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Section de recherche

Etudes externes

La pleine terre en milieu urbain

Les surfaces de pleine terre apparaissent de plus en plus pertinentes comme levier pour limiter l’artificialisation des sols et favoriser la qualité des espaces urbains. Cette notion, de plus en plus utilisée dans les domaines de l’architecture, l’architecture du paysage et l’urbanisme, demeure encore le plus souvent limitée à une surface qui ne tient pas compte de la dimension volumique et des fonctions des sols qui les constituent. La prise en compte de critères permettant d’encadrer sa qualité doit permettre des espaces vert urbains réellement fonctionnels, notamment pour l’arborisation à long terme, la réduction des îlots de chaleur, la biodiversité et la régulation des eaux, toutes ces fonctions qu’un sol de qualité peut offrir.

Cette étude (pdf, 0.96 Mo), établie dans le cadre de l’objectif 1 du Plan d’action sols vaudois, a permis de proposer une définition claire et commune, basée sur la recherche et les expériences actuelles, utilisable pour les règlements d’affectation. Elle permet à la fois de caractériser l’état existant que de cadrer les futurs projets d’aménagement.

Cette fiche de synthèse (pdf, 560 Ko) résume les avantages de la pleine terre par rapport aux aménagements extérieurs conventionnels.

Schemas explicant le texte au dessus

« La pleine terre désigne une surface exempte de tout revêtement artificiel et de toute construction ou structure souterraine (réseaux), durablement végétalisée.

A l’échelle d’un projet d’aménagement, la majorité des surfaces de pleine terre doit former un ensemble continu et interconnecté. Le sol qui la constitue doit être majoritairement constitué de matériaux terreux et structuré en au moins deux horizons pédologiques. Il doit présenter une qualité physico-chimique et biologique adaptée à l’usage prévu. 

L’indice de pleine terre (IPt) indique le rapport entre les surfaces de pleine terre et la surface de terrain déterminante (STd). »

Etude préliminaire sur la qualité des sols agricoles et la séquestration de carbone organique pour le Plan climat cantonal

Suite à la publication du Plan climat cantonal et sa mesure stratégique n°9, une étude préliminaire portant sur les potentiels et les pratiques d’accumulation de carbone organique dans les sols agricoles a permis d’identifier les potentiels concrets et les leviers appliqués dans les grandes cultures qui permettent l’accumulation significative de matière organique dans les sols.

Trois documents sont à disposition :

  • résumé technique exécutif (pdf, 578 Ko), établi par la direction générale de l’environnement (DGE) et la Direction générale de l'agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV).
  • rapport de synthèse (pdf, 12.44 Mo) du groupe sols et substrats de la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture (hepia).
  • Publication scientifique (pdf, 1.65 Mo) : Dupla X, Lemaître T, Grand S, Gondret K, Charles R, Verrecchia E and Boivin P (2022) On-Farm Relationships Between Agricultural Practices and Annual Changes in Organic Carbon Content at a Regional Scale. Front. Environ. Sci. 10:834055. doi: 10.3389/fenvs.2022.834055.

Utilisation de charbon végétal dans l’agriculture en Suisse : risques et opportunités pour les sols et le climat

L’utilisation du charbon végétal (« biochar ») comporte un grand nombre de risques pour l’épandage sur les sols agricoles et naturels qui sont détaillés dans cette publication des Offices fédéraux de l’environnement et de l’agriculture.

À ce jour, aucune augmentation de rendement agricole n’a pu être démontrée suite à l’utilisation de charbon végétal en Suisse. Les conséquences à long terme sur les sols et les organismes du sol restent incertaines et peuvent s’avérer irréversibles. Il existe une concurrence pour l’utilisation de la biomasse, disponible en quantité limitée. Le charbon végétal peut contribuer à protéger le climat, mais son impact est limité. Son utilisation n’est généralement pas rentable sur le plan économique. L’utilisation du charbon végétal à grande échelle est déconseillée tant que des effets nocifs ne peuvent être exclus. 

