Multiplier ses perspectives de carrière grâce à la maturité professionnelle

Intégrée pendant l’apprentissage ou suivie après un CFC, la matu pro permet notamment d’accéder aux hautes écoles spécialisées.
Débit rapide. Regard perçant. Ton assuré. C’est avec les mots justes et pas mal d’humour que Laura Gisler, 27 ans, revient sur son parcours. Pas forcément linéaire. Pas toujours facile. Mais qui montre la perméabilité de notre système de formation. La maturité professionnelle (MP), ou matu pro comme on peut parfois l’entendre, lui a permis d’ouvrir tout un champ de possibles pour son futur. Cette formation a pour objectif d’approfondir la culture générale et les connaissances professionnelles. Elle complète la formation initiale et prépare à des études dans une haute école spécialisée (HES), dans des domaines comme l’économie, le design, la santé, le social ou l’ingénierie. Elle ouvre également les portes des universités ou des écoles polytechniques fédérales par le biais d’un examen complémentaire. Relativement méconnu, c’est pourtant le seul diplôme qui ouvre sur tout l’éventail des formations de niveau tertiaire en Suisse. La matu pro peut être suivie de deux manières: en parallèle d’un certificat fédéral de capacité (CFC), soit durant l’apprentissage (voie intégrée) ou après la fin de l’apprentissage (voie post-CFC).
Reprendre après quelques années en emploi
C’est justement en voie post-CFC que Laura Gisler a obtenu sa maturité professionnelle. Son parcours commence par un passage au gymnase en voie maturité un peu chaotique, avant de s’orienter vers un apprentissage de libraire. Elle travaille ensuite quatre ans dans son domaine, où elle prend la responsabilité d’un rayon et forme des apprentis et apprenties. «J’étais très contente car je prenais de plus en plus de responsabilités et cela m’a donné envie d’évoluer dans une voie plus managériale. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à réfléchir à la suite», se souvient- elle. Elle envisage d’abord une formation continue, mais la réalité du terrain s’impose: difficile de concilier études et emploi. Elle se tourne alors vers la matu pro post-CFC. Deux options s’offrent alors à elle: réaliser sa formation en une année à temps plein ou en deux ans à 50%. Elle opte pour la première option.
Une année dense, structurée, exigeante
Le rythme change du tout au tout. Cours du lundi au vendredi. Journées cadrées. Travail personnel à organiser. «C’était intense, mais j’étais supermotivée. Le plus dur était de se remettre dans un rythme scolaire.» Elle choisit la filière économie et services, type économie, avec une maturité bilingue français- anglais «pour me donner plus de chances plus tard». Une particularité proposée à l’École professionnelle commerciale de Nyon (EPCN). Dans sa classe, ils sont une quinzaine. «C’était très agréable d’être en petit comité. L’année a vite passé et le niveau d’enseignement était très bon», souligne- t-elle. Avant de reprendre ses études, elle entame une démarche de diagnostic pour un trouble de l’attention. Une étape importante. «À l’école, j’avais eu des difficultés sans vraiment comprendre pourquoi. Là, j’ai pu mettre des mots dessus et trouver des outils.» Ce changement de méthode joue un rôle important dans ses résultats. En mathématiques, notamment. Une branche qui lui avait posé problème au gymnase. «J’avais décidé que cette fois, ça passerait!» se remémore celle qui a fini avec une note de 5,5 sur 6 dans cette discipline!
Intégrée ou post-CFC: deux logiques différentes
Son parcours passe par la voie post-CFC. D’autres font le choix d’effectuer leur maturité professionnelle directement pendant l’apprentissage. C’est ce que fait Valentin De Camillis, actuellement en deuxième année à l’Eracom (École romande d’arts et communication), comme apprenti interactive
media designer. «En 11e, je ne savais pas ce que je voulais faire. Je me dirigeais vers le gymnase, sans me poser plus de questions. C’est suite à un entretien avec une conseillère en orientation que j’ai réalisé que je voulais partir en haute école de design et que, pour y entrer, le plus direct était de faire un apprentissage et une matu pro», raconte-t-il. Avec une maturité professionnelle, l’accès à une haute école spécialisée ne nécessite en principe aucun complément, même si certaines filières exigent tout de même un concours d’entrée. Concrètement, un jour par semaine est dédié aux cours de maturité, en plus de l’apprentissage. Valentin De Camillis conseille à celles et ceux qui se lancent d’avoir des objectifs clairs en tête: «Ça aide à garder la motivation par rapport à nos copains qui ont un jour de cours en moins.» La voie intégrée demande ainsi une charge de travail plus importante sur la durée. La voie post-CFC, elle, concentre la formation sur une période plus courte (une année à plein temps, ou deux ans à temps partiel). Dans les deux cas, le titre obtenu est identique et reconnu au niveau fédéral.
Accéder aux hautes écoles spécialisées
Et c’est grâce à ce titre que Laura Gisler a pu intégrer la Haute École de gestion de Genève en 2025, filière Économie d’entreprise, avec l’objectif de se spécialiser en management durable. «La matu pro m’a bien préparée aux cours en HES, notamment en maths et en statistiques», dit-elle. Du côté de ses anciens camarades de classe, certains se sont orientés vers une HES, d’autres ont choisi une passerelle vers l’Université, d’autres encore ont repris une activité professionnelle. Preuve, s’il en fallait, que la matu pro offre une grande diversité de débouchés.
La matu pro en un clin d’oeil
Dans le canton de Vaud, près de 900 maturités professionnelles ont été délivrées en 2024. Cette filière peut être suivie dans cinq orientations: Arts visuels et arts appliqués; Économie et services (type économie ou type services); Nature, paysage et alimentation; Santé et social (variante santé ou variante travail social); Technique, architecture et sciences de la vie. À la rentrée académique 2025- 2026, 2800 élèves suivaient une maturité professionnelle dans le canton de Vaud (dont 550 post-CFC et 2250 en voie intégrée).
Plus d’informations: vd.ch/apprentissage. Sur les pages dédiées à la matu pro, retrouvez les témoignages vidéo de Claire, Mathias, Guilherme, Clara et Laura.
Emily Lugon Moulin
Office cantonal d'orientation scolaire et professionnelle
Publié dans le 24 heures du 30 avril 2026