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Section de recherche

25_POS_59 - Postulat Alberto Mocchi et consorts au nom Au nom de Sébastien Humbert - Les voyages (en train) forment la jeunesse.

Séance du Grand Conseil du mardi 21 avril 2026, point 12 de l'ordre du jour

Texte déposé

Le secteur des transports est responsable d'une part significative des émissions de gaz à effet de serre. En particulier, l'aviation contribue de manière disproportionnée à ces émissions, avec un impact environnemental élevé par passager-e et par kilomètre parcouru. Face à cela, il est impératif de promouvoir des alternatives durables, telles que le voyage en train, qui émet beaucoup moins de CO2 et permet une découverte authentique des territoires.

 

L’un des leviers d’action est celui des prix : le trafic aérien est aujourd’hui avantagé par l’absence de taxes sur le kérosène et par diverses autres politiques publiques. Un jeu de taxations/subventions pourrait ainsi rééquilibrer les choses, et mieux prendre en compte les externalités négatives de l’aviation par rapport à d’autres modes de transport moins polluants. 

 

Un autre levier est celui de jouer sur l’attractivité du train, et faire mieux connaître les avantages d’un voyage avec ce moyen de transport sur des moyennes et longues distances. Le pass interrail, qui permet de voyager dans 33 pays européens à petit prix, est ainsi un outil très intéressant pour se déplacer sur le continent de manière durable. Ainsi, un pass permettant de voyager 5 jours sur une grande partie du réseau ferroviaire européen coûte un peu plus de 200 francs. 

 

Ce type d’outils semble tout particulièrement intéressant pour des jeunes hommes et femmes atteignant la majorité, et qui entrent dans une phase de leur vie où ils acquièrent une nouvelle autonomie et souvent une envie de découvrir le monde. Il semble ainsi essentiel de les inciter à le faire de manière durable et respectueuse de l’environnement. 

 

Il est par ailleurs courant que des collectivités publiques offrent un cadeau aux jeunes atteignant leur majorité. Certains pays offrent un « pass culture » aux jeunes, avec un crédit équivalant à quelques centaines de francs à dépenser dans des librairies, musées ou cinémas. Fribourg et Genève ont opté pour des abonnements numériques à des journaux locaux. 

 

Par le biais de ce postulat, il est proposé que le canton de Vaud mette en place un tel système de présents, mais axé sur la mobilité durable, en offrant un pass interrail à toutes les jeunes femmes et tous les jeunes hommes atteignant leur majorité. 

 

Une telle mesure semble avoir un coût raisonnable (en admettant que toutes et tous en fassent la demande, ce qui est peu probable, on arrive à une somme de 220 francs multipliée par les environ 8000 jeunes atteignant leur majorité chaque année, c’est-à-dire 1'760'000 francs), et permet d’une manière positive, sans taxes ni interdictions, de favoriser une mobilité respectueuse de l’environnement. 

 

Les signataires de ce postulat demandent donc au Conseil d’Etat d’étudier la faisabilité du don à tous les jeunes résidant dans le canton de Vaud et atteignant l’âge de 18 ans au cours de l’année civile d’un pass Interrail leur permettant de voyager sur le réseau ferroviaire européen pendant quelques jours. 

Conclusion

Renvoi à une commission avec au moins 20 signatures

Liste exhaustive des cosignataires

SignataireParti
Sylvie PodioVER
Oleg GafnerVER
Martine GerberVER
Stéphane BaletSOC
Géraldine DubuisVER
Vincent BonvinVER
Jean Valentin de SaussureVER
Didier LohriVER
Nathalie JaccardVER
Cédric EchenardSOC
Vincent KellerEP
Isabelle FreymondIND
Valérie ZoncaVER
Joëlle MinacciEP
Pierre FonjallazVER
Sébastien KesslerSOC
Kilian DugganVER
Marc VuilleumierEP
David RaedlerVER
Julien EggenbergerSOC
Nathalie VezVER
Monique RyfSOC
Graziella SchallerV'L
Sandra PasquierSOC
Sébastien HumbertV'L
Jean-Louis RadiceV'L
Pierre ZwahlenVER
Hadrien BuclinEP
Yannick MauryVER
Yolanda Müller ChablozVER
Elodie LopezEP
Felix StürnerVER
Romain PilloudSOC