Source : Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et groupe de travail « Valeur d’intervention et évaluation des risques » de Cercle Sol (AGIR).

Sols artificiels - étude de la berme centrale de l'avenue du Grey (Lausanne)

Le 15 octobre 2026

La Ville de Lausanne et la section Sols de la Direction générale de l’environnement (DGE) du Canton de Vaud ont souhaité mieux connaître l’évolution des propriétés et des fonctionnalités des anthroposols construits, soit les sols artificiels fabriqués à partir de matériaux d’excavation (« Technosols »). Dans ce but, une étude de cas a été mandatée à la Haute École du paysage, d'ingénierie et d'architecture (hepia) sur la berme centrale (terre-plein) de l’avenue du Grey à Lausanne.

Cette berme a été fabriquée entre l’automne 2023 et l’hiver 2024 à partir de matériaux d’excavation d’origine fluvio-glaciaire enrichis avec environ 15% de compost, créant ainsi un substrat artificiel destiné à la croissance des arbres. L’objectif à terme de ce type de Technosol est de le faire évoluer vers un sol mature capable de remplir durablement ses fonctions de régulation hydrique et de support de croissance des arbres pour les espaces verts urbains.

Résultats de l'Etude

Le rapport d'étude hepia (pdf, 33 Mo) (Deeb et Boivin, 5 mai 2026) conclut que ces matériaux présentent une évolution favorable de leurs propriétés, mais demeurent instables et vulnérables. De ce point de vue, ils sont de qualité inférieure à des sols agricoles ou urbains non-dégradés. En revanche leur qualité peut rivaliser avec des sols agricoles ou urbains dégradés (tassés, minéralisés, ou reconstitués avec uniquement des terres végétales mal protégées).

Leur capacité à remplir leur fonction de végétalisation urbaine est effective dès la première année, mais la durabilité de ces substrats requière un entretien soigneux grâce à des couverts végétaux denses, l'absence de tassement par piétinement ou par des machines. A ces conditions, les fonctions de support des plantes et d’infiltration des précipitations directes sont assurées.

  • la stabilité hydrostructurale reste faible : tendance à l'effondrement, forte sensibilité au tassement, même par piétinement ;
  • la densité apparente reste élevée (> 1,4 g/cm³ en septembre, ce qui est important par rapport à un horizon A naturel), et certains secteurs comme le centre de la berme, restent plus compactées ;
  • la matière organique n'est pas encore liée intimement à la fraction minérale, la complexation organo-minérale qui permet de diminuer la vulnérabilité et créer de la stabilité, est amorcée mais reste insuffisante ;
  • la stabilisation complète de la structure (formation d'un complexe organo-minéral stable) suit un rythme lent, dont l'échéance reste inconnue. Le rapport évoque un minimum de plusieurs décennies par analogie avec la régénération des sols agricoles dégradés.

En conclusion, l'étude du Technosol de la berme du Grey dresse un bilan nuancé :

  • après une saison de suivi, le substrat remplit déjà plusieurs fonctions attendues (biomasse, infiltration des précipitations incidentes, biodiversité, acceptation paysagère),
  • en revanche, il reste physiquement vulnérable : sa maturation complète demeure incertaine et estimée à plusieurs décennies.

Son usage pour la végétalisation urbaine apparaît donc envisageable s’il est uniquement utilisé comme couche de surface (0-30 cm d’épaisseur, déposé sur un horizon B naturel et non tassé), à l'absence de piétinement, à un couvert végétal spécifique et permanent, à un suivi dans le temps et à un entretien spécialisé budgétisé dès l'installation, incluant la formation du personnel en charge.

