idée n’était pas de demander un recensement exhaustif, mais plutôt d’obtenir une estimation indicative. Selon lui, un simple sondage mené dans une dizaine d’établissements permettrait déjà d’identifier combien d’enseignants seraient en mesure d’enseigner l’allemand, même si certains ne disposent pas des titres formels requis. Dans son vote, la commission recommande au Grand Conseil de prendre en considération ce postulat à l’unanimité.
La discussion est ouverte.
La demande formulée par ce postulat est très pertinente, sans toutefois vouloir être trop précise sur les chiffres. Plusieurs démarches ont déjà été engagées, notamment le développement des immersions et des échanges linguistiques. Mais la pénurie d’enseignants d’allemand est relevée et ne simplifie pas la démarche ni la demande formulée par M. le postulant.
Pour information, nous avons entendu à la radio ces derniers jours que le canton de Soleure est un canton germanophone qui attache une grande importance à la langue française, en tant que canton limitrophe avec la Suisse romande. Ce canton maintient et renforce l’enseignement du français à l’école primaire, contrairement à d’autres cantons alémaniques, ce qui est à saluer.
Pour conclure, l’importance de l’allemand reste d’actualité. Je propose même d’enseigner quelques périodes en allemand, ceci dès la 1P. Nos chers petits sont, comme vous le savez, de véritables éponges. Profitons-en ! Je sais que la grille horaire est toujours difficile à adapter, mais je pense que nous devons peut-être réfléchir à introduire des cours d’allemand dès la première primaire. Je vous remercie d’accepter ce rapport.
Le projet a pour but d’améliorer effectivement le niveau d’allemand, entre autres par des cours en immersion. C’est aussi, à mon sens, d’un point de vue un peu plus large, une question de cohésion nationale. C’est une question importante qui ne devrait pas être remise en cause, même si elle l’est parfois actuellement, en particulier en Suisse alémanique – et je le regrette.
En l’occurrence, le résumé de la présidente était excellent et je partage effectivement les précautions prises par le département sur les deux ou trois points de détail qui ont été relevés. Dès lors, pour une fois que je suis soutenu par le Conseil d’État, par l’entier de la commission et donc par tout le monde, je ne vais pas rajouter grand-chose et je vous invite à accepter ce postulat.
Vous pouvez accepter ce postulat. Ce sera l’occasion d’expliquer tout ce qui est fait au niveau romand afin de valoriser l’enseignement de l’allemand.
Retour à l'ordre du jourLa discussion est close.
Le Grand Conseil prend le postulat en considération à l’unanimité.