Documents

Transcriptions

Visionner le débat de ce point à l'ordre du jour
M. Kilian Duggan (VER) — Rapporteur de majorité

La majorité de la commission vous recommande de prendre en considération ce postulat et de le renvoyer au Conseil d'Etat. L'idée derrière ce postulat part d'un constat simple : lorsqu'il s'agit de voyager en Europe, l'avion s'impose très souvent comme le choix le plus évident, en particulier chez les jeunes. Le postulat cherche précisément à interroger ce réflexe. Il propose d'examiner si le canton pourrait offrir, au moment du passage à l'âge adulte, une possibilité de découvrir une autre manière de voyager – le train – au moyen d'un pass Interrail ou d'un dispositif équivalent.

Le constat repose sur l'idée que les habitudes de mobilité ne sont pas encore complètement figées à cet âge. Il part aussi du principe que le train souffre encore souvent d'un déficit d'image : on le pense compliqué, cher, peu lisible, alors qu'il peut représenter une manière très attractive, agréable et cohérente de se déplacer. Le postulat vise donc à permettre une expérience concrète à un âge symbolique, pour montrer qu'une alternative existe.

En commission, nous avons entendu certaines réserves du Conseil d'Etat : la question des réservations, la fragmentation des opérateurs ferroviaires, les difficultés pratiques liées au pass Interrail lui-même et la probable nécessité d'une base légale. Mais ces objections ne justifient pas de fermer la porte : elles justifient au contraire d'étudier ce qui est faisable, selon quelles modalités, à quelles conditions et avec quelles limites. C'est aussi pour cela que la majorité a été sensible au fait qu'il s'agit d'un postulat : l'objectif est de demander au Conseil d'Etat d'examiner les variantes possibles, de regarder ce qui se fait ailleurs, de préciser les bases légales nécessaires et de proposer un modèle réalisable.

Sur la question des coûts, la majorité a estimé qu'il fallait raison garder. Le montant de 1,7 million évoqué dans le texte correspond à un scénario maximal, qui n'est pas du tout la vision de la majorité pour la suite. En commission, plusieurs pistes ont été évoquées : une mesure sur demande, des bons nominatifs, un remboursement sur justificatif, une enveloppe plafonnée. Il ne s'agit pas de distribuer indistinctement un avantage à tous, mais d'examiner un mécanisme ciblé et maîtrisable. Pour ces raisons, la majorité de la commission vous invite à soutenir ce texte et à le renvoyer au Conseil d'Etat.

M. Olivier Petermann (PLR) — Rapporteur de minorité

Pour les commissaires de la minorité, cette mesure risque d'être inefficace pour les jeunes des régions isolées, peu habitués aux transports publics en raison de leur éloignement de ces dessertes. Ils estiment que l'offre actuelle ne suffirait pas à modifier les comportements à long terme, même si l'idée peut se révéler pertinente pour inciter les jeunes à préférer le train à l'avion. Le financement direct de cette mesure par le canton est jugé inapproprié au regard des dépenses actuelles.

Pour la minorité, il existe un risque concret de revente des bons ou d'utilisation par des tiers, créant une forme de bourse détournée. La mesure devrait donc être strictement réservée aux jeunes réellement intéressés pour en garantir le succès. De plus, une telle subvention pourrait indirectement favoriser les voyages à l'étranger au détriment du tourisme vaudois, ce qui contredit les objectifs de développement touristique local et durable. La base légale actuelle ne permettrait par ailleurs pas d'accorder des facilités tarifaires ciblées sans modification de la loi, et l'Etat ne doit pas encourager et financer une forme de surtourisme, qui serait un des effets négatifs de ces voyages.