Cette étude confirme par ailleurs les principes légaux encadrant l’utilisation des Technosols (information OFEV n°5, 1993 (pdf, 1.08 Mo))1 : ceux-ci ne peuvent ainsi pas être considérés comme une surface de pleine terre (pdf, 0.96 Mo)2 ou un sol3, et leur utilisation doit être limitée aux surfaces de sols totalement artificialisés : leur utilisation pour des surfaces de production agricole, d’espaces verts, de forêt, ainsi que dans les zones et aires de protection des eaux souterraines demeure proscrite.

Plus généralement, l’étude insiste également sur le fait que le recours à des Technosols fabriqués à partir de matériaux d'excavation ne doit pas concurrencer les matériaux terreux pour les reconstitutions de sol, au risque de mettre en décharge des terres végétales réutilisables. Ils ne peuvent être utilisés qu’en complémentarité dans des cas très spécifiques. L’absence de besoin en terres végétales artificielles, au regard de leur production importante par les chantiers de construction, était déjà relevée par l’information n°5 de l’OFEV précitée, et est par ailleurs confirmée aujourd’hui par les réserves de surfaces à bâtir sur des surfaces de pleine terre destinées à être décapées pour les constructions.

Recommandations d'usage

Pour les aménagements extérieurs d'espaces verts urbains, l'utilisation de ces Technosols doit être conditionnée à :

  • l'absence de possibilité de réemploi de matériaux terreux naturels disponibles sur le site ou en provenance d'autres chantiers ;
  • l'absence de passage de personnes ou d'engins, y compris d'entretien (excepté les broyeuses légères), ce qui exclut la plupart des espaces verts urbains sauf comme dans le cas présent, dans des surfaces vertes inaccessibles aux personnes comme des bermes centrales, îlots végétalisés de chaussées, ronds-points, toitures végétalisées ;
  • le maintien d'un couvert végétal dense et permanent, avec des techniques de gestion issues de l'agriculture de conservation, qui diffèrent des pratiques habituelles de paysagisme pour l'entretien des espaces verts. Cet entretien doit, en l’état des connaissances, être maintenu pendant toute la durée de vie de l’aménagement, avec formation du personnel d'entretien à ces pratiques spécifiques ;
  • un contrôle annuel de l’évolution de ces sols (structuration physique et réussite de la couverture) ;
  • limiter l’utilisation des mélanges compost/matériaux minéraux aux 30 premiers cm en surface au maximum.

Fort de cette expérience, du point de vue du service de protection des sols du Canton de Vaud et de la Ville de Lausanne, ces Technosols ne peuvent donc pas, en l’état des connaissances actuelles, remplir toutes les fonctions d'un sol reconstitué à partir de matériaux terreux, pour lesquels la maturation est effective entre 2 et 5 ans mais peuvent dans les cas particuliers précités présenter une alternative intéressante bien que contraignante. Les Technosols ne peuvent donc pas simplement remplacer les sols de pleine terre sur les aménagements extérieurs classiques.

Du point de vue légal, ces matériaux sont à considérer comme des substances4 au sens de l’art. 7 al. 5 de la Loi sur la protection de l’environnement (LPE, RS 814.01), et donc soumis à des exigences de qualité et de mise sur le marché (art. 5 et 6 LChim, RS 813.1).

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1 OFEV, Information n°5 concernant la protection des sols et l’ordonnance sur les polluants du sol (1993) : Exigences requises pour la fabrication des terres végétales artificielles à partir de déchets.

2 Pleine terre : le sol qui la constitue doit être majoritairement constitué de matériaux terreux et structurés en au moins deux horizons pédologiques. Il doit présenter une qualité physico-chimique et biologique adaptée à l’usage prévu.

3 Au sens de l’art. 7 al. 4bis de la loi sur la protection de l’environnement, LPE : RS 814.01 et de l’art. 2 de l’ordonnance sur les atteintes portées aux sol, OSol : RS 814.12)

4 Anciennement Osubst, RS 814.013, abrogée et remplacée par la Loi fédérale sur la protection contre les substances et les préparations dangereuses (art. 4 al. 1 let. a LChim, RS 813.1)

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