En conclusion, la minorité considère que le moment financier n'est pas opportun, que des risques de dérive existent et que le mécanisme proposé ne répond pas équitablement aux besoins réels des jeunes dans tout le canton.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

La discussion est ouverte.

M. Alberto Mocchi (VER) —

Rappelez-vous vos 18 ans. Pour certains, c'est plus ou moins récent ; pour d'autres, un peu plus lointain. C'est un âge où l'on aspire à la liberté et à l'ouverture, où presque tout est encore devant soi et où l'envie de découvrir est forte. De nombreuses communes vaudoises accueillent leurs jeunes majeurs dans le monde des adultes par des cérémonies symboliques avec remise de présents. A Daillens, commune dont j'étais syndic – je déclare ainsi mes intérêts passés – nous avons pris l'habitude depuis quelques années, plutôt que d'offrir un couteau suisse ou un bon à la FNAC comme le font d'autres communes, d'offrir un pass Interrail aux jeunes de 18 ans, avec l'idée qu'ils pourraient aller aux Diablerets, aux Rasses ou découvrir le château de Grandson. Si vous me trouvez quelqu'un dans cet hémicycle qui n'a jamais quitté les frontières cantonales ou nationales, je paie volontiers l'apéro à la buvette – ces jeunes voyageront de toute façon. Autant que ce soit en train.

Il existe un certain nombre d'idées reçues sur les voyages en train : ce serait plus cher, plus long, moins pratique. Or, lorsqu'on reste dans un périmètre européen de quelques centaines à quelques milliers de kilomètres de notre canton, c'est tout sauf vrai. Offrir ce pass Interrail est un moyen de découvrir l’Europe autrement et de montrer à ces jeunes que voyager en train est une expérience enrichissante, facile et agréable. Ce que nous avons constaté à Daillens, c'est que tous les jeunes ne sont pas intéressés, ce qui limite les coûts. En revanche, ceux qui l'ont utilisé nous font des retours extrêmement positifs et probants. Cela mérite d'être expérimenté à l'heure où 18 % des émissions de CO2 dans notre pays sont liées aux voyages en avion et où nous avons une responsabilité pour les réduire. J'espère que ce postulat trouvera une majorité favorable.

M. Sébastien Humbert (V'L) —

Pour replacer le contexte, comme l'a dit mon préopinant, 18 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées au transport aérien. Peu de solutions ont été proposées pour réduire ce poste, contrairement à d'autres secteurs comme le bâtiment, sur lequel nous atteignons bien nos objectifs. Ce postulat, qui demande simplement d'évaluer les possibilités et d'analyser les risques soulevés par le rapport de minorité, serait le bienvenu. Le groupe vert'libéral vous invite à le soutenir.

M. Marc Vuilleumier (EP) —

L'essor du transfert modal – de l'avion ou de la voiture vers le rail – est le fruit de plusieurs mesures combinées, petites ou grandes : tarifs, cadences, confort, rapidité. Cette politique connaît un succès certain, même s'il reste beaucoup à faire. Ce que nous propose aujourd'hui M. Mocchi constitue l'une de ces mesures, et nous la soutiendrons.

Il est assez piquant de constater que le rapport de minorité soulève d'une part que l'introduction de l'Interrail serait très difficile dans certains pays en raison de la privatisation des chemins de fer – ce qui confirme que la nationalisation des chemins de fer demeure une idée forte dans notre politique de promotion du transport écologique. D'autre part, on nous oppose, argument de plus en plus souvent servi dans cet hémicycle, que ce n'est pas le moment, car les finances cantonales sont en mauvais état – alors que ces mêmes milieux s'emploient à abaisser les impôts et à freiner les politiques qui vont dans ce sens. Loin de ces contradictions et en cohérence avec notre politique permanente, notre groupe soutiendra la proposition de M. Mocchi.

M. Stéphane Montangero (SOC) — Président

(Le débat est interrompu.)

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